‹ Pour vaincreChapitre 29 sur 66 · LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE

' L'ami du peuple est celui qu'il faut chercher longtemps pour l'obliger à remplir les fonctions publiques, qui s'en retire le plus tôt qu'il peut et plus pauvre qu'il n'y était entré, qui s'y dévoue par obligation, agit plus qu'il ne parle et retourne avec empressement dans le sein de ses proches reprendre l'exercice des vertus privées. »

Le peuple a le malheur attaché à la souveraineté, celui d'(Hre entouré de flatteurs, d'hommes artificieux que l'ambition dévore, qui le vantent pour le dépouiller, qui le caressent pour Fenchaîner, qui l'ornent pour Liuimo-

Zll l'Olli VAINCUE

1er... Celui qui sonde ses plaies, qui n'en dissimule ni n'en exagère la profondeur, qui en propose le remède, quelque amer qu'il puisse être, voilà son véritable <imi...

Son véritable ami lui répète jusqu'à l'importunité : « Sois laborieux, car la terre ne produit point d'ellemême ; sois sobre, car le fruit du sol a ses limites ; ne te €rée de besoins que ceux qu'il est possible de satisfaire...

Son ennemi le plus dangereux est celui qui jette dans son cœur le germe de la cupidité, le blâme de tout ce qui ost, le mécontentement de tout ce qu'il a, le désir de ce

qu'il ne saurait avoir...

La masse des peuples ne connaît pas les généalogies et ne discute pas les droits d'hérédité.

Elle n'est émue par les querelles de ceux qui les gouvernent, par leur conduite privée, par leurs crimes politiques même qu'autant que cela touche à ses propres intérêts.

Dans son instinct, elle juge qu'on a droit de la gouv(;rner si on la gouverne bien et qu'on perd ce droit quand on la gouverne mal.

Celui qui la rend heureuse est toujours assez légitime et assez tôt légitimé.

Les Romains oublièrent bien vite les premières ann<'ïos <rAuguste, parce que l'empereur se hâta de faire succéder un gouvernement paternel aux horreurs commises par le triumvir.

Les Anglais respectent encore la mémoire de l'usurpateur despote Guillaume le Conquérant, parce qu'il ht d'eux un grand peuple, ils mettent le capricieux et sanguinaire Henri VllI au nombre des rois qui ont le plus

contribué à leur prospérité, parce qu'il les affranchit du joug de la Cour de Rome. Ils honorèrent Cromwel, qui avait envoyé leur souverain légitime à l'échafaud^, parce que le Protecteur sut mieux régner que le roi et peu après ils chassèrent encore un autre roi légitime, Jacques II, pour mettre à sa place un nouvel usurpateur. Les Français applaudirent à l'usurpation de Pépin le Bref sur les Mérovingiens et ensuite à celle d'Eudes et d'Hugues Capet sur les descendants de Gharlemagne, parce que les nouveaux princes gouvernèrent mieux que ceux qu'ils avaient détrônés. La France avait déjà souscrit à l'usurpation de Napoléon ; elle lui aurait même confirmé le nom de Grand, que ses flatteurs s'étaient trop pressés de lui donner, sans la déloyauté et l'extravagance de ses dernières expéditions, et cette même nation sera peut-être plus rigoureuse aujourd'hui envers son prince légitime parce qu'on croit toujours avoir droit d'attendre plus de celui qui s'en va.

Quiconque en chasse un autre pour occuper sa place prend l'engagement défaire mieux que lui.

La puissance n'est pas dans le titre do l'autorité, elle est dans la conduite de ses dépositaires.

Il est moins difficile de former une république sans anorcliie qu'une monarchie sans despotisme.

C'est bien moins en bornant le pouvoir des autorités dans leur étendue qu'en abrégeant leur durée qu'on ^'clinppe au despotisme.

226 POUU YAINCHE

Lorsque les obligations des citoyens sont réduites à un petit nombre de devoirs simples et immuables, chacun venant bientôt à lo connaître s^y conforme avec plaisir et élève ses enfants dans la pratique de ces devoirs ; il se forme insensiblement une morale publique qui s'identifie avec l'existence de la nation, lui donne son caractère propre et en éternise la durée.

Voilà pourquoi les grands législateurs ont vu moins d'inconvénients dans un code imparfait, mais immuable, que dans des lois meilleures, mais sans cesse amovibles.

Le meilleur gouvernement est celui où tout se fait par habitude, par éducation et non par des préceptes variables ; celui, en un mot, où il y a le moins à faire pour les gouvernants ; de même que la meilleure horloge est celle où il y a le moins à faire pour l'artiste.

Mais l'erreur de la plupart des hommes qui sont à la tête des affaires est de croire qu'ils seraient des êtres inutiles et que les choses ne marcheraient pas, si, en tout lieu et à toute heure, on ne sentait leur influence, leur action immédiate.

La tolérance universelle et la sobriété dans l'émission des lois sont le plus sûr moyen de rendre les peuples satisfaits et d'éviter les révolutions.

