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CHAPITRE XXI

L'Ecole de Fontenay L'Ecole de Sèvres

Cette réforme s'accomplirait peut-être un jour, s'il n'y avait, tout en haut de notre organisation primaire, deux institutions de malheur : Técole normale primaire supérieure de jeunes gens et l'école normale primaire supérieure de jeunes fdles; Saint- Gloud et Fontenay. Elles font autant de mal l'une que l'autre; la seconde est, ainsi que l'école de Sèvres, une des plus importantes créations féministes de notre temps.

Saint-Cloud et Fontenay sont à tel point inutiles que l'on pourrait les supprimer, presque du jour au lendemain, sans provoquer

la plus légère désorganisation dans les serrices qu'elles ont pour mission d'assurer. Leur office consiste à fournir de professeurs les écoles normales primaires, dites encore départementales, chaque département, d'ordinaire, en comptant deux : l'une, de jeunes gens qui tire ses professeurs des maîtres sortant de Saint-Cloud ; l'autre, de jeunes iîlles, qui tire ses professeurs des maîtresses sortant de Fontenay.

Ces deux pépinières de professeurs seraient indispensables si les écoles normales primaires avaient été construites loin des villes, de telle sorte que nul enseignement n'y pût être donné, sinon par un personnel spécialement attaché à la maison. Mais on n'a pas placé les écoles normales primaires en rase campagne ; on les a placées dans les chefs-lieux de départements, où se rencontrent toujours des lycées ou des collèges et des écoles primaires supérieures. En maints endroits, ces établissements sont doubles : en ce sens qu'il y en a pour les filles comme pour les garçons.

Cela représente un respectable corps enseignant dans lequel il serait aisé de prendre, au clioix, les professeurs des écoles normales, sans obliger aucun d'eux d'abandonner ses fonctions initiales. Le cumul de deux charges, pourvu que Tune et Fautre soient modérément lourdes, ne nuit en rien à la qualité de renseignement : nous en voyons constamment la preuve à Paris et ailleurs. Par conséquent, les écoles de Saint-Cloud et de Fontenay, qui coûtent si cher à FEtat, ne servent qu'à former un personnel que l'on trouverait tout formé à l'endroit même où Ton en a besoin(l).De quel côté est l'intérêt des écoles normales? La question ne se pose même pas. Nulle comparaison à établir entre des professeurs d'âge rassis, expérimentés, et les jeunes maîtres et maîtresses envoyés de Saint-Cloud et de Fontenay (d'où Ton peut sortir à vingt-deux ans), manquant

(1; Tous les élèves sortant de Saint-Cloud et de Fontenay ne vont pas professer dans les écoles normales ; il en est qui vont professer dans les écoles primaires supérieures ; mais pour celles-ci, un examen-concours suffirait parfaitement à assurer le recrutement du personnel.

de pratique réelle et d'expérience, par défaut d'âge.

En revanche, ils ont des chimères plein la tète, dont la première est une admiration sans bornes pour leur mérite. La disconvenance de l'enseignement primaire à son objet, qui inquiéterait les professeurs des écoles normales s'ils étaient sagement choisis, est fort indifférente à ces jeunes intellectuels des deux sexes : ils aggravent le mal sans scrupule.

Aussi longtemps que vivront les deux écoles normales primaires supérieures: Saint- Cloud et Fontenay, rien de bon ne sortira de notre enseignement primaire. Il satisfera chaque année un peu moins les besoins de la classe ouvrière et rurale, au grand dommage des intérêts majeurs du pays (1).

(1) Le gouvernement commence à s'en apercevoir puisqu'il a sévi contre les syndicats d'instituteui's et d'institutrices. Mais il faudrait frapper aussi la plupart des « am.icales » et, quand on le ferait, cela chang-erait-il l'esprit de l'enseignement donné par de tels maîtres ? S'imaginer qu'ils sont une faible minorité, c'est se tromper à plaisir , en tout cas, leur parti augmente considérablement chaque année. C'était fatal. A-t-on chassé de Saint-Gloud les élèves-maîtres qui, naguère

