CHAPITRE XI
Les programmes d'enseignement secondaire
Dans la période correspondant à l'enfance et au débutde l'adolescence, l'enseignement est nécessairement primaire, quelle quesoit la maison où il est donné. Toutefois, dans les lycées et collèges, dans les institutions et cours privés, les enfants sont inclinés déjà vers une culture à laquelle l'école primaire, même supérieure, ne s'attache pas. Des exercices étymologiques d'où résulte une meilleure connaissance de la langue, des notions de littérature française, l'histoire des peuples anciens, la mythologie, voilà, pour s'en tenir aux points les plus importants, le germe de
l'enseignement secondaire déposé dans l'enseignement primaire. Ce germe, considérons-le dans son plein développement, et dressons le programme d'études demi-classiques appliqué dans de bons cours, aux jeunes filles âgées de quinze à dix-sept ans.
La littérature française, depuis longtemps déjà familière aux élèves, est poussée jusqu'à la période contemporaine; la vie des auteurs, la nomenclature de leurs œuvres, l'analyse des principales avec lectures à l'appui, les caractères distinctifs de chaque siècle littéraire : autant de sujets dont le professeur ne se contente pas de faire la matière de ses leçons; il s'assure, par des interrogations régulières auxquelles personne n'échappe, que ce qu'il a dit a été écouté, étudié, «st entré dans l'entendement et dans la mémoire, et peut être redit avec netteté et correction.
Les revues sont fréquentes afin que le savoir ancien ne soit pas aboli par le dernier acquis. J'admire, à ce propos, que M. Marcel Prévost puisse s'imaginer qu'il n'y a pas à revenir sur une chose bien enseignée, qu'il
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suffît d'y ajouter, la fondation restant solide et entière. Il aura eu affaire à des pupilles bien exceptionnels; plus probablement, c'est sur son propre esprit substitué au leur qu'il a fait ses expériences : méprise commune à nombre de pédagogues platoniques ou amateurs.
Faisons aussi petite que possible la part des répétitions, mais ne nous flattons pas de la réduire à zéro; en même temps qu'on avance, il faut revenir en arrière, et se dire encore que bien des épis tomberont de la gerbe. Le mal ne sera pas grave si l'on a pris l'habitude de travailler avec méthode, de passer aisément d'un sujet à un autre, de faire des rapprochements, de commander à sa mémoire, d'exercer son jugement. Alors on rapprendra extrêmement vite ce qu'on se trouvera en nécessité de savoir à un moment donné (1).
(1) Il n'est aucunement nécessaire de ressembler à une encyclopédie vivante, même quand on est frais émoulu du collège. « Pas un adulte sur dix, écrit M. Marcel Prévost, ayant achevé ses études secondaires, n'est capable de vous
De la littérature française, passons à la littérature grecque. Ici, je déconseille l'usage des précis, qui peuvent très utilement aider le professeur pour la littérature française dont l'enseignement demeure inscrit au programme pendant cinq ou six années. La littérature grecque doit être achevée en un an, et rien ne saurait remplacer le cours du professeur qui fait prendre de courtes notes, mais substantielles, coupées d'explications, de lectures, de rappels d'histoire. Dix fois pendant la leçon, le professeur provoquera,
dire approximativement la largeur d'une rue de Paris. » Pourquoi pas aussi la contenance de nos salles de spectacle et la hauteur de nos monuments? « Pas un adulte sur dix, continue M. Prévost, qui sache les dimensions de la France. » Là-dessus, l'écolier est dans son tort; cependant, je lui passerais bien, moi, d'ignorer que la superficie actuelle de la France est de 529.000 kilomètres carrés, s'il connaissait l'étendue et surtout la valeur des provinces perdues en 1870. — Tout cela, y compris la question : « Que s'est-il passé de notable sur la surface du globe pendant la seconde moitié du xiii^ siècle? » ce sont des colles et (j'en demande pardon à M. Marcel Prévost), ce n'était pas la peine de se moquer de « ce pédant de Mérimée avec sa dictée des Tuileries », pour tomber dans une erreur semblable à propos d'histoire, de géographie et de voirie. (Tout ce qui est cité de M. Marcel Prévost est pris dans la Nouvelle Couvée : Revue des Deux Mondes, avril et mai 1912.)