L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
Quelques mots d'histoire, — Le règne ue Louis XVI La Constituante.
Un résumé des faits historiques qui ont précédé la pé-» riode de l'histoire de France dans laquelle nous entrons, est ici nécessaire.
Seize ans plus tôt Louis XV était mort laissant la France amoindrie et le peuple accablé d'impôts. Un jeune monarque de vingt ans, l'aîné de ses petits-fils, marié à une archiduchesse d'Autriche hautaine et fiëre, plus jeune <[ue lui d'une année, montait sur le trône. Il n'avait aucune expérience ; il n'avait pas l'étoffe d'un grand roi. Céimiufi pauvre homme, si l'on en croit Marie-Antoinette, -et Louis XVIII a dit de lui : « Mon frère Louis XVI avait le sentiment de son insuffisance et répétait sans cesse « Quel fardeau! et l'on ne m'a rien appris! »
Et cependant l'heure était grave. Les écrits des philo- T^ophes avaient remué l'âme du tiers-état qui prenait chaque jour conscience de sa force et de ses droits. Les guerres coloniales, la perte du Canada et de la Louisiane avaient obéré les finances publiques. La tâche était lourde pour
de jeunes épaules. L'espoir était né loul d'abord quand vint Turgot, mais Turgot tombait victime d'une cabale de Cour et s'éloignait en disant au roi : N'oubliez jamais^ Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles /*''' sîir le billot. Necker a son tour était sacrifié. Le peuple, irrité des maladresses des ministres Galonné et Loménie de Brienne successivement imposés par la fille de Marie- Thérèse, prenait ouvertement à partie celle qu'il appelait V Autrichienne et traînait dans les ruisseaux les mannequins de Madame Déficit. En vain le roi réunit les notables qui votèrent une nouvelle répartition des impôts. Le Parlement dans son célèbre arrêt du 3 mai 1788 :. a La France est une tnonarchie g ouvernée par le roi suivant les lois. . . etc » cassait leur décision, soutenant que seule la nation avait le droit d'opérer une telle réforme, et proclamait qu'il fallait convoquer les Etats-Généraux.
Alors se succèdent les événements qu'il suffit d'énoncer. — Le 5 mai 1789 : Ouverture des Etats Généraux. Le roi prononce un discours emphatique et ne dit mot de la Co?istitution réclamée par la majorité des élus. L'accueil est glacial. Seuls les représentants des ordres privilégiés, clergé et noblesse, applaudissent. « Voilà la bataille engagée, écrivait le soir même Duquesnoy, le député de Bar-le-Duc. Tout annonce que les Etats seront orageux soit du Tiers aux deux ordres, soit avec la Cour. » Le 11 juin, les députés du Tiers « considérant qu'ils représentaient les quatre-vingt-seize centièmes de la Nation » se déclaraient « constitués en Assemblée Nationale » et décidaient que l'Assemblée veillerait k la perception des impôts traditionnels jusqu'à sa séparation. C'était le premier acte de la Révolution, he 20 le roi ripostait en faisant fermer la salle de l'Hôtel des Menus
CARNOT A l'assemblée LÉGISLATIVE -15
Plaisirs où s'étaient réunis les Etats-(iénéraux. Le 21 les députés du Tiers, auxquels s'étaient joints des membres du clergé, se rendaient au Jeu de Pmime et faisaient serment d'imposer l'établissement de la Constitution réclamée par les Cahiers provinciaux. Le 23 au marquis de Dreux Brezé, g'rand maîtte des cérémonies qui venait, au nom du roi, donner l'ordre aux députés de quitter la salle, Mirabeau jetait la célèbre apostrophe : Allez dire à votre maître que fious sommes ici par la volonté du peuple et qu'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes. A quoi le roi répondit : « EJi bien ! s'ils ne veulent pas s'en aller, qu'ils restent. »
La révolution politique était faite. La monarchie absolue av^ait cessé d'exister en France. La révolution sociale allait commencer.
Le 9 juillet 1789 l'Assemblée Nationale prenait le nom de Constituante.
Nous savons son œuvre biennale et les événements que l'histoire a enregistrés : l'essai du coup d'état militaire du maréchal de Broglie, les harangues de Camille Desmoulins, l'insurrection du Palais Royal, les charges de cavalerie du Royal Allemand, la prise de la Bastille, la nuit du 4 aoiit et l'aboHtion des privilèges, la Déclaration des Droits de rHomme, et du Citoyen, les journées d'octobre, la marche sur Versailles, le transfert à Paris de la Cour ^et de l'Assemblée ; en 1790 la Fédération Nationale ; le jour anniversaire de la prise de la Bastille, la cérémonie du Champ de Mars, où Metz, Strasbourg, la Lorraine et l'Alsace, toutes les villes de France, toutes les provinces du royaume furent françaises par un acte de leur volonté libre, librement exprimée ; la Constitution civile du clergé ; en 1791 l'émigration en masse delà noblesse, la fuite du
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roi le 21 juin, sou arrestation h Vai-i-imcs, la l'ôdacliou de la (iOiislitulioii acceptée le 13 seplciiibre ])ai' le roi à qui rAss(Miibl('e Coiislitiiaiite avait rendu ses pouvoirs I;.
