LES MORTS SE VENGENT
L'hiver finissait, et déjà le soleil était plus chaud. Le
printemps, précoce cette année-là, s'annonçait par quelques belles journées très douces. Les oiseaux recommençaient à chanter dans les arbres. La nature s'éveillait de son engourdissement.
Blanche, complètement guérie, sortait maintenant, el ia comtesse, quoique très faible, se montrait depuis quelque temps quand le solei) brillait.
Celle-ci ne s'était pas remise de l'épouvante que la mort du comte lui avait causée ; parfois, et alors qu'elle semblait dormir tranquillement, assise en son fauteuil, elle se levait brusquement, secouée de frissons ; la sueur coulait de son froi&t et elle ne reprenait de tranquillité que lorsque quelqu'un s'approchait d'elle, que ce fût Blanche, Morgand ou Roscoff.
Son intelligence paraissait afTaiblie ; elle n'avait plus la mémoire toujours présente des derniers faits qui s'étaient passés, elle était comme hébétée, cherchant à se rendre compte et n'y parvenant pas toujours.
Or, un jour qu'elle était toot près du perron, enfouie,
84 TOtm SON EMFANT
bien biuruYatiiflée dans ttes fourrores, au fond d'an larga fauteuil, où elle disparaissait presque tout entière. Roe^ coff s'approcha d'elle.
— Comment vous portez-vous ce matin ?
— On dirait que je vais un peu mieux, repondit-ell avec un sourire tricte.
Il lui prit la main, lui tâta le pouls longuement.
— Oui, moins de fièvre que les jours précédents... E3t la main est plus fraîche... le visage est plus calme... les yeux moins fatigués... encore quelque temps et vous serez guérie...
Il resta silencieux devant elle, se contentant de la regarder avec une pénétration singulière, puis :
— Je voudrais vous parler de choses graves, dit-il très bas. Auriez-vous la force de m'entendre?
— Je le crois. Mais rju'avez-vous donc à me dire?...
— Veuillez prendre mon bras jusque chez vous. Tci j'ai peur qu'on ne m'entende.
Il parlait sur un ton tout à la fois doux et impérieux.
Elle obéit machinalement, se leva avec un soupir, comme si elle eût regretté de quitter ce bon et gai soleil qui la réchauffait, et tous deux disparurent.
Quand ils furent seuls, Roscoff s'approcha d'elle, lui prit de nouveau la main — non pks comme médecin, mais comme amant, cette toi» — et la garda dans la sienne :
— Ma chère Marguerite, dit-il, tous les malheurs qui vous ont frappée depuis un an ne m'ont pas trouvé indifférent. Vous avez dû voir que j'en souffrais autant que vous, et cependant le baron de Crèvecœur et votre fils Maurice étaient des étrangers pour moi...
— Puisque vous m'aimez, Michei, Je n'ai rien vts. là d'étonnant.
— Je vous aime, Marguerite, auJant qu'an premier jour; il me semble même que je pourrais dire que je vous aime davantage, car l'affliction où je vous vois 5 augmenté mon affection pour vous... Et c'est Justemenf •*«p©e que je vouz aime ainsi que je veux veus ftiire part
d'un pf-ojei que j*ai conçu, qui comblerait mes tobux e/ dont la réalisation ne dépend que do vous. »^ — En ce cas, mon ami, vous serez heureux, car je n'a rien à vous refuser et votre projet est accepté d'avance. Que! est-il ? N'hésitez pas à me le dire...
Roscoff hésitait en effet.
Sur le point de se prononcer, de mettre, en quelque sorte, le trait final sous le plan conçu par lui, il tremblait, il avait peur... il était pâle...
— Puisque vous êtes libre maintenant, Marguerite, ditil à la fin, puisque vous êtes veuve, puisqu'un hasard, bien cruel pour vous, a ainsi dirigé notre vie à tous les deux, lorsque votre deuil sera expiré, voulez-vous être ma femme?...
— Votre femme i...
Et Roscoff, ne lui laissant pas le temps de réfléchir, ajoutait :
— Ne refusez pas, Marguerite, ne me faites pas cette peine... Quelle raison pourriez-vous m*en donner?...
— Je ne sais, vraiment, que répondre... dit-elle passant la main sur son Iront, cherchant à mettre un peu de clarté dans son pauvre esprit obscurci... Votre demande est juste, en effet, mais elle se produit sitôt après le meurtre de mon mari qu'elle m*épouvante...
— Ne craignez rien, ma chère Marguerite, je vous laisserai le temps de satisfaire à toutes les convenances, à toutes les exigences du monde... Ne me refusez pas, je vous en supplie, si vous ne voulez pas me faire croire que vous ne m'aimiez point.
— Michel!!
-^ Qu'arriverait-il si vous refusie*, si vous me causiez cette affreuse tristesse? continua le fourbe; je ne pourrais plus aussi souvent venir au château comme par le passé... le comte mort, vous êtes obligée à plus de circorspection... Nos entrevues deviendraient plus rares... plus rares aussi seraient les occasions devoir Blanche, de voir ma fille... tandis qu'au contraire, si vous acceptez le nom honorable, estimé, respecté, que je vous offre, j'entre enfin, iTvec tous mes droits, dans cette famille apr^.a
S6 PotJR SON ENFANT
Idquello Àspifalt mou amour de père... j» puis voir, admirer Blanche tous les jours, vivre de sa vie, eoteodre sa voix, me faire aimer... car elle ne m'aime pas... voyezvous, Marguerite... elle ne m'aime pas et c'est là mon rsupplice... Lorsqu'elle verra qu'après le comte, j'ai été l'élu de votre cœur... peut-être son indifiérence à mon égard se changera-t-elle en un sentiment plus doux... peut-être, en se sentant environnée de soins, d'une constante sollicitude, comprendra-t-«ile mieux ma tendresse... Et quel bonheur ce sera alors pour moi, le concevezvous, Marguerite?
— Oui, disait-elle, oui...
£t elle hochait doucement la tête, ne comprenant qu'à demi, dans la faiblesse maladive de son intelligence, mais pas encore remise, pourtant, de son instinctive épouvante.
— Alors, vous consentez?
— Oui, oui, répétait-elle machinalement... Mais plus tard, plus tard, nous causerons...
— J'attendrai patiemment que les jours de votre deuil soient écoulés... Pendant quelque temps encore, je reviendrai au château. L'état de votre santé et la santé de Blanche autorisent mes visites, même fréquentes, puis Je disparaîtrai jusqu'au jour où vous voudrez bien me rappeler auprès de vous...
Il porta la main de la comUMise à tes lèvres, lui adressa un sourire et sortit.
Et Marguerite resta affaissée sur sa chaise, les mains sur les genoux, la tête sur )a poitrine, rêvant, entendant bruire vaguement à son oreille les paroles de Roscolf, ayant toujours du vid« dans la tête.
Et elle murmurait :
— J*ai peur! J'aipeurI!
Roscotî' traversa le jardin, et comme il allait entrer dans le parc, avisa Blanche qui en sortait.
Blanche, pendant la longue maladie qu'elle venait de faire, avait bien remarqué que le docteur la soignait avec une inquiétude qui, certes, n'était pas jouée.
Elle eût conçu pour lui la {^ui Yîve reconnaissance si
POUB SON ÊNFANt ^'*
le cruel «ou?enlp de radnltère de ea mère et de cet homrrt'J ne réapparaissait constamment dans son f*^pnt. Môme devant l'empressement, l'aiTeclion évideuiiv, de Boscoff, elle Q*avait pas perdu ce souvenir... ce n'était pas le médecin qu'elle voyait... c'était le complice de l'adultère de sa mère... Elle avait horreur des soins qu'elle recevait et fut plus d'une fois sur le point de se trahir... Plus d'une fois, elle voulut se lever, ouvrir la porte de sa chambre et le chasser... Plus d'une fois elle eut envie de lui dire :
— Mais laissez-moi donc mourir... Comptez-vous que vous gagnerez mon amitié... même si vous me forcez à vivre?... Non, vous devoir la vie me semble horrible... Il me serait plus doux de mourir de vos mains.
Mais, comme elle était faible, comme elle ne pouvait quitter son lit. elle se taisait, parce qu'en repoussant les soins de Roscoff, il eût fallu s'expliquer, tout dire... et c'était le scandale, et c'était la honte pour sa mère.
Et devant Pierre Morgand qui était là, veillant sur Roscoff, elle fut obligée de sourire au médecin et de le remercier, quand elle avait dans le cœur une haine mortelle contre cet homme!...
En se trouvant face à face avec lui, la jeune fille ne put retenir un brusque mouvement de répulsion et de vive contrariété...
11 s'en aperçut, pâlit, soupira, pourtant s'approcha d'elle et ne laissant rien paraître de sa souffrance intérieure :
— Je vois avec plaisir, dit-il, que ma chère malade se porte de mieux en mieux... Elle est aujourd'hui fraîche et rose... Je n'ai donc plus rien à faire auprès d*elle qu'à lui envoyer la note de mes honoraires...
Et il souriait.
Elle feignit de ne pas comprendre, prit la réflexion an sérieux et froidement :
— Envoyez votre note, roonsietir.
Elle voulut passer. Il la retint.
— Ainsi, dit-ij avec amertume, toutes les preuves de dévouement que ja^^v^as ai données n'ont pn vaincre
88 H)UR SON ENFANl'
Tûire repuguiiQce, TéloignemaDt que voob resseniei pout moi?
Elle ne répondit pas.
— Je suis bien malheureux, puisque ]*ignore même 1er misons d'une pareille aotipalbie.
— Cherchez dans votre conscience, monsieur, tous les trouverez peut-ôlre...
— Ma conscience ne me reproche rien à votre égard, mademoiselle, et je crois, de plus en plus, ou que Ton vous a menti sur mon compte, ou que vous obéissez, en me haïssant, à je ne sais quels conseils intéressés...
— Dans mes affections comme dans mes antipathies, je ne prends conseil que de moi-même.
— Je ne crois ni aux haines, ni aux affections instinctives, mademoiselle... l'atiection chez vous aurait pu venir après le dévouement que ]e vous ai montré à plusieurs reprises... la haine pouvait vous ôtre inspirée par mes actes si je vous avais nui, si j'avais essayé de mettre de« obstacles au mariage projeté entre vous et M. de Thévanne. .. mais je n'ai rien fait de tout cela... je n'ai pas de raisons pour vous nuire ; j'en ai beaucoup pour TOUS aimer et j'ai fortement combattu votre... m'alheureux père lorsqu'il s'opposait, dans les premiers temps, à ce mariage... Votre répugnance pour moi est une injustice, mon enfant, et voilà pourquoi j'en suis vivement peiné...
Elle détourna U tète, ennu^rée, faisant mine de vouloir partir, regardant du côté du château.
n la retint encore.
— Je ne vous ai pas to«t dit... continna-t-ll d'une voix tremblante. Il pourrait se faire, dans quelques mois, et i'aime autant vous le dire tout de suite, il se pourrait, dis-je, que je vous donnasse un nom plus doux et que jf De fusse plus un étranger pour vous...
— Que Youlez-vous dire?... fit-elle, le regardant en face, avec une vague terreur.
— Depuis que je connais votre mère, j'ai été vîvement touché de •«i vertus et de toutes les qualités qui foal ^'«Ut mm noble f#Buae^, dé? oué^^ aii»âi&ii@ dt lK>ân« %ikW%
POtIR SON ENFANT 89
lontoi... hèrt malheurs immérités qnl l'accablent ont encore augmenté l'affection que j'avais pour elle. Je ne lui eusse jamais ouvert mon cœur si votre père n'était pas mort, ma chère enfant. .. Jamais votre mère, la sainte femme, n'en eût rien su ! aujourd'hui j'ai pu parler... et j'ai eu un bonheur ineffable, immense, inespéré, celui d'être accueilli par la comtesse... Elle a compris que ce que je lui offrais c'était moins l'amour comme on l'entend... q' 'une affection fraternelle, un dévouement sans limite. . Dans quelques mois, Blanche, la comtesse portera mon nom... je pourrai vous nommer ma fille et vous pourrei m'appeler votre père...
La jeune fille, horriblement pâle, chancelait.
— Vous! dit-elle, avec un cri étranglé, vous II...
Et il y avait dans ce cri, en même temps que du dégoût, quelque chose d'atrocement douloureux.
— lV]oi ! dit l'infâme, baissant les yeux sous le regard de sa fille.
Alors Blanche recula, les mains tendues, comme si elle avait voulu le repousser.
— Et vous osez me dire que vous aimiez ma mère d'une affection sainte, vous, misérable, que j'ai surpris!... que j'aivu !... vous qui êtes son amant!!
