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Ab, c’est qu’en effet si Dieu est éternellement miséricordieux, son Fils incarné, Jésus- Christ, dans un certain sens, l’est encore davantage. En tant qu’il est Dieu et qu’il possède la nature divine, il a toute la miséricorde divine en lui. Mais de plus, en tant qu’il est homme et qu’il a pris la nature humaine avec sa sensibilité la plus exquise et la plus parfaite, le Verbe fait chair possède un autre genre de miséricorde qui n’est pas en Dieu.
« On ne compatit jamais mieux au mal que quand on l’a connu soi-même et par expérience. Et saint Paul nous dira que Jésus-Christ a partagé toutes nos épreuves, toutes nos souffrances, afin de devenir miséricordieux. Tentatum per omnia, ut misericors fieret... (Heb. II). Aussi ce que les historiens de Jésr< nous répètent le plus souvent de la dis} . * intime et du sentiment intime de: eur, c’est qu’il fut touché de compassic:, ému de piété, et qu’il eut besoin de le dire : Jesus autem misericordia motus (Luc, VIT) ;...misertus autem eorum Jesus (Marc, VIII) ; ... et ait Jesus : Misereor super turbam (Mat., XX). Oui, toutes les pulsations du Cœur de Jésus, c'étaient les pulsations de la miséricorde ; les miracles qui ja‘ “aient de ses mains, c’étaient des miracles, non pas tant de puissance que de miséri” vrde, ou plûtôt sa toute-puiss :nce était .… service de sa miséricorde, son bras aux ordres de son Cœur ; et c’est bien du doux et tendre Jésus que l'Eglise peut dire ; O Dieu, qui manifestez
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principalement votre toute-puissance en exerçant le pardon, la pitié, la miséricorde : Deus, qui omnipotentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas.
« Il a aimé et pardonné toute sa vie. Si sa naissance a été la manifestation, l’apparition de la bénignité et de la charité de Dieu, sa carrière mortelle tout entière a été l’épanouissement, l’efflorescence de cette même bénignité miséricordieuse. Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin, jusqu’au Calvaire, jusqu’au Cénacle. Et quand il remonta dans les cieux, l’évangéliste nous dit que ses disciples le virent jusqu'au dernier moment qui étendait lesmains pour bénir : Et factum est dum benediceret illis, rescesit ab eis, (Luc. XXIV), non pas après les avoir bénis, mais tandis qu’il les bénissait. Sa tête avait disparu déjà, enveloppée dans le nuage lumineux, et il laissait apercevoir encore ses mains étendus et bénissantes, comme puur nous apprendre l’usage qu’il en allait faire dans les cieux. » Comme il est bon au cœur de l’homme de se rappeler que Dieu a pour lui de l’amour, ou mieux que Dieu est pour lui tout amour. Sous l’Ancienne Loi, Moïse demandait à Dieu, qui êtes-vous Seigneur ? et le Seigneur répondit : « Je suis celui qui suis(Ex., III, 16) ; sous la Loi nouvelle, tout ne parle que d’amour et saint Jean nous doni.e une autre définition de Dieu : Deus charitas est, Dieu est amour (1 Joan., IV, 8),
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Article III.— L'amour de Dieu appelle l'amour de l’homme pour Dieu et pour ses semblables
L'amour de Dieu pour l’homme est un fait et une doctrine ; mais nous le demandons avec instance : est-il bien compris dans le monde que cet amour veut être payé de retour : Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prior dilexit nos (I Joan., IV, 19): est-il bien compris que le plus grand commandement est celui-ci :Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et in tota mente tua, et que le second est semblable à celuilà : Diliges proximum tuum, sicut teipsum (Matt., XXII, 27, 58, 39) ; est-il bien compris que l’amour de Dieu pour l’homme est la raison de notre amour pour le prochain :
Si sic Deus dilexit nos, et nos debemus alterutrum diligere (1 Joan., IV, 2), et que nous avons reçu le précepte de prendre cet amour de Dieu pour l’homme comme le modèle et la mesure de celui que nous devons avoir pour nos frères : Hoc est præceptum meum, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos (I Joan., XV, 22)? Est-il bien compris que c’est là toute la loi : Omnis enim lex in uno sermone impletur. Diliges proximum tuum sicut teipsum. (Galat., V, 16). Sicut dilexi vos !
