‹ Pour toutes les FrançaisesChapitre 25 sur 33 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Influence sociale; son esprit

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, rinflaence sociale des femmes qui, par un travail assidu, ont su mettre en valeur les avantages naturels de leur esprit, est assez faible. Et d'abord, remarquons que l'intelligence n'est pas une condition nécessaire de la réussite dans les lettres, les sciences, les arts : il y a beaucoup de bûcheurs et de bûcheuses qui, très méritoirement, conquièrent des places de tête, et qui ne sont pas intelligents. Ni les diplômes, ni les travaux, ni l'affiliation aux plus doctes compagnies, ne sont un critérium certain d'intelligence; en revanche, il existe des personnes très

intelligentes dont le nom n'est attaché à rien du tout.

Nous avons pas mal de femmes très intelligentes tant en province qu'à Paris, parfaitement instruites, mais qui ne consacrent pas le meilleur de leur vie à la littérature, à la science, aux arts : c'est à celles-là qu'il appartient de mener la France et, si elles le veulent, elles y arriveront. Il ne s'agit pas d'enlever le droit de suffrage et d'élection et, par là, d'élargir la plaie du parlementarisme, mais de regagner la direction de l'opinion publique, ou plutôt, de recréer l'opinion publique.

Les jugements sur les points les plus graves sont lâches ou hésitants; même si les principes ne sont pas contestés n'étant pas contestables, on ne s'entend plus sur les moyens de les défendre; on ne sait plus s'indigner qu'à court terme; on ne sait plus mépriser. Cette fadeur : « Tout aimer ou tout plaindre», devise des philosophes bénisseurs^ qui n'a rien d'évangélique, — on ne corrige pas le mal par l'attendrissement, — a émoussé

quand elle n'a pas perverti le sens du juste et de l'injuste. Ainsi, l'opinion publique s'est émiettée et ses manifestations n'ont plus de force.

Sans ligues qui, dans certains cas particuliers, produiront d'excellents résultats, sans groupements, brochures ou conférences, les femmes du monde, — il n'est pas nécessaire qu'elles soient riches, — peuvent manœuvrer d'ensemble. A la condition de penser et de se conduire en Françaises, leur influence ne tardera guère à agir sur les mœurs, et c'est tout ce qu'il faut pour le moment. Le reste suivra mécaniquement.

Bien entendu, toutes les femmes qui ont voix en France ne sauraient avoir exactement les mêmes idées sur toutes choses, et cela n'est point souhaitable; il suffit qu'elles aient en commun le culte du bon sens, autrement dit, du sens français. Il a été un peu étouffé par des sophismes de fausse science, par de mauvaises ou d'inopportunes imitations étrangères, par l'asservissementà toutes les modes, surtout par l'acceptation facile de beaucoup

d'infamies : il faut lui donner de l'air et l'appliquer à la solution des questions sociales où l'action féminine peut s'exercer. Mais c'est en Française qu'il faut raisonner : trop longtemps on a cru bien faire en entrant dans la peau des autres, rentrons dans la nôtre.

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