Ce fut au tour de Roscoff de chanceler, de pâlir... Il eut à peine la force de dire :
— Ne m'insultez pas, n'insultez pas votre mère I!... Mais elle, toute frémissante d'indignation :
— Et vous prétendez réclamer de moi quelque affection, un peu de respect peut-être?... Vous, l'amant de ma mère !... Vous (îui avez déshonoré mon père... qui déshonorez cette maison qui vous a reçu ?... Ah l ne niez pas, vous dis-je... Ne vous défendez pas, c'est bien inutile, allez, je vois la honte sur votre front déshabitué de i'ougir. Vous ne saviez pas que je n'ignorais rien de v<»tr6 lecret... Voilà ce qui vous rendait si audacieux... Et ?ous vous jouiez de ma crédulité 1... Et vous cherchi&3 à me tromper!... Et c'était de l'affection, un amour filial sans dout« ju'il vous fallait, quand il n'y avait place imxn mon coaur que pour la haine, ah t uoe haiiiA vlvao^^
^6 foud en réponds!! Et vous allez être le CDaii Ue uin mère!... De ma mère coupable! Je ne veux pas la juger... que Dieu lui pardonne... Que mon père, qui sait tout, à présent — de l'autre vie — n'attire pas de puni* tion sur sa tête !!.c. Et vous voudriez que je vous appelasse mon père!! Il faut être fou pour concevoir une lispérance pareille... Vous êtes un misérable... un misérable... docteur lloscoff... et du jour où vous entrerez, avec des droits, dans ma famille, j'en sortirai, moi, pour n'y plus jamais revenir II...
Roscoff s'était écroulé à genoux et il joignait ici mains :
— Pitié, Blanche, disait-il, pitié, de grâce!!
— De la pitié pour vous, jamais !
Et elle s'enfuit... sans retourner la tôte, continuant de faire de grands gestes, comme prise de folie...
Lui, resta à genoux, effaré, les tempes battant à ie faire souffrir, les yeux aveuglés...
Il avait les deux mains appuyées sur la terre, et quiconque l'eût vu en cet état sans le connaître, ainsi regardant le sol, l'eût considéré comme un malade ou comme un fou...
Et tout à coup, devant lui, il aperçut, se redressant lentement, des feuilles de violettes, plantées le long du chemin, et que sa fille venait d'écraser du pied en s'enfuyant.
Il en arracha une poignée, là où s'était appuyé le talon de Blanche, et les embrassa avec une sorte de rage, répétant :
— - Ma fille ! ma fille 1...
Puis il se laissa tomber sur le Tentre, les bras étendus, sanglotant sans pleurer et le visage enfoui dans les herbes...
Et derrière lai apparut tout à coup Morgand, affreusement pâle, Morgand qui avait tout entendu, Morgand qui comprenait enfin !!
Il regarda un instant Roscofif qui gisait, puis doucement s'éloigna, sans faire de bruit.
Et Is misérable re^ta ainsi lon^^emps, et toot & coap
t»OtJ!l SON tWKn M
iô ciel l'éUnt couvert, un nuage creta an-dessus dt lui, )a pluie se mit à tomber et il ne s'en aperçut pas.
A travers ses sanglots il répétait toujoum:
-^ Ma ûile 1 ma iille 1
Le comte ne quittait pas la maison de Planquart*
Tout le jour, il restait enfermé, ne sortant pas de sa chambre, prudent même au point de ne pas soulever les rideaux des fenêtres afin d'apercevoir ua coin de la campagne.
Cependant, comme une tranquillité aussi absolue, un repos aussi complet pouvait être préjudiciable à sa santé, lorsque la nuit était venue, il descendait au jardin et s*y promenait longtemps.
Flanquart le soignait avec une sollicitude vraiment touchante.
Ce drame horrible qui se jouait autour d'eux les avait rapprochés.
Gilles de Miremond avait compris le dévouement du commissaire de police et oubliait son rang pour le traiter comme un ami, presque comme un frère.
Le comte était bien obligé» maintenant, de s'habiîJer des modestes vêtements du policier.
Gomme ils étaient à peu près de la même taille, e»\n n'avait, du reste, pas d'autres inconvénients.
C'était Flanquart, toujours, qui s'occupait de la cuisine. Il avait été soldat ; il avait fait la guerre d'Italie ; ii était resté longtemps en Afrique ; la vie du régiment lui avait donné ce caractère déluré qui ne s'étonne de rien, ne se laisse jamais abattre par l'imprévu, et cette imagination des petits détails et des petites choses qui manquait ù Gilles, mais dont le commissaire de police était doué lari^ement.
Flanquart faisait son marché comme la meilleure et la plu» soigneuse d&s roénagèp^, allant à la bou<^en«
tous las luidlins, à l'épicerie deux fois par semaine ; le laitier et )^ boulaDger et quelques autres fournisseurs avaient bieii offert de passer chez lui chaque jour, avec leur voiture, mais Fianquart avait refusé.
Il y avait pour cela d'excellenles raisons.
Comme il s'absentait souvent, comme il pouvait être obligé à des expéditions nocturnes et rentrer tard dans la matinée, il ne voulait point, par ces absences répétées, éveiller l'attention des fournisseurs, qui, la plupart du temps, eussent vainement sonné à la porte.
Il préféra faire ses courses lui-même.
— Vous n'aurez pas chez moi toutes vos aises, avait-il dit au comte dans les premiers jours, vous ne retrouverez pas le luxe auquel vous êtes habitué; mais il faut en prendre votre parti. Ç^. n'aura, du reste, qu'un temps. Et puis, si je ne peux pas vous donner tout ce qui vous manque, je peux cependant vous offrir quelque chose qui n'est pas à dédaigner : le dévouement le plus absolu.
Gilles, pour toute réponse, lui avait serré vigoureusement les mains.
Tous les soirs, Fianquart, en rentrant au logis, rapportait au comte ce qui s'était passé dans la journée.
Gilles était donc au courant des moindres détails de la mystérieuse enquête à laquelle se livraient Morgand, Garadec et le commissaire de police.
Le seul détail qu'on lui eût caché était celui qui concernait les relations de Roscoff avec Marguerite.
Gilles ignorait toujours que le Russe fût l'amant de safemme, et le commissaire de police, qui toussait, cra> chait, se mouchait bruyamment chaque fois que le comte paraissait inquiet du sort de sa femme, avait bien de la peine à se retenir, et à ne point livrer le redoutable secret de l'adultère de la comtesse.
@ Nous avons expliqué autrefois que malgré l'amour coupable de Marguerite pour le docteur, de même que malgré la passion insensée de Gilles pour Blanche, ces 4eux fttres^ Marguerite et Gilles, ignorant chacun l'inâdoiiié âe r«uire, a^pùeni ^^ar4é, «a eppareBoe eomnie eià réalité,
POUR SON EM'AN'T 9i^
I regard l'un d« l'aatre, dei relations d'alfectoeuse sym* pathid.
Il s'inquiétait donc du sort de Marguerite, et comme Flanquart ne lui avait pas caché qu'elle avait été gravement malade, il avait exigé du commissaire qu'il s'informât d'elle tous les jours.
C'était assurément contre son désir, et en maugréant, que le bonhomme s'acquittait de la commission.
11 n'est pas sûr que s'il avait eu à apporter au comte la nouvelle de la mort de la comtesse, il eût réussi à déguiser complètement la satisfaction que lui eût causée cet accid3nt.
Cependant, comme les mois s'écoulaient et que le mystère de ces assassinats n'apparaissait pas encore bien clairement, le comte allait peut-être s'impatienter, et, tout plein de son désir de vengeance, réclamer de Morgand et de Flanquart plus d'activité, en exigeant d'eux qu'ils brusquassent le dénouement.
Et ce fut sur ces entrefaites que Morgand, qui, depuis longtemps, guettait la moindre des démarches de Roscoff, avec la patience d'un sauvage, — Morgand, qui suivait le misérable pas à pas, le surveillant, écoutant ses paroles môme les plus indifférentes, scrutant sur sa physionomie les impressions les plus fugitives, ce fut, disonsnous, sur ces entrefaites, que Pierre Morgand surprit la conversation de Roscofi avec Blanche, et pénétra ainsi dans le secret du cœur de cet homme.
Et ce jour-là, Morgand était allé trouver sa soeur, pensant bien que sa présence était nécessaire auprès u'elle et qu'elle avait besoin d'être consolée.
£n effet, elle était tout en larmes.
Et telle était sa tristesse qu'elle ne songea même pas à la cacher au jeune homme.
— Mon Dieul dit-il, vous pleurez I
Bile baissa la tête à plusieurs reprises, comme font les enfants, n'ayant pas la force de répondre.
— Puis-je connaître la cause de votre chagrin ?«.. ^-- Non.
•^ Cependant, veui save» combien ie vous aime, eooi-
04 roun son enfant
bien est gtunà mon déTouemQ&t poar vous... Bi je puii vous consoler, dites-le moi, je crois que vous n*&cirez /amais, en votre vie, de meilleur ami que moi...
— Je le sais, Pierre... mais pardonnez-moi de ne poa- 7oir yoQ? confier le secret qui m'afflige...
Morgand lui prit les mains et, avec le mouchoir dont elle se servait tout-à-l'heurc, lui essuya doucement les yeux. -^
Puis, gardant les mains de la jeune fille et parlant à voix basse :
— Ce secret, dit-il, m*est-il permis de le deviner? Si j^ vous avouais que ce secret n'en est plus un pour moi?...
— Que voulez-vous dire?
Et elle se dressa, effarée, le front rougissant de honte, de la honte de sa mère.
— Ce que vous pensez...
— Que savez-vous, Pierre î...
— Ce que vous savez vous-même...
— Pierre, je vous en prie, expliquei-vous,
— Le puis-je davantage? Et si je le voulais, me lait seriez-vous donc poursuivre jusqu'au bout?
— Oui, je vois que vous n'ignorez rien, dit-elle d'une voix altérée, et, vous avez raison, il vaut mieux que vou** vous taisiez.
— Pour vous, n*e8t-ce pas, et pour votre raèrel ! BUle cacha son visage dans »es mains.
Pierre reprit :
— Tout à l'heure, dans le parc, j'ai surpris votre Conversation avec le docteur Roscoff...
— Ah ! et auparavant?...
— Auparavant, je savais tout. Cette conversation ut m*a rien appris...
— Et ce secret, que, je croyais être seule à conn^itre, d'autres que vons, mon ami, l'ont surpris ?
Morgand eut d'abord l'intention de mentir, maïs à quoi bon ? Le dénouement n'approchait-il pas? Et tôt ou tard, Blanche n'allait-elle pas assister à ce dénouement?
•— D'autreji que moi Vfmi sorpri», éit-il simpleœeBt,
mais n'ayez aucune crainte» chère Blauchô, oe suut luut simplement des amis et personne ne trahira le secret que le hasard seul a livré.
Blanche regarda longuement son frère.
— Je vous crois, dit-elle ; mais, si vous êtes venu me 7oir et si vous avez vous-même vaincu vos répugnances pour me parler de cette honte de notre maison, vous n'avez pas agi de gaîté de cœur. Il vous a fallu, pour cela, une grave raison. Parlez franchement, Pierre, et dites moi quelle est cette raison ?
— Oui, Blanche, je serai franc... Vous rappelez-vous, Blanche, la conversation que nous eûmes ensemble, il y a plus d'un an, le soir de ce bal costumé que le comte donnait à toute la noblesse des environs ?
— Si je m'en souviens, Pierre?... Chacune de vos paroles est gravée dans mon cœur...
— Je vous ai dit, n'est-ce pas, en vous expliquant le trouble et Témotion que je ressentais, lorsque je me trouvais auprès de vous, je vous ai dit :
« Je veux vous consacrer le dévouement de toute ma » vie... nous sommes jeunes, Blanche, presque du môme » âge, tous les deux, notre vie peut être longue et il so » trouve souvent, dans la vie la plus courte, qu'on a be- » soin d'un ami à qui se confier, d'une main qui vous » aide, d'un cœur qui vous comprenne. »
•>— C'est vrai, Pierre vous me l'avez dit.
— Vous êtes donc sûre de moi. Blanche, et quoique vous dise, vous ne chercherez pas à en savoir davaniage...
— Qu'arez-vous donc à m'apprendre?
— Ecoutez, Blanche, ne m'obligez pas à être plus précis, je vous désobéirais. Voilà donc ce que j'ai à vous dire, afin que vous ne soyez point trop surprise par aucun des événements qui se dérouleront bientôt sou» vos yeux : vous haïssez le docteur Roscoff... quelles que soient les fourberies qu'il emploiera pour arriver jusqu'à votre affection, quelles que soient ses protesta* tions, quels que soient ses mensonges, haïssez-le touiouTi... Cet homm9 u% mérita quo ia hûm ; soyez ImpI-
toyable pour lui... plus tard vous fiaore/ pourquoi... ^ vous laissez même pas approcher par cet homme!... que sa main ne touche pas votre main... n'effleure pat votre robe 1...
— Ah I je n'avais pas besoin d'entendre cela pour It haïr, depuis le jour où, dans le parc...
Elle se tnt, rougissant de nouveau à ce souvenfa odieux.
— Vous souffrirez encore beaucoup, chère Blanche vos tourments ne sont pas finis et vous n*avez pas verso toutes vos larmes... D'horribles choses vous seront révélées... Ne désespérez pas, et souvenez-vous qu'un grand bonheur vous est réservé, un bonheur immense, infini, dont vous n'approcheriez pas dans vos rêves, dans vos imaginations les plus audacieuses...
— Mon Dieu, de quoi parlez vous?