Quelle parole ! Nous avons reçu un précepte d'aimer nos frères comme Jésus lui-même nous a aimés. Ah! n’y a-t-il pas témérité à vouloir rapprocher nos actes de ceux du Sauveur pour trouv-- entre eux une ressemblance ?
Quoi ! mes actions toujours si imparfaites et imprégnées d’égoïsme, j’oserais les mettre en regard de celles de Jésus toujours si parfaites et animées du plus pur esprit de sacrifice ; les yeux toujours fixés sur la personne adorable de mon Sauveur, j’ambitionnerai de me rendre semblable à lui jusqu’à ce que, sans mensonge, je puisse dire : J'aime Dieu et les hommes comme Dieu lui-même m'a aimé?) Eh bien, oui. Le dévouement, le sacrifice, l'amour de Dieu pour l’homme deviennent une loi pour moi, je suis obligé d’en faire la règle de mes actes quotidiens d’amour pour mes frères. Pas d’amour véritable pour Dieu sans cet amour
(1) Tout en ne s’attachant pas trop au sens littéral propre, on aimera à lire le trait suivant :
ainte Élisabeth de Hongrie demanda un jour à son pre spirituel si elle pouvait aimer Dieu autant qu’elle en tait aimée. « Oui, lui répondit celui-ci, vous pouvez l’iamer de la sorte, mais non pas avec votre propre cœur ; il est a | étroit. — Et comment pourrai-je donc l’aimer, si je ne l’aime pas avec mon cœur? répliqua la sainte. — Vous pouvez l’aimer, reprit le religieux, avec le cœur même qu'il vous donne, avec son Cœur : ce Cœur étant infini en amour, vous l’aimerez autant qu'il vous aime, et autant qu'il aime lui-même sa divine personne. — Ce serait bon, dit sainte Élizabeth, s’il était vrai que le Cœur de Jésus fût à moi par les liens d’un autre amour réciproque, et que son divin amour avec le Saint-Esprit fût vraiment ma possession, lorsque j'aime Dieu ; mais le moyen de me persuader un si grand bonheur ! Je croirais plutôt que cet arbre planté de l’autre côté de la rivière (car ils s’entretenaient alors sur un cours d’eau) passerait de ce côté-ci, que de croire que Dieu voulût bien faire cet échange admirable de me donner son Cœur pour le mien... » O miracle de la bonté divine ! A peine eut-elle prononcé ces paroles, qué l'arbre, avec toutes ses racines, fut arraché visiblement par une main invisible et transporté, puis transplanté du côté où était cette sainte princesse pour lui donner une preuve sensible et manifeste de cette grande vérité. Quels mouvements d'amour saisirent alors son cœur. Elle demeura comme en extase, sans parole, et on eut lieu de craindre qu'elle ne mourût de joie et de reconnaissance, (Le Père d’Argentan).
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pour l’homme. Mandatum habemus a Deo, ut qui diligit Deum, diligat et fratrem suum (I Joan., IV, 21—. En vain l’homme fera profession d'aimer Dieu ; s’il .e porte pas dans son cœur un grand amour pour son prochain, il offense la loi de celui qu’il veut aimer : Mandatum habemus a Deo, et, si vous m’aimez, gardez mes commandements.
(Joan., XIV, 15.)
Il est vrai que ce commandement porte bien haut nos aspirations ; mais, vraiment, nous dit-il autre chose que cet autre : Estote ergo perfecti, sicut et Pater vester cælestis perfectus est (Matt., V, 48) ? Que faisons-nous pendant que Dieu lui-même a fixé si haut les sommets de notre perfection ; jusqu’à présent notre vie a-t-elle été une ascension ? Avons-nous lu déjà les méditations de Bossuet sur le commandement de l’amour ?
« En attendant, Ô mon Dieu ! la charité doit croître toujours, et la cupidité toujours décroître. La force augmente en aimant :
l'exercice de l’amour épure le cœur, en iui apprenant à aimer de plus en plus. Dieu est en nous quand nous aimons ; et c’est lui qui, du dedans de nos cœurs, y répand et y inspire l’amour. On mérite par l’amour de posséder Dieu davantage, et en le possédant davantage, d’aimer davantage.
Je n’aime donc pas de toute la force que je puis exercer en cette vie, si je n'aime mieux demain qu’aujourd’hui, et si le jour d’après je n'augmente mon amour, jusqu’à ce que j'arrive à la vie où le précepte de la charité
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