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A L'OCCASION D'UN BOUQUET

CONCERNANT UN MARCHÉ DE FOURNITURES De chevaux en l'ax VIlî

Il s'agissait d'une fourniture de chevaux.

La riche compagnie Lanchère se présenta pour soumissionner avec des conditions qui devaient lui valoir des préférences.

Or sous le dernier gouvernement, imitateur en ceci de ceux qui avaient précédé 89, il était d'usage qu'aucun marché ne fût passé sans qu'on offrît au ministre un bouijuet. Plus l'affaire était considérable plus le « bouquet » devait être gros.

Celui-ci tut estimé pai' les adjudicataires à la somme de 50.0U0 fr. Le représentant de la compagnie se présenta donc au ministre avec un portefeuille qu'il lui offrit tout simplement.

Le minisire, novice en pareille matière, lui demanda naïvement une explication, que l'autre donna en s'excU' sant un peu de lexiguïté du cadeau.

(( Ce n'est pas déjà trop mal, dit Carnet. Vous avez donc fait une bonne opération, puisque vous pouvez prélever d'avance 50.000 fr. sur vos bénéfices? » — L^opération ne era point mauvaise, surtout si le citoyen ministre veut bien ne pas faire languir les payements. — «Je vais vous donner tout de suite un à compte », dit le ministre. Il reçut d'une main le portefeuille et le remit, de l'autre

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main, au soumissionnaire tout surpris, eu lui disaiil: '< Voilà 50.000 fr. payés d'avance sur votre fourniUire. Vous allez en donner quittance au secrétariat (1). »

CARxNOT ET LA TOUR D'AUVERGNE-CORRET

« En fixant les yeux sur les hommes dont l'armée s honore, je vous ai vu, citoyen, et j'ai dit au Premier Consul : La Tour d'Auvergne, né dans la famille de Turenne, a hérité de sa bravoure et de ses vertus. C'est l'un des plus anciens officiers de l'armée ; c'est celui qui compte le plus d'actions d'éclat ; partout les braves l'ont nommé le plus brave. Modeste autant qu'intrépide, il ne s'est montré avide que de gloire. Aux Pyrénées occidentales le général commandant l'armée réunit toutes les compagnies de grenadiers et, pendant le reste de la guerre, ne leur donna point de chef. Le plus ancien capitaine devait commander, c'était La Tour d'Auvergne et bientôt son corps fut nommé par les ennemis la colonne infernale. Un de ses amis n'avait qu'un fils dont le bras était nécessaire à sa subsistance, la conscription l'appelle. La Tour d'Auvergne brisé de fatigues ne peut travailler, mais il peut encore se battre. Il vole à Tarmée du Rhin et remplace le tils de son ami, et pendant deux campagnes, le sac sur le dos, toujours au premier rang, il est de toutes les affaires : il anime les grenadiers par son exemple et par ses dis-

fl) llippolyte Carnot, t, ii, p. 217.

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cours. Pauvre, mais fier, il vient de refuser le don <l'uno terre que lui offrait le chef de sa famille. Ses mœurs sont simples, sa vie est sobre, il ne jouit que du modeste traitement de capitaine à la suite et ne se plaint pas. Plein d'instruction, parlant toutes les langues, son érudition égale sa bravoure, on lui doit l'ouvrage intitulé : Lea Origines gauloises.

« Tant de vertus et de talents appartiennent à l'histoire, mais il appartient au Premier Consul de la devancer.

« Le Premier Consul, citoyen, a entendu ce précis avec autant d'émotion que j'éprouvais moi-même.

« Il vous a nommé sur-le-champ premier grenadier dos armées de la République, et vous décerne un sabre d'honneur.

« Salut et fraternité. Carnot. »

Lorsque La Tour d'Auvergne ayant reçu son brevet était venu remercier Carnot, il lui avait dit les larmes aux yeux et la parole entrecoupée : « Ce brevet d'honneur est lin brevet de mort, citoyen ministre ; maintenant, je n'ai plus qu'à me faire tuer. »

Il tint parole.

Carnot fit inscrire son nom sur la colonne nationale, iit rechercher ses armes pour les suspendre en trophée dans le temple de Mars et commanda des livrets populaires, où était racontée sa glorieuse vie.

La Tour d'Auvergne descendait du père deTurenne.

Peut-être sa mort héroïque inspira-t-elle la pensée dos honneurs qui furent peu de temps après rendus au maréchal.

Les derniers jours de l'an VHI, les restes mortels de Tu-

renne furent transportés en grande pompe du Musée des monuments français, où ils étaient déposés, à Ttiôtel des Invalides, oii un arrêté consulaire avait décidé qu'ils reposeraient désormais, au milieu des vieux défenseurs de la Patrie. Demain nou^s célébrons la fondation de la République, dit Carnot, préparons cette fête par l'apothéose de ce que nous laissèrent de louable les siècles antérieurs. Ce temple n'est pas réservé à ceux que le hasard fit ou doit faire exister sous l'ère républicaine, mais à ceux qui, dans tous les temps, montrèrent des vertus dignes d'elle. Désormais, ô Turenne, tes mânes habiteront cette enceinte, ils demeureront naturalisés parmi les fondateurs de la République, ils embelliront leurs triomphes et participeront à leurs fêtes nationales. Elle est sublime sans doute l'idée de placer les dépouilles mortelles d'un héros au milieu des guerriers qui le suivirent dans la carrière et que forma son exemple. .C'est l'urne d^un père rendu à ses enfants comme la portion la plus précieuse de leur héritage.

On frappa une médaille à cette occasion : Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur, y fit graver son nom, après ceux des Consuls.

Celui de Carnot n'y figure pas (1).

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