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L'ARMÉK ET LA GUERRE

Je suis militaire, je parle peu et je ne veux être d'aucun parti.

La force armée ne délibère pas ; elle obéit aux lois, elle les fait exécuter.

Elle serait coupable si elle se prononçait spontanément

ou individuellement, parce que c'est l'unité qui fait toute

sa force et qu'elle ne doit jamais s'exposer à une diver-

^■ence d'opinion.

Le caractère national du Français est d'attaquer toujours.

Il gagne de l'audace en allant à l'ennemi, il en perd s'il attend ; un rôle passif ne lui convint jamais.

Il y a deux bravoures : l'une bouillante et qui fait oublier le danger ; soutenue par la présence des compagnons, qui partagent le péril avec nous, elle s'augmente par le bruit des armes : c'est celle d'un guerrier qui vole à la victoire .

L'officier du génie a besoin d'un courage différent, il est au milieu du péril^ mais il y est seul et dans le silence ; il voit la mort, mais il doit l'envisager avec sangfroid ; il ne doit point courir à elle comme le héros des batailles , son devoir est de la regarder venir tranquillement ; il se porte où la foudre éclate, non pour agir, mais pour observer, non pour s'étourdir, mais pour délibérer.

Attachez-vous surtout à découvrir le mérite modeste parmi les commandants de bataillon ou même parmi les ofliciers d'un grade inférieur.

On ne crée pas soudainement les chefs, il faut du temps

pour les préparer.

Point de repos, le repos ennuie le soldat français.

C'est l'oisiveté, c'est la vie molle des garnisons et des cantonnements qui détruisent l'énergie et la discipline...

Que les généraux donnent l'exemple de l'activité, dos mœurs et du désintéressement...

â02 POUR VAINCRE

Voulez-vous être victorieux ? Attaquez l'ennemi tous les jours, matin et soir...

Soyez attaquants, sans cesse attaquants, il n'est qu'un seul moyen de triompher, c'est la vigilance...

Un seul homme qui veille est plus fort que cent mille

qui dorment.

Apportez la plus grande vigilance à la garde des postes. Obligez les officiers généraux à les visiter eux-mêmes

très fréquemment.

Attaque sans cesse, et toujours avec des forces dominantes, en frappant à l'improviste tantôt sur un points

tantôt sur un autre...

Nous n'aimons pas qu'on nous dise que tel poste faible a résisté à l'attaque d'un corps beaucoup plus considérable, un tel événement prouve toujours l'ignorance ou le défaut de vigilance : l'art du général est de faire en sorte que partout où l'ennemi se présente, il trouve une force supérieure à la sienne.

Livre de fréquents combats, aguerris les troupes, entretiens-y avec fermeté la discipline et l'exercice ; ne les fatigue point, mais tiens-les perpétuellement en haleine ; oblige les officiers généraux à les visiter chaque jour, à

OPLXIONS ET PENSÉES 203

leur donner l'exemple de l'activité, de la moralité et du

désir de vaincre.

Ne compromets pas le sort des armées françaises ;

attaque chaque jour tantôt un poste, tantôt Fautre, mais

toujours avec des forces très supérieures, à l'improviste

et avec célérité.

Il faut toujours chercher le point faible de l'ennemi et

avec une supériorité telle que la victoire ne puisse être

douteuse.

Il faut abolir les petits paquets.

La défensive nous déshonore et nous tue.

Un revers n'est pas un crime, lorsqu^'on a tout fait pour mériter la victoire ; ce n'est point par les événements que nous jugeons des hommes, mais par leurs efforts et par leur courage.

Nous aimons qu'on ne désespère point du salut de la

patrie.

Lorsque l'on perd une forteresse on perd seulement Touvrage des hommes, au lieu qu'en perdant une bataille on perd les hommes eux-mêmes.

Les forces actives et passives.

' 26 On ne peut opposer à son ennemi que deux sortes de forces : les unes actives : ce sont celles qui agissent par

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elles-mêmes, c'est-à-dire les dill'érents corps de troupes qui composent l'armée ; les autres passives : ce sont les êtres inanimés que les hommes savent employer au succès de leurs opérations, principalement les fortifications naturelles et artificielles.

De cet exposé simple il suit qu'on doive employer les forces passives de préférence aux forces actives, toutes les fois qu'elles peuvent être suppléées les unes par les autres, mais surtout dans les cas où le système de guerre défensi ve doit prédominer ; car c'est user de machines pour économiser des bras, remplacer la force par l'industrie et réduire Tennemi à combattre des murailles et des masses de terre avec des hommes.

Unies aux forces actives^ elles en multiplient les effets ; elles sont des points d'appui qui doublent leur énergie ol mettent leur ressort en activité.

Toute guerre juste, toute guerre qui mérite ce nom, est essentiellement défensive.

La guerre est par exellence l'art de conserver, l'art de

détruire en est l'abus.

Ménagez partout les objets du culte ; faites respecter les chaumières, les malheureux, les femmes, les enfants, les vieillards ; entrez comme bienfaiteurs des peuples.

Que votre conduite soit tellement connue, que chacun voie que ce n'est point le système de la dévastation mais celui de l'égalité que vous apportez.

OPINIONS ET PENSÎES 205

Il faut cependant éviter de faire la guerre en dupes ; nous devons vivre aux dépens de l'ennemi ; nous n'entrons point chez lui pour lui porter nos trésors.

Il faut empêcher la guerre de se nationaliser ; il faut faire craindre le nom français, mais ne pas le faire haïr.

Ne souffrez pas qu'une armée qui s'est couverte de gloire déshonore ses triomphes par l'esprit de pillage et de cruauté.

Réprimez sévèrement les délits et chassez des corps militaires les auteurs de ces pernicieux exemples.

C'est à la discipline fondée sur la confiance et l'amour de la patrie, que la République doit tous les succès de cette campagne. Maintenez-la dans toute sa force et dans toute sa pureté.

La discipline est plus que jamais nécessaire à mesure qu^on avance en pays ennemi.

Point de dureté clans les manières ; beaucoup de sévérité dans l'exécution.

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