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CHAPITRE XVI

La poussée féministe

La Renaissance, a dit Michelet, fut la découverte de riiomme. Il était réservé à notre siècle de découvrir la femme, et si Ton a mis du temps à s'aviser que le rôle familial des femmes ne constituait pastout l'apport qu'elles doivent à la société et ne leur conférait pas tous les droits auxquels elles peuvent prétendre, Ton a bien réparé cette longue méprise, car il n'est plus question que de l'émancipation sociale de la femme, des revendications sociales de la femme, de l'éducation sociale de la femme, du mouvement social féminin. Bientôt vont s'ouvrir des écoles de

sociologie etdescollèges sociaux àl'usage des femmes. Et voilà bien des affaires.

Le parti féministe a déjà remporté de belles victoires, grâce au généreux appui du sexe même que l'ascension sociale des femmes pouvait inquiéter. Si, maintenant, les femmes se trompent sur leurs propres intérêts, si elles se jettent ardentes dans les voies où de nouvelles mœurs les tolèrent sans considérer ce qu'elles abandonnent ni supputer les probables mécomptes, la responsabilité n'en retombe point sur les promoteurs d'une réforme dont seulement celles-là se prévalent qui le veulent bien.

Mais l'opinion, commune à beaucoup de féministes, que l'instruction étant pareillement dispensée aux deux sexes, les aptitudes intellectuelles des femmes se révéleront égales à celles des hommes, est dangereuse. Les vanités s'y complaisent, les espoirs imprudemment éveillés s'en nourrissent, et l'on servirait de façon plus utile une excellente cause en faisant courageusement le départ entre des facultés généreuses qui payeront,

et au delà, les soins que leur culture aura coûtés et des facultés paresseuses sur lesquelles méthodes, temps et peines s'useront en vain.

Cette distinction ne suffirait pas. Encore faut-il examiner si de rares dispositions natives, développées au mieux, assurent couramment à une femme, — vu nos usages et les droits acquis des hommes, — une valeur sociale correspondant à son mérite personnel. Serait-il sage, en effet, d'engager une jeune fille à persévérer dans des études absorbantes, dût-elle y exceller, s'il parait improbable que son savoir puisse un jour la faire vivre ?

Le féminisme, débarrassé des prétentions malsaines qui le desservent, soulève, entre beaucoup d'autres, deux questions particulièrement intéressantes : le discernement des dons intellectuels et les chances de réussite sociale.

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