CHAPITRE V
L'enseignement de la lecture
Je n'ai pas parlé en m'arrêtant sur la période où les garçons et les filles partagent les mêmes exercices, de renseignement de la lecture que, d'ailleurs, nombre de pédagogues ne considèrent plus comme la première pierre de l'instruction. « C'est une chose difficile et rebutante qu'il faut épargner aux jeunes enfants ; ils apprendront très aisément à lire quand leur intelligence se sera développée par l'effet des années et de l'enseignement oral; jusqu'à huit ou neuf ans, pas de lecture. » (1)
(1) M. Marcel Prévost ne va pas si loin; il conseille seulement d'attendre que les enfants aient passé sept ans pour commencer de leur apprendre à lire.
Pas d'écriture non plus, j'imagine, car on ne voit pas bien un enfant tracer des caractères qu'il ne pourrait pas nommer, et cela compliquera beaucoup les études au moment où les programmes commencent à se corser.
Disons tout de suite que cette innovation ne concerne pas les enfants qui fréquentent l'école primaire; s'ils ne savaient lire et écrire qu'à dix ans, c'est, à peu près, tout ce qu'ils emporteraient avec eux en quittant l'école, à treize ans. 11 ne s'agit donc que des enfants de condition plus ou moins privilégiée; parmi ceux-là, je vois bien que les petits qui ont institutrices et gouvernantes attelées derrière eux, ne pâtiront point de cette nouvelle méthode — s'ils en tireront avantage, je n'en sais rien, attendu qu'elle n'a pas fait ses preuves; — mais les autres, ceux de condition moyenne, auxquels l'enseignement oral sera nécessairement mesuré, je vois bien aussi ce qu'ils y perdront, tant pour leur instruction que pour leur amusement.
ÉDUCATION DE l'eNFANGE 35
La vérité, c'est que la plupart des enfants apprennent facilement à lire, sans quoi, il y aurait bien plus d'illettrés que l'on n'en compte, étant donné l'encombrement des écoles urbaines et le mélange des écoliers de tout âge dans les écoles rurales. J'ai connu une petite fille de trois ans qui, en quelques jours, apprit la moitié de l'alphabet sur un grand écriteau de station qu'elle apercevait de son jardin. Si on l'eût voulu, elle aurait su lire en trois mois. Je me garderai bien d'en tirer une conclusion générale : il n'en faut pas tirer non plus d'un cas inverse. Un enfant, même très intelligent, peut être rétif à la lecture ; pour celui-là, on prendra une mesure d'exception; mais pourquoi l'étendre à tous ceux qui n'en ont pas besoin ?
Je tiens donc pour le vieux système — quant à la meilleure méthode d'enseigner les lettres et de former les syllabes, inutile de la rechercher, il y en a vingt qui se valent — et nos petites Françaises, sauront lire et écrire à sept ans. ; . i .