Le Gouvernement n'est, à proprement parler, que le conseil des peuples, l'économe de ses revenus, la sentin&lie chargée de veiller autour de lui pour en écarter les dangers et lancer la foudre sur quiconque oserait tenter f]o le surprendre.

OPINIONS ET PENSÉES tf 7

La société doit pourvoir aux besoins de ceux donl elle réclame les services ; elle doit également des secours à ceux que la vieillesse ou des infirmités mettent hors d'état de lui en rendre davantage.

La société peut établir les contributions nécessaires au maintien de l'indépendance et de la prospérité nationales et fixer le mode de leur perception ; pourvu que ces contributions soient véritablement indispensables et quelles portent uniquement sur la portion superflue du revenu territorial ou industriel, avant que de peser sur les besoins de première nécessité.

Les droits de la cité dominent ceux du citoyen : le salut du peuple est la suprême loi.

Chaque peuple peut s^'isoler dans son indépendance. Chaque individu le peut également en renonçant à la protection sociale. )

La souveraineté appartient au peuple entier ; la loi doit être l'expression delà volonté générale ; le peuple doit se réserver des moyens certains et inusurpables de changer son organisation et de révoquer les pouvoirs qu'il a délégués.

Tout citoyen a le droit de parler, d'écrire, d'imprimer et d« publier ses pensées*, d'adopter le culte qui lui

convient.

La société u le droit d'exiger que chaque citoyen s'in«itruise d'une profession utile, qu'il s'entretienne dans la

tiS l'OlR VAINXliE

force du corps et dans les exercices dont elle peut avoirbesoin pour sa défense.

Chaque citoyen a le droit de demander à la société les moyens d'acquérir les connaissances qui peuvent contribuer à son bonheur dans sa profession particulière, et à Tutilité publique dans les emplois auxquels il peut être appelé par le vœu de ses concitoyens.

La société doit, à la sécurité des citoyen!' et à l'encouragement de l'agriculture et des arts, des lois positives et claires, qui définissent les propriétés et fixent un mode régulier pour leur conservation et leur transmission.

Le véritable civisme ne consiste pas à demeurer dans un équilibre impossible [entre les partis] mais à marcher avec ceux qui vont du bon côté, en tâchant de prévenir les exagérations, de corriger les abus, de réparer les

maux.

Dans les crises de l'Etat il peut y avoir pour chaque particulier un moment d'incertitude sur le parti quil doit prendre, il peut hésiter ou choisir entre les opinions sans se rendre criminel.

Bientôt la grande majorité se prononce; alors, si la minorité s'obstine dans son opposition, ce n'est plus qu'une faction.

Ce principe de justice éternelle constitue l'essence de toute société politique ; sans lui il n'y a plus qu'anarchie et guerre intestine dans l'univers entier.

OPiMONS El' PENSÉES ïid

Qu'est-ce qu'un ministre?

C'est un juge administratif qui prononce en dernier ressort sur la fortune des parties, sans les voir et sans les entendre ; et qui prononce dans sa propre cause quand le gouvernement a des intérêts opposés à ceux des citoyens.

C'est exorbitant !

Toute affaire entamée doit être expédiée, passez rapidement dune chose à l'autre mais n'en commencez pas

deux à la fuis.

Pas une lettre ne doit rester sans réponse dans les deux jours de sa réception.

Un renouvellement intégral, menaçant à la fois tous les membres d'une assemblée, peut déterminer la coalition de tous pour garder par usurpation un pouvoir près d'expirer : il ne faut pas exposer à dépareilles séductions Il'S corps politiques.

Mais ce qui est surtout important, c'est que les traditions ne soient pas interrompues.

Je trouve que l'abus de la liberté de la presse est un grand mal, mais que c'est un plus grand mal encore que de vouloir en fixer les limites.

Je crois que la licence de la presse trouve en elle-même h la longue le remède aux maux qu'elle produit ; qu'il n'y a ni liberté civile ni liberté politique là où il n^y a pas la liberté de l;i presse; quMl faut nécessairement ou se sou-

2i3U pori! \.viNt;uE

mettre à un gouvernement arbitraire ou se résoudre ù supporter les faiseurs de gazettes.

Tel est mon systèmo taux peut-être, mais qu on peut, je crois, soutenir sans crime.

J e Pai souvent exposé au Directoire, c'était pour lui un langage inintelligible : autant vaudrait proposer au Grand Turc d'ouvrir son sérail à toute la jeunesse de Constantinople.

Sans doute, c'esL un grand avantage pour une nation de pouvoir payer avec une branche de chêne ou de laurier, avec des croix ou des rubans, les plus importants services qu'on puisse lui rendre.

Mais si ces distinctions deviennent le prix de la flatterie, de l'espionnage, de services plus honteux encore, de quelle utilité pourront-elles être bientôt pour une nation?

Qui voudra se dévouer aux plus pénibles travaux, aux plus dures privations pour les obtenir?.

Qui ira les chercher dans les camps, lorsqu'on peut les obtenir à pleines mains dans les antichambres?

Page 1