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RÉVOLUTION

Toute mesure politique est légitime dès qu'elle est commandée par le salut de l'Etat.

On n'est pas révolutionnaire. On le devient.

OPIXIÔXS ET PENSÉES 231

11 est (les personnes que le noQi seul de la liberté épouvante, parce qu'ils en jugent sur la Révolution, sans penser que cette Révolution, au contraire, a été un despotisme continuel.

Je comparerais volontiers un pays, en révolution à

nos grandes cuves de vendange : dans la cuve des pas-

. sions, tout s'agite de la surface au fond, depuis le vin le

t plus généreux jusqu'à la,^ lie la plus immonde, mais la

f fermentation purifie et ennoblit la liqueur.

En temps de révolution, tout homme qui se sent capable d'exercer une influence doit faire élection d'un parti. Il n'en trouvera jamais aucun dont il puisse approuver la marche sans réserve ; mais il y en a toujours un à ses yeux, qui s'éloigne moins que les autres de la vérité. C'est celui-là qu'il faut choisir.

Votre choix fait, aussi longtemps que durera la tourmente, regardez-vous comme solidaire du parti que vous aurez embrassé ; acceptez la responsabilité de ses fautes, même quand vous ne les auriez pas partagées, de même que vous bénéficiez de sa gloire et de ses succès.

Attendez que le calme soit rétabli, que les passions soient attiédies, pour revendiquer votre part individuelle et la distinguer de celle de vos associés...

Quant au rôle d'indépendant ([ui séduit au début de la vie politique, il est presque toujours périlleux, sans utilité pour personne et trop souvent il sert de masque à

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la lâcheté ; les plus mauvais sentiments s'y réfugient pour tromper l'opinion publique.

Indépendance ! Modération I Qu'on ne se laisse pas abuser par ces mots.

Il y a dans tous les partis des hommes indépendants ; il y a aussi dans tous les partis des hommes modérés, mais il n'y a point de parti de la modération, quoique cetle prétention ait été souvent affichée: un tel parti, dans sa lutte avec les autres, pour faire dominer ses idées de modération, deviendrait violent comme eux.

Ne cherchez point un parti introuvable, en tout temps, mille fois introuvable en temps de révolution ; attachezvous à celui qui vous semble le plus juste, sans lui demander une justice parfaite.

Si vous avez le bonheur d'être modéré par caractère, employez votre influence à maintenir vos amis dans des pratiques raisonnables,

Le véritable civisme ne consiste pas à demeurer dans un équilibre impossible, mais à marcher avec ceux qui vont du bon côté, en tâchant de provenir les exagérations. de corriger les abus, de réparer les maux.

En révolution on se voit presque toujours réduit à opter entre un mal et un autre mal plus grand.

Les révolutions sont des crises héroïques et douloureuses, pendant lesquelles une génération entière immole son repos et son bien-être aux générations à venir

OPimONS ET PENSEES

LcLRévolulion fat préparée par une foule d'écrits purement philosophiques, les âmes exaltées par l'espoir d'un bonheur jusque-là inconnu s'élancèrent tout à coup dans des régions imaginaires.

Nous crûmes avoir saisi le fantôme de la félicité nationale, nous crûmes qu'il était possible d'obtenir une République sans anarchie, une liberté illimitée sans désordre, un système parfait d'égalité sans factions.

L'expérience nous a cruellement détrompés.

Que reste-t-il de tant do chimères vainement poursuivies ? Des regrets, des préventions contre toute perfectibilité, le découragement d'une multitude de gens de bien qui ont enfin reconnu l'inutilité de leurs etîorts (1).

Les révolutionnaires avaient une double mission : renverser l'ancien édifice féodal et rejeter au-delà des frontières les innombrables ennemis qui se ruaient contre les fondations de l'édifice nouveau, déblayer le sol et maintenir son intégrité.

Parce qu'un remède violent a sauvé un malade, doiton lui administrer chaque jour un remède violent ? Lee^ Fabius, les Cincinnatus, les Camille sauvaient la liberté romaine par le pouvoir absolu, mais c'est qu'ils se dessaisirent de ce pouvoir aussitôt qu'ils le purent • ils auraient tué la liberté par le fait même qu'ils l'eussent i-ardé (2).

(i) Jugement émis par Lazare Carnot pendant la Restauration, (2) Manifeste d'opposition à l'Evipire.

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