L'école normale supérieure de Sèvres n'est pas une inutilité administrative comme Técole de Fontenay. Elle sert au recrutement direct des dames professeurs de l'enseigne-

chantaient l'Internationale en terre d'Alsace ? Point du tout. Ceux-là, et combien d'autres avant eux et après eux, ont infecté les écoles normales, et autant en a infecté l'école de Fontenay où l'esprit n'est pas meilleur qu'à Saint- Cloud. Tous les instituteurs et toutes les institutrices primaires ne sortent pas des écoles normales, mais ce sont eux qui tiennent la tête et donnent le ton. Il est radicalement impossible que l'on essaie de soutenir que Saint-Cloud et Fontenay sont utiles à la formation du personnel enseignant primaire, si ce n'est à leur formation maçonnique, c'est-à-dire anticatholique et antifrançaise. Le gouvernement ne les a fondées que pour combattre le catholicisme, et le dessein n'était ni intelligent ni louable; mais bientôt, il a fallu voir que la patrie était atteinte de tous les coups portés contre l'Eglise. N'importe, Depuis vingt-cinq ans, on a laissé faire. Aujourd'hui qu'il est urgent de rendre un peu de considération à l'école laïque, le gouvernement voudrait bien imposer le patriotisme aux instituteurs anarchiques. S'il en a vraiment le désir, qu'il le prouve, en fermant Saint-Gloud et Fontenay. Avec le temps, les écoles normales départementales s'assainiraient, et si elles ne s'assainissaient pas, il faudrait les supprimer aussi, bien qn'elles contribuent utilement au recrutement du personnel attiré par la gratuité de l'enseignement et de l'entretien et l'assurance du placement à la sortie. Les instituteurs et institutrices syndicalistes ont émis le vœu que le passage à l'école normale soit rendu obligatoire : ce qui prouve qu'ils remarquent chez ceux de leurs collègues non normaliens un esprit différent du leur. Et cela renseigneraiti s'il en était besoin, sur l'esprit des écoles normales, qui est nécessairement celui de Saint-Cloud et de Fontenay.

ment secondaire, c'est-à-dire des professeurs de lycées et de collèges de jeunes filles, qui ne serait pas assuré sans elle.

Mais, si la destination de ces deux écoles est différente, l'esprit qui les anime est semblable, et d'une telle nature, que de bonnes travailleuses hésitent à passer par Sèvres ou Fontenay pour entrer dans l'enseignement où les pousse une vocation sincère. Et pourtant, à qui ne peut se dire normalienne, — de quelque école normale qu'il s'agisse, — les difficultés de placement et d'avancement sont décuplées. C'est tout naturel : l'Etat compromettrait la prospérité de ses écoles si, plus tard, le personnel qui a conquis ses grades en dehors d'elles était aussi bien traité que le personnel qui en est issu.

Donc, tâchez d'entrer à Sèvres, à Fontenay, jeunes candidates au professorat : votre avantage social est là. Si vous mettez au-dessus de votre avantage social la sauvegarde de votre foi, n'y entrez pas. C'est un avis très aisé à donner et à suivre. Mais, si la néces-

site, ainsi qu'il arrive souvent, oblige une jeune fille à se ménagerie plus vite possible une situation sure, alors, il n'y a plus de place pour le conseil; c'est à l'intéressée à se décider elle-même, et à sortir — toujours mal satisfaite, — d'une troublante alternative.

La fameuse « neutralité » de l'enseignement officiel nous a menés à ce point qu'une jeune Française catholique — et les dix-neuf vingtièmes de la population de la France sont catholiques, — est obligée, sitôt pourvue d'une fonction, d'abandonner toute pratique religieuse, à moins que d'être mal notée pour l'avancement; et celles qui ont réussi, au prix d'un grand effort, à entrer à Sèvres ou à Fontenay, y perdent tout : la foi avec l'habitude des pratiques, qu'elles le veuillent ou non. Bien entendu, on ne leur impose rien qui, de près ou de loin, ressemble à une abjuration; la religion n'est pas traquée maladroitement; elle se dissout peu à peu par l'effet des traditions de la maison transmises de promotion en promotion.

Au début, il a bien fallu quelques habile-

tés pour semer et entretenir la défiance de la discipline catholique : elles n'ont point fait défaut, et la manœuvre a été tellement adroite qu'il n'y a plus présentement qu'à laisser courir. Si la première directrice de Sèvres, si le premier directeur de Fontenay (car pendant vingt ans l'on a jugé opportun de mettre un homme à la tête de Fontenay) revivaient aujourd'hui, et qu'ils voulussent combattre le rationalisme athée auquel ils ont préparé les voies, ils y perdraient leurs peines(l).

