LA PATRIE
J'ai idolâtré ma patrie.
Nous aimons qu'on ne désespère point du salut de la
patrie.
L'exil ! Sait-on bien ce qui donne à cette peine le cachet le plus odieux ? C'est qu'elle n'est vraiment douloureuse que pour les bons citoyens...
L'être sans cœur, qui se rit dos sentiments de famille et de patrie, celui-là vit également partout, comme l'herbe cosmopolite se transplante dans toute terre où elle trouve un fumier. Mais l'homme qui s'est fait un culte du sol natal et du foyer domestique^ ce qu'il soufl're dans l'exil, comment le dire ? (^eux qui ont le courage d'intliger cet
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alFreux supplice ne savent donc pas quelle place tiennent dans notre âme le toit sous lequel nous sommes nés, l'école où nous avons bégayé nos lettres, la campagne où chaque arbre, la maison où chaque meuble nous rappelle un mystère du cœur ou un progrès de l'intelligence ?
Ce sillon qu'on a arrosé de sueur, cet atelier où Ton a manié le marteau, ce cabinet où l'on a médité, cette tribune d'où on a parlé à tout un peuple : c'est la patrie tout cela ; je me trompe, c'est la vie.