— Je ne peux vous en dire plus long. Le bonheur qai vous est réservé, chère Blanche, sera si grand qu'il effacera vos larmes et adoucira l'amertume des pertes récentes que vous avez faites...
Et comme elle le regardait anxieusement, essayant de deviner, voulant savoir tout de suite, il lui prit les mains, y appuya deux baisers, et dit :
— Courage I Patience I... Ayez confiance en moi... en nous, devrais-je dire... Car nous sommes plusieurs qui veillons sur vous et qui vengerons le baron de Grèvecoaur, votre frère Maurice et votre père !,..
Et il sortit laissant Blanche toute songeuse.
Le marquis de Thévanne entra presque aussitôt. Sa présence et les douces paroles d'amour qu'il murmura à l'oreille de sa fiancée, ne contribuèrent pas peu à calmer celle-ci.
Quand le marquis, à son tour, s'éloigna, la pauvre fille avait les yeux moins ronges.
Et, jusqu'au sf'ir, jusqu'à ce qu'elle s'endormît, let mystérieuses naroles de Morgand lui revinrent à l'esprit ^t elle se demandait :
— Quel est ce bonheur? Que peut-il, après tent <l« quelle* souffraiiC€». m'arrirçr de m beijreçix?...
POtm SON ENFANT
Mais elle n« treuTa pat It? mol de Ténigme. Gomment eûl-elie deviaé que c'étaii de sou père qu*ïi s'agisiaii 7
Le lendemain, Blanche passait dan» le parc dn château, au bras de Pierre Morgand et surveillée de loin, sans qu'elle s'en doutât, par Flanquant et par Caraiec; il en était aiusi chaque fois qu'elle sortait; il en était de môme lorsque Roscofl traversait le bois, ou l'éj^arait, pensif, dans la campagne; il en était de mime encore lorsque Jean More quittait la ferme.
Car celui-ci, aussi bien que Roscofi, était resté libre.
Flanquart avait jugé qu'il ne pourrait arrêter le fermier sans inspirer des sonp^ni au médecin, on du ffioins le mettre sur ses gardes.
Du reste, il avait acquis la presqtM certitude que Jean More, dans le meurtre da comte, ainsi que, probablement, dans les autres meurtres, n'avait été qu'un ôtre inconscient, un instrument sans volonté et sans force, aux ordres de l'infernal génie de Roseoff.
Et il n'attendait qu'une occasion pour exécuter l'idée qu'il avait annoncée un joor à Morgand, et pour enlever le dernier doute, s'il en restait.
Blanche se promenait donc an bras de Morgand.
La matinée était tiède, le soleil brillait.
Tout à coup, au fond de l'allée du bois des Maréchaux qu'ils venaient d'atteindre, se découpa la silhouette d'un Somme que Pierre reconnut aussitôt.
^;et homme, c'était Jean More.
Quelques instants après le fermier passait kprès â^eux... Il était calme, salua humblement, et fit deux ou trois pas pour s'éioigtter, gardant toujours s« casquette à la main.
H sTait I l'antre nela ont énorme bouanet de vioiett*»
98 i^OtJh SON HNFANT ^
rjfii'on lai HTsit doDoées ou qu ii avait Itsi-mème ««.ueiMiefl daiik le jardin d'uo lànù k Poucherollds.
El ses yeui, hurtibierut^ol et peurt-oserneni, «lUient du bouquet de riolelte:» h bUucbe et de Blaocbo au bouquet de violettes .
A la &D il ^'eobardit et l'approcha.
pierre Morgaud, quand ii l'avait .tperçu toat à l'heure, ivait tressailli et sod bras avait forteiûeut serré cootre lui le bras de sa saur.
Mais il n'eut pas peur. Eu cas d'aj^ression, il fle savait capable de lutter contre Jeao More, robusite comme il ' était. Et puis, il n'iguorait pas qu'aui environs, ne per^ danl pas de vue la jeune tille, il y ivait Caradec et Plan-^ quart, robustes également iou> les deux.
Jean More, tremblant, disait, — le pauvre homme
— Si je savais pouvoir être agréable à la fille de mon. regretté maître en lui donnant ce bouquet de violettef et si j'Mais sûr qu'il fût accepté, je prierais mademoi- ., selle de te mettre sur la toiiibe de M. le comte, «n oié-^ moire des bontés qu'il a euet pour moi. K
Et i) tendait les violettei. ^-
— J'accepte, dit la jeune fille, émne de cette offre si|î; humble, malgré la répugnance toujours ressentie par ellag^' pour cet homme dont la rouge et sanguinolente figure^, l'avait tant de fois épouvantée dans son enfance... j'ac-rv^ cepie et je vous remercie, dit-elle, et le bouquet sera^v*. mis âur le cerciMil de mon père, je yous le promets, 4eâD More...
Il balbutia quelques mots de remerciement et s*ei% alla, oubliant îe remettre sa casquette. ^
Carâdec et Flanquart, de ioio, aTaient assisté à Tii cideni^ mais sans se montrer.
Quand (e fermier passa devant eux, le commissaire d^ police se pencha à l'oreille de l'ancien marin :
^ Allé' 4ire à M Murgaml qu'il faut que je lui parll et qu'U m» trouvera ici... Sosuite, oe perdei pas df vu^ ie^m More, rejoignex-l©, reste» avec lui à U forme jas-i qu'à €« que j' ailla tous y retronvw.ee
Hàfi^oee obéit, ftinsi qaïl A^&ïi rhabitude d» le fair®, san» dcifiaridHr d'explications.
Qi)/iFid Mor^Hod H^ut rH<>onduit Blanche au château, U revjij» M) bois. .<vert? par Caradec.
Lf enmmiss^ir»» de p<»lice ratteDCiaït.
— Merr.» de cotre prom()tilude, dit-il, ce que j*ai à foii' demander va vous paratlre étrange... ne tous en 4toDueî pa>, )« vous prie, demain ?ous comprendrez.
— Que désirez-vous, mon ami?
— h désire que demain, dans la matinée, mademoU âeîte Blani'he vienne se promener dans le bois des Maréchaux, et qu'elle suive l'itinéraire luivani : l'ailée principale, le chemin de Foucheroiiei et le lentier du parc pour regagner le ch&ieau.
— Bien. Je le lui dirai.
— Et vous croyez qu'elle consentira T
— Je le crois...
— Sans exiger d'explication?
— J'en suis sûr.
— Bien. Mais ca n'est pas tout. Faites en sorte de conseiller à mademoiselle Blanche de mettre demain, pour sa promenade matinale, une toilette claire... et priei-la de vouloir bien se laisser accompagner par moi, le plus humble et le plus indigne de ses ser?itears, pendant cette promenade,..
— Tout cela sera fait.
— Enfin, et c'est ma derailm recommandation, procurez-moi aujourd'hui même, avant cette nuit, une rolni pareille ou à peu près, à la robe que mdttra mademoiselle de Miremoud. Cette dernière demande l'étonnera plus que les autres assurément; mais répétes-lui bien, ce dont elle ne peut douter, que nous ne pensons qu'à elle, et que la moindre de nos actions, si bizarre qu'ellu paraisse, est inspirée par l'intérêt que nous lui portons» Demain, comme tous les jours, dans la matinée, le docteu/^ Hoscof .iendra sans doute au château. Vous lai ferei bon visage ei lui parlerez. En liant conversation» voos ramènerez au pavillon du jardin, sur la t«rrasse 4i'où ÏOii ci4eoovr« parf&Uemeiit k m^Méè ailée 4a boi» 4m
lOÔ IPODH SON tNPANT
MaréehauY et U sentier du parc qui iil» •« ^rdur^.Vouf 1« tiendrez là jasqu'à ce que vous nout ayee rus, mademoiselle Blancbf' et moi, passer dans Tallée, puis reveoir dans le sentinr... Est ce compris?
— C'ftst compriî* el convenu Que prép^reï- vous donc?
— Suffit Vous le aauret demain Ab j'allais oublier ttt) ppt»t détail qui a son importance. Ne vous préocciipeï de rien de ce que vous verrez... Coofeutez-vc»us de surveiller Ruscoff. et, comme il est protable qu'il voudra TOUS ^cbnpper ft un certain moment, reteut^z-le le plus longtemps possible. Maintenant, «1 vous ôtes étonné de ce que je vous fasse ainsi joaer un r6le dans une pièce à laquelle vous ne comprenes pas Krand'cbosu, c'est que demain je veui que vous soy«i voils-uiônie, tout d'abord, aussi troublé et aussi épouvanté < lue Hoscofl. Vous ne potirrei jamais mieui jouer votre lôle qu'en le jouant au naturel C'est tout ce q»iie je feui. Demain, Je vais entreprendr«« une grossi* partie contre le tnédtcin, et je tiens I mettre tous les atouts d^ins mon jeu. Adieu. N'oubliez fcucune de mes recommandations.
-^ Comptez sur moi.
Moi gand rentra au châtdUQ, pendant que Flaoqaart se dirigeait vers la ferme.
Blancbe Avait une trop grande confiance en son ami pour refui^er de se prêter à tout ce qu'il réclamait d'elle : aux demandes qn'elle it, Pierre n'opposa qu*une seule réponse :
— Il me serait hapossibie ^e tous satisfaire et de tous renseigner, dit-il... car je ne sais rien de plus que vous n'en savez vous- a)êm<î. J'obéis à Planquart, en ceci, aveuglément... et soyez sûre que nous n'aurons, ni l'un ni l'autre, à nous en repentir...
~ C'est bien, avait dit la jeune fille. Deuxain je suiTral Titinéraire que l'on m'indique. Si M. Flauquart se prétente, je ne demande pas mieux, puisque vous me le recommandez, de l'accepter pour cavalie ... Enfin, Toici la robe dont vous avez besoin. Celle que je mettrai loi ressembla ^n tous |>uiuts. iJ*i»si Umi ca (|ue to«i«
^0V% BON ÏMtàm lui
— C'est tout... dit Pierre. ^
Et séaDce leoante \\ 6t iio paquet de la robe, mit desaitf Tadresse et, par un domestique du château^ le fit portei aussitôt à Plauquarl.
Suivouà maiuieaant le commissaire de police et Toyoni ce qu'il «liait faire à la ferme.
Quand il y notra. Caradec, au coin dn feu, causait amicaleaient avec Jeau More, eu fumant sa pipe.
Et ils dégustaient un verre d'eau-de-vie blanche.
ËD apercevaDt le commissaire, le fermier se leva TiiremeoL, approcha une chaise du foyer.
— La matinée n'est pas trop Âroide, dit-il, et je croit que nous aurons le printemps de bonne heure cette année ; toutefois il ma semble qu'un petit ai'* de leu ne peut pas faire de mal...
Flanquart s'assit et alluma lui-même sa pipe.
Jean More se peacha, saisit une braise rouge entre les doigts, sans te bcûl^r, et la posa sur le tabac. Flanquart aspira deui ou trois fois, fortement, et la fumée apparut.
— Vous prendrei bien an petit ferre?... dit le paysan.
— Ça n'est pas de refus.
Jean More alla chercher ai yerr», le remplit.
— A la ?ôtre, dit-iJL.. et à U TÛire a«a«iy monsiaur Garadec...
— A la vôtre, Jean More, dit Flanquart.
Et s'essuyant les lèvres du revert de la main :
— Vous penseï bien, Jean More, que ce n'est pas pour boire votre eau-de-vie — qui est délicieuta, j'en conviens — que je suis venu vous voir?
— Je m'en doute un peu, dit le fermier, maii ?oaf lavex que je suis toujours à vos ordres.
-~ Je n'irai point par quatre chemins, monsieur Jean More, et je vais tout de suite vous proposer la chose, en vous faisant retiiarquer que ce que je vais vous demander, r'e>t dans votre intéôl seul que je le demande.
— J'ai confiance en vous.
— Je veus que ce soir, avant de vou» coucher, voni lireniex, à sa dose ordinaire, 1& famaaM jpoadM qu^ïi^oi a ordoiittia la docteur Eo»eôc
-» Miif 1) titt m'ea resta pins.
— En Toici.
gt FUnquart In! tendit le reste de la pondre de 8tr&'^ moiiium oon utilii^èe par le docteur Tardiéu et que Morgaud lui avait reudne.
— Cependani, monsieur Flanquarl, objecta le paysan, je vous ferai observer que lé docleur Roscoff ne oae donnait de cette poudre que lorsqu'il me voyait sur le point d'entrer dans une crise. Or, je ne me sens pas trop mal depuis quelques jours, et cela m'est donc complètement inutile.
— Je le crois, Jean More, m&ii je vous ai dit qu'il fallait avoir confiance en moi.
— Eh bien, je vous obéibài, monsieur Fianquart, et pour que vous soyez sûr que je ne vous ai point trompé, je prendrai cette poudre devant vous.
— C'est très bien, Jean More, et je n'attendais pas moins de votre soumission, mon brave...
— Et je ne peux pas savoir quelle est votre intention, en vous substituant ainsi, pour me soigner, aux lieu et place de M. Roscofî?
— Je ne peux vous le dire... Piiis tard, peut-être, vous ie saurex. Ge que je dois vous affirmer, par exemple, c'est que, de votre obéissance absolue à mes exigences, si bizarres soient-elles, sortira la preuve que vous èies innocent.
