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CHAPITRE X

Conséquences morales et sociales du savoir féminin

Il est nécessaire que les jeunes filles soient instruites, et qu'elles le soient même beaucoup. Les « clartés de tout », concédées par le Glitandre des Femmes Savantes^ c'est-àdire une culture variée, discrète, élégante et très superficielle, serait aujourd'hui à peine suffisante pour assurer une femme du monde contre les fâcheux « impairs » ; à plus forte raison, pour permettre à une mère d'exercer une surveillance éclairée sur les études de ses enfants. Enfin, si Ton doit tirer de son instruction un moyen d'existence, chose fort commune à présent, il est de toute évi-

dence qu'au vernis du savoir il faut joindre de substantiels dessous.

Mais, est-il bon et souhaitable que les jeunes filles soient instruites de la même manière que les garçons, cela, c'est une autre question. On crie volontiers à l'injustice quand on voit des frères entrer de plainpied avec un quart de savoir classique dans des professions libérales (où d'ailleurs il n'est pas prouvé qu'ils réussiront), inaccessibles à leurs sœurs dont la culture, peutêtre très solide, est d'une autre espèce. Remarquons que les sœurs sont, depuis assez longtemps, à même de forcer rapidement la barrière de cette terre promise par un bachot de fortune, lequel n'est même plus indispensable à présent.

Toutefois, si l'on veut mettre ses filles dans le cas de professer aux universités, de plaider devant les tribunaux, d'exercer l'art d'Esculape, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de les instruire comme on instruit les garçons. Ceci ne souffre pas la discussion, et le point à débattre n'est pas celui-là, mais

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cet autre : y a-t-il seulement une chance sur cent de travailler au bonheur d'une jeune fille en lui ouvrant les voies des hautes professions libérales ? Je dis : « hautes », car les carrières libérales modestes, par exemple, renseignement en tout genre, ne leur ont jamais été contestées. ^Nlais, précisément parce que ces carrières sont modestes, les jeunes filles ne s'y engagent que par nécessité ou sage prévoyance, les quittent volontiers pour se marier ou, les exerçant encore après le mariage, n'y placent pas le réel intérêt de leur vie.

11 en va tout autrement si la profession comporte des avantages matériels et surtout sociaux propres à exciter les ambitions et à flatter la vanité. Alors, on se découvre des aptitudes que l'on n'a point, des vocations que, plus tard, on tiendra comme un pari, contre soi-même, ou parimpossibilité de faire autrement et, presque toujours — c'est làle plus grave — on différera le mariage, si Ton n'y renonce pas tout à fait.

Les chances d'arriver à la Sorbonne ou à

ses équivalents, de réussir au barreau, dans l'exercice delà médecine, seraient-elles nombreuses, et elles sont, tout au contraire, extrêmement faibles (1), qu'il serait encore de la plus élémentaire sagesse de ne pas pousser les filles, par un souci d'apparente justice sociale, à sortir de leur rôle.

Les partisans de l'unification de l'enseignement pour les deux sexes se défendent, naturellement, de poursuivre un tel dessein.

« Que nos filles, disent-ils, puissent devenir, si cela leur convient, des docteurs en tout genre : nous n'avons pas d'autre prétention. » Mais c'est compter sans l'amour-propre, extrêmement développé chez la plupart des jeunes filles ; c'est compter sans la hantise des revendications féministes; c'est compter sans l'ardeur qu'elles apportent au travail qui les flatte ; c'est compter sans leurs nerfs, ouvriers d'aptitudes factices, sur lesquelles maîtres et parents prendront le change aussi bien que les intéressées.

(1) Ce point sera développé dans la 3* partie du livre : Le Féminisme.

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Il y a danger à faire de rinstruction un appât pour la vanité et Tambition. Ce danger n'existe pas pour les garçons, puisqu'ilsn'ont pas de situations sociales à enlever, mais seulement à conserver, et ainsi, la concurrence de l'autre sexe leur sera une émulation salutaire.

