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CARNOT A L ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

bunal criminel, le drapeau noir déployé sur la façade de l'Hôtel-de-Ville, le tocsin, l'appel de Marat aux pires passions populaires, invitant le peuple à égorger les prisonniers royalistes, les odieux massacres de septembre à V Abbaye, à la Force, au Châtelet, à la Coriciergerie, à la Salpé trière, à Bicêtre...

Lazar^3 Carnot était alors en mission à l'armée du Rhin.

Mission a l\rmée du RmN. — Rouget de l'Isle. Election de Lazare Carnot a la Convention. — Valmy.

« C'était la première fois que les représentants d'une assemblée politique paraissaient dans les camps. Le sort de la Révolution dépendait de l'accueil qui leur serait fait. C'est pourquoi on les avait investis de grands pouvoirs ; ils étaient autorisés à suspendre les fonctionnaires civils et militaires, à les remplacer provisoirement et à les mettre au besoin en arrestation.

Trois d'entre ces commissaires, Antonelle, Kersaint (1) et Peraldy, envoyés à l'armée que commandait Lafayette furent emprisonnés, par ordre de ce général, dans le château de Sedan. Mais ses soldats, malgré l'affection qu'ils lui portaient, n'acceptèrent pas de le suivre dans une entreprise que l'approche de l'ennemi eut rendue criminelle envers la France.

Le général, après avoir toutefois pris les dispositions

(1) Comte de Kersaint, né à Paris en i741. Capitaine de vaisseau s'était distingué à la campagne des Indes. Député à la Législative et à la Convention, fit décréter la formation de la Légion des Allobro(/es et le Comité de sûreté générale, donna sa démission après le rote de la mort du roi, périt sur l'échafaud (1793). Sa fille épousa le duc de Duras, maréchal de France.

nécessaires h la sûreté de son armée et, évitant généreusement de compromettre tous ceux qui pouvaient encore ne pas l'être, se vit obligé de passer la frontière accompagné de quelques officiers dévoués à sa personne. Les coalisés violèrent a son égard le droit des gens et le retinrent prisonnier, satisfaits de punir en lui l'un des auteurs de cette révolution qu'ils prétendaient étouffer. Lafayette demeura fidèle h lui-même et alla confesser dans les cachots de la Prusse et de l'Autriche les croyances de sa vie. »

La situation de l'Alsace rendait difficile la tâche des représentants du peuple. Strasbourg était commandée par le général La Morlière, vieillard de quatre-vingt six ans. Le maire Dietrich était inféodé aux Feuillants. Biron était a la tête deT armée du Rhin. Il assura les commissaires de l'absolu dévouement de son armée à la cause de la liberté, et écrivait à Gustine (1). « Us 07it les pouvons les plus étendus et me paraisseiit disposés à en faire les usages les plus modérés. » Biron (2) avait donné sans réserves son adhésion aux actes du nouveau pouvoir exécutif. Il n'en fut pas de même de ses officiers : Victor de Brogiie (3), son chef

(1) Custine (Adam-Philippe, comte de), né à Metz en 1740, se distingua pendant la guerre de Sept Ans et pendant la guerre d'Amérique ; député aux Etats-Généraux. En 1792 fut mis à la tête de l'armée du Rhin et prit Spire, Worms, Mayence, Francfort. Vaincu par les Prussiens, il fut condamné par la Convention et guillotiné le 28 août 1793.

(2) Armand-Louis, duc de Biron, né en 1747 le beau Lauzun. Jeunesse orageuse, alla combattre en Amérique. 1789, représente aux Etats- Généraux la noblesse de Quercy. 1792, avant Custine commande en chef l'armée du Rhin. En 1793 prit Saumur sur les Vendéens et les battit à Parthenay. Démissionnaire et arrêté, il est exécuté le 31 décembre 1793.

(3) Victor-Claude, prince de Brogiie (fils de l'ancien ministre, émigré, commandant de l'armée des princes), député aux Etats-

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d'élal-major, et le duc d'Aguillon, son maréchal de camp. Leur suspension fut prononcée. Carnot dut sévir contre deux officiers du génie, ses anciens camarades, qui se trouvaient au nombre des récalcitrants, Gaffarelli du Falga (1) et Rouget de l'Isle.

« Carnot prit à part le premier, avec lequel il était lié, ainsi que son frère Feulins, et tenta vainement de le conquérir au nouveau gouvernement. Il s'adressa ensuite au second : ;< Notis forcerez-voiis, lui dit-il, à destituer pour cause d'incivisme l'auteur de la Marseillaise ? » L'orchestre militaire jouait en ce moment, par ordre de Carnot, cet hymne, composé précisément pour l'armée du Rhin, nouvellement baptisé et déjà célèbre. Enfin, pour épuiser tous les moyens de conciliation et pour laisser aux opposants le temps de la réflexion, un second appel fut demandé. Ils persistèrent dans leur insoumission et quittèrent le service.

Du camp de Biron les commissaires se rendirent a Lauterbourg auprès de Kellermann, et h l'armée de Custine à Landau.

Quand les commissaires revinrent à Strasbourg (2) « les habitants, précédés de leurs autorités et le maire à

Généraux en 1789, officiera l'armée de Biron, suspendu, arrêté et traduit devant le tribunal révolutionnaire en 1794, mort sur l'échafaud.

(1) Maximilien Gaffarelli du Falga, né en Haute-Garonne le 13 février 1756, mort devant Saint-Jean d'Acre le 27 avril 1799, officier de l'arme du génie, fut détenu pendant 14 mois après son incartade de Strasbourg, servit dans l'armée de Sambre-et-Meuse, était au passage du Rhin à Dusseldorlî avec Kléber en 179S, puis avec Marceau sur la Nahe. Il y fut atteint d'un boulet et fut opéré de la jambe gauche. Chef du génie en Egypte.

(2) FLippol4/te Carnot, 1. 1, p. 262 et 270.

leur tête, allèrent au devant des représentants. On tira le canon, les cloches sonnèrent, les femmes jetèrent des fleurs sur leur passage ; on cria : « Vive la liberté ! Vive l'égalité ! »

Garnot, en revenant, s'arrêta h Dijon et la ville se mit en fête.

« C'était le 30 août, veille des élections générales, Garnot n'avait point de candidature en Bourgogne ; il fut élu, absent, par le département du Pas-de-Galais, son premier député à la Gonverition.

La conduite de Garnot à l'armée du Rhin avait doublé son importance politique. Le 5 septembre, sa présence au camp de Ghâlons, rendez-vous général des volontaires, fut jugée tellement nécessaire par la commission que l'Assemblée le désigna pour cette tâche. Il s'agissait d'organiser cette armée de conscrits, qui, un mois plus tard, rejetait l'étranger au delà de nos frontières. »

Quinze jours plus tard, le mercredi 20 septembre l'armée de Demouriez et de Kellermann arrêtait les Prussiens à Valmy et sauvait la France.

La canonnade de Valmy retentissait encore a l'heure oii se réunissait la Gonvention nationale, le 21 septembre

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