Le mercredi 14 septembre Louis XVI vint au Manège, dont les tribunes étaient dès la veille envabies parle public et jura solennellement devant l'Assemblée ^/'em/j/oy^r tout le pouvoir qui lui était délégîté pour faire exécuter et maintenir la Constitution. « Puisse cette grande et mémorable époque, ajouta-t-il, être le gage de la réunion de tous les Français, F aurore de la paix et du honhe'ur delà France ».
On était loin de l'union. Un diplomate présent à la séance remarquait que l'Assemblée n'était même pas complète, qu'il y manquait tous les députés dits aristocrates, et qu'au milieu des acclamations en l'honneur du roi, des bruits sourds, des cris a demi étouffés faisaient dans Vair un bourdonnement désagréable et qiii marquait clairement que la défiance régnait toujours dans le cœur des Parisiens.
■ Le vendredi 30 septembre, comme cinq heures sonnaient, l'Assemblée Nationale Constituante déclara « ciue sa mission était remplie et que ses séances étaient ter-
ininées.
L'Assemblée. Les Clubs.
Lazare Carnot entrait a l'Assemblée Législative, puissamment armé pour la lutte. Il avait trente-huit ans. Il aA^ait donné des preuves d'une instruction solide, de connaissances techniques approfondies, d'une science des mathématiques en même temps que d'une valeur litté-
(1) Albert Malet. XVUV siicle et Révolution, p. 390.
(JARNOT A l'assemblée LÉGISLATIVE 17
raire incontestées. C'était un liomme de forte trempe, de caractère droit et loyal, admirateur de Jean-Jacques Kousseau et de Washington, imprégné de l'esprit nouveau, ayant de la liberté intégrale un concept qu'il ne lardera pas à préciser à la tribune : « La nation est là qui reiit la liberté, qui veut l'égalité, qui veut la Constitution toute entière, et qui ne souffrira pas que, ni par le fait des armes, ni par les voies obliques d'une politique tortueuse, un seul mot en soit effacé. » Faut-il dire que ce fut un des premiers républicains.
Le lecteur connaît le groupement des partis a la ï^'gislatiire et l'influence que devaient exercer du dehors sur l'Assemblée les sociétés politiques imitées de l'Angleterre, les clubs, qui s'étaient formés au temps de la Constituante.
En 1791 il y en avait trois principaux. Leurs noms venaient des lieux mêmes où ils tenaient leurs séances dans des couvents abandonnés : club des Feuillants, club des Cordeliers, club des Jacobins.
Le club des Feuillants, nommés aussi les Constitutionnels, réunissait la droite de l'Assemblée, celle qui voulait que l'on s'en tint a l'application la plus stricte de la Constitution, sans que l'on essayât d'empiéter sur les pouvoirs du roi.
Au club des Jacobins appartinrent d'abord les gens de lettres, les avocats, les riches bourgeois, les progressistes en un mot. Robespierre en était le chef. En 1791 les Jacobins se bornaient a désirer qu'on surveillât plus étroitement le roi, qu'on modifiât le système électoral, qu'on s'inspirât des principes démocratiques. Dès 1790 ils avaient fondé la Société Populaire, Société Mère ou n'ont pas tardé k s'affilier plus de 2000 sociétés des départements. Ils étaient alors en grande partie monar-
chistes (1). « Parmi les républicains les plus audacieux il en est fort peu qui, dans l'origine, ne se fussent contentés d'une réforme de la monarchie. Siéyès, royaliste constitutionnel, dans son fameux pamphlel de 1788, soutint encore, trois ans plus lard, une polémique contre le républicain Thomas Payne.
Marat était royaliste aussi en 89 et en 91 : « J'ignore, dit-il, si les contrr-révolutionnaires nous forceront à changer la forme du gouvernement, mais je sais bien que la monarchie très limitée est celle qui noiis convient le mieux aujourd'hui. »
Danton, dî'.ns une lettre udrcssr'i' uu Président de l'Assemblée électorale de Paris le l^*" février 1791, déclare : « Qu'il signalera son attachement à la nation^ à la loi et au roi, et son dévouement éternel au maintien de la Constitutîo?!. » Saint- Just préconisait le pacte monarchique dans une publication de cette époque (1791) : f Esprit de la Révolution et de la Constitution de France ; Pétion, Gollot d'Herbois, Bourdon, Robespierre entreprirent d'en faire le catéchisme aux enfants. Robespierre, pendant la session de l'Assemblée Législative, rédigea un écril périodique sous ce titre, qui ne semble pas admettre un double sens : Le Défenseur de la Constitution. Voici d'ailleurs le langage de son prospectus : w La majorité de la Nation veut se reposer sous les auspices de la Constitution nouvelle, dans le sein de la liberté et de la paix. » L'auteur proteste de son éioignement pour la République et ne veut pas, dit-ii, pactiser avec ceux qui conspirent contre lamonarchin. Robespierre, aux Jacobins, le 2 mars 1792, se proclamait encore royaliste par raison. »
(it) Hippolyie Carnot, t. i, p. 188,
CARNOT A l'aSSEMBLI'^E LÉGISLATIVE 19
L<" ciiil) des Cordelière eu! une origine plus populaire. Fondé ])ar Danton sous le vocable de Société des Droits de riiomme et du citoyen il réunissait sur l'emplacement actuel de l'Ecole de mé4ecine, des gens du peuple, (\e^ boutiquiers, des ouvriers. Camille Desmoulins, qui dé- "cJarait. « Nous n'étions peut-être pas dix républicains en 1789, le dirigeait avec Hébert et Ghaumette. C'était un club local, parisien. Son action qui s'était déjà exercé après Varennes, lors des émeutes du Champ de Mars, devait ixhonXiv dxxTi. jommé es révolutionnaires, aux coups d(^ force des faubourgs populaires dirigés contre le roi, plus tard contre la Convention.