— Alors, Je n'hésite plus, monsieur Fianquart, et je remets mon sort entre vos mains.
Jean More prit la poudre, en mesura une dose dans une cuillerée à dessert, nléiangea cette dose dans un demi-verre d'eau et l'avala sans sourciller.
— Ça n'est pas bon à prendre, dit-il, ça vous gratte le gosier comme si on avalait de l'eau forte... ma parole, le docteur Koscoff aurait bien pu choisir quelque chose de meilleur... Eafin...
Et pour faire passer le goût, il se versa un verre d'eauéle-vie et trinquant avec Fianquart et Garadee : »-*• A la vôtre, dii-ll ^h^ Yi^«» ^9m KUmMi éll le e^mmi»<^i»»c
flauguart s'pxj «illa bientôt,
Mais, avant de partir, il attira Caradcc à p^rt,
-- i:'t;î.t â partir de ce moment surtout, dit- il, qu'il
faut iltî U surveillance. Ne vous éloigna» pas un instant
de Jean More, SQU8 quelque prétexta que ce soit. La
moindre iibî>eqc^ pourrait c^us^r des malheur» irrépa-
rutjifi*,
— Si Jean More se met au lit?
— Restez auprès de lui,
— S'il se lève, $'i| a'çu va dans len champs?
— AccQmpagnçîç-le,
— Si le délire, si la flèvre le ppepd,
— Oh I alors, ami Garadec, dit le commissaire d% police aye<î qne singulière émotiop, j© voudrais vous attacher h lui, 9^^u d'être ^ftr qu'en cet état vous ne le quitterez pas.
— Inutile de m'attacher, camarade. Vous pouvez compter 5UÏ" moi. Je me ferai couper en morceaux plutôt que de m'éloigner d'un pas.
Flanqu4ft n ajouta plus qu'uo mot, en $b penchant à ^oreille du viewx marin, mais cq mot at tressaillir Caradec,
— Il y va de la vie de Blanche de Miremond ! dit-Il. Cpvaîiec étouffa une pourdp âxclaraalioa et regarda le
conirnissaire de police avec terreur.
51ais ceiui-ci, ne voulant pas aire interrogé, ne voulant pas donner de plu» amplei explications^ était déjà parti.
Vf
Le îeiîderoam, Il fit^ dès l'aube, nn temps superbe. Le soleil reâplendissait daus le bleu d'ua ciel âuroirabiament pur.
BlaRchQ, intriguée par le rôle mysiériens quê Pierre MiHgiàïK^ pi faisait jouer, fat debout dè« if première 'mr^ff^ i\n pm, et «<» r^v^M-tv, ^inn «!n'«m Pâvalt promis
au jeane horom«, d'une robe de nnanee clair*, en tout semblable à celln qae le tcuiptear avait eavoyée U Teille Il Flanquarl.
Du resttt, eût-elle oublié les recommandatioDi de Morgand que le jeiioe boni me, arrivé de boune heure au châleau, se tôt edipressé de les lui rappeler.
Quand Blanche ouvrit sa fenêtre, elle aperçut Pierre qui se promenait de long en large dan:» le jardin, en fumant une cigarette.
Elle descendit aussitôt et alla le rejoindre.
Pierre jeta sa cigarette e( lai offrit son bras.
— Vous le Toyeï, dit-elle, je luie sous les armes. J'attends vos ordres. Quaft4 U faudra que je parte, vous me préviendrei.
— Vous gagnerei le parc aassitôt qne le docteur Roscofl, qui rient tous les matins à fcuchemlies, sera ici.
— Il esl huit heures. Le docteur n'arrive larnais, je l'ai remarqué, avant dix heures. C'est donc deux heures que j'ai devant moi. Je retourne chez moi, j'ai une lettre à écrire...
— Une lettre? dit Pierre en sonnant et en la regardant avec des yeux oh brillait une tendresse profonde... Une lettre?... Toulei-voui me permettre de deviner à qui elle est destinée 7...
— Non, dit-elle en réagissant, ce serait trop facile. Et elle se sauva.
Et Pierre, la suivant de regard, murmurait :
— Thévanne sera heureux... pourvu qu'il n'apprenne jamais le seost de li naissance de cette chère enl.tntl...
Et il songea que de grandes douleurs alteoUaient Blanche encore, ainsi qu'il le lui avait dit, mnis que ces grandes douleurs disparnliraient devant la joie immense qu'elle éprouverait en apprenant que son père — son phre qu'elle chérissait tant — n'était pas mort.
S dix heures, airssi que Blai»che l'avait prévii, la âocteur Koscoff arriva, entra au chAteaii et alla rendre nsite à Marguerite.
Presque aus$;itôt la jeune fllle sortit, descendit an Jardio, ^'arrAt^ «nr U t«îTa««#i, eapArant çrn*eU« an#r<SiH.
K)OR SON BNFANf 105
waii il^orgaûd «ûe dernière fois, puis, toute troublée du mystère qu'elle devinait autour d'elle et presseuiaot un aiiiinti, elle sortit du jardiû, gagna le parc où elle prit Fallée principale, ainsi que Morgand le lui avait recommandé U ?eille. . • •
Au même moment, une scène profondément émouvante se passait à la ferme, dout tous les ouvriers étaient» à cette heure-là, occupés dans les champs, et où il n'y avait, à l'instant où Roscoff entrait au château, à l'instant où Blanche s'en allait en forôt, où il n'y avait, disonsnous, que Caradec, Planquart et Jean More...
La veille au soir, le fermier avait été pris de frissons, et n'avait pas bougé du coin du foyer, où flambaient de grosses souches de bois.
Caradec était là, toujours, qui l'observait.
Jean More, jusqu'au soir, s' avait paru éprouver aucun malaise.
Ce fut asseE turd d^ris la toirée que la Sevré le prit.
Son visagâ changea, ses feui devinrent rouges, ses lèvres se détendireni ec tombèrent, laissant voir les dents malades et les gencives sanguinolenites.
A plusieurs reprise^ il passa la main sur ion front, comme s'il eût senti s'en aller sa raison.
— Voyes-vous, monsieur Caradec, dit-il d'une voix étouffée, je crois bien qu« Je vais avoir une crise... j'ai peur... ne me quittes pas...
— Reprenei le dessus, mou cher Jean More, disait le marin... il ne faut pas se laisser abattre... il faut avoir de l'énergie, non d'an sabord I
Mais Jean More eut beau combattre, la fièvre fut plu« forte que lui et le terrassa.
Les denz hommes, l'un en face de l'autre, demeu* rèrent ainsi, longtemps silencieui:.
Puis, lout à coup, Caradec tressaillit.
Jean More venait de se lever, avait jeté sa pipe et Tavail écrasée d'iui coup de talon f«rieujL.
-~- Eli bieu, qu*est-ce qu'il y a?
Mais Jea>i More n'écoutait piuà, ne comprmiaU p\m llunjrriiurail, bredouiliant, presque incoiupréhen^iblet -- Oh 1 j'en suis sûr je les retrouverai... ils ne m'échapperont pas toujours... je sais où lis se cacheut. et j'irai les surpreodre...
Caradec, étonné» ne «e doutant guère qu'il avait auprè>5 ée hii UG moaornana, et que, brusquernenl, le fermier inoffensif avec lequel il s'entretenait toutâ l'heure, s'était changé eu un fou de U plus dangereuie espèce, ^Garadec rînterrogea :
— De qui pariax-voust
Au lieu de répondre, Jean Mofe murmurait toujourâ ;
— C'est înîernai, ce qu'ils font là... Voilà quMU me désbAbiilenl, à présent, et qu'ils me jettent sur le corpB des clous rougis au feu... Aie ! aïe !... ils m'arrachent les ongles!... les misérables... les misérables I... £t je le>^ Tois, lis se moquent de moi, ils n'ont pas pitié, au contraire, ils rient... Ah 1 je me vengerai, allei, et quand je vous tiendrai, un jour I...
Et il agitait tes bras, faisant des gestes violents... et Fécume lui coulait de là bouche et les jeux fortaient de l'orbite.
— Mais il est fou t se dit Garadec.
Il lui secoua fortement le bras... à le lui casser.
Mais le fermier CK)ntinaait son monologue sinistre, gc^siiculait et marchait dans la chambre, sans voir Garadec et sans l'entendre.
Garadec, repoussé, Tétreignit de novveau, de toute? ses forces .
— Jean More, dit-il, restex donc un peu tranquille, s'il vous platt, et regardez-moi en face, là, bien en face... et dites-moi si vraiment vous ne reconnaissez pas le vieui Caridec I...
— Ils me tueront, je tous le dis, ils me tueront à force de me faire souffrir... oh! les monstres! G'est bon.,, c'est bun... patience f..,
Il repoussa de nouveau le marin et t'élança ,vers la kfidure qu'il ouvrik
Étridec, croyant qu'il allait se préfcipitftf à^ihan^ âi> ft/U dflvâiit lui. Mais le fermier De fit pas nu ffiouv«ment pour sortir ; seulement, il regardait obstinément dans la direction du château de Foucherolles, comme s'il ivait éié attiré là, malgré l'obscurité de la nuit, par quelque spectacle mystérieux.
II ne partait plus.
Pendant plus d'une heure, il resta h la fenêtre.
Puis il revint près du îeu, frissonnant, tout le corps t?giié de convulsions douloureuses.
Il ne cessa pas une minute de détirer, pendant cette nuit...
Il se coucha Ters une benre» s*éte^dant tout habillé sur son lit, mais ses yeux restèrent ou?erts, il ne dormit pas...
Parfois il se dressait debout, terrible, etfrayant, sur son lit, les deux poings tendus vers le château, proférant d*horribleo imprécations.
— Eh bien, murmurait le marin, pris de compassion, mais non effrayé, si le docteur Roscoff 8*imagine que sa poudre lui fait du bien, à ce pauvre homme, il a l'air de prendre le Ôl de carré pour du bitord. On dirait plutôt que c'est cette diablesse de poudre qui le rend ainsi et qu'il est pr6t à avaler sa gaffe. ••
La nuit s'écoula en des transes perpétuelles pour le marin, descendn aux fonctions de geôlier et de gardemalade.
À plusieurs reprises, Jean More essaya de sortir, mais trouvant la porte f«rmée, revint à son lit.
Enfin, le matin arriva ; le jour naquit.
Vers neuf heures, Flanquart frappait à la porte.
Un coup d'œil lui suffît pour se rendre compte de l'état dt santé du fermier.
— Ah I ah I dit-il aTec stupéfaction, la poudre est bonn^, à ce qu'il paraît, et Roscoff me semble s'^ ^on« naîtra.
— Pardon, excuse, dit le marin, et c'est comme remède qu'il emploie cette poudre, je crois qu'au Heu de t*y connaître, il se trompa, au conUaira...
ttf^
POUR aoV KVPAVT
— ÎHirblen I j'y eomptais...
'^— Ah 1 très bien, fit Caradec cr^î ne compronslt pa». Mais vous savez que cet horame est fou ? Ou s'il n'est pas fou, je ne donnerais pas cinq centimes de sa raison.
— . De mieux en mieux. Depuis longtemps vous ne m'avei pas fait autant de plaisir, maître Caradec.
Lt*- marin se contenta de regarder le con.missaire de police avec de gf ands yeux ébahis, mais ne répliqua point. Le mystère continuait pour lui el comme il savait que tôt ou tard ce mystère lui serait expliqué, il prit patience, ralluma sa pipe et s*assit, atténuant les événements.
Jean More n'avait pas reconnu Flanquart, et pendant que celui-ci se faisait raconter par le marin ce qui s'était passé dans la nuit, le fermier s'approcha de la porte restée entr'onverte et l'ouvrit tout à fait.
Flanquart le vit, mais comme Caradec allait retenir le monoraane, le commissaire de poliiîe l'arrêta.
— C'est bon, laissez- moi faire.
Et il alla prendre le fou par le bras.
Jean More traversa ia cour, et tout à coup Flanquart, le tournant vers le château, lui montra du doigt une forme blanche qui apparaissait sur la terrasse.
C'était Blanche de Miremond.
— Vois -tu, Jean More, cette jeune fille, là-bas?... Et le fermier regardait toujours.
-— La vois-tu? la reconnais-tuf disait le commissaire de police... C*est ellw surtout, lu m'entends? tu me comprends? C'est elle qui te persécute 1 D'elle, vient tout le mal qu'on t'a lait'...
^— Je la tuerai, comme les autres...
Flanquart frémit, et très pâle ;
— C'est elle qu il fallait tuer, ce n'est pas Crftvecœur... ce n'est pas Maurice de Miremond... ce n'e«l paé !e comte Gilles, que tu as assassinés... ^
— Je les ai assassinés, oui, tous les trois, ei elle aussi }e la tuerai... Tous ces gens-lâ se sont donné le mot pour me persécuter... ÏU veulent ma mort... Tenez, la fxjyeis.vons, elle ? Ia vov^iî-vo^îs qui me jette des pointet
POUR SON KNFANT 109
ém ttrt roug« dam ce qn© je mang»?... Ah î coquine, tu Tts voir... toi, comme les antres...
