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CHAPITRE III L'Ecole maternelle

L'enfant, fille ou garçon, agrandi; il marche, il parle. Il n'a pas atteint l'âge du travail, mais il est nécessaire, tant pour lui que pour le repos des personnes qui l'élèvent, qu'il puisse et sache s'occuper. La méthode Froebel, cela n'est pas douteux, a exercé une très heureuse influence sur le mode d'éducation de cet âge intermédiaire, le plus ingrat, peut-être, puisque Tenfant a devant lui déjà de longues journées et que sa capacité d'application étant très faible, il faut varier les occupations pour prévenir la fatigue et surtout l'ennui.

L'ennui, accidentel chez la plupart des en-

fants, est constitutionnel chez quelques autres; ceux-ci ont une réelle aptitude à s'ennuyer et, rarement, ils se portent bien. Quelle que soit son origine, l'ennui doit être vigoureusement combattu dans le jeune âge; la méthode Froebel offre, à cet égard, de merveilleuses ressources. Le fond, l'esprit plutôt de cette méthode, n'est-il pas que l'enfant s'instruise aussi naturellement qu'il mange ou qu'il marche, qu'il apprenne à connaître les objets dont il use, qu'il sache avec quoi et comment se fabriquent un pain, une table, un livre ; qu'il devienne adroit aux ouvrages manuels ? Et cette méthode générale semble très supérieure aux pratiques de détails, telle que la façon d'enseigner à lire par gestes et grimaces.

De ces principes généraux sont nés les leçons de choses, les jouets intelligents ou savants. Ces jouets ne sont d'ailleurs pas à l'usage des petits enfants, ni même, en aucun temps, à l'usage des enfants de la classe populaire auxquels il convient de penser d'abord ; car, dans une famille distinguée et

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instruite, ses moyens fussent-ils modestes, les enfants, dirigés d'une façon ou d'une autre, ie sont, presque toujours, convenablement.

Les enfants du peuple sont envoyés à l'école maternelle, et c'est là que la pédagogie froebelienne pourrait faire des miracles. Elle en réalise quelques-uns, espérons-le. Mais deux choses y font obstacle à la bonne direction des facultés enfantines ; c'est, premièrement, l'insuffisance du personnel, en nombre et en valeur ; secondement, les programmes imposés par le ministre de l'instruction publique.

Les enfants sont admis à deux ans dans les écoles maternelles ; ils v demeurent

jusqu'à six ans, et si, dans les écoles primaires, l'encombrement est une condition déplorable, à plus forte raison dans les écoles maternelles, puisqu'un petit enfant est bien plus occupant qu'un grand. Mais la gratuité absolue de l'enseignement primaire impose de telles charges au budget que l'augmentation du personnel est tout à fait hors de ques-

tion. Il arrive donc qu'à l'école maternelle, les plus âgés des enfants sont, à peu près, au régime de l'école primaire ; ceux-là ont des maîtresses très — trop — diplômées. Les plus petits sont remis à des femmes de service auxquelles, en dehors de la surveillance, on ne peut rien demander, sinon d'inculquer aux enfants certaines notions de délicatesse et de convenances que la plupart de ces humbles auxiliaires auraient à apprendre d'abord pour leur propre compte.

Pour ces petits-là, ni éducation, ni instruction. A ceux de cinq à six ans, on enseigne, en outre de la lecture, de l'écriture, la Révolution française^ les droits de Vhoinme^ le fonctionnement du conseil général et les attributions des préfets! (1)

A l'école maternelle, les enfants sont renseignés sur ce qu'ils ne peuvent aucunement comprendre; en revanche, ils ne sont pas du tout élevés. Pourtant, il y a des inspecteurs, il y a des commissions ministérielles, il y a

(1) Voirie journal Z,'£'co/e française, du 21 novembre 1907.

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un conseil supérieur de l'instruction publique, et la base de l'éducation n'est pas un sujet de médiocre importance. Or, c'est tout au plus si l'on entend, de loin en loin, une protestation timide; car, en France, un bon fonctionnaire se fait un cas de conscience de causer le moindre ennui à son administration : pour lui, le gouvernement passe bien avant le pays.

Pour que le mal fût coupé dans sa racine, il faudrait que l'autorité se désintéressât complètement de l'école maternelle, s'en remettant aux œuvres privées de tout ce qui la concerne: construction et entretien des locaux, recrutement et salaire du personnel ; et si les charges des contribuables étaient dégrevées en raison de cette économie budgétaire, Ton verrait s'organiser assez d'écoles maternelles pour qu'aucun enfant ne restât dans la rue. Les initiatives personnelles et collectives ne manqueraient pas à cette belle tâche, l'émulation les entretiendrait et perfectionnerait les méthodes dont la variété serait infiniment plus féconde en bons résul-

tats que runiformité des règlements universitaires, même s'ils étaient raisonnables, ce qu'ils ne sont point.

L'enseignement libre soustrait un certain nombre d'enfants aux ineptes programmes des écoles officielles; mais l'enseignement libre est traqué de toutes parts; et puis, il semble excessif à beaucoup de gens de payer pour soutenir des œuvres privées, quand ils contribuent déjà, contraints et forcés, au budget de l'instruction publique, chaque année plus lourd. D'ailleurs, les écoles maternelles libres sont encore gênées dans leur action par l'obligation « d'avancer » les enfants en lecture, en écriture, en calcul, comme on les « avance » à la maternelle officielle, où tous les efforts tendent à épargner aux instituteurs et institutrices des écoles primaires le plus fastidieux de la besogne. C'est une année de gagnée, deux peut-être, ce qui permet d'adjoindre à l'enseignement primaire des connaissances de l'ordre secondaire, de nulle utilité au plus grand nombre et, dans tous les cas, réalisées

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aux dépens des exercices physiques et de l'instruction pratique.

C'est ainsi que le rôle de l'Etat est fatal non seulement à la clientèle de ses propres écoles, mais encore à celle des maternelles libres, et la même observation peut être étendue avec une semblable exactitude à tous les degrés d'enseignement. Le gouvernement, de par l'influence qu'il exerce, les ressources qu'il tire du budget, le prestige et la nécessité des diplômes dont il détient le monopole, réduit les énergies rivales à lui emprunter la plupart de ses procédés et à verser, bon gré mal gré, dans les mêmes ornières.

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