Bailleul, dans sa réponse aux Considérations de M""^ de Staël, a résumé en cette phrase les tendances de l'époque : « Le parti républicai?i se formait, insensiblement. Un existait pas. »
Les dissensions qui n'ont p is tardé à éclater au plus puissant de ces clubs, le club des Jacobins, sont connues. Un groupe important de ses fondateurs, désignés sous le nom de Girondins parce que ses chefs étaient les avocats bordelais Gensonné, Vergniaud et Guadet, en sortit, entraînant h sa suite le marquis de Condorcet, mathématicien célèbre^ ïsnard, le représentant du Var, Brissot, de Paris, le chef des Brissotins. Ils devaient se réunir chez M"'® Roland, femme d'une intelligence supérieure, s'y rencontrer avec d'anciens constituants comme Pétion et Lanjuinais. Ils devaient exercer^endant la Législative un rote considérable.
Mais c'est entre le club des Jacobins et le club des Gordeliers que le conflit de prépondérance devait être le plus vif (ij.
(1) Flippolyte Çarnot, i. r, p. 201.
20 POUR \AI\Cl\E
« UiK' lulto s'ôlablil ciilrt' ct;.s sociétés l'iviilos d'ititliieiice (sans êli-<' m Ame opposées d(; principes). Les Jacobins et les Cordcliers marclièrent d'aboivl on-^cnibie ; on pouvait faire pariie des deux réunions a la fois. Pins lard, elles s'analhématisèrent et se proscrivirent. Doppel, dans ■-■e-i Mémoires, rappelle ("iic ce fat un Jacobin (Collot-d'îlerbois) qui ferma le club des Cordeliers, et un ancien Cordelier (Legendre) (]ui ferma les Jacobins.
Presque tous les révolutionnaires, importants ou obscurs, chauds ou modérés, furent affiliés aux Jacol)ins : Mirabeau, Siéycs et Barnave, Vergniaud, Roland et (.^ondorcel, llœderer, (diénier et Grégoire. Sur aucune liste (Ui ne trouve le nom de Garuot (1)^ »
La raison, la voici :
Les frères (larnot se firent iu-crire au club des Jacobins, mais ils ne s'y rendirent qu'une seule fois. Le jour où ils parurent pour ne plus y retourner, le président Girardin ayant dit qu'il ne pouvait y avoir de bons citoyens et de bons patriotes en dehors de la société des Jacobins^ Carnot- Peulins, dont l'allure étai-t décidée, le caractère bouillant (d le ton vigoureux, demanda la paro'e et dit : « Que les principes de morale universelle professés par la société lui paraissaient irréprochables, mais qu'elle semblait faire de r énergie et du patriotisme l'apanage d'un trop petit nombre de Français, si elle ?ie recofinaissait pas l'existeiice de ces vertus en dehors de son sein, et que^ quant à lui, il croyait donner tine jweuve suffisante de courage en déclarant devant une associatiofi si puissante qu'il n'en ferait jamaispartie ». Paroles courageuses, en eiîet, qui coMèrentpeut être a celui qui les prononça un siège à la Convention et,
(1) Ch. Rémond. Les trois Républiques et les trois Carnot, p. 21.
CARNOT A L'A>>iiMBLÉE LÉGISLATIVE : 1
îisuii iVèi'Ls ra[)pui de llobcspierrc, pour (jui le club <li'- Jacobins était l'Arche sainte. Les discussions des club>, orageuses, violentes, qui formèrent cependant des orateurs pour nos Assemblées, intimidèrent les ennemis de la Révolution, donnèrent l'impulsion a la défense nationale et à toutes les mesures révolutionnaires. Ces discussions répugnaient surtout aux tiabiludes de travail, au caractère calme et méditatif de Carnot l'aîné. « Comme Gambou et d'autres, dit Michebd, il no pul jamais surmonter sa répugnance jtour les Jacobins, à cause de la violence des uns et de rhypocrisie des autres. Il y avail il l'entréi' de la caverne une odeur de sang, et pourtant fade et mielleuse que beaucoup ne supportaient pas ! »
Garnot montra, en même temps que son éloignement pour tout esprit de secte, l'attachemenl sincère ([u'il avait voué aux principes de la Uévolution.
Nous avons extrait quelques-unes de ses pensées d'alors qui Piguronl au chapitre des Opinions et Peïisi'rs.
LE.HIGRA IlON ARMÉB.
Il ne peut rentrer dans le cadre de cette étude d'analyser la Constitution de 1791 et de faire œuvre d'historien relativement à la Révolution française. Deux mots néanmoins sur l'Emigration armée.
Après la nuit du 4 août 1789, après l'abolition <les privili'ges, l'exode de la noblesse avait commencé (1).