Flanquant et le fou disparurent dans le bois.
On signe du commissaire de police à Caradec avait averti ceini-ci, qui le» suivit de loin, non pas dans Tallée 4|fi*ili avaient prise, mais à travers bois.
Quand le docteur HoscofT sortit de chez la comtesse, il trouva Pierre Morgaud au bas du perron.
— Bonjour, docteur, dit le jeune homme en tendant la main au médecin, lequel fut d'autaut plus ravi de cet accueil, qu'il n'était pas habituée une pareille expansion de la part du sculpteur.
Les deux hommes se serrèrent la main et Roscoff ne vit pas que Morgand devenait pâle à ce contact, que ses jeux lançaient des éclairs et qu'un immense dégoût lui montait aux lèvres.
Morgaud passa familièrement ton bras sons celui du médecin, de plus en plus étonné, et comme, pour entrer en matière, il fallait un prétexte quelconque, il s'informa de la comtesse, alors qaH Mvait par Blanche qu'elle était hors de danger.
— La comtesse est sauvée, dit RcMieoff.
-^ Et grâce â vous, docteur, c« qui fait f o'ella vous devra deux fois la vie.
— Je puis reconnaître, sans que ma modestie en soit effaroucbée, que si la comtesse n'avait pas été soignée avec dévouement, son état aurait empiré dès le premier jour, et alors deux catastrophes é§aiement terribles eussent été à craindre.
— Lesquelles ?
» La mort — et c'eût été la plut douce — ou la folie, dont madame de Miremond est restée longtemps menaf4e.
En causant, car la conversation l'engagea bien vite, ils atteigrtirent la terrasse.
Là, il* s'assirent et allumèrent des cigares...
Ils n'y étaient pas depuis un quart d'heure, le regard loorné vers la foret, quB Hoscoft se levait et le dirigeait
iîÔ POtlti SON ENFANT
?erB te bord extrônme de îa terrasse donnant sur le pAté, et pins loin, sur le bois des Maréchaux, ce bois de sinistre mémoire où trois crime» avaient été accomplis par ><oo ordre.
Pif-rre Morgand avait suivi son regard.
— M.i<iemoisf Ile de Miremood ne craint pas le broniilard, dit- il, c'est à paine si le soleil est levé qu'elle est daiiii ta forêt, tantôt à cheval, tantôt à pied...
Car c'éUrt Blanche que Roscoff regardait ainsi.
Et sans qu'il sans doulÂt, en la suivant ainsi des yeux, son visage âvait pris je ne sais quelle expression indéfinissable de tristesse môlée de bonheur, d'espérance et de regrets... la tristesse d'être détesté de son enfant. ..le bonheur de l'apercevoir... espérance d'être aimé d'elle plus tard... regrets de ne l'être pas plus tôt.
— Encore une que vous aveu sauvée, docteur, dit Pierre i^iorgand qui était ta veine de flatteries.
Mais lui secoua la tête.
— Non, dit-il, elle o't, heureusement, jamais été en danger de mort... J'ai hâté sa convalescence, voilà tout... Du moins, c'est ce que je croi»...
— Et elle vous en garde ane r6Connaissa4[)ce profonde. Roscofit tressaillit et se retourna flyement Ter^ le
icuîpteur.
11 avait cru remarquer nne nutnce ironique dans les paroles qu'il venait d'entendre.
Mais il fut dérouté par le regard clair, l'œil plein de franchise âr\x jeune homme.
— Vous vous trorapei, monsieur Morgand, dit-il d'une voix altérée, cette enfant a toujours paru avoir de l'aversion pour moi... D'où vient cette aversion? Je ne Oin l'explique pas, je Tavoue. Caprice de petite fllle, iaû* doute, sentiment que l'âge modifiera.
La conversation tomba, sur ces mots.
Dans la grande allée, Blanche se promen&i^ lentement, un livre à la main, et Roscofî, de la terrasse, sur le parapet de laquaii© il s'appn/ait, ce la perdait pas d^ vue un leul instant.
Blanche dlsp^,?Bt «i klai, êêiîikm km tuttn» — et
depuis loDgiemps elle av&U disparu que Eoscotf essayait encore de la retrouier, de la devioer là où elle devait être.
Et tout à coup, il poussa un cri sourd....
La tdie penchée en atant, atrocemeot pâle, ilregarcUit.
Il y avait encore quelqu'un dans la grande alléb,. .
Mais cette fois, c'était un homme.
Et cet homme, c'était le fermier Jean More !
Non pas le Jean More, marchant d'un pas posé et régulier, le Jean More calme des jours san« criie, mais le monomane terrible, à la démarche chancelante et irrésolue, allant par bonds et saccades. Cette démarche que Roscoff connaissait l>ien, et qui ne pouvait lui laisser de doutes sur l'accès de folle aaquel le paysan était eo proie...
— Ah t grand Dieu 1 mnrmura ilnfime... Blanche est perdue 1!
Jean More Int-mdme, disparut, «'en allant dans la direction que Blanche avait prise.
Et derrière Jean More, aux côtés de Jean More, per» sonne.
Oh donc étaient Caradec et Flanquart ?
Roscoff ne faisait plus un naouvement, restant comme pétrifié, les yeux fixés sur le bois, espérant sans douta Toir au loio réapparaître sa fille.
Où la rejoindre, dans ce dédale de chemins et d« petits sentiers qui se croisaient et s'entrecroisaient?
Il eût pu, comme en un labyrinthe, cberchei Blanche pendant des heures entières sans la trouver...
En outre, quel prétexte invoquer pour se précipiter ainsi I la recherche de la jeune fille?... Quel prétexte invoquer pour ne pas exciter les soupçons?
La sueur coulait de son front, tant v«on épouvante était grande; ses dents s'enirecboquaient; il était d'une pâleur verdâlre et uo brouillard obscurcissait ses yeux,
— ^')u'avei-vou8? demanda Morgand, auqi^el cette émotion ne pouvait échapper. ,.
EoscoQ fit un appel suprême à ee qol loi restnil M forces et essaya de sourire.
lis POVR 8«N ENFANT
— Ottem^tlDée est vraiment saperbe, muromra^i-il, et le soleil est chaud comme au mois de juin!
Il fit quelques pas sur la terrasse pour se remettre. La curiosité de Morjçand était vivement surexcitée.
— Qu'est-ce que Flanquant a doue préparé? se demaniait-il.
Et, do môme que Hoscotf, il regardait le boii comoM si, du boiB, devait venir le mot de l'éoigme.
Blanche, après avoir suivi Tallée pnocipale, prit le cbemiD de Poucheroiles, ainsi que le lui avait reeoin* maudé Fiaoquart par l'intermédiaire de Morgand.
Elle lirait toujours et toujours marchait doucement.
Le chemiu de Foucherolles longe d'un côté la haute fotaie, et de l'autre, du côté du château, une longue et étroite bande Je la forêt où l'on avait fait pendant Thiver des coupes de bois, de telle sorte que les promeneurs ou les paysans qui passaient dans ce chemin pouvaient être ▼us distinctement, pendant quelques minutes, par des observateurs placés sur la terrasse du château.
C'était sans doute ce qu'avait voulu Flanquant.
— Mademoiselle de Miremond continue sa promenade, murmura Morgand à l'oreille de RoscoS, en lui montrant, au loin, la robe claire de Blanche, parfaitement visible, grâce à la nudité du bois, à l'endroit où les arbres avaient été abattus... Elle est sur le chemin de Foucherolles... Elle va sans doute jusqu'au village où elle a ses pauvres à voir... Klle fit la providence de tous les misérables 4e la contrée...
RoscotT réprimait espoir, ion viiage s'éeliiraii. Il pensait :
— S'il est vrai que Blanche s'en aille au village, elle est sauvée ; ou bien Jean More perdra sa trace et Blanche ne revenant pas par le même chemin, U ne pourra U retrouver; ou bien, moi, j'aurai le temps de la rejoindrt et de veiller sur elle... et je tnerai Jean More, s'il le fâttii poor protéger Blanche...
Cella-d disparut de nsnveaa.
Bt I peine ne ia vejait-on pins depuis qntlqntf s*-- ^ndes, que éêrtiêm elle, dam le m$m.« eheoiUac
f^iOV SON fSNFÀN'l US
uLii im homruti, marchant eourbé un doux, eomme s'il avait peur d'6tre aperçu.
Et cet homme, c'était toujours Jean More!
El RoscoQ Tapeiçut, et, avec un nouveaa cri d'angoisse, sans réfléchir à ce qu'il disait :
— Voyea... dil-il, voyei... là-bas, cet homme 1 Pierre joua l'étoDaernent le plus profond.
— Ne le reconnaissez-vous point, docteur? C'est un de vos clients, cependant, le fermier du chÀteau... Jean More...
— Oui, je le reconnais... il semble suivre mademoi- «lelle de Miremond comme quelqu'un qui se prépare à commettre un crime.
— Bah I docteur, vous avez Timagination lugubre, ce matin... Pourquoi voulez-vous que ce pauvre diable, qui e>t inoifonsif, voos le savez, es veuille à mademoiselle de Miremond?
— Inoffensif f murmura Roscoff, tressaillant.
— Non seulement, mais encore malade et faible comme un entant, puisqu'il peut à peine travailler?
— Faible comme un enfant... répéta le docteur en écho. Et dans son angoisse atroce, ses mains se fermaient
et s'ouvraient, et les ongles entraient dans la chair.
Jean More suivait le sentier parcouru par Blanche.
Sur le point de disparaître, comme elle, dans la direction du village de Foucheroiles, il s'arrêta, revint sur ses pas, puis, traversant la coupe, s'en alla, à l'entrée du parc du château, se cacher dunt det broussailles.
Roscoff respira.
— Eile est sauvée, se dit Roscoff, j^mirai le temps de rejoindre Jean More et de le retenir...
Et il £ii un pas vers Tescalier qui descendait de la ter* rasse dans le jardin.
Une main robuste qui se posa sur son .épaule, l'arrêta brusquement.
C'était Morgand. Roscoff ne songeait plus à loi. Il l'avait complètement oublié.
— Où donc allez-vous si vite, dooteor I Ht Môje««âa d'ttia ton ironi^oe, i
1Î4 POUR &*N ENFANl
— J*ai oublié un mniadD à Fouciiers> :s, :.:iii:!iii& ii^ médecin, un malade en dinger de mort... et il faut que je me sauve bien vite, si je yeux éviter le reproche de négligence...
— Bast 1 TOUS, négligent? Je n*on croti rien. ÀvdueE plutôt que C'est un prétette pour vous éloigner...
— Ai-je donc besoin d'un préteite pour cela?
— Il parait, puisque tous y avez recours !
RoscoÛ était en proie à une hésitation cruelle, combattu entre la peur de livrer son secret et le désir impérieux d'aller rejoindre Jean More dont il craignait la folie.
Il resta. La peur remportait, en ce moment, sur son affection pour Blanche, soit qu'il traitât intérieurement sa crainte d'imaginaire, soit que, s'il voyait Blanche eu danger, il oe jugeât point le danger aussi immédiat qu'il le paraissait.
Jean More, on instant disparu dans les broussailles, en sortit presque aussitôt, changea de place, et alla se recacher un peu plus loin, dans un inextricable roncier, à travers lequel il semblait qu'un renard, un lapin, un faisan seul, pussent hier.
Et Roscoff tremblant, réfléchissait toujours :
— Evidemment, c'est pour attendre Blanche quMl se eache, c'est à Blanche qu'il en veut !...
Tout à coup, la formé de la jeune fille apparut dans le bois, non plus dans le fourré, mais au eœur môme du massif.
C'était elle, on ne pouvait s'^ tromper, bien facilement reconnaissable à sa robe claire et à son chapeau.
Que faisait-elle là, dans les broussailles, au milieu des épines, au risque de se blesser et de se déchirer?
Elle n'était plus qu'à quelques pa&» de Jean More.
Elle n'était donc pas allée au village de Foucherolles, comme Pierre Morgand l'avait insinué, comme un instant l'avait cru Roscotl ?
Après s'être promenée jusqu'à la lisière, elle était ^ vergue sur ses pas, sans doute, et p&r oae bicarrerlf'de jeune 6lle, au lieu de continuer I suivre les «liées rt*r HM petits sentiers, eik avait f^ à infcrt ie i««né-
POCfe SON ENFANT Î15
Roscr^f ViQ flvAit pin»..*
V^âl*^ -OS yeux b;igards, mç^s deux OQAms crispépi étrelgnirent le dossi» r d'un fauteuil de jardin.
Si Jeaa More était là pour Blanche, c'en étaii fait ij?'eU«...
hi jeuoe BHe «Tançait toujours, le haut du corps seul vi«i{b!e au-de.ssii8 da^ basseï branches...
Et distiMClemeiit, Roscoff, dont les yeux — dins cet instant de surexcitaiion — acquéraient une intensité extraordinaire, aperçut le terrible monomane qui, îente- TDQQiy avec précaution, avauçal4 la tôle hors du fourré, guettant le passage de Ja jeun* ÛU« sans soupçons et sans dér«nse...
