CHAPITRE XIII
Enseignement de la puériculture
Dans un autre ordre d'idées, les cours de puériculture et ceux de la Croix-Rouge relèvent de l'enseignement complémentaire. La puériculture est encore en marge des programmes ; elle n'y demeurera pas longtemps.
Le terme est pédant, c'est dommage, car il a l'avantage d'exprimer à lui seul ce qu'autrement on ne pourrait rendre qu'en quatre mots: « soin des petits enfants ». S'il n'y a que le nom à regretter dans cette nouvelle étude si recommandée aux jeunes filles, et pour laquelle on se remue beaucoup en ce moment, rien de plus aisé que d'en prendre
son parti ; mais je vois parmi les zélateurs de lœuvre — car, pour le coup, c'est une œuvre, et déjà Ton suppute le nombre d'existences que la vulgarisation de la puériculture conservera à notre pays (il en faudra rabattre, mais je passe pour le moment) — je vois, dis-je, des personnalités qui ne partagent très certainement pas les idées de Talleyrand sur la bienfaisante et sainte candeur des jeunes filles, et cela m'inquiète.
x^ux connaissances très utiles relatives à l'alimentation, au lavage, à l'habillage des petits enfants, à leur hygiène générale et au diagnostic de leurs maladies ordinaires, ne laissera-t-on pas d'ajouter quelques développements physiologiques très inutiles, et pires qu'inutiles, des renseignements de sage-femme ? Je conseille aux mères d'y regarder à deux fois avant d'envoyer leurs filles aux cours de puériculture.
Et puis, voilà encore une innovation pour laquelle on fait beaucoup plus d'embarras qu'il n'est nécessaire. C'est peut-être la
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faute du mot. Négligeons-le, et voyons ce qu'est, ou doit être, la chose.
On peut poser en principe que la mortalité infantile a pour cause, neuf fois sur dix, les désordres intestinaux qui n'ont pas été soignés à temps parce que l'on n'a pas su en discerner les symptômes. Or, il suffit d'aller une demi-douzaine de fois dans une crèche, à l'heure — pardon du détail — à l'heure où l'on change les couches et d'écouter les explications de la surveillante, pour apprendre à reconnaître avec certitude qu'une digestion est parfaite ou bonne ou passable ou mauvaise.
Ne perdons pas de vue que la puériculture devrait surtout être enseignée aux jeunes filles de la classe populaire ; les autres, n'était qu'on voudrait les mettre en état de donner de bons conseils, pourraient à peu près s'en passer. Et je me demande à quel moment et dans quelles conditions on se propose d'enseigner la puériculture à l'école primaire. Le moment, cela va de soi, doit être retardé le plus possible : les élèves ne seront encore que trop jeunes pour tirer
parti de l'enseignement. Sacrifiera-t-on dans les trois derniers mois scolaires les racines carrées, les problèmes d'alliage, la classification des insectes, au cours de puériculture ? Et le certificat d'études ? Encore pourrait-on arriver à quelque chose si l'on faisait plus de cas de la fin que des moyens; mais la simplicité n'est pas à l'ordre du jour, on enfle tout; il faut une création où une modeste adjonction suffirait.
C'est à la campagne que l'enseignement de la puériculture serait le plus nécessaire : l'alimentation et la tenue des enfants y étant, en général, déplorables. Si l'institutrice de village ne peut pas, ou ne veut pas, se charger d'un cours, branche annexée au cours d'hygiène, qui le fera? Et pense-t-on que dans les écoles normales primaires, pépinières d'institutrices, les demoiselles de Fontenay qui y viennent professer, soient pour exciter le goût de la puériculture ? Et croit-on, d'autre part, que la formation des institutrices sera jamais soumise aux règles du bon sens?
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En conséquence de ce qui précède, il me paraît probable que la campagne entreprise en faveur de la puériculture se soldera pour les jeunes filles du peuple, à la ville et à la campagne, par un résultat négatif, et pour celles de la classe aisée par une initiation médicale que la mode régnante encourage déjà trop.
Un dernier mot. La puériculture est fort prônée, comme chacun le sait, par les fonctionnaires — médecins et autres — qui, par état, savent ce que Timpéritie des mères et des nourrices coûte à la France. Ces messieurs ont la responsabilité des pupilles de l'Assistance publique, et sur qui s'en déchargent-ils ? Sur des femmes dont la plupart ignorent les plus élémentaires notions de la puériculture.
Supposez que les enfants assistés soient confiés à des religieuses : la mortalité s'abaissera de façon considérable, sans qu'il en coûte plus cher à l'Assistance publique d'élever une grande famille qu'une famille réduite, et le pays y gagnera des citoyens,
ce qu'il n'est pas en mesure de dédaigner. On n'attend pas que j'énumère les motifs électoraux et antireligieux qui coûtent la vie à tant de petits êtres ; mais je dirai mon étonnement que de telles énormités ne soient pas l'objet de protestations continuelles. Gela n'y changerait rien, c'est certain ; cependant, il reste quelque chose d'un droit violé quand on l'affirme ; il s'efface dès qu'on n'en parle plus. Or, nous avons le droit de réclamer pour les nourrissons de l'Assistance publique d'autres soins que ceux qu'ils reçoivent (1). Ce droit, il faut l'exercer, afin de
(1) Depuis la mise en vigueur de la loi Roussel, la mortalité pour ces pauvres enfants s'est abaissée; mais elle est ciicore très forte; d'ailleurs, il faut accorder peu de confiance aux statistiques administratives ; nous sommes payés pour savoir qu'elles sont extrêmement complaisantes. Hier encore, n'annonçait-on pas que la proportion des illettrés du contingent était de 2,79, alors qu'elle est de 5,65 ? — Une chose tombe sous le sens — qu'on me pardonne de parler si souvent du sens commun : les Français n'en manquent point, mais on ne leur apprend plus à s'en servir — c'est que les nourrices de l'Assistance publique ne peuvent pas soigner leurs nourrissons mieux qu'elles ne soignent leurs propres enfants, et dans toutes les régions, l'incurie et la routine des campagnardes sont connues de reste. — Il en est pourtant qui se
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rendre possible dans l'avenir une mesure qui intéresse l'humanité et la patrie, et ce sera encore une manière, une excellente manière, de faire de la puériculture.
difTérencient avantageusement de la masse ; mais celles-là ne prennent pas en garde les enfants de l'Assistance publique.