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RETOUR DE CARNOT

« tout gâter. Quel dommage I il avait table rase. Ah ! <( qu'il aurait pu faire de bien ! Son Crescendo inconsi- « déré me fait trembler pour lui, et pour la France bien « davantage. »

En présence de l'attitude de Bonaparte, Garnot ne voulut point conserver son portefeuille et donna sa démission.

« Citoyens Consuls, les fréquentes indispositions que j'éprouve ne me permettent plus de me livrer au travail et me forcent de vous donner ma démission ; je vous prie donc, avec les plus vives instances, de me nommer un successeur. Veuillez, citoyens Consuls, demeurer convaincus de toute ma reconnaissance pour les actes multiples de bienveillance dont vous m'avez honoré avant et depuis mon entrée au ministère de la guerre (1). »

La réponse de Bonaparte fut apportée par le (^.onsul Lebrun en personne :

« Les Consuls désirent , citoyen Ministre , que vous continuiez les fonctions que vous exercez. depuis six mois avec autant de zèle que d'utilité pour la patrie.

« Vous avez améliore' r administration de la guerre ; mais il reste encore de plus grandes améliorations à faire : il faut que votre ministère, quand vous le quitterez, ait tracé une marche d'économie et d'ordre dont l'influence se fasse longtemps sentir.

« Des indispositions passajères ne peuoent être suffisantes pour vous empêcher d'achever votre ouvrage.

« Dans toutes les carrières, la gloire n^ est qu'au haut. »

Carnot avait mérité une deuxième fois le beau titre <V Organisateur de la Victoire.

(1) Hippolyle Carnot, t. ii, p, 226.

158 POUR VAIXGRE

Sa démission.

, Le 8,. vendémiaire il prit définitivement sa retraite : « Citoyens Consuls, je vous donne à nouveau ma démis- « sion. Veuillez bien ne plus digérer à l'accepter.

« Salut et respect. Carnot »

Avant d'abandonner le portefeuille de la guerre, Garnot avisait le premier Consul du complot qui se tramait contre lui :

(( Citoyen Premier Consul., je viens d'être averti d'une manière positive qu'une conjuration se forme en ce moment contre vous, et qu'on veut attenter cette nuit même à votre vie. Je me fais un devoir de vous en prévenir. La personne qui me donne cet avis est la tnênie qui m'instruisit, le 17 fructidor, de ce qui devait arriver la nuit suivante, et je lui dois en partie les mesures de précaution prises pour me soustraire au danger. On prétend que le ministre de la police n'est pas étranger au complot d'aujourd'hui.

« Salut et respect. »

Garnot avait été bien informé, puisque le Premier Gonsul faillit être assassiné à l'Opéra. Cela n'a pas empêché Bonaparte d'éprouver contre Carnot un vif ressentiment par suite de sa démission.

Les notes du général Lomet nous donnent ce détail : « Lorsque Berthier revint d'Espagne et reprit le portece feuille de la guerre, plusieurs chefs de service de son « ministère (j'étais du nombre) lui suggérèrent l'idée d'un « rapport tout a la louange du citoyen Carnot, et dont « la conclusion serait de lui conférer le grade de général « de division, qu'il n'avait pas régulièrement, et de le

CARNOT AU TftIBUNAT 159

« placer à la tète du corps du génie. Berth.ier accueillit « cette pensée avec un empressement que nous remar- « quâmes et qui lui fait honneur. Le rapport fut rédigé en « termes chaleureux, concluants ; le ministre y apposa sa « signature avec un vrai plaisir et le présenta le jour « même. Nous en attendions merveille. Quel fut notre « désappointement lorsqu'à son retour Berthier le Jeta sur « la table avec dépit et tristesse î Nous eûmes en marge « cette annotation de la main de Bonaparte ; « Carnot ne « doit être rien dans une république ». Plus tard l'Empereur allait faire amende honorable !

Carnot au tribun aï.

Son opposition a l'établissement de l'Empire.

« Elu, quelque temps après, membre du tribunal, au moment où le Premier Consul concluait un Concordat avec Rome et créait la Légion d'Honneur, Carnot allait avoir l'occasion de manifester ses sentiments républicains. Ce fut au sujet de la proposition du Consulat à vie. Carnot s'approcha du registre des votes et y écrivit ces mots : « Dussè'Je signer tna proscription, rien ne saurait me forcer à déguiser mes sentiments. Non ! » Quelques jours plus tard, quand l'ancien conventionnel Curée déposa sa motion, stylé par Bonapaitc, tendant au rétablissement de l'hérédité monarchique en faveur du Premier- Consul, avec le titre d'Empereur, Carnot qui seul allait voter contre prononça un discours qu'il faudrait reproduire in extenso.

En voici quelques passages :

« Je ne me jetterai point dans la discussion de la préférence que peut mériter en général tel ou tel système de

gouvernement sur tel ou tel autre ; il existe sur ce sujet des volumes sans nombre : je me bornerai k examiner en très peu de mots et dans les termes les plus simples le cas particulier où les circonstances nous ont placés.