Alors un grand cri s'échappa de la poitrine de Roscoff à demi-fou de terreur :
— A moi 1 I A moi ! ! Au secours 1 1...
Et Morgaud, qui avait tout ?u, mais qui avait confiance euFlanquart et dans les précautions prises par le commissaire de police, Morgand, impassible, demandait :
— Qu'y â-t-il, docteur? Que voyex-yous ? Quel danger nous menace?...
Telle était l'émotion du misérable qu'il put à peine s'exprimer ; sa voix sortait de sa gorge, pareille à un râle d'agonie, et ne ressemblait plus à une voix humaine,
— Là! là ! disait-il... montrant du doigt le bois des Maréchaux... ne voyez-vous rien?...
Morgand feignit de regarder pour la première fois.
— Pardonnez-moi, dit-il... vers l'endroit que vous me désignez, j'aperçois toujours mademoiselle de Miremond qui a pris à travers bois, par le chemin du parc, — le chemin le plus court - pour revenir auchâtaau..*
— Et c'est tout ce que vous voyea ?
— C'est tout I
— Regardez... de ce côté, près de ce grand boulean.,^ cet amas de broussailles,..
—-Je vois...
— Vous Vie distingues rien ?
Morgand fut quelque temps sans répondre J
— Au fait, il me semble -^ dit-il d'un air déta^^fié -«
^'^ POUR SON BNPAinr
que j'y aperçow la tête de Jean More*.. Le brav* hom-m« anra protité de la chaleur et de ce bon soleil vivifiant pour aller faire un somme dans le bois... ^Blanche se rapprochait du monomane. Elle allait passer devant lui... Il n'aurait plus qu'à étendre le bras pour la saisir, et une minute suffirait pour que la jeune fille fût étranglée par le fou !...
Jean More retira la tête, comme une b^ie fauve qui, après avoir guetté sa victime, se cacherait tout a fait an moment de son passage...
lioscoS se laissa tombera genoux, se tordant les maint.
— C'en est fait d'elle.... il va la tuerl... Gomment faire pour lui porter secours?... Blanche I... mon Dieu !... mon Dieu !...
Et plus bas, le misérable ajoutait :
— Quel chAtiment terrible î
«-De qui donc parlei-vous ?... demanda Morgand... serait-ce de mademoiselle de Miremond ?... En ce cas, dites-moi quel danger elle peut courir...
— Un danger de mort 1...
— Lequel? D'où viendrait-il?... Je ne vois rien qui la mienace. .. quels sont les motifs de votre terreur?
— Mais vojs ne coaipn^nez donc pas?
— Ma foi, non, je ne comprends rien, je l'avoue. Roscoff se tuti... O'i'allait-il dire î... Que Jean More
était fou, que sa fo'ie élait furieuse, qu'elle s'attaquait aux hommes dont il se croyait persécuté?... Mais rjire cela, autant valait se livrer.
Dans un accès de rage, il enfonça se» onigles dans la chair de son front elle sang coula abondamnjent âurse« yerx, snr son visage...
-^ Vais-je donc tout perdre d'un seul coup?...
A ce morïîenl, Blanche passait devant le fan.
Roscotf *«« dre^isa, appuyé sur la bahjstrade qui courait le long du parap«l, el Morgand lui-mêuie oublia un instant le misérabie, sous l'etnpirr ûh i'émotloû qai l« wrraità la gorge.
1(6 monomane n'avait fait qu'on bond.
D'un raut, pareil h un ti?r© altérfe de ^aoff, il «'était
POUR SON BNFANT 117
èhnoi de« brouss^tlles et retombant sur \m épaules de la jeune Ô!le l'avait abattue d'un seul coup, 3
Eii^^était tombée sans pousser un cri.
Et {{oseoff, lui aussi, é^ait tombé, raide, évanoai, no lisant qu'ua mot :
— Ma fille 11
jît Pierre Morgand, foudroyé, se sentait incapable de faire un ge^te, <!e pousser uu cri,., tendait seulement les mains vers le bois... implorant an secours qui ne venait pas, répétant :
— Ma sœur!,., ma sœur !...
Et il allait s'élancer, passant sur le corps inanimé du médecin russe, quand il se souvint des mystérieuses paroles que lui avait dites Planquart : « Ne vous étonnez de rien... ne vous effrayez de rien surtout... Si je ne vous mets pas dans la confidence de mon projet, c'est que je désire que vous jouiei votre rôle au naturel... » Et Flanquart lui avait recommandé de ne quitter Roscoff sons aucun prétoAtel !... Que signifiait cette lugubre scène?... Il avait bien vu, cependant, il ne le trompait pasl... qne croire t.. .
Jean IVIore, dans le sentier du parc, l'acharnait hideu* lement sur Blanche.
Les malus étaient enroulées autour dn eon delà jeune fille... Et pencbé au-dessus d'elle il Tétreignait de toutes ses forces.
C'en était trop pour les nerfs de Morgand.
Pouvait-il demeurer plus longtemps dans une incertitude aussi atrocement épouvantable...
Il se précipita de la terrasse, courant comme nn fou, et en quelques minutes fut au bois des Maréchaux...
Mai^ \k, au déttKir du chemin, il s'arrêta effaré, chance^ani, étouffant an grand cri de joie...
Blanch«... Blanche, sa sœur... revenait doucement, an bras de Flanq-iarl, le commissaire de police. .^^ pendant qu'à cen» mètres de là ^uivait Garadec, le nez en l'air 0t leb main^ dan* lej» poches...
— B%jncbe... vous!... vous, ici?,.. Blancbe !.., oh \ mon
118 POUB SON ENVANÏ
Dleo, qxiel botihearî.,. Et moi qni croyais «n»lr th.-, Moi qui...
Il û'en put dire dafantage.
Il eut une faible-sse, s'appuya contre un arbre et glissa le loDg db troQC jusque sur le sol, où il resta, pâle comme s'il lu», mort.
— Qu'est-ce qae tout cela signifie? marmurait Blanche alarmée.
fit courant verç le j»une hoinm^ i
-— Pierre! Pierre!!
Et elle se préparait à lui donner des ooins.
Mais FUûquart oe lui en laissa pas le temps.
— Venez^ mademoiseile, yene», il le faut... Caradecse chargera de faire reprendre connaissance k notre ami, plus tard, tout tous sera expliqué...
Le commissaire avait le sourcil froncé et paraissait mécontent.
Il grommeU :
— La peste soit du garçon, il a en peur!... Qui sait, à présent, ce qu'est devenu RoscofF?...
Il ôt un sigue à Caradec qui s'approcha de Morgandet lui frappa dans le creux des mains.
Blanche et lui s'acheminèrent vers le château.
Quand Morgand revint à lui» il considéra le vieux marin avec étonnetcent.
ïl était évident que la mémoire ne lui revenait pas.
Quand il se souvint, son premier mot fut pour Blanche.
— Elle n'est pas morte ! Dieu ! que j'ai eu peur I
— Est-ce que vous craigniez pour la vie de mademoiselle de Miremond t fit naïvement Caradec...
Morgand resta pensif. Il n'avait pas rôvé, pourtant. li avait bien vu Blanche passer devant lui, au loin, dans hibois des Maréchaux... 11 avait vu aussi Jean More qui la suivait... Jean More qui se cachait dans !^s broussailles... Jeaii More qui se précipitait sur la jeune hlle et i'étran glâit...
Et ce qui lui prouvait que ce n'était pas «m rôve, c'est que iioscolf, lui aussi, avait vu !...
Pierre se releva, étourdi par ces év»Srtemenx^... n'ayant
POU» SON ENf AST 1^
pas eîcorô la lète bien solidej et regagna le cbaleau, appuyé -iur le bras de Garadec...
Si peu de tenapë qu'eût duré Tévanornssement de Pierre, il avait toutefois suffi pour que Blanche et Flanquari prissent sur lui de l'avance.
. Quand il entra au ciiâteau» il aperçut le commissaire de police qui descendait seul lejardiu...
Pknquart accourut vers Morgand.
Son vidage était toujours aussi mécontent.
— Je vous avais prié de ne pas quitter ie docteur Roscoff, dit-il, où Tavez-Tous laissé ?
— Evanoui, sur la terrasse... évanoui, au spectacle horrible de Jean More se ruant sur Blanche...
Le commissaire haussa les épaules.
— Je m'y attendais, dit-il... mais je ne comptais pas vraiment que vous auriei peor... puisque je vous avais averti...
— M'etpliqueres-vous maintenant?...
—C'est bien simple — dit Flanquart, qui parlait avec untj certaine impatience — je me suis servi d'un mannequin que i*ai vôtu d'un chapeau pareil à celui de mademoiselle de Miremond et de la robe claire qu'elle m'avait envoyée grâce à vous... De loin, la ressemblance était frappante, n'est-ce pas?... Puisque des gens sages, de loin, pouvaient s'y tromper, n 'était-il pas possible que, de près, un fou comme Jean More s'y trompât?...
— Ainsi donc... ce que j'ai vu...
— Eb bien, oui, tout s'est passé comrn^ vous rave^ TU... Seulement, Jean More, dans sa folie, dans sa rago de destruction, au lien d'avoir affaire à mademoiselie de Miremond en personne, s'est adressé à un mannequin qui lui resserabUit... que je promenais moi-rnêmeà traders les hroussisilleâ et que j'ai jeté entre les bras de Jean More,.. Tout cela n'était qu'une comédie, sinistre à la mérité, mais uécésâdre.,, Roscofî. je m'en doute, y a été pfi?.., (nrt^s ce qui m'étonne, c'est que v<>u? y avex été pris voui -mèm«^ î . . . Jt* tuiis avai» donné JHtoscofî à gar»» lier.. Qu'en avsx Vtnsg fait?..,
— le vaut r^ 4li<M i» Vsd Mê^ éT4fè9ivU|l
180 POVh SON ENlfANT
— Sur ia terrasse... OouroDis I... je Yeux ltr« auprès de lui quand il reprendra connaissance...
^ Je crois avoir mérité vos reproches, mon ami, dit ^organd... Cependant l'expérience que vout» avei faite, no sera pas, je l'espère, inutile... Quel était votre but, eu la tentant?
— D'abord je voulais m'assurer que la poudre destramoiiiura était un moyen violent de surexcitation entre les mains du docteur et dont il se servait, à volonté, sur Jean More... Ensuite, je désirais m*assurer à quel point la responsabilité de Jean More était engagée dans ciis crimes... i^y hi réussi... Je sais maintenant quels senties eilets de la poudre de stramoLium... Je sais que ce Jean More est un fou dont cette poudre provoque les accès terribles... Jean More est donc innocent, puisqu'il est, ea quelque sorte, victime... Le coupable, c'est Koscoff. .. J'eapérais qu'il se trahirait, devant le spectacle que j'avais préparé, un peu aussi, à son intention... Qu'a-t-il dit?qu'a-t-il faitT
— Cet homme est doué d*un sang-froid merveilleux... d'un courage surhumain... il s'est contenu... à grand'peine, c'est vrai, jusqu'au dernier moment... îl adevmé, en voyant Jean More suivre Blanche, le danger que courait celle-ci... ce qui prouve qu'il savait, de longue date, combien le monomane était dangereux... 11 a voulu courir à son secours... je l'ai retenu... Et lorsque Jean More s'est précipité sur ce que lui et moi nous croyions être Blanche... ii s'est évanoui...
Le commissaire de police se mordit les lèvres...
— Il n'en voulait donc pas à la vie de mademoiselle de Miremondl...
— C'est certain. ..
^ Je m'y perds... Alon, poorquol les Autre» meoà très?...
Pierre Morgand prit le bras de Flanquart.
— A mon tour de vous conduire dans le labyrinthe, dit-il, mais d'abord, allons voir ce qu'est devenu Koscoff.
îh se dirigèfeât vers la terrassa ; mais ils eurent b«)att
— Si c« misârable 8*est doaié qae nous le toupQonnions, 8t Fianquari, il se «era sauvé ; il est trop 6d pour Qous avoir aiteudus. Rt qui sait maiotenant où nous le retrouverons?
— C'est ma faute, murmura Morgand ud peu désappointé et comprenaol i imprudence qu'il avait commise.
— Vous pouvex vous en vanter, dit Fianquari avec dépit.
Qu'était devenu Roscoff?
Nous i'avoDs vu tomber évanoui, un moment oll Jean More se précipitait sur Blanche et l'étranglait en la renversant sous lui.
Quand il revint à lui, quand son esprit fat traversé par le souvenir de l'horribie drame auquel il avait assisté de la terrasse, il faillit s'évanouir de nouveau.
Il se releva, pourtant, et descendit, courut, peu à peu, reprenant ses forcet, vers le bois, se dir^eant vers le chemin du parc« vert cette eoupe de bois oi il avait m le crime s'accomplir.
Il était trop familier avecle lK>if ëei Maréchaux pour ne point retrouver faeilement Us tewitiaiUea oh Jean More s'était caché.
Il y arriva au bout de 41x wiantet.
Egaré, la tête en fea, lei maint noitM de taenr, il laissait échapper des parolet incohénsntes, au milieu desquelles revenait sans ceste le nom de ta fille.