Ce n'est pas vers les universités et les académies qu'il faut acheminer les jeunes filles ; leur destination, c'est le mariage. Cette destination n'est ni impérative ni absolue. On a le droit de ne point se marier, même sans dévouer sa vie, comme le font les religieuses ou de saintes personnes dans l'état laïque, aux œuvres de charité, et force est bien de s'arranger du célibat si le mariage, qu'on eût souhaité, ne peut se réaliser faute d'un mari. Il n'en reste pas moins que la destination d'épouse et de mère est générale, et que la meilleure éducation est celle qui prépare le mieux à remplir ce double rôle.

Je ne crains pas de le répéter : une femme attachée à une profession ou à des occupations comportant, soit la possibilité, soit la

chimère, de la notoriété, de l'illustration, voire de la gloire, cette femme est dans de mauvaises conditions pour bien tenir sa maison, cette formule étant entendue comme le symbole de tous les devoirs d'une mère de famille. « Dans de mauvaises coalitions », je ne vais pas au delà, et j'admetsxies exceptions à la règle ; mais quoi ! elles ne font que la confirmer, et personne ne s'avisera de soutenir qu'il y ait de grandes chances que des princesses de lettres, des princesses de science, des princesses d'éloquence — hélas ! pour combien d'entre elles le temps se montrera-t-il galant homme? — soient des maîtresses de maison idéales.

Dès lors, pourquoi donner à l'ensemble des jeunes filles une éducation dont profiteront seules quelques « isolées », lesquelles, par le temps qui court, ne seront aucunement embarrassées pour compléter leur instruction et la refaire au besoin.

Le mariage, la famille, ne sortons pas de la. Ce qui peut les servir, c'est ce qu'il faut adopter ; ce qui peut leur nuire, c'est ce qu'il

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faut rejeter. L'enseignement, pareillement donné aux deux sexes, augmenterait dans de notables proportions le nombre des candidates aux carrières libérales : déchet pour la famille, soit que les « dames du palais » ou autres répugnent aux entraves du mariage, soit qu'elles ne fassent pas prime dans le clan des épouseurs (1).

L'opinion, volontiers mise en avant, que la collaboration des femmes aux travaux de leurs maris, érudits ou savants, profitera à Tunion du ménage et à sa prospérité, est une pure fantasmagorie. D'une part, il arrivera rarement que la compétence de la femme sera du même ordre que celle du mari; d'autre part, un homme, au début de sa carrière, n'a pas généralement l'emploi d'un collaborateur et, plus tard, il en trouvera à volonté. Mais il a besoin, en tout temps, d'une femme qui

(l)Mme B. Van Worst dont ies études sociales sont très sérieuses et très appréciées, a récemment écrit qu'aux Etats- Unis un notable abaissement du chiffre des mariages coïncidaitavec le grand essor de l'enseignement féminin dans ce pays.

lui épargne les tracas domestiques où se rapetisse Tesprit des hommes et s'use leur activité.

On pourrait citer nombre de lettrés et de savants qui n'auraient pas rempli leur destinée s'ils avaient eu des « doctes » pour épouses, au lieu d'admirables ménagères, intelligentes et instruites, mais uniquement occupées de leurs devoirs d'intérieur et de leurs devoirs de société. Celles-là, en mettant leurs maris dans les meilleures conditions possibles pour gagner avancement, distinctions, réputation, ont singulièrement servi aussi leurs enfants, et donc, elles ont fait, — selon le précepte de Mme de Maintenon, — elles ont vraiment fait leur maison.

L'enseignement, aussi poussé qu'on le voudra, pourvu qu'il n'ouvre pas trop facilement des perspectives tentantes pour l'intellectualisme féminin, pourvu qu'il ne fasse tort ni à l'instruction religieuse que l'état présent de la société commande de renforcer, ni aux soins directs du ménage, trop souvent distincts de la science ménagère : cet ensei-

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gnement-là est vraiment celui qui convient aux jeunes filles.

Il existe, il peut être encore amélioré, et si Ton veut prendre la peine de lire l'exposé qui va suivre, on verra que les chevaliers des droits de la femme n'ont pas lieu de prendre en pitié le « pauvre sexe déshérité ».

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