‹ Pour refaire la raceChapitre 5 sur 7 · DEPUIS · texte numérisé non relu

DEPUIS

La guerre a fourni une éclatante confirmation de la justesse des vues de M. Hébert. Parmi tous les héroïsmes collectifs qu'elle a révélés, c'est celui des fusiliers marins entraînés à son école qui a suscité la plus grande admiration. Ils se sont immortalisés à Dixmude, où M. Hébert a été grièvement blessé, à la tête d'une compagnie de ces braves. Voici en quels termes M. Henry Chéron, rapporteur, au Sénat, du projet de loi sur l'éducation physique, a fait allusion à l'œuvre surhumaine accomplie par ces héros : « Comment ne pas rendre hommage, en effet, à l'admirable effort accompli dans le domaine de l'éducation physique par de véritables apôtres tels que le commandant Hébert, qui a fait de ses fusiliers marins les hommes les plus souples, les plus robustes et les plus courageux de France. (Très bien! Très bien!) » C'est que plus des deux tiers de ces hommes avaient subi l'entraînement complet par la « méthode naturelle ». L'ordre du jour du 12 décembre 191 5 du ministre de la Marine porte qu' « aucune troupe ne fit ce qu'ils ont fait ». Ils furent les premiers soldats du monde. Ces troupes comprenaient, entre autres sujets, des adolescents de seize ans et demi à dix-sept ans et demi sortant de l'Ecole des mousses de Brest, qui purent faire la dure campagne des Flandres grâce à la préparation physique si complète donnée dans cette remarquable école.

Pour l'œuvre accomplie pendant la guerre, je laisse la parole à M. Hébert1 :

1. V éducation physique ou V entraînement complet par la méthode naturelle. 4e édition, p. i58.

Dès le début des hostilités, en 191 4, l'entraînement par la méthode naturelle s'impose aux Armées par la force même des choses. Les chefs désireux d'avoir en main des combattants aptes à tous les genres d'efforts et soucieux de la vie de leurs hommes s'affranchissent d'un coup des procédés anodins ou conventionnels du Règlement d'éducation physique du temps de paix. D'instinct ils appliquent, avec plus ou moins d'efficacité, faute de données suffisantes, le principe de base de la méthode naturelle : entraîner l'homme aux seuls gestes qui trouvent leur application directe et immédiate au combat, gestes essentiellement naturels de déplacement, de dissimulation, de défense,... et qui demeurent toujours les mêmes depuis l'antiquité jusqu'à nos jours : bondir, se plaquer au sol, ramper, escalader, etc.

En présence de l'inefficacité de son Règlement du 21 janvier 1910, l'École de Joinville tente de réagir. En 19 16 elle fait paraître un nouveau Guide d'Education physique, « profondément inspiré de la méthode naturelle du lieutenant de vaisseau Hébert », si l'on en croit les termes mêmes de l'Instruction du 5 décembre 191 7 relative aux épreuves sanctionnant la préparation au service militaire de la jeunesse.

Malheureusement, il est pénible de le constater, ce document, élaboré par des officiers pleins de bonne volonté mais incompétents en la matière, n'est qu'un amalgame ou une simple copie sans liens de travaux déjà existants sur le sujet à traiter. Non seulement le principe de l'utilitarisme absolu ne s'y trouve pas, mais il y manque des gestes essentiels de dissimulation ou de protection naturelle (l'arrêt brusque en marche ou en course, le plaquage instantané, les diverses sortes de rampage, etc.), dont l'ignorance nous a coûté tant de vies humaines. Par exemple, à leur place, on est étonné de trouver, à Vusage d'hommes de tout dge, une quantité de petits jeux puérils que les enfants eux-mêmes délaissent vite et dont ils ne veulent pas, tellement ils les trouvent peu intéressants : le chat et la souris, la mère Garuche, bébé et sa nourrice, etc.. !

Pratiquement, les procédés de travail de l'Ecole de Joinville restent imbus du même formalisme que pendant le temps de paix, et l'enseignement donné à l'École ne répond qu'imparfaitement aux nécessités terribles du moment. Aussi l'application du nouveau Guide ne pénètre-t-elle pas aux Armées; elle se limite à peu près aux troupes de l'intérieur. Les essais d'introduction dans les sociétés de sport, de gymnastique et de préparation militaire aussi bien que dans l'Université pour la préparation de la jeunesse n'ont pas de succès, malgré les formidables moyens de propagande mis en œuvre, malgré la création onéreuse de centres annexes de l'Ecole de Joinville et l'envoi en mission de nombreux officiers dans tous les coins de la France.

Par contre, aux Armées, l'entraînement par la méthode naturelle se généralise de plus en plus, par suite d'une évidente nécessité, et le lieutenant de vaisseau Hébert, après avoir été grièvement blessé à Dixmude à la tête d'une compagnie de fusiliers marins, est appelé pour diriger personnellement cette application.

Les Centres d'Instruction et plus spécialement les Écoles de grenadiers deviennent de remarquables centres d'entraînement. Les résultats sont tels que l'opinion unanime réclame l'adoption intégrale de la méthode naturelle pour l'entraînement des combattants de toutes armes (aviation comprise) et la

préparation des jeunes classes. Tel est l'état de la question au moment de l'armistice.

La « méthode naturelle » s'étant substituée dans les Armées à la méthode de Joinville, le Grand Quartier Général en profite pour faire établir une comparaison entre les deux méthodes. Il envoie la note suivante (État-Major, 3e Bureau, n° 34 i52) :

... Les Armées employant la méthode du lieutenant de vaisseau Hébert feront ressortir les avantages qu'elle leur semble présenter sur la méthode enseignée au centre de Joinville.