— Blanche 1 mon enfant 1 Blanche I ma flile chérie! Dans les broussailles, il ne vit pertonne, mais tout à
coup, au milieu duchemin,il aperçut le eorps de Blanche, étendu san» mouvement.
Il se précipita sur elle et la prit dans tetkraa.,. Mais soudain, il recula, avec un rcgitsement.,. Ce qu'il venait de prendre, ce qu'il avait tenu an moment dans ses mains, ce n'était pas un corps humain, ce n'était pas Blanche, c'était un mannequin revêtu de vêtements pareils à ceux de sa allé.
— Joué 1 dit-il avec une exclamation de rage, je inis }oué I... Par qui donc ?...
It ©et homme, en ^i, ^^mr «IimU dlve, «*Atalt in«fMrii4
-W POUR »©N li^ANT
le géqie du crirn«» cet homme qui, (wiirtant, -^ i! levait prouva en maintes circoustancei dft «a vit», ^ était (ioiié d'un mt^rveilieux «ang-troid,.. cet homme eut peur . il fut envahi par un accès de folie et sans savoir ce qu'il faiï<Hit, sans savoir où il allait, il se sauva.,*
Longtemp», il courut ainii, h l'aventure...
Mais cbo6e hizarre, il ne sortit point de la forêt et ia joiirnée tout entière s'étanl écoulée, ii se retrouva le aoip près des broussailies où Jean More avait attendu Blanche...
Accablé de fatigue, n'en poavAntpIus, H se laissa tom^ ber au pied d'un arbre...
lia lasHÏtude l'emporta inr fa frayeur,..
Il s'endormit...
Il était près de minuit quand il se réveilla... Il se rendit compte de l'heure en approchant de sa montre une allumette euQammée...
La fraîcheur de la nuit lui avait traversé le corps.
Il grelottait. Il était transi.
Il se mil h marcher rapidement pour rétablir la circulation du sang.
Un peu de calme était revenu en son esprit.
Il essaya de réfléchir et de se rendra compte de sa situation.
A l'attitude de Pierre Morgand, auprès de lui, sur la terrasse, Roscoff devinait bien que l'épouvantable corné-» die de l'assassinat de Blanche avait été préparée contre lui...
Queli étalent done^seï ennemis t.«.
Et quels soupçons pouvaient-ils avoir?... Avait-il donc, lui, Roscoff, commis quelque imprudence qui leur avait livré le secret de toute sa vie?
Il ne »& rappelait rien, cependant.
Jean More avait-Il parlé?.. S'était-il prêté complais lammenl au rôle eruel qu'on lui avait fait jouer, ou bié^n était-ce réellement un nouvel aceès de folie furieux *i âv^it-il cru vraiment étrangler Blanche f
Impossible L..
I^s MofQ ntè pQ»wH ispli^oer aet aecè» ni ^9 i«»ftv9 .
ûif âD9 i&iiâ au£qT2«1s il d$ IrooTait mêié^ des erimes ansqut^ls il prenait part pendant la durée de ces accèa...
De ce cô>é, rien à craindre!...
il fttait donc bien fou, tout à l'heure, quand il avait Guivi B^aùcbe, et en se précipitant sur ce manneciuia qu'une tuain incouaue lui avait jeté, c'était Blanche qu'il avait cru atteindre, c'était Blanche qu'il avait voulu étrangler!
D'où venait donc le danger qui le meoaçâit?
Roscoffy pensait...
— Qui sait, se disait-il, si vraiment un danger me menace?... Quel est celui qui m'a deviné ?... Et pour que je fusse en péril, ne faudrait-il pas qu'on eût pénétré mes projets?... N'ai-je pas eu peur^ alors qu'il n'y avait aucune raison de m'épouvanter ?... N'ai-je pas agi comme un eniant... et perduj en une seule nuit, le résultat de tout ce plan si laborieusement échafaudé et pour la réus- »ûte duquel il m'avait fallu trois crimes ?
Il en arriva à Ôtre convaincu qu'il avait eu tort des'eiïfair, ce qui pouvait donner prise aux soupçons, et il résolut, dès que le soleil serait levé, de se rendre au château, pour ôtre prêt à tout événement et pour expliquer sa conduite, si des explications lui étaient demandées.
Cependant, par prudence, il ue rentra point chez lui et demeura dans le bois.
Caché au pluii profond d'épaiëses hrouss&illès» il atteû* dit patiemment le jour.
Bien lui en prit de n'dtre point allé chex lui.
Fianquart y aViit envoyé Garadec sous un prétexte quelconque; le marin, n'ayant pas trouvé Roscoff, s'était mis en sentinelle au* environs, mais Roscoff n'avait point paru.
Sa sœur Marpha, seule, était dans la maison de campagne, avec les deux domestiques ordinaires du Russe.
Ce '^ue voyant et après avoir attendu vainement une wrtie de la nuit, Caradéc était revenu.
Le matin, au moment où le docteur allait sortir de sa «nehette, il entendit, non loi& de lui, ua bruit de pas et êm ws fKl m tfk^^^Bodmmt,
124 POITH SOS envànî
Il écouttt plu« atteatiTeuieoi*
Il reconnut les vois
G*étaieot celles de Morgaud et de Flanquari.
Roscofl eut envie de se montrer... Un dernier reste d'orgueil le pou>sait è braver le danger qu'il pourrait courir, s'il y avait louiefois danger.
La peur^ plus forte que son orgueil, et je ne sais quelle instinctive curiosité le ciouèreni au toi.
lyiorgand et Flanqiiart passèrent auprès de lui.
Et Rox'off entendit le eoiuaiissaire qui disait:
— - Âb! oionsieur Morgand, nous avions la partie belle, »t c'est votre faute si le Russe n'est pas eu notre pouvoir à rheure qu'il est.
Us passèrent, et les voix deyinrent indistinctes.
RobCoff ne respirait plus.
— Je suis perdu ! pensa-t-il. C'est bien à moi qu'ils en veulent... Qui donc m'a trahi f
Et l'histoire de Tannée qui venait de s'écouler, avec tous ses crimes, repassait devant ses yeux, dans ses détails les plus infimes, les moins importants.
— Je ne me suis confié à personne qu'à Miarpba, ma sœur, et Marpha est incapable de songer même à une trahison... Elle m'est dévouée comme une esclave le sefait à son maître... Pour qui donc et dans que! intérêt, dans quel but m'eût-eile trahi?... D'autre part, je n'ai pas commis dimprudence... j'en sais sûr... le seul indice qu'on ait pu trouver contre moi, indice qui, certes, n'est pas une preuve — c'est le morceau de la chaîne de montre que j'ai perdu dans le bois, auprès de l'endroit où Jean More a étranglé le comte... Le commissaire de police l'a assurément retrouvé, e^r et n'est pas sans raison qu'il m'a demandé l'heure, e& me rencontrant ce jour-là... Mais cela ne peut coustii>aer une preuve contre moi et je suis bien tranquille...
Roscoff, en effet, avait caché la chaîne de montre bfisée doni yianquart avait retrouvé les anneaux, — et comme 11 avait deux chaînes exactement semb.^^bles, toutes deux !iclietét!8 autrefois en Russie, il avait mis ^mméUiat^meint l'autre à soii gilet. Cette aimpie tubeU";
&OlQii SON ENFAVr 125
ittUoiA avait Muâfi iiuitiW U ii«riuvaili« au eemmi$^aÛM de pohce.
— Oaoi qn'iî «d soit, (nurmuru Roscoff, jf suî» ou ftoupçoitoé rtu dérouvorl, ^'t -èjoijrii«r pitï» îongtemps à Fourherolleg ii'esi p^is très hoo pour ma saoté...
11 eut un souri?*» terrihle.
— Je n'abandonop paj' la oartîe pour cela... J'ai trop d'atouts dans moD jeu, eacor*i, avant de oa^avouer ▼alLCu.., Allons doncl... Eî d'abord, quelles que soient les bisioires qu'on lui raconte, la comtesse m'aime trop et elle est actuellement Ipop faible d'espt it pour croire à tant de crimes... Elle me défendra, j'en suis sûr, et bi mon absence m'accuse, je Sâurai expliquer mon abâencel... Puis, je suis le père de Blauche!... Et je veux ma fille, je la veux à tout prix... Et je l'aurai ? Dussé-je, pour cela, transformer ce cb&teau en cimetière I...
Et il tendait ses deux poings ver« le cbAteau...
Il s'enfonça plus profoudément dans le bois, sans jamais quitter les broussailles, et disparût...
Revenons maintenant à Morgand et à Flanquart que dons avons vus tout à l'heure passer défaut Hoscoif et se diriger ?«rs ie viliaK».
ifianquart emnaeiitit Verguii ehet Ini.
Un mot du jeune homme l'avait frappé: « A mon tour de vous conduire dans i« labjriuthe », avait dit Pierre. ^
Flanquart, lorsqu'il se furent assurés que Roscoff était éevenu invisible, lui en demanda l'explication. ,^
— Je ne puis parler que devant le comte de Mir«mond» dit Pierre \. à partir d'aujourd'hui, selon moi, nous ne tommes plus tenus, à sou égard, à autant de circonspection... Le comte doitcounattre la situation tout entière.., y* s«cfii(s i|^ue ttou» eomnaitmmt «1 qu^ nous k'i aTont
eacbéë §tiHq\i1ci, ii doit les &ppr0iidi«... Lli«Qf« eii IrtN oue de tout dire...
— Soit, dit Plituquart... Aussi bten, couiiD» ^001 le jites, le momeDi est g^rave et le comte pourrait aous reprocher d'avoir fait de la discrétion à son esidroit... mais à vous enteudre, oq jurerait que vous avez l*expii cation dn mystère où nous vivons depuis des moii,
— Peut-être, dit Morgand, pensif.
— Ne puis-je savoir tout de suite?..,
— Patientez... Je serais obligé de me répéter pour le comte... Dans quelques minutes nous arriverons ; dans quelques minutes vous serez donc satisfait.
Une demi-heure après, Miremond, Flanquart et Morgand était assis l'un auprès de l'autre, deyant une table abondamment garnie de viandes froides prestement servies par le commissaire de police.
La veille, Flanquart et Pierre n'aYtient point songé à manger... tant avait été grande leur surexcitation... et la nuit, ils Pavaient passée à la recherche de Rosco£f..,
Leur appétit ét<*it donc singulièrement aiguisé et tous les deux se mirent à dévorer, Flanquart, malgré la vive curiosité qu'il avait d'entendre ce qu'allait révéler Morgandj celui-ci, malgré l'émotion profonde qu'il ressentait à l'approche du moment où il lui faudrait livrer au comte, qu'il aimait, les honteux secrets de son ménage.
L'attitude gênée des deux hommes ne pouvait échapau comte, malgré la préoccupation où il était lui-même.
Il interrogea Morgand.
— ' Qu'y a-l-il de nouveau ? fit-ii.
Morgand eut une dernière hésitation, de courte durée; puis, rejetant sa tterriette, il so le? a de table brusquement.
Flanquart, malgré son formidable appétit, qui était loin d'être calmée laissa là sa fourcbette, repoussa son assiette, oublia de vider son verre et écouta.
— Mon^'^eur de Miremoad, dit Pierre, pardonnea-mol la peine que je vais vous causer...
GilieB leva la tète.
^ Qm fêUJK'tu dire mo& ^.x^fanlt... IMê^*
POUR SON ENFAiW Vt"
d un nonveau malheur... et quelle peine poiirrais-tu me faire plus terrible que celles que je ressens déjà ^
— H«Hhs I vous ôies bien éprouvé et peu d'hommes, cerlainmueol éuroQl «outldrl dulaot que vous. Cepea^ Uai, toui a'eii pâ» tixii. Je vais vous faire souffrir ea lîore...
Le comte regarda Morgand avec inquiétude. Son cœur batUil avec force...
^ Serait-ce de Blanche, de ma fille, qu*il 8*agit? fit Gilles d'une voix «titérée...
— Il en sera question, incidemment, mais tranquillisez-voU!t... la peine ne viendra pas de ce côté...
— Alors, c'est de ma femme î Marguerite? Marguerite est en danger?... Ëîle est malade?... £lie est mortei peut-être ?
Morgaod secoua la tête...
— Madame ta comtesse se porte biesi...
Le comte respira.
Mais le jeune homme ajoutait, etsayoix était devenna singulièrement grave :
-^ C'est d'elle, cependant, que je veux parler... Surpris, le comte, d'un signe, l'invita à s'expliquer. El Morgand reprit, après un court silence:
— Nous avions entrepris de ^ous venger, de connaître le meurtrier de votre famille ; c'était une tâche ardue, que nous n'aurions point su mener à bien, peut-être, sans le miraculeux hasard qui a voulu que vous ne fus- Mei point mort... Mais les recherches auxquelles nous nous sommes livrés, monsieur Flanquart et moi, nous oht conduits à connaître des secrets terribles qui fussent restés ignorés sans ces événements...
— (Jue veui'tu direî...
— /<e m'interrompes pas... mon cher bienfaiteur... le courage me manquerait pour aller jusqu'au bout...'Ro8coff n'a pas voulu seulement vous atteindre dans votre vie... il vous a frappé aussi dans ce que tous avez de plus cher, dans votre houneurl...