« Ce n'est donc pas la crainte des proscriptions qui
(1) Hippolyle Carnot, t. i, p. 194.
chassait ces preniiprs lui^itits ; r'csl bien lit haine des réformes. Leur départ fut, selon l'expression fameuse de Lemoutey, une transpiration naturelle de la terre de la^Iiberté. Le citoye-n maltraité dans son pays s'éloigne en jetant derrière Lui un regard plus Iriste que colère; tout autrement, les contre-révolulionnaires s'imposaient entre eux l'exil, sous peine (te flétrissures. V honneur est à Coblentz, disaient-ils. Quelques-uns résistèrent à l'entraînement; mais il fallait la fermeté d'un la Tour d'Auvergne pojir répondre, comme le fit celui qui portait ce beau nom, aux sollicitations de ses nobles camarades : n Quand toute Varmée émigrerait^ je ne la suivrai^ pas. >> Railleries, séductions, menaces, itromesses, distributions d'argent, rien n'était négligé. Des bureaux d'émigration embauchaient ouvertement pour la guerre fratricide. »
Dès le 15 juillet 1789, Charles-Philippe, comte d'Artois, second frère du roi (qui devait plus tard ceindre la couronne sous le nom de Charles X;, avait qniité Ici France avec les princes di' Condé. En 1790, l'abolition des titres nobiliaires avait accru l'émigration. En 1791, après rarrestation de Louis XYI à Yarennes, les nobl.es, considérant que le roi prisonnier n'é'lail plus rien, av.îient rallié, en Prusse, Monsieur, comte de Provence, pl«s lard Louis XVIII (1). « Au moment où l'Assemblée Législative commençait de siéger, les routes qui menaient vers la Belgique d F Allemagne, étaient, au témoignage d'un diplomate, encombrées d'émigrants. « On fait le compte, écrivait-il,, que plus de 20.000 hommes en armes entouraient les jjrinces français émigrés et qu'il en arrivera autant eh moins d'un mois '^.
■l;.ALBti;BT Malet, op. c, p, 418.
CARXOT A T/aSSEMBLKE LÉGISLATIVE 23
Qu'on s'étoniie après cela que plus tard la Gonveiition exerce un contrôle sévère sur les chefs des arme'es de la Kévoliition naissante. Qui ne comprend que la traliison des princes et des e'migre's a lourdement pesé dans la balance quand les Conventionnels votèrent la mort du roi !
La mise en accusation des émigrés.
« Les rassemblements (i) armés aux frontières devenant chaque jour plus nombreux et plus menaçants, Brissot porta, le 20 octobre, à la tribune la question des émigrés. Le 31, l'Assemblée décréta que Louis-Stanislas-Xavier, frère du roi, serait censé avoir abdiqué son droit à la réo-ence, s'il ne rentrait dans le délai de deux mois ; puis la discussion s'ouvrit sur l'ensomble de l'émigTation. Dans la séance du 8 novembre, Carnot prit la parole :
La Constitution, dit-il, n'a pas exigé que vous ayez des preuves légales pour mettre un homme en état d' accusation ; si telle avait été sa pensée, elle aurait fait de vous tm trihunal. Il suffit que vous ayez une conviction m>ofalepour rendre un décret d' accusation .Or , qui de vous doute que les princes français, qui se mettent à la tête de la révolte armée, ne soient coupables ? Quiconque abandonne la 7nèrepatrie pour aller lui chercher des ennetnis à l'étranger, est un trattre contre, lequel on ne saurait trop sévir. Les princes sont dans ce cas ; ils ont perdu le beau, nom de Français, dont ils devraient plus que jamais s'honorer aujourd'hui. »
Garnot proposait en conséquence de mettre en accusalion, j>our l'exempb', l<'s frères du roi, ses cousins, et
(1) Hippoh/te Carnot, I. i, p. 19o.
24 POUi; VAINCRE
quelques ;iulrt;s personnages [>oliti(!ues iin|»())1iiiils. L'Assemblée généralisa celte mesure de sévérité : elle déclara suspects de conspiration tous les Français en état àe rassemblement au delh des frontières, el passibles de la peine capitale ceux qui persisteraienl dans la même attitude au 1 "janvier suivant.
Le roi refusa de sanctionner ce décret. Celle résistance augmenta le soupçon de ses intelligences secrètes avec ceux qui faisaient la guerre à la Révolution.
C'était un acte du nouveau plan de campagne que les amis et les ministres de Louis XVI avaient conseillé e.t qu'ils ont dévoilé plus tard h l'histoire. Ce plan consistait à faire périr la Constitution par sa pratique même, en usant du veto législatif contre toutes les mesures de salut, et en prélexlanl l'impuissance chaque fois que le pouvoir exécutif serait appelé à s'employer utilement (1).
« Le roi, comme un tnusicien habile, doit toucher à ^instrument qui lui est confié, et à force d'en tirer de faux ctçcords, bie?i prouver qu'il est 7uauvais, et en dégoûter la France. Voilà à quoi se réduit et doit se réduire l'esprit du Gouvernemeiit au moment où nous sonmies ».
Tous les jours la pressa, la tribune et les clubs signalaient cette conduite criminelle, et exaspéraient contre ses auteurs l'indignation publique.