« Je suis loin de vouloiratténuer les louanges ^i

donne'es au Premier Consul : ne dussions-nous à Bonaparte que le Gode Civil, son nom mériterait de passer h la postérité. Mais quelques services qu'un citoyen ait pu rendre à sa patrie, il est des bornes que l'honneur autant que la raison imposent a la reconnaissance nationale. Si ce citoyen a restauré la liberté publique, s'il a opéré le salut de son pays, est-ce une récompense a lui offrir que cette liberté même et ne serait-ce pas anéantir son propre ouvrage que de faire de ce pays son patrimoine particulier?

« Du moment qu'il fut propose au peuple

français de voter sur la question du Consulat à vie, cha- <iun put aisément juger qu'il y avait une arrière-pensée, et prévoir un but ultérieur. En effet, on vit se succéder une foule d'institutions évidemment monarchiques ; mais, à chacune d'elles, on s'empressa de rassurer les esprits inquiets sur le sort de la liberté, en protestant que ces institutions n'étaient imaginées qu'afin de lui garantir la plus haute protection qu'on put désirer pour elle.

« Aujourd'hui se découvre enfin d'une manière positive le terme de tant de mesures préliminaires. Nous sommes appelés à nous prononcer sur la proposition formelle de rétablir le système monarchique et de conférer la dignité impériale et héréditaire au Premier Consul. Je votai dans le temps contre le consulat à vie. Je voterai de même contre le rétablissement de la monarchie, comme je pense que ma qualité de tribun m'oblige a le faire; mais ce

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sera toujours avec les me'nagemenls nécessaires pour ne ])oint réveiller l'esprit de parti, ce sera sans personnalité, sans autre passion que celle du bien public, en demeurant toujours d'accord avec moi-même dans la défense de la cause populaire.

« Je fis toujours profession d'être soumis aux

lois existantes, même lorsqu'elles me déplaisent le plus. Plus d'une fois je fus victime de mon dévouement pour elles, et ce n'est pas aujourd'hui que je commencerai à suivre une marche contraire. Je déclare donc d'abord que tout f'n combattant la proposition faite, du moment qu'un nouvel ordre de choses sera établi, qu'il aura reçu l'assentiment de la masse des citoyens je serai le premier ;i y conformer toutes mes actions, k donner à l'autorité suprême toutes les marques de déférence que commandera la hiérarchie constitutionnelle. Puisse chacun des membres de la grande société émettre un vœu aussi sincère et aussi désintéressé que le mien !

(< Tous les arguments présentés jusqu'à ce jour slir le rétablissement do la monarchie en France se réduisent à dire que, sans elle, il n'existe aucun moyen d'assurer la stabilité du gouvernement et la tranquillité publique, d'échapper aux discordes intestines et de s'unir contre les ennemis du dehors ; qu'on a vainement essayé le système républicain de toutes les manières possibles, qu'il n'est résulté do tant d'efforts que l'anarchie, une révolution prolongée ou sans cesse renaissante, la crainte perpétuelle de nouveaux désordres ot, par la suite, le désir de voir rétablir l'antique gouvernement héréditaire en changeant seulement la dynastie. C'est :i cela qu'il faut répondre.

J'observerai d'abord que le gouvernement d'un seul n'est rien moins qu'un gage assuré de stabilité et de tranquillité.

La durée de l'empire romain ne l'ut pas plus longue que ne l'avait été celle de la République. Les troubles intérieurs y furent plus grands, les crimes plus multipliés. La fierté républicaine, l'héroïsme, les vertus mâles y furent remplacés par l'orgueil le plus vil, la plus ridicule adulation, la cupidité la plue effrénée, l'insouciance la plus absolue sur la prospérité nationale. A quoi eut remédié l'hérédité du trône ? Ne fut-il pas regardé par le fait comme l'héritage de la maison d'Auguste ? Un Domitien ne fut-il pas le fils de Vespasien ? un Galigula le fils de Germanicus, un Commode le fils de Marc-Aurèle?

c< En France, a la vérité, la dernière s'est soutenue pendant huit cents ans ; mais le peuple fut-il moins tourmenté? Que de dissensions intestines !" que de guerres entreprises^ au dehors pour des prétentions, des droits de succession que faisaient naître les alliances de cette dynastie avec les puissances étrangères. Du moment qu'une nation entière épouse les intérêts particuliers d'une famille, elle est obligée d'intervenir dans une multitude d'événements, qui, sans cela, lui seraient de la plus parfaite indifférence.

« Nous n'avons pu établir parmi nous le régime républicain quoique nous l'ayons essayé sous diverses formes plus ou moins démocratiques ; mais il faut observer que dans toutes les constitutions qui ont été successivement éprouvées sans succès il n'en est aucune qui ne fut née au sein des factions, et qui ne fut l'ouvrage de circonstances aussi impérieuses que fugitives, voilà pourquoi toutes ont été vicieuses. Mais depuis le Î8 brumaire, il s'est trouvé une époque unique peut-être dans les annales du monde pour méditer a l'abri des orages, pour fonder la liberté sur des bases solides, avouées par l'expérience

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