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CHAPITRE VIII

L'instruction et la culture

« J'apprends, non pour m'instruire, mais pour m'élever. » Cette belle parole d'Eugénie de Guérin n'est plus qu'un paradoxe pour la jeunesse d'aujourd'hui, qui se soucie peu de l'éducation, et qui croit posséder la culture intellectuelle dont elle se soucie beaucoup, par le fait seul qu'elle est instruite. Je ne sais même si les jeunes gens, garçons et filles, prennent la « culture » pour ce qu'elle est réellement, c'est-à-dire une plus-value de l'esprit, en tant que les conceptions sont devenues plus claires, les jugements plus simples, les prévisions plus probables, le

goût plus sain, le discernement en toutes choses plus sûr.

La culture est essentiellement d'ordre général et, s'il est inévitable que les qualités d'un esprit cultivé s'adaptent mieux à telle matière qu'à telle autre, encore faut-il être incapable de tomber dans la médiocrité pour prétendre à la culture.

M. Douasse, dans un livre qui n'a pas réjoui l'Université, mais qui n'a pas fâché tous les universitaires : Bachot et Bachotage^ a dit de justes et jolies choses sur Vinculture de certains grands hommes, nos contemporains. Mais ceci est de tous les temps, et le génie compense avec magnificence des infériorités qui seraient sans excuse pour le commun des lettrés ou des savants, à plus forte raison, pour le commun des gens du monde. Et, en effet, la culture est une affaire d'éducation, autant, et plus peut-être, qu'une affaire d'instruction. « L'honnête homme » du dixseptième siècle n'était point, sauf exceptions, un érudit: il était éminemment cultivé.

Les mœurs ont changé et, avec elles, la

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manière d'entendre la culture; mais la culture, en soi, n'a pas varié : on a beau les déguiser pour les mettre à la mode, le bon goût et le bon sens ne changent jamais. Présentement, être cultivé — ou cultivée — (il y a là, en attendant mieux, une conformité parfaite entre les conditions de l'un et de l'autre sexe), c'est avoir mordu à beaucoup de choses, et en avoir fait constater la déglutition par des jurys spécialement affectés à cette besogne. Autrement dit, c'est avoir préparé et passé beaucoup d'examens.

Que, parmi ces jeunes gens et ces jeunes filles, il y en ait qui possèdent une culture appropriée à leur âge et en bonne voie d'épanouissement, c'est absolument certain. Qu'il y en ait un plus grand nombre dont l'esprit n'est pas cultivé et ne le sera jamais, c'est de la dernière évidence, et l'on ne voit rien à corriger à la description faite par M. Joran de « ces petites dindes farcies de grec et de latin, frottées, non pas de science, mais de scientisme^ ayant leur réticule plein de petits potins littéraires ou

de coulisses, et qui donnent tout ce bagage superficiel pour de la culture. »

On pourrait seulement mettre en pendant le portrait des « jeunes dindons » qu'on rencontre jusqu'au seuil de l'enseignement supérieur. Toutefois, l'instruction, défectueuse en ses méthodes, faussée dans son esprit et ses résultats, est plus fâcheuse encore pour les filles que pour les garçons, attendu que chez ceux-ci la croissance de l'esprit s'arrêtant beaucoup plus tard, ils profitent mieux que celles-là des leçons de la vie.

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