La motion faite précédemment par Carnot, ayant pour objet une mise en accusation, était de celles que la Constitution n'avait point assujetties a la sanction royale. Reprise successivement par plusieurs députés, elle futren-
(1) Conseils donnés à Louis XVI par l'intermédiaire de M. de Laporte, intendant de la liste civile [ouvrage inédit de M. le comté de Rivarol], Pari», 1820.
CARNOT A l'assemblée LÉGISLATI.VE 25
voyée aux comités diplomatiques et de siirvcilhtiicc tM adoptée sur des rapports deGensonaé et de Grangenouve, le 1" janvier, terme du délai fixé pour la rentréf de> émiarrés.
L'UbEI.SSANCK .\ULITA mE.
En face de la Révolution qui, aux yeux de Lazarn Caruot, ne devait avoir qu'un but, l'Emancipatiou, couAiant les peuples à la liberté et à la fraternité universelle, les monarchies d'Europe devaient opposer une véritable coalition.
La guerre et toutes les queslirtus (juCllc soulève s'inscrivaient d'elles-mêmes a l'ordre du jour de l'Assemblée f'I de ses commissions. Lazare Carnot (Carnot l'aîné, comme on l'appelait) faisait partie du Comité militaire, du Comité d'instruction publique et du Comité diplomatique. Il ne recherchait pas les succès de tribune, mais il y paraissait quand des questions relatives il la guerre étaient soumises à l'examen de l'Assemblée (1).
« Une question de principe infiniment grave, celle de l'obéissance militaire fut soulevée à l'occasion d'un règlement de police et de discipline, dont le ministre Narbonne était l'auteur. Carnot l'aîné prit part à la discussion, et, bien que l'on fût a la veille d'une déclaration de guerre, il en aborda hardiment la partie morale et politique la plus épineuse. Il soutint cette opinion que l'obéissance passive ne doit être exigée qu'en face de l'ennemi (sans discipline, en effet, point d'armée" ; mai<
Cl) Hippolyte Carnot, t. r, p, 20r»,
26 POUK VAINCRE
qii<3 le soldat employé a l'intérieur, comme troupe de police, redevient garde national et ne doit pins être soumis qu'aux lois communes, c'est-a-dire h une obéissance raisonné. Il lui paraissait plus facile et moins dangereux d'avoir a punir celui qui n'aurait point obtempéré ;\ un ordre régulier, que de mettre en jugement un chef pour un acte illégal, dont l'exécution aurait lhi déjà peut-être des résultats funestes pour l'Etat : « On me dit que les chefs seuls sont responsables. Je voudrais savoir à quoi aurait servi la responsabilité de Bouille ,, si^ an mois de juillet 1791 , les troupes eussent obéi à ses ordres, celles de Breteuil, si, en juin 1789, l'arguée du Champ de Mars, lui eût accordé une obéissance aveur/le ? En un mot je ne conçois pas comment on a osé, dans ce te?nple de la liberté, mus proposer à la fois et le principe de l'obéissance passive, et celui des trio.mphes militaires, les deu.r plus puissants mof/ens de distraire la liberté ».
La conclusion palpable du sysioiue de Carnot c'est que le soldat de profession ne doit pas être employé dans les troubles civils contre des manifesialions plus ou moins sérieuses de l'opinion publi(Hie. A la garde nationale seule appartient ce droit.
ArMÉK nationale. — RECRUTEMENT.
« C'est la Kévolution (1) seule qui nous adonné une armée nationale. L'ancien inode de recrulement, vénal poiii' les troupes actives, foi'cé [)Our les milic(>s, avait lelleuK'nt discrédité l'état militaire que les soldats étaient plac(''s au dernier rang dans l'opinion publique. Le ser-
fl) Hippolyte Carnot, t. i, p. 23o.
CAPxNOT A l'assemblée LÉGISLATIVE 27
vice militaire, élevé à la dignité d'un devoir civique, donna aux soldats une dignité nouvelle et inspira pour eux l'amour et le respect de la population du sein de la- (juelle ils sortaient. On ne voyait plus en eux les soldats d'un roi, mais ceux de la nation, les lils du peuple, chargés de le défendre et de défendre sa propriété et sa terre.
Parle licenciement de la garde constitutionnelle, se trouvait brisé entre les mains de la Cour l'instrument qu'elle menaçait d'employer contre la Révolution. Le comité militaire travailla activement et assez heureusement à la réorganisation de nos forci^s ; il s'agissait de remanier les éléments de l'armée royale, pour en faire une armée nationale.
Dès que le ministre eut fait connaître pour la première fois le chitîre inquiétant des officiers émigrés, Garnot proposa de les remplacer par des sergents. Diverses motions furent présentées, les unes laissant toute latitude de choix au ministre, tandis que d'autres y mettaient des restrictions. '( Puisque ces offieiers se licencient eux-mêmes, dit (laruot-Feulins, nous devons profiter de cette circonstance unique pour donner à r armée des chefs patriotes : je demande que les places au choix du roi soient réservées à des (jardes nationaux qui font le service des frontières » .
Ces propositions annoncent chez leurs auteurs un grand dégagement des préjugés de profession ; car les militaires surtout devaient redoutin' <le voir les armées manquer de loi dans leurs nouveaux chefs, et de voir ces chefs se moidrer très inférieurs aux capitaines expérimentés des vieux bataillons allemands.
