‹ Pour vaincreChapitre 12 sur 66 · A. — A LA FRONTIÈRE DU NORD · texte numérisé non relu

A. — A LA FRONTIÈRE DU NORD

DUNKERQUE, HONDSGHOOTE, COURTRAY ET WATTIGINIES

aj. Dunkerque. — Hondschoote. — Gourtray.

Si les coalisés avaient eu l'unité d'action, c'en était fait de la France ; mais chacun d'eux avait ses convoitises. La Prusse, l'Autriche et la Russie voulaient chacune la Pologne ; l'Autriche voulait l'iVlsace ; l'Angleterre voulait nos ports de la mer du Nord et de la Manche, avant tout Dunkerque et Calais. Ils oublièrent qu'en 1712, à la fin du règne de Louis XIV, le Prince Eugène avait placé aur angles dé ses tranchées devant Landrecies cette inscription : Grand chemin de Paris. Pitt va lancer le duc d'York sur Dunkerque, l'Autriche contraindra Gobourg à s'occuper des Flandres, la Prusse immobilisera Brunswick sur le Rhin.

Garnot vit la faute qui dispersait les forces coalisées au lieu de les centraliser. Il jugea qu'on pouvait délivrer Dunkerque. Le 28 août il écrivait a Bouchard qui venait de recevoir le commandement de l'armée du Nord : « Le salut de la République est là. Si nous sauvons Bergues et Dunkerque.; une révolution est inévitable en Angleterre. Ce n'est donc pas précisément sous le point de vue militaire qu'il faut envisager cette attaque, dirigée sur cette partie de nos frontières ; c'est principalement sous le point de vue politique. » .

Cariiot ne se contenta point d'écrire ; il avait trop a cœur la réussite de son plan ; il se rendit a Dunkerque.

Le lecteur verra dans les anecdotes comment Lazare Garnot découvrit le jeune Lazare Hoche. Engagé à seize ans, aux gardes françaises ; caporal en 1789 à vingt-et-un ans, en septembre 1793, Hoche a Dunkerque, était chef de bataillon. Sa conduite devant les Anglais allait en faire un général. La belle défense de Dunkerque devait aussi faire la • fortune d'un autre chef. Né à Limoges en 1762, engagé lui aussi a 16 ans, Jourdan avait fait la guerre d'Amérique. Rentré dans ses foyers il était mercier dans sa ville natale quand la Patrie fut déclarée en danger. Volontaire en 1792, élu chef du bataillon par ses camarades de la Haute-Vienne adjoint a Houchard dont il répara les bévues, il fut proposé par Garnot le jour même de la bataille pour le commandement de l'armée des Ardennes.

Voici comment s'opéra la délivrance de Dunkerque, qui devait avoir en France et par toute l'Europe un immense résultat (1).

« Le duc d'York était arrivé devant Dunkerque avec 21.000 Anglais et Hanovriens et 12.000 Autrichiens. Le maréchal Freytag était à Ort-Gapelle avec 16.000 hommes, le prince d'Orange a Messin avec 15.000 Hollandais.

« Le duc d'York s'était établi sur la langue de terre qui seule fait communiquer Fumes et Dunkerque. Il s'agissait de le prendre entre Dunkerque, les marais et la mer. Mais, pour fermer toute issue à l'assiége^ant, il fallait occuper Furnes. G'était le fond du filet où l'on voulait prendre l'armée anglaise. Aussi Garnot avait-il pressé Houchard de gagner l'ennemi de vitesse et d'occuper avant lui If

(1) A. PiCAUD, Carnot {1792r481S), Charavay frères.

passage. La garnison de Dunkerque, sentant le secours proche, multipliait les sorties de manière à paralyser le duc d'York.

« Les assiégeants ne pouvaient pas ouvrir facilement la tranchée dans un terrain sablonneux, au fond duquel on trouvait l'eau en creusant seulement h trois pieds.

