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Ne pas se méprendre sur le sens du mot <c athlètes

une consécration éclatante. En avril 191 3, Hébert quittait la Marine, où la méthode naturelle régnait depuis longtemps, pour entreprendre un labeur nouveau, de longue haleine, d'une immense portée.

Le Collège d'athlètes a eu déjà bien des fois, et en plusieurs occasions solennelles, les honneurs de la presse et des illustrés : nous ne le décrirons pas. Il est, pour l'installation matérielle, le type achevé du genre. Il est aussi — et c'est une de ses raisons d'être originales — un centre d'études et d'enseignement; dans cet ordre d'idées, on y a établi, sur les données des Marey et des Demeny, un laboratoire parfaitement outillé. Depuis qu'il a ouvert ses portes en juin 191 3, le Collège a vu défiler un nombre considérable d'élèves : quelques-uns de nos meilleurs champions, des élèves libres de tout âge et de toute catégorie, intellectuels en quête d'eau de Jouvence, fils de famille envoyés là pour des vacances saines, etc. — Le Collège a commencé par rayonner sur la région. La population scolaire de Reims et du département est en bonne partie sous son régime : la méthode est obligatoire dans toutes les écoles publiques de Reims1, ainsi que dans les écoles normales de Châlons; les instituteurs des environs, sur un assez vaste rayon, viennent chercher au Collège une instruction individuelle; au lycée de garçons et au lycée de jeunes filles de Reims la méthode est facultative, mais suivie avec plaisir par la grosse majorité des élèves; les enfants des hospices, garçons et filles, ont suivi depuis septembre 191 3 (nous verrons avec quel succès) un entraînement qui les a transformés. La méthode se propage rapidement, aux quatre coins de la France, dans les établissements d'instruction les plus divers. Dans l'armée on attend le jour où elle sera adoptée officiellement2. Plusieurs grandes municipalités ont mis à l'étude l'application de la méthode naturelle dans les écoles publiques, en particulier à Aurillac, grâce à l'initiative du préfet du Cantal, M. Hélitas, à

1. De ce chef, 12 000 enfants rémois la pratiqueront à la rentrée de 1914* quand tous les maîtres et maîtresses auront pu s'en assimiler suffisamment les principes.

2. Personne ne se fait d'illusion sur les résultats que peut donner l'enseignement de Joinville tant que la doctrine sera aussi mal assurée et les méthodes aussi changeantes. Depuis un an surtout, Joinville a fait plus d'un pas vers la méthode naturelle. Le système de notation Hébert, la fiche-type et une partie des exercices naturels font maintenant partie de l'appareil de Joinville.

Orléans, à Dreux, à Rouen. De divers côtés des stades municipaux se construisent sur les plans et d'après les principes d'Hébert1.

Résultats. — Pour permettre d'apprécier toute la valeur de la méthode, nous emprunterons une comparaison à Hébert2 :

Je mets l'aptitude physique générale des jeunes mousses en parallèle, non pas avec celle d'un groupement scolaire, aucun n'étant soumis nulle part à un entraînement physique suffisant pour pouvoir soutenir la comparaison, mais avec celle d'un groupement militaire équivalent comme nombre de sujets (compagnie ou bataillon d'infanterie par exemple), ayant accompli deux années de service et subi pendant ce temps l'entraînement physique actuellement réglementaire dans l'armée.

J'affirme que, non seulement il est impossible de trouver en France à l'heure actuelle un seul bataillon ou groupement militaire constitué d'au moins ioo hommes ayant une moyenne générale égale à celle des mousses sortant de l'école, moyenne qu'on peut estimer largement supérieure à -+- 15 et qui atteint actuellement -j- 1 8, 10 dans le contingent d'anciens, mais que cette moyenne générale, si elle est prise consciencieusement d'après les règles établies, ne dépassera pas -f- 10 dans les unités considérées comme les mieux entraînées, abstraction faite des deux épreuves de natation. On verra peut-être certaines compagnies, mais non des bataillons entiers, qui ont par hasard un choix de sujets robustes ou bien possèdent d'anciens membres ou champions de sociétés sportives, obtenir une moyenne allant jusqu'à -+- 11 et peut-être -f- i5 ; par contre, on en trouvera sûrement d'autres n'obtenant que bien juste -+-5. Encore ne faut-il parler que des unités d'infanterie; car dans les autres corps de troupe : cavalerie, artillerie, génie..., on trouverait sûrement des unités dont la valeur physique générale serait entièrement nulle. Gela tient à ce que, dans ces corps, on ne fait pas du tout d'entraînement physique proprement dit.

