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A PROPOS DE MARCEAU

Sergent, beau-frère et tuteur de Marceau, le héros qui regrettait de mourir sa^s gloire à vingt-sept ans, raconte dans ses Mémoires deux entrevues qu'il eut avec Lazare Carnot. ,

« Une première fois, lorsque je lui présentai le général après sa victoire du Mans, Carnot était à son bureau, travaillant.

Au nom de Marceau, il leva la tète vivement, l'envisagea d'un regard rapide et lui, dit : — Vous êtes bien jeune pour gagner des batailles ! — Puis il lui tendit les bras ; mon jeune ami balbutiait, les yeux pleins de larmes.

« Une autre fois, Marceau avait perdu ses chevaux et manquait d'argent pour les remplacer. Il adressa au Comité plusieurs réclamations, qui demeurèrent sans réponse, et linit par m'écrire pour me prier de suivre cette afTaire.

J'allai directement trouver Carnot, qui fit appeler le chef de service.

— Pourquoi le général Marceau n'a-t-il pas encore reçu son indemnité? — Citoyen, c'est qu'il manque plusieurs formalités à sa demande. — Le général ne met pas tant de façon à faire tuer des chevaux entre ses jambes. — Expédiez-le sur-le-champ. Il faut remonter notre jeune général, afin qu'il batte de nouveau h^s Autrichiens (\). »

ni Mémoires par Ilyppolyée Carnot, t. i, p. 390.

CARNOT I:T le GÉNÉRAL BISSON

Bisson (de Montpellier), depuis général de division et comte de FEmpire, n étant encore que colonel, soutint, à TalFaire de Messenheim , avec quatre cent dix-sept hommes, le choc de trois mille Autrichiens. Voyant la moitié de son monde hors de combat, le brave Bisson, à cheval au milieu de la cavalerie ennemie, tue, blesse, enfonce tout ce qui s'oppose à lui, passe la Naw à la nage, arrive à Kirn, oii, réunissant deux bataillons, il s'empare tout à coup des avenues et arrête les Autrichiens,

Ce beau trait parvint aux oreilles de Championnet, qui s'empressa d'en instruire Carnot et de lai demander le grade de général pour Bisson. Carnot, par une de ces distractions que n'évitent pas ceux qui sont surchargés de travail, ne fit pas de réponse.

Bisson eut l'occasion de venir à Paris. Il se présenta chez le membre du Comité de Salut public : « Je ne croyais pas^ lui dit-il après s'être nommé, qu'une brigade put m'être refusée après le sang que jVi versé pour inon pays et les services que je lui ai rendus. — Croyez-vous, lui répondit Carnot avec calme, cette manière de réclamer vos droits bien propre à les faire prendre en considération?— Je le sais : vous autres qui, du fond de vos cabinets, nous envoyez froidement l'ordre de mourir, vous oubliez que notre sang coule et que nous couchons sur la dure. — C'en est trop, colonel, vous oubliez qui je suis : je conserverai le souvenir de cette insubordination. Votre adresse, s'il vous plaît. — ■ Hôtel de Bordeaux, rue de

ANECDOTES 2i3

Grrenelle. — Retirez-vous : dans peu vous aurez de mes nouvelles. »

En sortant de chez Carnot Bisson rencontra Bessières ; depuis duc d'istrie, et lui raconta ce qui venait de se j)asser. « Mauvaise affaire, mon ami, lui dit Bessières ; ne lentre pas à ton hôtel : viens chez moi, nous tâcherons de te tirer d'embarras. » Bisson suivit ce conseil.

Le lendemain soir, inquiet des suites de son incartade, il envoya un commissionnnire à son hôtel demander s'il ny avait rien de nouveau pour lui. « Rien autre chose, dit le concierge, qu'un paquet que voici. » L'impatient colonel brise le cachet. Que voit-il ? sa nomination au j^rade de général de brigade avec ces seuls mots : « Jeune homme, il ne suffit pas de bien servir son pays ; il faut encore savoir respecter ses devoirs et les bienséances. Je puis a voir commis une erreur ; mais vous vous êtes rendu infiniment plus coupable. Partez demain pour rejoindre votre brigade. »

Bisson, confondu de tant de générosité, vole chez Carnot pour lui porter ses excuses et ses remerciments. Mais Carnot l'avait consigné à sa porte (1).

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