« Bouchard quittale camp de Gyvelde avec 12. 000 hommes qui étaient arrivés du Rhin, et tout ce qu'il peut ramasser de troupes autour de lui. Il débuta par une démonstration sur Menin, qui n'aboutit qu'à un combat sanglant et inutile. Puis, il se porta contre le corps du maréchal Freytag, et celui-ci fut obligé de rapasser l'Yser. Un instant Freytag, qui a voulu reprendre l'offensive et se rétablir au village •de Respoëte, se trouve prisonnier des Français. Il est dégagé par un combat de nuit et il vient se masser au village -de Hondschoote.

« Les retranchements de Hondschoote étaient formidables, des haies, des taillis, des batteries savamment dissimulées, défendaient le village. Le 8 septembre, l'armée française se portait sur toute la ligne pour attaquer le front. Hédouville (1) à la droite, Jourdan (2) au centre, la gauche échelonnée entre la position de Killem et le canal de

(1) Hédouville (Gabriel-Théodore Joseph, comte d'), né à Laon le 27 juillet 1753, mort au château de Lafontaine, près Arpajon, le 30 mars 1823. Il appartenait à une vieille famille militaire et servit avec distinction au Nord et en Vendée.

(2) Jourdan Joseph, maréchal de France, mort gouverneur des Invalides en 1830. Après Dunkerque, triomphe à Wattignies avec Carnet, prend le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse, vainqueur à Fleurus (26 juin 1794). Membre du Conseil des Cinq- Cents, fit voter la loi sur la conscription. Administrateur du Piémont (1800), maréchal (1804), pair de France après la chute de Napoléon.

l^'uriif'S. Joui'daii enlève les positions du centre, la droite s'empare des retranchements qui lui étaient opposés, et l'ennemi se retire en toute hâte sur Furnes.

« Pendant le combat, la garnison df Dunkerque faisait sous la conduite de Hoche une sortie vigoureuse, et mettait les assiégeants dans le plus grand péril. Le lendemain du combat', ceux-ci tinrent un conseil de guerre ; se sentant menacés sur leurs derrières, et ne voyant pas arriver les armements maritimes qui devaient servir à bombarder la place, ils résolurent de lever le siège et de se retirer sur Furnes, où venait d'arriver Freytag. Ils y furent tous réunis le 9 septembre au soir.

« La bataille de Hondschoote avait sauvé Dunkerque. La victoire n'était pas complète, puisqu'on n'avait pas occupé Furnes et que le duc d'York s'était échappé. Quand même, complète ou non, la victoire changeait tout ; le siège levé, 50 canons abandonnés, la retraite d'une armée d'élite, la France que l'on croyait réduite k l'impuissance se relevait tout à coup. »

Bouchard avait commis une faute grave ; il avait laissé les Anglais lui glisser entre les mains au pied des dunes. On rapporte ce cri du jeune' chef de bataillon Lazare Hoche, que nous allons retrouver général à l'armée du Rhin : « // ne devrait pas en échapper un seul ».

A Hondschoote Houchard avait été malgré tout victorieux,bien qu'il n'eût pas suffisamment profité de sa victoire.

Garnot le félicite : « Nous avons reçu avec la plus vive satisfaction la nouvelle de vos brillants succès. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de regretter infiniment que le grand projet qui avait été for^né d'abord pour envelopper entièrement l'armée anglaise et l'écraser, en marchant directement sur Furnes^ Ostende et Nieuport nai pas eu

lieu... Quoi qu'il ensoit , profitez du moment d' enthousiasme y et hâtez-vous de faire lever k siège du Quesnoy. Tombez en masse sur les ennemis, profitez de V énergie française ».

L'insuffisance manifeste du géneTal, trop sensible aux ovations des Dunkerquois, son peu d'empressement a suivre le plan de Carnot, sa défaite devant Gourtrai, la panique de ses troupes à Menin, ses erreurs et ses fautes : il n'en fallut pas plus pour que le Comité de Salut public le fît mettre en état d'arrestation. Il ne fit qu'un pas du champ de bataille a l'é^chafaud.