A ceux qui doutent, je ne peux que conseiller de faire eux-mêmes les constatations nécessaires; il s'agit ici d'expériences purement pratiques, cotées et chiffrées, qui suppriment toute discussion.

S'ils découvrent, comme je le prétends, que les mousses courent plus vite et plus longtemps, sautent plus haut et plus loin, grimpent et escaladent plus haut et plus vite, sont plus insensibles au vertige, lèvent un certain poids un plus grand nombre de fois ou le transportent plus vite et plus loin, sont plus adroits au lancer, se défendent mieux, nagent et plongent également mieux, résistent plus facilement au froid, peuvent vivre dans des conditions plus dures, etc., et sont d'une façon générale plus hardis, plus énergiques et plus courageux, on sera bien forcé de conclure que le groupe des 3oo mousses, de

i. Un groupement s'est constitué récemment en vue d'aider, par des conférences et des subventions, les initiatives municipales dans le domaine sportif : c'est la Ligue des Collèges d'athlètes et des stades municipaux (Siège social : 4, rue Chauveau- Lagarde, Paris). — Note de V éditeur : Depuis la guerre, cette ligue n'a pas une vie bien active. Elle a son siège maintenant 11, rue Anatole-de-la-Forge, Paris.

2. L'éducation physique ou V entraînement Complet parla méthode naturelle, p. 47*

seize ans et demi à dix-sept ans et demi, qui quittent l'Ecole après avoir été éduqués physiquement par la méthode naturelle, a une valeur physique générale supérieure à celle de n'importe quel groupement militaire constitué, de quatre ans plus âgé au moins, et ayant subi pendant son séjour sous les drapeaux l'entraînement physique actuellement réglementaire dans l'armée.

Après moins de six mois d'entraînement par la méthode naturelle, entraînement supposé complet et mis au point, les divers groupements militaires auraient rattrapé leur retard, et au bout de leur première année de service ils auraient évidemment acquis l'avance qu'ils doivent logiquement posséder sur des jeunes gens moins âgés qu'eux. Mais pour l'instant il n'en est pas ainsi.

Pour les fusiliers marins, on peut citer les résultats de la dernière période d'entraînement (octobre ip,i3-avril io,i4). A l'arrivée, la moyenne générale était voisine de zéro; au départ, elle atteignait + 23. De plus, l'état sanitaire des fusiliers a été excellent, malgré un hiver rigoureux pendant lequel de nombreuses garnisons ont été décimées par les épidémies.

Tous les médecins, d'ailleurs, à qui il a été donné de constater les transformations profondes accomplies par la méthode naturelle n'ont pas caché leur admiration. Nous ne saurions mieux conclure qu'en reproduisant quelques-uns de ces jugements, émanant d'auteurs dont le nom fait autorité en matière d'éducation physique.

Le docteur Helme, dont les chroniques médicales du Temps sont si appréciées, écrit :

... Avec la méthode naturelle du lieutenant de vaisseau Hébert, c'est nous peut-être qui possédons les meilleurs procédés de culture physique.

La gymnastique suédoise, excellente pour les vieillards, les femmes, les enfants débiles et convalescents, est aujourd'hui condamnée partout, sauf dans notre armée, comme insuffisante pour les adolescents et les adultes. Avec ses agrès, ses barres et ses trapèzes, la vieille gymnastique française est désormais réservée au perfectionnement de sujets entraînés. Or, sur ces ruines du passé, la méthode naturelle s'est levée pleine de promesses: je la tiens même pour si féconde que je me demande si, grâce à elle, ne va pas s'accomplir la prophétie du grand Ling, l'inventeur de la gymnastique suédoise : « Lorsque la France a-t-il dit, s'occupera de la culture physique, un profond changement surviendra dans le monde. » [Le Temps, 14 septembre 191 2.)

