‹ Pour retrouver l'enfantChapitre 5 sur 8 · AUX LUEURS DU FOYER · texte numérisé non relu

AUX LUEURS DU FOYER

Les yeux sur mon foyer, je contemple la flamme, Assis, coude au genou, le menton dans ma main :

Son mouvement sied à mon âme, Qui s'y revoit flottante avec le doute humain.

Combat troublant 1 La flamme ou s'élance ou recule, Et j'espère ou je crains, comme elle monte ou fuit :

C'est l'aube et puis le crépuscule.

C'est le jour qui triomphe et puis presque la nuit.

La flamme et mon désir suivent la même houle : Parfois elle jaillit, prête à tout conquérir ;

Puis elle vacille et s'écroule, Et va, désespérée, aux ténèbres mourir.

O pauvre cœur qui sombre au moment qu'il s'élève ! O pauvre flamme courte en l'obscure maison I

Moi, devant ces cendres, je rêve De clartés sans déclin sur un autre horizon...

J'évoque un vieux tableau de maître primitif Sans nom, mais dont la foi sut d'un pinceau naïf Fixer son rêve pur d'espérance chrétienne: Car j'y crois voir, mon fils, ta figure... oui, la tienne. Dans un rayonnement séraphique et très doux...

La Vierge tient Jésus enfant sur ses genoux :

Avec je ne sais quelle exquise gaucherie,

Voilée, elle se penche, elle L'adore et prie :

C'est Dieu qu'elle offre au monde. Et puis, des deux côtés,

Et jusque sur son front, dans des suavités

Ravissantes, s'étage une ascension calme

D'Anges touchant du luth ou présentant la palme,

Tous beauxpareillement,puisqu'ilssom tous heureux. Pourtant il en est un, plus pur, plus gracieux, Plus fervent, qui s'avance et chante les louanges De la mère du Christ, mère de tous les Anges. L'artiste en dessina le délicat contour Dans une effusion de lumière et d'amour, Que pouvaient seuls trouver le croyant et le père. C'est un enfant, mais plus qu'un enfant de la terre : Et tel souvent, mon fils, de candeurs tout fleuri, Je voudrais t'admirer dans mon songe attendri !

Comment? Toi de retour, déjà ? — Dans le cher rêve,

Amie, où j'ai vécu, Theure m'a paru brève ;

Car le temps, qui n'est pas goutte à goutte compté,

Ressemble par avance à de l'éternité.

Avec qui je causais, quand s'ouvrit cette porte ?

Qui veux-tu que ce soit, si ce n'est lui ?... N'importe !

Nous parlions cœur à cœur, comme dans un printemps,

Tous deux, en confidence intime, bien contents...

Je te vois qui souris tristement, et qui doutes :

Pourquoi ? Crois-tu que ceux qui s'en vont par les routes

De rintini, tout fiers de leurs splendeurs d'Élus,

Indifférents et froids, ne nous connaissent plus ?

Comment peux-tu penser que ton enfant lui-même

Triomphe, avec l'oubli de sa maman qu'il aime,

Ailleurs — très loin — cloîtré dans son Ciel merveilleux?

Et ses parents vivraient dans Texil douloureux.

Sans que, pour alléger le faix de leur misère,

L'Ange de la Pitié descendît sur la terre ?

Peux-tu t'imaginer cela, chrétienne ? — Non !

Pour joindre les vivants et les morts, Dieu, très bon,

A voulu que tombât la suprême barrière

En leur donnant à tous Famour et la prière.

Tu ne Tas pas perdu, ton enfant : par l'esprit,

11 vit en nous, il parle en nous, il nous fleurit

• — Ton adoration fidèle le proclame —

D'espoir, de grâce, av«c sa douce petite âme

Qu'il nous laisse aspirer délicieusement...

... El cette larme, ici, sur toi, ce diamant

Qui scintille, si pur et si beau âc lumière.

Ne crois pas qu'elle a dû couler de ta paupière ;

Mais c'est lui qui pleura tout à l'heure, à te voir

Entrer si pâle encor sous ton long voile noir...