« Les représentants du peuple composant le Comité de Salut public arrêtent que leur collègue Carnot se rendra sans délai aux armées du Nord et des Ardennes, pour se concerter avec les commissaires de rassemblée et avec les généraux sur les mesures à prendre pour la défense de la frontière. »

Après la débandade de Gourtrai et de Menin, les nouvelles qui arrivaient du Nord étaient alarmantes.

Garnot à la tète de l'armde des SYm-s-Ci/Zo^^es' qui avait battu les Anglais à Hondschoote allait battre les Autrichiens à Wattignies et débloquer Maubeiige. Il va agir lui-même, diriger les troupes et* remporter la victoire. Gette victoire, il la conçut, il la calcula et, suivant l'expression de Michelet, il la fit lui-même de sa main.

b). "Wattignies.

L'armée du Nord battue, il fallait faire face à l'agression coalisée du Nord-Est. Gobourg était devant Maubeuge, menaçant la ligne de la Sambre. G'était le chef le plus habile et le plus redoutable des troupes d'invasion (1).

Les Autrichiens s'étaient avancés lentement, mathé-

(1) Gh. Rémond, Op. cit.., p. 52 et suivantes.

8i POUR VAINCRE

matiqaement, prenant en passant, avec onlre et méthode, la ligne de l'Escaut, Gondé et Valenciennes.

Le prince de Saxe-Gobourg, qui les commandait, laissa vingt mille hommes pour réduire la garnison affamée de xMaubeuge, fit bombarder les magasins de cette place afin de la prendre par la famine, porta le général Gollorédo sur la rive droite de la Sambre et déploya les soixante mille hommes qui lui restaient a deux lieues en avant de iMaubeuge". A sa droite le général de Bellegarde, s'appuyantk la rivière, occupait Levai, Saint-Waast, Monceau et Saint-Rémy. A sa gauche le général Terzy tenait Wattignies. Son centre était prolongé par un gros de cavalerie adossé au bois, en arrière de Dourlers.

Lui-même vint se poster à Wattignies, sur un enchevêtrement de collines boisées et de ravins profonds. Là, il fait de vastes abatis d'arbres, coupe les chemins, perce de créneaux les villages, hérisse les sommets de retranchements, d'épaulements, de fossés et de redoutes. Puis il place la troupe, qu'il commande en personne. En haut, une longue ligne de canons ouvrent leurs gueules sur la plaine. A mi-cùte, les masses autrichiennes,, les grenadiers bohémiens, les émigrés et les Groates. Au pied, la solide infanterie hongroise. Enfin a droite, l'immense cavalerie du Danube, sous les ordres de Glairfayt, le premier homme de guerre de l'empire autrichien.

Cobourg, avant la bataille, parcourut à cheval ces formidables lignes de Wattignies et, se retournant vers son Etat-major : «Si les Républicains viennent ici, dit-il en riant, je me fais sans-culotte ! »

Mais voici Jourdan qui arrive d'Avesnes avec quarante mille jeunes soldats et les représentants du peuple Garnot et Duquesnoy.

Go mot voulait attaquer sur un seul point, sur Wattignies, marcher sur le général autrichien Colloredo qui investissait le camp sous Maubeuge, le mettre entre le feu du camp et celui de la place, l'accabler, et avec la garnison de Maubeuge débloquée, formant alors une masse compacte de soixante mille combattants, prendre Gobourg a revers et le culbuter dans la Sambre.

La hardiesse inusitée d'un pareil plan parut dangereuse, Jourdan proposa et fit adopter un autre ordre de bataille, [dus prudent, mais qui, ne portant pas sur le point déf oisif, devait demeurer stérile.

Le io octobre, les trois colonnes se mettent en marche. L'aile droite monte sur Wattignies et se maintient toute la journée sur le terrain conquis. L'aile gauche monte sur Saint- Waast et l'emporte d'assaut ; mais elle reste à découvert, et la cavalerie hongroise, la chargeant avec furie, la précipite dans les ravins de Saint-Rémy.

