C. — CONTRE L'ÉMEUTE ET L'INSURRECTION LYON, TOULON. LA VENDÉE
a). Lyon. •
Nous avons déjà parlé de la révolte de Lyon. C'est l& vieux général Kellermann qui tout d'abord assii'j^ca la ville. Dubois-Grancé était auprès de lui en qualilt' de représentant. Il se montra dur, hautain, insolenl à l'égard des Lyonnais. C'était le prototype de l'ancien noble devenu révolutionnaire ardent (1). Une lettre signée par Carnot, Robespierre et Couthon lui recommandait la clémence : Parcere subjectis. Il n'en tint pas compte. Il fut remplacé par Robert Lindet et Kellermann par le général Doppet. Lyon ne tarda pas à se rendre.
b). Toulon.
De même que toute la région lyonnaise s'était insurgéecontre la Convention, de même le sud de la Provence était en feu. Les royalistes, ayant a leur tête l'amiral comte de Tregoff, avaient livré la place et la flotte aux Anglais^ qui avaient occupé l'une au nom de Louis XVII* et détruit l'autre par haine de la France et par intérêt. Il fallait reprendre la ville.
(1) Eclmond-Louis-Alexis Dubois de Crancé, né à Charleville en 1747, était lieutenant des maréchaux de France quand en 1789 le* électeurs de Viti'y-le-François l'envoyèrent aux Etats-Généraux. Député des Ardennes à la Convention nationale, il fut un des plus fougueux démagogues. Il devint membre du Comité du Salut public. Après le 9 thermidor, prit le parti de la réaction, devint membre du Conseil des Cinq-Cents, s'effaça après le 18 brumaire et mourut àRethel le 29 juin 1814.
Garnol, qui avait inventé Joiirdaii et Hoche, va décou- '\'rii' le capitaine Bonaparte.
L'histoire de Napole'on, né à Ajaccio le 15 août 1769, jie commence à vrai dire qu'en 1793.
Le capitaine Buonaparte (c'est ainsi qu'il écrivait alors son nom) avait 24 ans. En 1779 à l'âge de 10 ans, par la protection du comte de Marbeuf, gouverneur militaire de la Corse, il était entré à l'école de Brienne d'où il passa en 1784 à l'école militaire de Paris. En 178S sous-lieutenant d'artillerie, il devint lieutenant en Corse. Capitaine dans l'armée du général Carteaux en 1793 il réprime l'insurrection des Marseillais fédéralistes. A la fin de cette même année, le voici devant Toulon qu'il s'agit de reprendre aux Anglais. Le Comité du Salut public a chargé le général Dugommier des opérations du siège ; le chef de bataillon du génie Marescot et le jeune capitaine Buonaparte assistent ]e chef.
Voyons, d'après Barère, comment le plus jeune en grade .fut mis en vedette par Carnot :
« Récit de Barère. — Salicetti, Corse, apporta au Comité du Salut public deux plans d'attaque proposés par le général Dugommier et parle capitaine Bonaparte. Carnot, les ayant examinés, fit son rapport au Comité, les cartes sur la table, selon sa coutume. Il exposa ce qu'il avait trouvé de bon dans chacun des mémoires et conclut à la nécessité de fondre les deux plans. Le général Dugommier <'tait trop bon patriote pour s'offenser de ce qu'on adoptât en partie les plans d'un simple officier de son armée ; le capitaine Bonaparte, de son côté était trop ambitieux pour ne pas tirer parti de l'adoption de quelques-unes de ses idées. Le travail de fusion, proposé par Carnot, fut entre- :pris ; le lendemain tout était écrit, développé, délibéré.
Le Goinité criiL dovoii' coiitiei- l\ BoiiaparLe la (jarlie de ' l'attaque qui avait été empruntée à son; mémoire ; mais, comme son grade de capilaine ne suffisait pas pour commander une opération aussi importante, on lui conféra celui de chef de bidaillon. Voilà le premier échelon de son avancement ».
jNous verrons plus tard quelle fut l'influence de Garnot sur la destinée de Bonaparte.
c). La Vendée.
L'insurrection ou la coalition vaincue, au pays basque et dans les Pyrénées, sur la frontière belge, en Lorraine et en Alsace, dans le Sud-Est et dans le Var, la France devait, en 1794, terminer les opérations de la guerre défensive.
Hélas! a l'Ouest, la révolte allait prendre une extension plus grande : toute la Bretagne se dressait contre la Révolution, bien plus parce que les paysans étaient blessés dans leurs traditions, leurs coutumes et leurs croyances que parce qu'ils étaient royalistes et bourbonniens. ^
De la guerre de Vendée nous ne pouvons envisager ici que ce qui a trait aux nïesures prises par le Comité de Salut public. Il faut nous reporter a six mois en arrière, car l'insurrection date de l'entrée de Garnot au Gomité. A cette époque, après la défaite de Dumouriez a Neerwinden (le 18 mars 1793) et quatre mois de siège, (avril-juillet 1793), les Prussiens s'étaient emparés de Mayerîce, laissant sortir Kléber et son armée avec les honneurs de la guerre, mais sous la condition expresse, que, pendant un an, les défenseurs de la ville rhéaane ne combattraient pas les coalisés.