Ces appréhensions, fort naturciies, fui-ent tromp(''('s |)ar
28 ' POUR VAhNClU':
les l'i'sii liais : les sulJaLs obéirent ave<' aiilaiiL de zèle que d'orgueil ;i des camarades de la veille, dont ils pouvaient devenir les égaux, le lendemain, en s'élevant eux-mêmes ; el les nouveaux porteurs d'épaulettes, fiers de la distinction qu'ils avaient obtenue, se montrèrent jaloux de la légitimer ; il sortit de la non pas seulement d'excellenls officiers, mais de grands généraux.
La DÉCLAHATlOiN DE PlLNnZ. L' ULTIMATUM.
La guerre avec l'Autriche.
La question de la guerre faisait l'objet de toutes les conversations. On citait ces mots du duc de Broglie : « Je connais les chemins de Paris ; fy guiderai les armées é/rangères et de cette orgueilleuse capitale il ne restera pas une pierre. Les déclarations du roi de Prusse Frédéric Guillaume II et de l'empereur Léopold II, frère de Marie- Antoinette, d'agir promptemenl et dnn mutuel accord en faveur de Louis XVI, à condition toutefois que les souverains cVFAir ope fussent disposés tous à. joindre leurs forces auxleurs^ avaient été rendues publiques après l'entrevuede Pilnitz. A bon droit en France les cerveaux s'échauffaient.
Quand, a la mort de l'empereur d'Autriche, François II son fils et successeur eut chargé son généralissime Hohenlohe de s'entendre avec Brunswick le généralissime prussien pour dresser un plan d'invasion de la F'rance, quand il signifia sous forme d'ultimatum à la France de restituer aux princes allemands leurs droits féodaux en Alsace, de rendre Avignon au pape et de rétablir Louis XVI dans son pouvoir absolu, force fût au roi de remplir ses devoirs constitutionnels I
CAH.VOT A i/aSSEMBL1^:E LKGISLATIVE ±9
Le f-it historique est précis. Alors que la reine (1) uf dissimulait pas dans son intimité, alors qu'elle calculail d'avance les étapes du vainqueur étranger sur le territoire français et fixait à un mois de lîi le jour de la délivrance, Louis XYI accompagné du mai-éclial de camp Du mouriez, minisire des Affaires V^tmii'^iMcs, se rendit le 20 avril 1792 il l'Assemblée (2) et hii |iroposa la guerre contre l'Autriche. « Votons la guerre aux rois et lapaix aux nations, s'écrie Merlin de Thionville, el Mialhe, s'adressant au roi : « Si votre humayiité souffre à décréter en ce moment la mort de plusieurs milliers d'hommes, songe:, aussi qu'en même temps vous décrétez la liberté du monde.
L'Assemblée se leva tout entière et déclara par acclamation la guerre a l'Empereur d'Autriche.
Déroute de Tournai. — Le rapport de Garnot.
La guerre débuta mal. L'affaire de Tournai et de Quiévrain tournait au désastre. Le parti de la reine était en joie. Les cris de Sauve qui peut! Nous sommes trahis! des soldats de l'armée de Biron, avaient semé la panique dans les troupes du général Dillon et du colonel du génie de Berthois, qui, accusés de trahison, étaient entraînés à Lille et massacrés avec toute la férocité qu'excileni la vengeance et la peur (3).
Au club des Jacobins les défiances ii l'égard i\('^ chefs
f l) Mémoires de M'^" Campan, femme de chambre tle Mario-Antoijielte, t. II, p. 2.30.
(2) Ch. Rémond, op. c . p. 2Y>.
:<) IJippoïyU Carnot, t. i, p. 248.
étaient poussées li l'extrême. Marat écrivail dans son journal avec son cynisme ordinaire : « // y a plus de siœ mois que J'avais prédit que nos généraux, tous bons valets de cour, trahiraient la nation, qu'ils livreraie?it la frontière. Mon espoir est que V armée ouvrira les yeux et qu'elle sentira que la première chose qu'elle ait à faire c'est de massacrer ses généraux ».
Quant aux royalistes, ils jubilaient, triom|>hant daîis leurs prévisions el leurs espérances.
« Garnot, chargé d'une enquête sur ces tristes événements, avait une tâche délicate. Il ne fallait pas fournir un aliment à l'irritation des partis ; il fallait se garder surtout de propager la défiance et le découragement, en donnant appui aux soupçons de trahison. Pénétré de sa mission, tous les efforts du rapporteur Icndirent à rassurer les soldats, en leur faisant envisager le désastre du 27 avril comme un résultat de leur propre aveuglement ; puis il essava de concentrer tout l'intérêt sur les victimes d'une afïi'euse erreur. Gela n'était pas non plus sans difficultés, car Dillon et de Berthois, de même que le général d'Aumont , qui commandait h Lille, appartenaient à la classe naguère privilégiée, maintenant odieuse, et plusieurs de leurs proches avaient émigré.