Au centre, Garnot apprenant que Fromentin a forcé Saint- Waast et Duquesnoy Dimechaux, décide l'attaque [ de Dr»iirlprs. Jourdan, le sabre en main, et ses voloniaires, il la baïonnette, gravissent en courant les hauleurs et parviennent aux retranchements. Arrivés là, haletants, essoufflés, une formidable décharge de mitraille les renverse. Quelques-uns passèrent cependant. Sthrau, un [tambour des grenadiers, a peine âgé de quinze ans, se ■ glissant dans un chemin creux, courut jusque sur la place i. de Dourlers et se mit à battre furieusement la charce S derrière l'ennemi. Les Autrichiens se crurent cernés. Des soldats hongrois se retournent précipitamment, reviennent dans le village et n'aperçoivent que ce gamin devant l'église. Ils s'ap[)roclient, [c mettcnl en joue, le soînmorU de se rendre. Pour toute l'éponsc, le polit Iniuboiir don-

86 POUK VAINCRE

naiit un dernier coup de baguette, cria de toutes ses forces : « Vive la République ! »

Cependant le centre plie, accablé de balles et de boulets. La .cavalerie de Clairfayt déborde son flanc droit. Un nouveau corps, qui vient de mettre Fromentin en déroute, menace son flanc gauche. Jourdan, désespéré, après quatre heures d'efi'orts inouïs, jugeant l'attaque de front impossible, propose aux représentants de battre en retraite. Garnot, témoin de cet impétueux élan de nos soldats, qui par deux fois les a jetés au cœui* même de la position, et qu'il, juge capable de leur faire bientôt tout emporter, dans un mouvement d'impatience ne lui répondit qu'un mot :« Lâche! »... Alors Jourdan, bondissant sous un tel reproche, voulant se faire tuer, emportant ses jeunes et braves soldats, s'élance encore en avant. Par deux fois il arrive près du sommet et par deux fois il se brise contre ces canons imprenables qui balayent téut.

La nuit était venue ; Cobourg se croyait vainqueur.

On était au 15 octobre 1793. Le lendemain 16, Brunswick allait franchir les Vosges. Le lendemain 16, la reine allait monter sur Féchafaud. Le lendemain 16, la Vendée allait passer la Loire.

Il s'agissait de la vie ou de la mort de la République. Il s'agissait du salut ou de l'anéantissement des conquêtes de la Révolution. Il s'agissait de l'unité ou du démembrement de la France.

Il fallait donc vaincre ou mourir, la, à Wattignies.

Dans le conseil qui se tint pendant cette lugubre nuit du 15 au 16 octobre, Jourdan propos'a, selon les principes de l'ancienne guerre, de rétablirrr'quiiibrc de la ligne entière, en renonçant à Fattaque du centre et en renforçant raile gauche qui avait faibli.

C'est alors que Carnot, se levant avec vivacité, lui dit : « Général, c'est ainsi qu'on perd une bataille. Rappelons au contraire notre aile gauche, la division Fromentin ; renforçons notre droite victorieuse. Qu'importe que nous entrions à Maubeuge par la droite ou par la gauche?... C'est là que nous devons triompher, ajouta-t-il, .mi mettant le doigt sur le plan, au point de Wattignies.

« Si nous cédons à l'avis du représentant du peuple, dit Jourdan.je le préviens qu'il en prend toute la responsabilité. »

« Préparation, exécution, je me charge de tout », répondit Carnot avec une ardeur qui entraîna le conseil.

Le désespoir avait illuminé Carnot. Jourdan se soumit a l'idée qu'il venait de combattre et en seconda l'exécution, ainsi que ses lieutenants, avec autant de bravoure et d'intelligence que de désintéressement.