Le comte fit un brusque mouvement, mais se t^ *- RoseoS u% i'amam de Totre f^mm^s !.^,
198 PAFfi leN BNFAVT
<— Pierre !t dit le eomte en «'élançant snr Mor^and Avec un jçeste terrible. . . Si ta ne me donnoM pas ia prenye de ce que tu yieos de dire... je serai obligé de te tuer, malheureux !!...
Et parce qu'il craignait sa propre coidre, il recala.
•— Je n'ai pas de lettres à vous metC^e sous les yeux, mais je produirai, si ?ous le désirex^ le» témoignages de personnes qui fous aiment, qui Toas soiit .Hévouées... et parmi ces personnes qui pourront affirok^ir ce qne j'avance, il en est une qui vous est très chère...
— Achève. Il faut qae je sache tout 1
— Ce secret, je ne sais pas seul à le connaître... Caradec le partage avec moi... il a surpris, il y a lontemps. bien longtemps, la comtesse et Roscoff.
— Bien longtemps, dis-tu ? à quel époqne remonte donc le déshonneur de la comtesse?
Et Gilles avait parlé preiq«e froidement, comme un homme qui, après un moment de stupeur, commence h recouvrer sa présence d'Mprit et considère, ainsi, avec lucidité et sous toiM«a •■• facM, le malheur qui le trappe.
— Caradae est ctrtate qne 1m relatioss de Roscoff avec la comteiae remontent à la maladie dont celle-ci faillit nsiourir... et (Aont Roscof la sauva... e'est-à-dire à vingt ans environ...
Le comte tressaillit.
n tordait et arrachait pw lambeaux toa noneboir, entre ses mains crispées.
-^ Je suis désolé et honteux du rôle que je joue en ce moment, dit Morgand d'une voix triste, mais il le faut... du?sé-je encourir, à tout jamais, votre haine...
— Continue — dit le comte, brisé — je suis sûr de îon affection, mon enfant... et je te remercie... Ne cxains pas d'eno'ïurlr ma haine... je ne pourrais jamais te haïr, je t'aira*? comme mon fils... tu remplaces, dans mon c^ur, celui que j*ai perdu...
— Je suis obligé maintenant, avant de nonrsuivre, de reprendre toute l'histoire de cette année, >iu moins les
s printîipau'c, et d*eu tir*? les dédueUous loffiqn#«.
rCl-R >ON KM'ANT
Oflia eQcpUqnsra ^at-ôtre, à Toa yeux, Wen des ^crse? restées mystérieuses, cela vous fera, je resoèris, comprendre quel but poursuivait Roscoff en conaruettant sr c crimes. Le aieartre du baron de Grèvecœur est encore présent à voire esprit, ainsi que les incidents qui l'ont accompagné. Je veux parler du vol du testament. Le meurtre du baron avait évidemment ce testament pour mobile. Roscofl ignorait l'existence d'un second testament déposé chez le notaire par le prudent et avisé vieillard, ce qui rendait son meurtre inutile. Roscoff eût voulu que le baron n'eût point d'héritier nommé par lui, afin que sa tortune revint naturellement à la comtesse... Il lui fallut donc, pour mener à bien le plan qu'il avait conçu et que vous connaîtrez tout à l'heure, tuer Maurice, l'hé'ilier... Le meurtre fut commis... Dès lors, Blanche héritait... toujours de parla volonté du baron... mais qui administrait cette immense fortune, jusqu'à la majorité de Blanche, ou du moins jusqu'à son mariage ?... C'était son père... c'était vous, mon cher bienfaiteur... Pour que ta fortune du baron de Crèvecœur û*eûi plus de maître, il fallait donc vous tuer à votre tour... Ce n'est pas la faute de Roscoff si vous n'êtes paf mort, à cette heure...
— " Mais pourquoi ? Pourquoi tous ces crimes?
— Attendez I Le baron de Crèvecœur, Maurice, îs comte de Miremond étant morts, la fortune appartient à Blanche et à sa mère... Supposez maintenant que la comtesse se remarie. Son mari lui succède dans ses droits... et Roscoff, il y a quelques jours, est allé s'ouvrir à la comtesse, qui l'aime, et ii est convenu que Roàcofl et la comtesse se marieront dès que les mois de votre deuil seront écoulés.
— Infâme 1 murmura le comte en se cachant la tôte dans les mains, comme honteux de tant de boue sur son nom jusqne-!à sans tache.
Quant à Planquart. il hocha la tète à plusieurs reprises* -* Voilà qui est particulièrement curieux, dit-ii> ^U, après un moment de réffezioa :
tàO POUR SON Ei>fFAI«rr
-^ i6 îëtêi, A e« qu0 ?oas Tenes de dire, une seule oïh
jeclioa...
~ Parle», moD ami.
— Ed tout ceci, que devient mademoiselle de Mireaioui'il... c'est elle, i\ je ne noe trompe, qui est rh»^ritière... Elle a dsi-deuf ans... elle est tiancée mi marquis df Tijévanne... aile se mariera daa> fort peu de tf^mps... Le aidiMage {'é<naacipe... La fortuite du barou de Crèvecœur échappe aux mains de Koscoff pour revenir tout entière au marquis de Thévanne... Voilà ce qui arrivera ceriaiiiernent... Or, il me semble difticile d'aduiettre que le ftoscoU ait commis trois crimes... trois assassinats... pour la «eule satisfaction d'ôlre, pendant six mois, j'admini>tra»eur de la fortune du baron de Crèvecœur. Voilà mon objection. ,.
— Klle est juste, et je vais y répondre...
— Pesez bien vos parole-}, car nous voici au nœud de la situation, en plein mystère...
— Le mystère n'exif te plu»... écoutez moi...
Le> deux bummesserHpprnchèrent de lui. retenantlenr soiïtQe-v cofiime si ce que Morgririd allail dire avait été pou' eux uue sentence de vie ou de mort.
— L*ob|ect>f 'le Roscoff, vous l'avei compris, c'était la fortuiit- énorme du Uaron de dèvecœur. (1 voulait, aprô avoir écarté ' lous le» bé(»tiers po>sibles, jouir de c<Hte fortune en *^po<isaul la comtesse dont il esl t'amaul depiiis plus de viui^t ans, m<<is dont il a élé -éparé pa? son exil eu Sibérie. Or, Blanche ne le gôuaii pis, pour nieUre à exécu'.ion ce projet... au C(;nlraire, il songeaii à Blanche aussi, en accaparant les riches&es de la tamille de Grèvecœur.
— Comment cela?..,
— <Jel homme, odieux, infâme, couvert de tous les crimes les- piU!> épouvantables, se ratiache à rhutuauité pat une àtfeciion immense, troubiauLe... unt aUeciion palerueile...
— Pierre l oit le comte, qui avait peur de comprendre.
— Cfll homme, en se /»isant assassin, n'a?ait pas sea-
lement potir btit de satigfairt loa tmbitiOB*.* Il
Si{i>»\ reDdre sa Slle trèt richt..*
— Et cette tille ?...
— Ne 'iHviûti'Voas pag?
— Blnnc-he !
— Vous l'avez dit t...
— Ab I je comprends I et ce n'eit pas dommage I dit Flanquart.
Le comte était tombé sur nne cbaise» aDéantt, éperdu.
— 0»«nes hontes I,.. murmurait le paurre hoinm^, mais notre vengeance sera implacable et terrible...
— Oui. il le ranti
— Monsieur Flaoquart sait-il tout notre secret?
— Il i^'oorait ce «jjue je vie\i8 de roui dire. Il ignore aus^i Thisioire de ta naissance de Blaocbf...
— Vous n\\ez tout a{)prendre, monsieur, dit le corat* au cotiirnissaire de police surpris... Vous vous rappelei i'accu'^HtioD quia pe-é un in'>taot sur moi?...
— Hélas ! monsieur le comte, dit Flanquart, ti tous avez été soupçonné, c'est ma faute; mais il faut âfouer aussj que j'étais pardonnable, car enfla ces mémoires trouvé;» par Caradec indiquaient ch**i vous une affection d'une nature si étrange qu'il m'a fallu, plus tard» toute la sympaihlp que m'inspirait M Morgand —et le serment solennel qu'il me fit que vous étie* innocent — pour revenir sur la triste opinion que j'afdLis conçue de tous.
— Vous n'aarei point à vou-s repentir d'avoir en confianceen Morgand, monsieur... J'aimaisd'amourBlanche, cetip affection, que j'avais longtemps combattue, avait inompbé de ma résistance; c'était une passion funeste qui sVtait emparée de moi.
— Les métnoires ne mentaient donc pas?
— N(»n.. puisque c'était laque j'épaochais mon cœnr... puisque c'était à ces mémoires que je conflai» la passion qu) me consumait et dont je souffrais d'autant pins que j'éiass obligé de la dissimuler à Blanche...
"*- Gomment 8xpiiqueB-?ous cet amour et le «enntnl Q^se m« ai M. Morgand i|Ud vou» n'éliw pi» mmpàbkê*;
132 POUR SON KNFAirr
— D'une manière bien simple... Je vais coriiior a *\jUi probité, à voire honneur, un secret redootjihie?
— N'ai'je pas assez prouvé que Ton pouvait compter «ur moi?
— Aussi n*fcésité-je point : Blanche n'est pas ma fille. Le commissaire de police regarda le comte... ce regard ijigniôait clairement qu'il ne coui prenait pas...
— Dam ! fit-il, après une hésitation, ce n'est pas tout k fait une nouvelle que vous m'appreuez là... puisque mademoiselle Blanrhe, je Tai entendu due tout à l'heure, est la fille du docteur Roscoff.
— Elle n'est pas plus la fille du docteur Roscoff qae ma fille...
— Ah! dit Flanquart interdit... mais cela pourrait devenir le secret de Polichlnfirie, car il surfirHïi de consulter les registres de la mairie pour s'assurer de l'état civil (le mademoiselle Blanche.
— Les registres de l'état civil font de Blanche, ma fille, légalement... Je vais vous dire C6 qui s'est passé à su naiGsance...
Et brièvement, en quelques mots, le comte de Miremond raconta les événements que nos lecteurs connaisijent et dont nous avons fait le récit au début de ce roman.
Il dit la grossesse pénible de Marguerite... sou accouchement d'un enfant mort... la substitution, combinée par lui et par le docteur Savarol. d'une petite fille bien portante, née la veille et qui, pendant que la mère Hait en syncope, remplaça dans le berceau l'enfant mort-né... H dit comment la petite fille avait été accueillie par la mère, laquelle, jamais, n'eut aucun soupçon... et comment l'étrangère était ainsi devenue la fille des comte* de Miremond... Il dit, enfin, d'où elle venait, cette enfant, et quels liens étroits de parenté l'attachaient à Pierre Morgand ...
Le commissaire de police avait écouté sans intâP" rompre.
« Voiià une histoire singulièrement dramatique, mcuN mura-tril, ei une tituatioa véritablement curieuse...
Mnsî, l'enfant mort, en naissant, était le frnit des amours Adultères de la comtesse et de Roscoff... Les deux .liants ont ignoré la subsùlutioo et ont cooisidéré mademoiselle Blanche comme leur ûlle... De telle sorte quf îe Russe a commis trois crimes ylroces pour assurer unn fortune à une enfant qu'il croit sa ûiie et qui ne l'est pas... Je connais peu de situations [>lus poignantes et je ae me rappelle rien, dans les annales judiciaires, qui se rapproche de celle-ci!... Mais, vous, monsieur Morgand, comment avez-vous appris que Roscofl cousidéifiil mademoiselle Blanche comme sa lille?... Lui et la comtesse avaient autant de raisons pour ne prendre personne pour confident que M. de Miremond lui-même en avait de CJî'her C8 qu'il vient de me dire...
Pierre raconta ce qu'il savait, comment, une prf^mière fois, dans la forôl, il avait surpris une conversatiuii entre Blanche et Roscofl...
C'était dans cette conversation que Roscoff avait avoué ses projets de mariage à la jeune fi lie... Il iivaii été repoussé par Blanche impitoyabieinent... et alors que celle-ci s'entuyait, une maiédulion sur les lèvres, Roscoff s'était jeté à genoux, appelant dans une dernière supplication :
— Blanche! ma fille f ma fille chériof Et il avait baisé la trace de ses pas...
Morgand raconta encore que lorsque Jean More, dans ion accès de fo'ie furieuse, s'était précipité sur le mannequin qu'il prenait pour Blanche, le docteur qui, pendant cette scène, avait été en proie à la plus vive surexcitation, à une sorte d'affolement, devant le danger qu'il voyait planer sur la léte de Blanche — le docteur était ^avnbé, en murmurant — comme la première fois:
— Ma fille!!!
Et le comte tut mis au courant dy strata^r^rae inventé par Fl'inquart pour découvrir sur Jean More la puissance ^,e la poudre de st*-amonium administrée par RoscolT. — «o môme temps que pour forcer celui-ci à se trahir.
Flanquait, au eii'et, avec »a vivQ ialall;^ei;iee,«ivait en
I3.i POim SON ENTANT