— Femme ! le feu s'éteint, tu vois : sur l'âtre noir Se pâment des lueurs mourantes de veilleuses... Viens! ne restons pas là ! C'est trop triste, ce soir.

D'écouter les cloches joyeuses !...

— Elles disent : « Noël ! Noël !... » Mon pauvre ami, Ailleurs, en cet instant, que de foyers en fête !

Je songe au gai réveil qu'une autre mère apprête Pour son bel enfant endormi !...

— Femme ! Laisse assoupisles souvenirs trop tendres! Cela fait trop de mal d'agiter le passé !

Viens ! le dernier tison est mort : l'âtre glacé

Ne montre plus qu'un tas de cendres...

58 POUR RETROUVKR l'eNFANT

Dans Tombre étendons-nous, le cœur anéanti, Comme pour un sommeil qui n'aurait point d'aurore ! — Nos yeux, en se fermant, contempleront encore La place du berceau parti!...

VOIX Di: l'enfant

Noël ! Noël ! C'est moi, ma mère, Dont vient vous consoler l'esprit.

C'est votre Ange qui vous sourit Sous sa couronne de lumière!

Et toi, mon père trop aimant, Il faut que la Foi te soutienne :

Courage ! Dans la nuit chrétienne Monte une étoile au firmament !

Mon soufHe est sur vous. Je devine, Je sais ce qu'à votre âme il faut :

Je vous apporte de Là-Haut L'Espérance et la Paix divine.

Tout le Ciel chante illuminé :

Plus de petits enfants qui meurent !

Plus de parents dont les yeux pleurent ! Noël ! Noël ! Jésus est né !

Hier soir, toi pourtant si forte et résignée, Pourquoi dans un sanglot as-tu fini Tannée, Pauvre amie? Est-ce donc qu'un dernier souvenir T'empêchait, plus amer encor, de contenir L'amertume en ton cœur trop longtemps amassée ? Ou bien, en cet instant suprême, ta pensée A-t-elle vu soudain notre enfant plus pâli, Lui-même, avec la triste année, enseveli ? Ces jours, qui retombaient sur lui, dans le mystère. Ne te semblaient-ils pas comme un peu plus de terre Jetée à tout jamais sur le petit cercueil ?... Et j'ai compris tes pleurs menant ce dernier deuil,

Je n'ai pas essayé d'en ralentir la source ; Mon cœur, pour consoler, lui-même est sans ressource. Dans la nuit, près de toi, je me suis tu, craignant De faire à deux peut-être un chagrin plus poignant...

Et c'est l'aube déjà d'une nouvelle année,

Qui se lève, si froide et d'ombre accompagnée,

Que je pleure à mon tour... L'allégresse d'autrui,

— La nôtre d'aufrefois, — nous fait peine aujourd'hui.

... Souviens-toi, l'an passé, du réveil à cette heure.

Comme son joli rire animait la demeure!

Il se pelotonnait entre nous deux, ainsi.

Recevant tes baisers parla, les miens d'ici...

Sa tendresse à nos cœurs donnait de belles fêtes!

Il nous prit par le cou, rapprocha nos deux têtes,

Et dit, nous bénissant, d'un ton délicieux :

« Faites la bonne année, embrassez-vous tous deux !... »

Jadis, en ce soir, nous fêtions ta fête... Pour ta fête encor, mon petit garçon, Je voudrais chanter, l'âme satisfaite...

Mais qui n'a qu'un deuil n'a qu'une chanson!

Dans tes palais bleus, splendeurs éternelles... Moi, je ne sais plus t'offrir quels cadeaux : Des fleurs ? Tu les vois, Là-Haut, bien plus belles T Des chants ? Tu les dis, Là-Haut, bien plus beaux !

Il n'est qu'un présent e]ue seul je t'adresse : Prends, prends nos deux cœurs, à toi sans retour, Ce cœur de papa, brûlant de tendresse, Ce cœ'ur de maman, tout saignant d'amour!

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