Le jour commençait à poindre, gris et brumeux. Cobourg regarda et ne put voir ce qui se passait dans la plaine sous ses pieds. A ce moment dans cet épais brouillard d'octobre, dix mille hommes de notre aile gauche et du centre passaient à l'aile droite, oi^i a ingt-cinq mille combattants vont porter tout l'effort de la bataille. A une heure, le brouillard se h've et Cobourg voit alors les trois colonnes s'avancer vers lui.

Jourdan enflamme ses soldats de son énergique parole. Carnot-Feulins s'avance avec son artillerie. Carnot et Duquesnoy, les représentants du peuple, à cheval, l'écharpe nationale aux reins, agitant sur la pointe de leurs sabres leurs chapeaux aux grandes plumes tricolores, commandent l'assaut général.

Les tambours battiuit la cluii-ge. [Tn immense cri do « Vive Im Uépublique u parti de (]ii;ir;inl(! mille poitrines

gronde comme un l'oulument do tonnerre, et les trois colonnes, entonnant la Marseillaise, montent a la baïonnette, s'élancent li l'assaut.

Garnot, superbe d'audace et de courage, renverse tout,, culbute tout, franchit les retranchements a la gueule des canons et arrive enfin, sanglant, noir de poudre, mais vainqueur, sur le plateau de Wattignies. Son frère, Jourdan, les Duquesnoy, avec la même furie ont entraîné le reste de l'armée. Ils arrivent on même temps que lui sur le sommet, et les deux héroïques représentants du peuple, Lazare Garnot et Dominique Duquesnoy, se jetant dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent au cri mille fois répété de « Vive la République!.. »

Gette lutte acharnée, cette grande victoire de Wattignies que Bonaparte qualifia « le plus beau fait d'armes de la Révolution », eut des résultats tels qu'aucune autre,, peut-être, n'en eut jamais. Elle nous rendit dix-huit mille hommes bloqués dans Maubeuge. Elle empêcha la jonction des armées de Cobourg, de Glairfayt et du duc d'York, venant du Nord, avec celle de Brunswick, de Wurmser et de Gondé, venant de l'Est, pour marcher toutes ensemble sur Paris. Elle allait permettre de défendre le Rhin. Elle sauva la France de l'invasion. Elle^ sauva la République.

Garnot qui avait préparé cette belle victoire avec le coup d'œil d'un homme de génie, Garnot qui avait gagné cette rude bataille avec l'impétueuse bravoure d'un héros, revint aussitôt après a Paris, s'enferma avec ses cartes et ses plans dans son bureau des Tuileries, dédaignant les honneurs et la gloire et méditant de nouveaux . succès pour sa patrie.

A pein^ arrivé, il, écrivit, au nom de la République, a

l'année du Nord pour la féliciter de sa bravoure et de son glorieux triomphe. Pas un mot de cette lettre ne laissait supposer qu'il eut pris part au combat, et l'on eut dit qu'il n'avait pas quitté sa table de travail.

« Napoléon, qui fut rarement pour Carnot un appréciateur bienveillant, ou même un juge impartial, avait été très frappé par la victoire de VVattignies.

Dans une séance de son conseil d'Etat (c'est le duc de Bassano qui rapporte ce trait), l'Empereur se mit un jour à raconter la bataille de Wattignies, en l'appelant « le plus beau fait d'armes de la Révolution ». Puis il ajoute : « Savez-vous, messieurs, qui a fait cela? C'est Carnot. »

Et lorsque, après neuf ans d'oubli, il régla la pension de ce même Carnot, comme ancien ministre de la guerre, ce fut en ces termes qu'il motiva le décret :

« Carnot n'eùt-il fait que de contribuer au déblocus de Maubeuge,il aura toujours des droits a ma reconnaissance. »

Paroles curieuses : le despote voit toute la patrie en luimême ; ne dirait-on pas que les soldats républicains et le Comité de Salut public n'ont défendu la France que pour la conservera Bonaparte (1)? »

B — EN ALSACE Saint-Just, Hoche et Pichegru .