Il y réussit cependant à force de tact el de prudence, réhabilitâtes deux braves officiers et obtint que des pensions fussent accordées a leurs familles (1). La situation particulière où se trouvait l'une d'elles lui donna lieu de
(I) La pension accordée par l'Assemblée à Josépliine de Viefville irrita la bile de Robespierre. Il se plaignit au chef des Jacobins que la maîtresse de Dillon eut été traitée comme la veuve de Jean-Jacques Rousseau.
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faire un récit attachant, de peindre les angoisses d'une malheureuse femme, dont l'enfant noaveau-në traversait sur le bras de ceux qui le portaient au baptême la place où l'on égorgeait son père [le général Théobald Dillon).
La Garde Constitutionnelle rt les Fédérés.
Les déplorables affaires de Mous et de Tournai avaient soulevé la colère du peuple qui réclamait le licenciemeni de la garde, constitutionnelle. L'Assemblée Législative , qui s'était-déclarée en permanence, vote le licenciement et la mise en accusation de son chef le duc de Brissac. Le roi tergiverse. Le 8 juin 1792 l'Assemblée ordonne la formalion ii Soissons d'un camp de 20.000 gardes nationaux volontaires, les fédérés. « La corde est chaque jour plus tendue ; la reine donne un nom outrageant à la nouvelle armée : vingt mille brigands pour gouverner Paris, le roi rejette le décret qui l'institue et renvoie brutalement ses ministres (12 juin 1792). L'Assemblée aussitôt déclare qu'ils emportent les regrets de la nation. De ce moment cesse la comédie des concessions réciproques : on peut prévoir une lutte décisive ; chacun s'y prépare de son coté, la Cour, les Monarchiens, les Girondins, les Jacobins. »
Journée du 20 juin.
Le 20 juin, anniversaire de la séance du Jeu de Paume , une grande manifestation eut lieu. Les hommes coiffes du bonne! rouge et armés de piques, les femmes endimanchées entourent la salle du Manège où se réunissait
Jj POUR YAINCBE
r Ass(^'iiiLil(''('. l'iic |»(''lilioii circule. « Si nous maintenons le roi dans so/i poste, cest à la condition qiiil le remplira constitntionnellemeni ; s il s'en écarte, il nest plus rien pour le peuple français. » Du Manège le flot du peuple se porta V(3i's les Tuileries en criant « A bas Monsieur Veto ». Les manifestants réclamaient le rappel des ministres patriotes. Les historiens ont rapporté les paroles du boucher Leî^endre au roi Louis XVL « Monsieur, vous êtes un perfide : vous nous avez toujours trompés, vous nous trompez encore. Mais prenez garde, la mesure est comble (4) ! « « Le roi fait bonne contenance devant la raillerie/ la menace et la grossièreté de beaucoup de ses visiteurs, devant l'insulte de quelques-ujis. L'un d'eux lui tend un bonnet rouge, auquel Louis XVI attache lui-même une cocarde ; puis il le met sur sa tète, aux cris de : Vive le roi! Vive la nation! Après avoir séjourné plusieurs heures dans ses appartements, sur les instances du maire de Paris, parvenu un peu tard auprès de lui, et des députés envoyés par l'Assemblée, l'émeute se dissipe, sans avoir rien fait qu'une promenade Ji tr.ivr'rs le |)arlement et le château ».
Le manifeste de Brunswick. — La Patrie en danger.
La politique du pire, qui fut depuis souvent pratiquée parles conservateurs, notamment sous la troisième République, a vu le jour après la journée du 20 juin. Les départements du Nord avaient protesté contre l'attitude du peuple de Paris et Lafayette (2), qui avait le commande-
(1) Uippolyte Carnot, t. i, 226.
(2) La Fayette (Gilbert Motier, marquis de), né à Brioude en 1757, mort à Paris en 1834, épousa à 16 ans M'i* de Noailles. Se distingua
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nient d'une armée à la frontière de Belgique, offrait son concours au roi pour le prote'ger, en fermant le club des Jacobins. « Mieux vaut périr que d'être sauvé par Lafayette et par les Co?istitution?iels », s'écriait Marie-Antoinette, qui faisait en même temps prévenir les Jacobins, escomptant une émeute contre-révolutionnaire, si l'on touchait à celui qui avait contribué à fonder la république des Etats-Unis.
Les événements se précipitaient. L'armée prussienne entrait en ligne. Brunswick faisait paraître son fameux manifeste. La situation de la France vis-k-vis de l'Europe était des plus critiques (1).
« Aussi, lorsqu'après trois semaines de délibération le président de l'Assemblée, Albert Dubayet, au milieu d'un religieux silence, et devant les députés debout et découverts, prononça d'une voix solennelle ces paroles .La Patrie est en danger ! chdicun sentit au fond du cœur que ce n'était pas une simple formule, mais une terrible vérité.
A cet appel la Nation se leva. Les bureaux d'enrôlements furent assiégés ; les routes se couvrirent de volontaires. Ce fut un de ces nobles élans qui honorent un peuple et rachètent bien des faiblesses.
dans la guerre d'indépendance d'Amérique et conliibua à fonder la république des Etats-Unis. 1787, membre de l'Assemblée des notables. 1789, député à la Constituante. Chaud partisan des Droits de l'Homme. Commandant de la Garde Nationale, Général aux armées destinées à repousser l'invasion. Prisonnier des Autrichiens. Mis en liberté en 1797, ne prit aucune part aux affaires sous le Consulat et sous l'Empire. Membre de la Chambre des représentants en 1814, vote pour la déchéance de l'Empereur. Député sous la Restauration. En 1830, il fut à nouveau nommé chef des Gardes Nationales. 8 volumes de Mémoires.
