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CHAPITRE XVII

Aptitudes des femmes pour les beaux-arts

Les femmes sont-elles douées pour les leaux-arts, douées aussi bien que les bonifies? Cela paraît douteux. Mieux vaut le dire out de suite et, par la francbise de Taveu, >btenir qu'on ne leur conteste plus, sur d'aures points, des aptitudes demeurées à l'état atent pendant de longs siècles faute d'une 'ulture appropriée. Mais la culture artistique, )n aucun temps, n'a été refusée aux femmes, es beaux-arts n'ayant jamais été pour elles me terre défendue comme le droit ou la méiecine. La musique même, les usages mondains en imposant l'étude à toutes les jeunes

filles d'une certaine classe, a été, est encore bien plus cultivée par les femmes que par les hommes.

Or, voilà deux cents ans que des musiciennes pourraient briller au ciel de la mélodie, de la symphonie, de l'opéra, et elles n'y brillent point. C'est, dira-t-on, que, jusqu'ici, l'art de l'exécution a seul été développé chez les femmes, les hommes s'étant jalousement réservé l'art de la composition ; mais, à présent que le Conservatoire admet les femmes au concours des prix de Rome, à présent qu'il y a des femmes « logistes », attendez quelques années et vous verrez ! L'on ne verra rien du tout, il n'est pas besoin d'être prophète pour l'affirmer; il suffit de considérer que les innombrables musiciennes de la classe riche ont eu, en tout temps, à leur disposition des facilités d'étude qu'un Rameau, unGrétry, un Massenet n'ont jamais eues; que si elles n'ont pas songé à se faire enseigner ce qu'il leur était loisible d'apprendre, cela prouve justement que leur pauvre organisation musicale n'était pas faite pour cette cul-

ture, et qu'enfin, parmi celles-là qui ont développé par le travail des aptitudes heureuses, aucune n'est arrivée à la célébrité. Des succès mondains : oui. Des œuvres résistantes, des réputations qu'un âge établit et que le suivant consacre : non.

Et, certes, le nombre est grand des compositeurs masculins dont le talent ne s'élève pas au-dessus de la médiocrité estimable ; mais quelques-uns se détachent du peloton, prennent la tête et touchent le poteau. Aucune femme n'a jamais touché le poteau, n'en a même été à mi-chemin : voilà la différence.

La composition étant mise de côté, qui ne peut être pour les femmes qu'une très noble occupation sans résultats positifs, il leur reste l'exécution, terrain où s'affirme encore la supériorité des hommes, mais non d'une telle manière qu'il n'y ait plus après eux qu'à glaner. Gela et l'enseignement, ce sont deux voies que beaucoup de femmes parcourent; les unes, brillamment, en y ramassant une fortune, les autres, obscurément, en y

échangeant de grosses fatigues contre un petit gain.

L'encombrement est aujourd'hui l'écueil des carrières musicales, et quand il est à peu près certain, ce qui est le cas pour les artistes femmes, qu'on ne pourrajamais s'élever au-dessus du métier, il faut avoir quelque assurance que ce métier vous fera vivre : l'assurance est devenue si faible du côté de la musique que beaucoup de jeunes filles se tournent avec ardeur vers les arts du dessin dont les applications sont tellement variées que des aptitudes fort différentes y trouvent leur emploi. Toutefois, le génie créateur est là, comme ailleurs, médiocrement départi aux femmes, et la maîtrise d'exécution est même un fait rare chez elles.

L'illustration de Mmes Vigée-Lebrun, Rosa Bonheur, Demont-Breton, Madeleine Lemaire, n'affaiblit pas cette remarque : au contraire ; car, depuis que les arts du dessin sont plus ou moins cultivés par les femmes, si elles étaient douées de manière à fournir une proportion brillante de talents, les partisans du

féminisme artistique n'en seraient pas réduits à triompher sur quelques noms : arguments excellents, mais toujours les mêmes : « Et Rosa Bonheur! Et Madeleine Lemaire ! »

Les femmes peuvent arrivera dessiner correctement et à bien peindre, voire à bien sculpter et, sans aller plus loin, elles égaleront ainsi beaucoup d'hommes; de plus, Tétude des beaux-arts habitue à voir et à bien voir ; elle développe la notion des couleurs et le sens de l'harmonie. Faut-il ajouter, avec les manuels d'examens, qu'elle a sur la moralité une heureuse influence? Rien de moins prouvé. Tout comme Tart dramatique, les beaux-arts ne sont ni moraux ni immoraux en eux-mêmes; ils valent ce que vaut la pensée de l'artiste ; ils valent surtout ce que vaut le goût du public auquel, sciemment ou non, l'artiste conforme son œuvre; mais, ni la pensée de l'un n'eût été plus saine, ni les goûts de l'autre plus délicats, si la statue, si le tableau n'avait jamais vu le jour.