Après la victoire de Wattignies, Maubeuge était débloque et la route de Paris fermée aux Autrichiens. Il fallait s'occuper des Prussiens. Les lignes de Wissembourg étaient forcées, notre frontière était envahie sur ce point important (2).

« l^a sollicitude du Comité s'y dirigea tout entière. Il y

\i) Ifippolyte Carnot, t. i, p. 420.

(2) Hippolyte Carnot, t, i, p. 452 et 453,

envoya Saiiil-Just l'un de ses membres, avec Le Bas, du Comité de sûreté g-énérale, revêtus du titre de commissaires extraordinaires/ Ces ieunes gen^ (run avait 25 an.s, l'autre 27) déployèrent l'énergie de vérita^bles hommes d'Etal. Les désordres furent réprimés par une discipline rigoureuse, mais empreinte de justice et de moralité ; les soldats furent satisfaits avec sollicitude ; souvent, il est vrai, par les moyens les plus extraordinaires : — le domaine du paysan ne restera pas en friche pendant qu'il combat pour la liberté, la commune le cultivera ; a-t-on besoin d'argent ; un emprunt forcé sur les riches ; et le plus riche de ceux qui n'y auront pas satisfait subira, pour l'exemple, une exposition publique ; — a-t-on besoin de vêtements : tous les manteaux des citoyens de Strasbourg seront apportés dans les magasins de l'Etat ; de souliers : tous les aristocrates seront déchaussés ; il faut que demain 10.000 paires de souliers soient envoyées au quartier général ; — d'hôpitaux, 2000 lits devront être prêts dans vingt-quatre heures chez les riches de Strasbourg. Ces proconsuls, dit Michelet, obtinrent tous les effets de la terreur sans avoir besoin de verser le sang. »

De Paris, Garnot, les 6, 9, 12, 17, et 24 brumaire, adressa a Saint-Just et à Le Bas « un plan de campagne donl le but était de reprendre les lignes de Wissembourg et de débloquer Landau. Deux hommes de guerre, nouveaux dans les grands commandements, Hoche et Pichegru, devaient le mettre à exécution a la tète des armées de la Moselle et du Rhin.

« Garnot faisait grand cas des talents militaires de Pichegru, mais sa prédilection personnelle était pour Hoche, dont il avait quelque raison de se montrer fier comme de sa trouvaille. »

CARNOT AL' COMITE DU SALUT PUBLIC 9i

Hoche était alors au début de la vie. Bouillant comuic on l'est à 25 ans, téméraire, audacieux, il subit d'abord un échec, doïit Robespierre, qui le haïssait sans savoir pourquoi, avait voulu s'emparer pour le faire arrêter. Nous avons de Carnot les lettres qu'il é<^rivit le 15 frimaire aux rejirésentants : « Malgré Féchec qiCil a essuyé^ nous persistons à regarder le général comme méritant notre confiance » et ces nobles paroles, qu'il adressa à Lazare Hoche et qui figurent plus loin aux Pensées : (c Un revers nest pas un crime, lorsqu'on a tout fait jmur mériter la victoire. Ce n est poi^it par les événements que nous jugeons les hommes., muis par leurs efforts et par leur courage. Nous aimons quon neclésespère point du salut de la patrie. »

Carnot terminait ainsi sa lettre ; « Notre confiance te reste, rallie tes forces, marche et dissipe les hordes royalistes. »

L'histoire nous montre comment Hoche agit. Le 22 décembre, avec des hommes qui n'avaient pas eu de pain depuis la veille et qui, par un temps épouvantable, avaient marché sur des routes défoncées, le jeune général culbutait l'ennemi à Reichshoffen-Frœschwiller. Le lendemain, .suivant sa belle expression, il continuait. Le 24, au chant de la Marseillaise, les troupes enlevaient d'assaut le Geisberg en avant de Wissembourg. Le 27, Landau était débloqué. De la Manche au Uliin les soldats de la République avaient vaincu les coalisés.

Page 1