(1) Hippoli/te Carnot, t. i, p. 234.
3i4 POUR VAINCRE
Organisation. Militaire.
Alors apparut ce que pouvaient faire deux députés, ayant une réelle compétenc3 des choses militaires. Les deux frères Garnot multiplient leur activité. Réglementation du mode de recrutement, organisation de la gendarmerie nationale, création de légions mixtes, renouvellement des compagnies franches, mise en état des forteresses et des postes militaires, organisation, police et administration des camps destinés à la défense de Paris, telle fut en quelques mois l'œuvre géminée des deux frères (1). « Il est une vérité qui doit paraître évidente à quiconque veut ouvrir les yeux, s'écriait Garnot l'aîné, c'est que les gouvernements qui nous entourent veulent tous notre destruction ; c'est que ceux qui nous parlent d'amitié ne le font que pour mieux nous tromper ; c'est qu'en ce moment nous n'avons plus d'autre politique k suivre que celle d'être les plus forts. »
La fabrication des piques.
Il me plaît d'attirer l'attention du public sur une idée proposée et réalisée en 1792 par Lazare Garnot. Il s'agissait de faire face à l'ennemi et les caisses de l'Etat étaient vides. Lazare Garnot fit fabriquer des piques en quantité (2) .
« Si l'on veut placer alternativement des piquiers et des fusiliers comme autrefois, dit Garnot dans un rapport, les fmils qui pouvaient armer 100.000 hommes pourront
[{) Hlppolyte Qarnot, t. i, p. 239.
(2) Hippolyte Garnot , t. i, p.!S40.
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en armer le double, et ces '200.000 hommes seront mieux armés que s'ils avaient tous des fnsils. » Garnot ne ])arîageait pas ropinion de ceux qui regardent la pique comme entièrement déchue de son utilité depuis l'invention de la poudre à canon. Aussi dans la discussion qui s'éleva, prit-il toutes ses autorités dans les temps postérieurs à Tusage des armes à feu. Il cita MontecucuUi : La pique est la reine des arènes à pied. Luxembourg : Je ne serai d'avis de la supprhner que quand les ennemis n'auront plus de cavalerie. Gondé, Turenne, Folard, enfin le maréchal de Saxe : Les mêmes raisons de négligence qui ont fait quitter tant de bonnes choses dans le métier de la guerre ont aussi fait abandonner la pique. Il allégua l'exemple des Français a Gérisoles, celui des Suisses à Dreux, à Novare, à Marignan, à Moncontour, celui des Anglais à Newbury, où la milice de Londres, armée de piques, demeura inébranlable aux troupes royales ».
Faut-il souligner qu'en 1814 Napoléon écrivit de Nogent le 21 février a son frère Joseph : « Organisez la Garde nationale. Que le Ministre de la guerre envoie partout des piques ».
Lb 10 AOUT.
La journée du 10 août fut une réponse au manifeste de Brunswick. On peut la résumer ainsi : dès le matin insurrection populaire ; défection des gardes nationaux; envahissement des Tuileries ; fuite du roi ; son arrivée a l'Assemblée avec la famille royale menacée ; demande de mise en accusation. « Nous demandons la tête du tyran que voici » ; vote par l'Assemblée que -sa mission était terminée puisque l'un des pouvoirs établis par la Constitution,
(l'exécutif), venait d'être renversé parle peuple, (ju'il était nécessaire de recourir à la souveraineté populaire, qu'en conséquence le peuple français, sans distiiiction de citoyens actifs ou passifs, serait invité à nommer une Con- «e^aon et qu'il convenait de décréter la suspension du roi, laissant à la Convention le soin de prononcer sur les mesures quelle croirait devoir adopter pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l'égalité.
Le GoUVERNEMliNï DE LA GOMMLNE. Les ARRESTATIONS
DES SUSPECTS. — - LeS MASSACRES DE SEPTEMBRE.
La famille royale, qui avait le 10 août assisté à la destruction de la royauté, ne devait quitter l'Assemblée que pour la prison du Temple.
L'Assemblée, avant de se séparer, avait la nuit même (1) « élu au scrutin douze commissaires, qui devaient se diviser en trois groupes et se rendre aux armées. Les trois premiers, Goustard, Garnot l'aîné et Prieur (de la Gôted'Or) eurent pour destination l'armée du Rhin ; leur mission s'étendait de Bitche et Landau jusqu'à Besançon^ Ils partirent dès le lendemain. Pendant leur absence, des événements néfastes s'accomplirent à Paris ».
Ge furent, en fait, après le 10 août et jusqu'à la réunion de la Gonvention le 21 -septembre 1792, la prise de possession du Pouvoir par les Jacobins et la Gommune insurrectionnelle, (qui, même sous la Gonvention et jusqu'au 9 thermidor, sera un pouvoir dans l'Etat), les Aàsites domiciliaires, l'arrestation des suspects, l'institution du tri-
[{) Hippolyte Camot, t. i, p. 254 et 257.