Le professeur Lucas-Championnière consacre un numéro du Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques à l'examen des divers systèmes à l'occasion du Congrès de i<)i3 et s'exprime ainsi sur le compte de la méthode naturelle :

p. vuibert, Méth. natur. 3

... Il est bien certain que la méthode qui a été la reine de ces démonstrations, ou au moins qui s'est acquis la faveur populaire, a été la méthode du lieutenant Hébert, qui amenait trois cents sujets venant des pupilles de la marine, c'est-à-dire des enfants de dix à quinze ans, de l'école des mousses, sujets de quinze à dix-sept ans, des fusiliers au service depuis le mois de novembre dernier et par conséquent ayant une éducation gymnastique très récente de quatre mois.

Les exercices faits par ces trois sections, le torse nu, avec un entrain extrême, avec une souplesse très heureuse, ont beaucoup séduit. Le tronc était si bien à nu qu'il était facile de constater l'état de la musculature et du développement thoracique. Les exercices ont enthousiasmé le public depuis le premier essai jusqu'à la dernière démonstration. Chaque jour les élèves du lieutenant Hébert ont paru.

En dehors de ce succès populaire, il faut bien noter que les experts en développement physique ont reconnu la réalité du développement rapide, du développement utile, des mouvements sans essoufflement, de l'endurance et de la régularité des mouvements et, pour certains, d'un développement réellement très satisfaisant.

Nous avons tous été frappés des bons résultats de cette méthode moins analytique que les méthodes suédoises ou leurs nombreux dérivés, méthode plus facilement acceptée par nos populations moins disciplinables que les gens du Nord et qui, sans frais peut-on dire, établit un état définitif d'entraînement, car chacun des exercices est directement utilitaire.

La course, le grimper, la marche rapide, le saut, le lancer, la natation sont des actes complets, des synthèses de mouvements atteintes dans chacun des exercices d'Hébert, qui pour celte raison reçoivent de lui le qualificatif de méthode naturelle.

Le docteur Heckel, auteur de travaux remarqués sur les cures physiques par l'exercice, estime, de son côté, qu'Hébert « a fait la première besogne de régénérescence effective », qu'on lui doit « le premier fruit récolté après une si longue période de stérilité ».

Il ne serait peut-être pas difficile de retrouver, par delà les incertitudes, les ignorances, les négligences de tout un siècle, la tradition à laquelle se rattachent des principes si solides et des résultats si remarquables. Les tentatives d'éducation physique rationnelle et naturelle n'ont sans doute manqué à aucune époque de notre histoire. M. G. Rozet nous retraçait dernièrement1, avec des détails savoureux, l'éducation tout à fait hébertiste reçue parles ducs de Chartres et de Montpensier et qui ne leur réussit pas mal, ils le montrèrent à Valmy. Nous retrouverions, si nous le voulions, un ancêtre plus

i. Revue de Paris, ier mai 1914-

lointain, mais des plus authentiques, et de la meilleure tradition française, avec Gargantua, dont les passe-temps ne sont autres que les exercices mêmes du programme naturel pratiqués avec un entrain endiablé. La constatation d'une ascendance de si bon aloi peut bien être, on le reconnaîtra, un motif de croire à l'avenir de la méthode naturelle dans notre pays.

Les jeunes gens, pour peu qu'ils aient goûté aux saines jouissances de l'exercice, ne seront pas difficiles à convertir. Il s'agit surtout de persuader les mamans : tout leur est sujet de crainte pour ces « pauvres petits », le chaud, le froid, tous les accidents possibles dès qu'ils quittent la main maternelle. Et c'est la tradition scolaire qui doit aussi se faire plus sensée pour donner leur place aux exercices physiques. « Les déshérités, dit le professeur G. Ballet, ne sont pas les enfants de l'hôpital de Reims, qui trouvent la joie et la santé dans cette vie libre au plein air, ce sont les enfants des lycées et des écoles, où des programmes surchargés ne comportent que peu ou pas d'exercices physiques. »

Les enfants, qui sentent bien où ils peuvent mettre leur point d'honneur, ont vite fait d'étendre à la séance de gymnastique naturelle l'émulation qu'ils apportent aux meilleurs des exercices scolaires. 11 faut voir à Reims l'intérêt qui anime la leçon et le mépris qui accable le malheureux « rond-de-cuir » qui n'a pas su sauter sans toucher. Ce jugement de la jeunesse ne nous trompe pas : l'heure est venue où la force physique, entendue comme nous l'a définie Hébert, retrouvera la place qui lui revient.

3o juillet 1914-

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