‹ Pour se damnerChapitre 10 sur 33 · TOUROUOI ELLE LAI M AIT · texte numérisé non relu

TOUROUOI ELLE LAI M AIT

En vérité, c'était un joli groupe ; assis sur un tabouret, il tenait dans ses deux mains ses petits pieds chaussés de mules en velours grenat, et il la regardait si tendrement de ses yeux bruns, deux fleurs de velours^ qu'elle souriait, rougissant un peu; elle avait relevé les dentelles

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de ses manches, et ses bras nus, moulés dans le marbre, soutenaient sa tête intelligente ; ses cheveux noirs descendaient en ondes épaisses sur un front large comme celui d'un homme.

Elle n'avait pas l'air cruel, ni câlin, ni fantasque, ni sensuel ; un regard tranquille, sérieux, une âme sereine dans un beau corps en pleine maturité.

Elle contemplait sans trouble et sans flammes cet être très jeune, aux reins forts et souples, à la crinière blonde, courbé devant elle avec l'air d'un fauve dompté.

Il ne faisait pas nuit encore, des traînées de soleil couchant descendaient de l'horizon d'un bleu sombre, venaient illuminer les tableaux suspendus au mur, la table pleine de papiers recouverts d'une écriture allongée, à lettres minces ; un grand chat noir enfonçait ses griffes dans le tapis, et s'étirait, tout plein d'une grâce voluptueuse.

— Comment se peut-il faire, ma chère

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âme, dit-il enfin, que vous aimiez un être obscur tel que moi, un monsieur dont le nom n'est connu de personne ; vous, entourée, acclamée comme une reine, vous, la grande Eloa que les éditeurs couvrent d'or pour ses moindres nouvelles^ vous êtes la maîtresse de Paul je ne sais qui, emplo3^é dans une banque quelconque ; je vous l'ai souvent faite, cette question qui chaque jour m'etfare davantage; sans cesse vous avez souri sans répondre... Aujourd'hui...

— Aujourd'hui, interrompit-elle en fronçant les sourcils avec une légère marque d'impatience, aujourd'hui, cher, vous me prenez dans un de mes jours de franchise sincère — sachez-le bien, les femmes n'ont généralement que des jours de franchise tout courts — et je vais vous répondre : Je vous aime, uniquement parce que vous êtes jeune.

Et comme il faisait un geste d'étonnement :

Oui, vous avez la jeunesse, cette chose merveilleuse qui n'existe plus à Paris, ce

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que nous autres femmes, femmes célèbres surtout, nous ne rencontrons jamais. Tout le monde est à mes pieds, dites-vous, Eloa la grande romancière a autant d'amoureux que d'envieux et de détracteurs, et ce n'est pas peu dire ; chaque jour, on lui présente des gens illustres qui viennent grossir son cortège de joueurs de flûte ! Mais les avez-vous bien regardées, ces célébrités de toute espèce, peintres, journalistes, écrivains, sculpteurs, politiciens, sénateurs et ministres ? Ils sont vieux, ils sont chauves : la barbe a quelques poils gris et rudes, la moustache a l'air d'une brosse à dents de pauvre, les mains ridées ont plus de grosses veines que les cordages d'un navire continuellement à la pluie, trois cheveux raides essayent de cacher le crâne luisant et poli comme une boule de cuivre; les yeux clignent, le nez bourgeonne.

— Mais vous en avez de jeunes pourtant...

— Les jeunes! ah! bien oui! vous appelez jeunes ces vieux gommeux de vingt

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