Il reste que l'étude des beaux-arts est une bonne chose, que l'on a bienfait de lui don-

ner une place dans l'éducation, à tous les degrés, et d'ouvrir largement aux femmes un enseignement auquel on les voit fort propres et qui en fait vivre beaucoup. Le mal, c'est que tant de jeunes filles, sur la frêle assurance de quelque savoir-faire, s'imaginent qu'elles gagneront leur vie à sculpter ou à peindre : le mal, c'est de rendre trop aisée, par une sotte manie égalitaire, la période d'initiation, grâce à d'innombrables écoles d'une gratuité facile ou d'un prix très modique, et d'incliner par là vers une carrière ingrate de moyennes énergies et des quarts de talents.

Est-il rien de plus fâcheux qu'une visite aux expositions des artistes femmes? Des kilomètres de fleurs : bourriches de pensées, gerbes de roses, buissons de chrysanthèmes d'où le regard lassé et le goût affadi se refusent à extraire les œuvres méritantes ; car, tout de même, il y en a bien quelques-unes. Au premier étage, on étale les portraits, les tableaux de genre et la grande peinture; cela, c'est la déroute, et l'on se demande com-

ment il est possible qu'un bataillon d'artistes, chaque année grossissant, puisse retirer un profit pécuniaire d'œuvres dont la médiocrité, impersonnelle et laborieuse, est bien plus décourageante que d'énormes erreurs où se révéleraient parfois quelques symptômes d'originalité et de tempérament.

Il est vrai que les salons annuels, approvisionnés surtout par des artistes masculins, sont encombrés aussi d'ouvrages très faibles et recèlent un semblable mystère, c'est-à-dire l'impossibilité apparente que des productions de nul intérêt fassent vivre leurs auteurs, alors que des chefs-d'œuvre n'assurent pas toujours l'existence des maîtres. Mais, si l'enjeu de déceptions et de misères est le même pour les artistes de l'un et de l'autre sexe, les chances de réussite finale sont fort inégalement réparties; et à cela, l'admission des femmes à l'école des beaux-arts et dans les grands ateliers, l'action des groupes, syndicats, cercles et coteries, ne changera rien. On ne remédie pas à une infériorité native d'imagination créatrice, à l'incapacité de se

maintenir au rang gagné par une heureuse chance ou un vigoureux effort.

Ces deux tares constitutionnelles de l'organisation féminine se retrouvent jusque dans la pratique plus humble des arts industriels. La profession de dessinatrice sur étoffes ou papier réunit certainement toutes les conditions que Ton doit souhaiter au travail dévolu aux femmes. Et d'abord, on l'exerce chez soi, cette profession; elle est compatible avec le soin du ménage et des enfants; elle n'exige point d'efforts physiques; elle est propre, elle est élégante. C'est pourquoi, dans une région de grande industrie, où les dessinateurs nombreux gagnent un beau salaire, des manufacturiers, doublés de philanthropes, ont voulu créer et subventionner une école de dessin industriel réser" vée aux jeunes filles. L'on forme là de bonnes artistes, et cependant, la plupart des chefs d'usines n'en veulent pas, leur préférant des hommes qu'il faut pourtant rémunérer davantage à travail égal. Mais, en fait, si le travail est égal, le rendement du travail

ne l'est point ; car l'on peut compter que les productions les moins bien venues d'un habile dessinateur demeureront encore satisfaisantes, et l'on est assuré, paraît-il, que la meilleure des dessinatrices passera d'une façon déconcertante, et ruineuse pour l'employeur, de l'originalité à la platitude, de l'inspiration féconde à la plus pauvre invention. Enfin, la dessinatrice s'use d'une façon définitive beaucoup plus vite que son collègue masculin.

Ceci ne signifie pas que les femmes doivent renoncer à chercher dans les arts industriels les moyens de vivre ; c'est un simple avertissement qu'elles se prépareront des mécomptes en s'y promettant de larges débouchés et des gains faciles.

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