Le mal est plus grand, peut-être, à Fontenay qu'à Sèvres et, certainement, ses conséquences sont pires. Les enfants qui fréquentent les établissements d'enseignement secondaire sont bien mieux défendus contre

(1) M. Pécaut, et son successeur M. Steeg, n'eurent que le titre de directeur des études, à Fontenay; mais il est indéniable que leur influence y était prépondérante. Le choix de Mme Jules Favre, née Suédoise; de M. Steeg, né Prussien et dont la naturalisation ne fut jamais, sauf erreur, régularisée; de M. Pécaut : tous trois protestants, sufiBt amplement à découvrir les intentions qui ont présidé à la fondation de ces deux écoles.

de malsaines doctrines que la clientèle des écoles primaires. Ils ont de la lecture, leur milieu les soutient; de plus, les parents sont là, dont beaucoup ont gardé le sens de la religion, et la crainte des parents peut être pour les maîtres le commencement de la sagesse. Ce n'est pas à dire que tout soit bien dans les lycées; mais l'on n'oserait pas y proférer les blasphèmes qui sont monnaie courante aujourd'hui dans les écoles primaires. Là, point de gêne du côté des parents, une faible défense du côté des enfants, et l'on en profite pour lâcher des sophismes matérialistes, sous une forme généralement inepte, mais propre à frapper Tauditoire.

C'est une indignité, imputable principalement à la formation même des maîtres, à l'esprit que leurs propres maîtres leur ont apporté, tout frais, de Saint-Cloud et de Fontenay. Ainsi, ces deux écoles ne sont pas seulement inutiles, en tant que rouages administratifs, elles sont dangereuses pour la moralité publique.

Aux jeunes filles peu désireuses de re-

noncer à la religion et d'abandonner ses pratiques, il restait au moins la ressource de l'enseignement libre, où beaucoup trouvent d'honorables moyens d'existence. La confiance quêtant de familles accordent aux institutions privées, préférablement aux institutions deTEtat, n'a pas seulement pour motif Tappréhension de la « neutralité universitaire » ; elle est largement justifiée par l'invariable usage de faire autant — sinon davantage — pour les plus faibles élèves que pour les meilleures, et par la proportion élevée des succès remportés aux examens ofriciels(l).

L'Etat, en fondant les lycées et collèges de jeunes filles, s'est posé en rival de l'enseignement libre, ce qui était assurément son droit (2) mais, pour lancer ses institutions,

(1) Dans les lycées de jeunes filles, les devoirs sont aussi rarement corrigés, les interrogations sont aussi exceptionnelles que dans les lycées de garçons, et la seconde moitié de la classe y est aussi ignorante : c'est tout dire. N'en déplaise aux universitaires optimistes, les études sont médiocres dans les lycées déjeunes filles et, à Paris même, très faibles en histoire et en arithmétique.

(2) Ce ne l'était point de détruire l'enseignement congréga

il a multiplié — aux frais du budget — les bourses et les demi-bourses, et le procédé est médiocrement honnête. Le marchandage électoral devait élargir encore la gratuité de faveur dans l'enseignement secondaire, et tel père de famille, léger de scrupules, peut aujourd'hui faire élever ses filles, comme ses fils, sans qu'il lui en coûte rien. Rappelons, sans y insister, les écoles primaires de choix, luxueusement installées, dont la clientèle mal vêtue est écartée, et où l'instruction, sous le prétexte que les normaliennes viennent s'y exercer au professorat, est organisée de façon à satisfaire les plus difficiles. Là, des parents beaucoup plus qu'à leur aise, profitent d'une gratuité de droit — l'enseignement étant étiqueté primaire —

niste ni de s'approprier les couvents qui, la plupart du temps, lui ont servi à installer à peu de frais ses propres établissements. S'attribuer le bien d'autrui en vertu d'une loi, c'est toujours prendre ce qui ne vous appartient pas : il n'est qu'un mot — en trois lettres — pour désigner cet acte, qu'il soit le fait d'un particulier ou de l'Etat; cependant, maintes personnes, dans la crainte d'être taxées de cléricalisme, établissent là un distinguo et trouvent bon dans l'un ce qu'elles condamnent dans l'autre.

spécialement avantageuse. Enfin, des subventions données à des cours en accord avec les sentiments officiels, permettent à ces établissements, derrière lesquels l'Etat se dissimule, de faire une concurrence déloyale aux cours libres.

Les conditions deviendront de jour en jour, ou plutôt de loi en loi, plus difficiles pour l'enseignement libre. Dans l'ordre secondaire duquel relèvera bientôt, sans doute, l'instruction de tous les enfants au-dessus de treize ans, il ne pourra faire tête aux tracasseries gouvernementales qu'avec un personnel très docte et, en bien des cas, le brevet supérieur, demeuré pourtant un bon examen, — à plus forte raison, le baccalauréat qui en est un mauvais, — seront déclarés insuffisants. Ainsi, l'on ne peut qu'engager les jeunes filles décidées à entrer dans la carrière de l'enseignement, à poursuivre les hauts diplômes.

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