La parole donnée par Kléber devait être tenue par la lîonvention. L'araie'e de Mayence était transportée en poste en Vendée. Kléber et Marceau prennent le commandement. Ils écrasent la rébellion par deux victoires, au Mans et-à Save'nay. Voici les instructions de Garnot :
La voie de la persuasion et des lumières est partout préférables à celle de la violence ( t?/ vendémiaire an III). Appliquez avec ménagement aux jeunes gens de ce pays
.la loi de recrutement militaire (24 frimaire).
' N'abusez point de V arrestation à V égard des nobles et surtout des prêtres ; qu'ils ne soient pas frappés par des mesures de sûreté générale^ mais individuellement et pour des causes particulières [i vendémiaire).
Kléber était plein de mansuétude pour ceux qu'il considérait comme des frères, dont il fallait avoir pitié. « Je ne puis m" empêcher de gémir sur ces malheureux fanatisés par
-, leurs prêtres et altérés de sang, qui repoussent les bienfaits du nouvel ordre de choses. » Toujours est-il que ce n'est pas l;i guerre contre la religion qui était entreprise. Garnot écrivait dans une de ses instructions aux commissaires de la G< invention : « Vous savez quels sont nos principes : éclairer fi ne jamais aigrir ; persuader et ne jamais violenter. Que cliacun croie ce quil lui plaira, pourvu que sa conduite ne trouble point l'ordre public ». Faut-il faire remarquer que lis Républicains ne critiquèrent jamais cette affiche que Pichegru, général en clicf des armées françaises» faisait apposer sur les portes des églises : Ici on adore
• Dieu. Citoyen, qui que tu sois, ne trouble point son culte.
Au début de la guerre de Vendée, la Gonvention et le Gomité de Salut public considérèrent l'insurrection comme fi]>partenanl à la direction de la giicriv! proprement dite.
Alors Garnot la dirigea. Après les victoires du Mans et de la politique générale, les pensées de Carnot se portèrent ailleurs. « Tant que le plan de Carnot a été suivi, nous Vivons été victorieux dans la Vendée ; quand on a tué et volé, nous avons été battus ». Telle a été l'opinion très nette de Merlin de Thionville.
Nous avons examiné d'une façon approfondie l'œuvre* ■du Comité de Salut public et tout particulièrement la part prise par Carnot dans la défense républicaine et nationale pendant cette terrible année 1793, oii le plus effrayant des cataclysmes, la coalition de l'Europe entière jointe a l'insurrection à l'intérieur, s'était déchaîné sur la France. Il nous reste, pour cette période, à étudier la campagne de 1794, à indiquer les créations d'utilité publique et les fondations auxquelles s'associa Carnot, enfin à énumérer les faits qui donneront naissan ceà la réaction thermidorienne et à la journée de prairial.
LA CAMPAGNE DE 179i. ~- LEÏTiiE DE CAHNOT A PICHEGRU
Les grands faits militaires de l'année 1794, ans II et III de la République une et indivisible, se résument en peu de lignes.
Délivrée de linvasion par les victoires de 1793, la France prit l'offensive pour repousser la coalition. Elle reconquit la Belgique et la rive gauche du Rhin. A l'armée anglaise du duc d'York établie sur l'Escaut, à l'armée
CARNOÏ AU COMITÉ DE SALUÏ POBLIC 9T
Savenay, les affaires de Vendée passèrent a la direction autrichienne du prince de Saxe-Gobourg' établie sur la Sambre, elle oppose l'armée du Nord, commandée par Pichegru et l'armée de Sambre-et-Meuse commandée par Jourdan. Lieutenants : Kléber, Marceau, Championne^, Lefebvre. Victoires : Gharleroi, Fleurus (26 juin), Cologne et Coblentz : voila pour le corps de Sambre-et-Meuse ; Anvers (juillet), la Hollande (novembre 94, janvier 95), la flotte hollandaise au Helder (30 janvier 95) : voila pour les troupes du Nord.
Après Wattignies Carnot avait pu se recueillir assez pour rédiger un Système général des opérât ions militaires de la campagne prochaine, suivi d'un Plaîi de- campagne^' pour Varmée du Nord et d'instructions particulières à l'usage de chacun des généraux. Nous y avons puisé des pensées que le lecteur trouvera dans le corps de cet ouvragi^.
La longue lettre de Carnot à Pichegru, qui fut le programme de la campagne du Nord, tient une trop grande place dans l'histoire du temps pour que nous ne la donnions pas en entier :