P. O. Le Major Général, P. Anthoine.

Voici deux des réponses les plus typiques :

Compte rendu du Général directeur des C. I. de la IP Armée (i5 juin 1918). Extrait de la note N° 36^^.

... La méthode Hébert est très bonne :

a) Parce qu'elle demande la continuité dans l'effort (la leçon étant de 20 minutes au moins, sans arrêt, les hommes se reposant par le pas lent, comme les chevaux après une course);

b) Parce qu'elle force tous les hommes à travailler;

c) Parce qu'elle a un but essentiellement pratique : l'entraînement au combat.

Dans la méthode de Joinville, la première de ces qualités ne se retrouve pas. La deuxième est moins facile à contrôler. La troisième est propre à la méthode Hébert.

... En résumé, la méthode Hébert a fait ses preuves. Elle nous a donné rapidement de bons tireurs, de bons lanceurs, des hommes sachant très bien se servir de leur baïonnette. Elle doit sans conteste être adoptée.

Le Général directeur des C. /., Mac-Mahon.

Compte rendu du Général commandant la IVe Armée. — Avant l'apparition du « Guide pratique d'entraînement physique aux Armées », l'entraînement physique à la IVe Armée avait lieu presque exclusivement d'après la méthode du lieutenant de vaisseau Hébert.

La méthode du Guide pratique du ier septembre 191 7 est entrée en application dans les Bataillons d'instruction au fur et à mesure de l'arrivée des instructeurs sortant de Joinville, la méthode Hébert continuant à être appliquée dans les unités ne possédant pas d'instructeurs spéciaux.

Cette dualité d'enseignement, tout à fait fâcheuse en principe, a eu comme résultat heureux de permettre une comparaison intéressante des deux méthodes, et, au sujet des résultats dans l'un et l'autre cas, le Colonel commandant les G. B. I. s'exprimait ainsi, dans son rapport sur l'arrivée des jeunes soldats de la classe 191 8 :

« Il n'apparaît pas que la méthode de Joinville ait donné, à beaucoup près, après six mois d'incorporation, ce que donne la méthode du lieutenant de

vaisseau Hébert en six semaines. Il y a, de Tune à l'autre, la différence qui existe entre le tir de stand et le tir de combat. Au caractère plus académique de la première, on peut opposer le caractère plus simple, plus naturel, et par conséquent d'un rendement plus rapide de la seconde. »

Le Guide pratique présente avec la méthode Hébert certains traits qui, à première vue, paraissent communs; on pourrait même croire à une sorte de concession en faveur de la méthode Hébert. Mais l'interprétation donnée par les instructeurs de Joinville procède d'un autre esprit que celui qui anime la méthode Hébert et reste entachée du formalisme et du caractère académique dont est empreint l'enseignement de l'Ecole.

Le Guide pratique peut être excellent en soi et donner de bons résultats avec des jeunes gens qui ont le temps devant eux et qui peuvent sans inconvénient chercher à ajouter aux effets du mouvement le souci de la forme,

Il s'adresse à l'Ecole.

La séance de travail, dans le Guide pratique, est une leçon d'éducation physique scientifique; les hommes y sont classés d'après leur valeur physique, ce qui dérange la composition des unités; la leçon comporte des exercices conventionnels des bras, des jambes, du tronc, exercices fastidieux, toujours mal exécutés et sans aucune application pratique. De plus, la séance est entremêlée de jeux d'enfants dont les hommes se soucient très peu. C'est une sorte de leçon d'avant-guerre, qui réclame en outre l'emploi de spécialistes.

Le lieutenant de vaisseau Hébert, et c'est là la caractéristique de sa méthode, ne s'adresse qu'au soldat et au soldat qui va combattre; sa seule recherche est celle du mouvement utile ; la séance de travail y est le plus possible l'image, la répétition ou la préparation au point de vue physique de la forme la plus dure du combat : l'attaque.

On progresse sur un objectif, dans les formations mêmes du combat; sans armes, ou avec armes et matériel, en exécutant tout ou partie des exercices usuels : bonds, plaquages, passages ou sauts d'obstacles, transports d'engins ou de matériel, ajustage des armes pour le tir, lancer, etc.... On exécute ainsi des parcours, petits ou grands, vite ou lentement, sur toutes sortes de terrains, suivant l'état du temps ou le degré d'entraînement des hommes.

Enfin, on recherche le développement maximum du souffle, de la vitesse et de l'adresse par le seul emploi des exercices utiles ou des gestes naturels du soldat au combat. La caractéristique de la séance est le déplacement, le mouvement en avant.

La liaison entre l'entraînement physique et la préparation militaire y est intime : c'est bien véritablement de la préparation au combat, et c'est là que réside son essentielle différence avec la méthode de Joinville.

L'expérience prouve la rapidité des résultats obtenus parle procédé Hébert, la facilité avec laquelle officiers et gradés se transforment en entraîneurs, l'intérêt et le plaisir qu'ils prennent à ce genre de travail, d'où toute contrainte est bannie.

En résumé, la méthode du lieutenant de vaisseau Hébert est plus utilitaire, s'adapte mieux à la préparation au combat, donne des résultats plus rapides ; elle s'adapte au peu de temps dont on dispose aux Armées pour l'instruction et l'entraînement physique, même dans les Bataillons d'instruction. Elle

semble donc devoir être généralisée aux Armées, d'autant plus qu'elle y est déjà d'un usage courant.

Au Q. G., le 17 juin 19 18, Le Général commandant la IV0 Armée,

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