‹ Pourquoi et comment visiter les muséesChapitre 23 sur 53 · L'INSTINCT PUR VA DE LUI-MÊME A LA BEAUTÉ PURE · texte numérisé non relu

L'INSTINCT PUR VA DE LUI-MÊME A LA BEAUTÉ PURE

Si nous pouvions, de l'espèce de demi-sommeil où nous peignons inconsciemment de tels tableaux, être éveillés tout à coup à la pleine conscience de notre activité intérieure, et si, dans ce moment, s'ofFiaient à nous des œuvres d'art de valeur inégale, — par exemple, auprès d'une froide et correcte peinture de « genre », une œuvre savante de la Renaissance et quelque émouvante et ingénue composition d'un maître primitif, — nul doute que nous n'allions de nous-mêmes, irrésistiblement, à la plus belle de ces trois œuvres, à la beauté ingénue, à la beauté vraie. Non, sans doute, que nous entendions en techniciens, non pas même en critiques, le langage des couleurs ou la relation des volumes entre eux. Il nous serait sûrement difficile d'analyser les raisons de notre préférence; mais la vérité qui est en nous a fatalement aimé la vérité qui lui est apparue.

L'artiste est celui qui ajoute à cette puissance naturelle de la découverte dans le vrai la conscience de cette puissance. C'est cette conscience qui lui donne la capacité de la réalisation extérieure.

Dans l'exemple plus haut indiqué, il y avait œuvre d'art, et pourtant il n'y avait pas art; le créateur obéissait à une complaisance passionnée et fatale qui ne lui laissait pas voir son effort, restreignait au minimum la participation de sa volonté, et le privait du bénéfice (|ue nous trouvons toujours dans l'acte par lequel nous cherchons à atteindre un but. L'àme opérait seule, seule réellement vivante;

Regardons la Vie. 69

elle est, en quelque sorte, morte à la minute même où l'homme a cru reprendre conscience de sa vie.

Mais qu'il soit une fois averti de la mystérieuse puissance dont jusqu'alors il ne s'était pas rendu compte, n'en voudra-t-il pas pleinement jouir ? S'il se persuade qu'il y a là, pour lui, une occasion érninente d'augmentation morale, une source de félicité profonde, ne consentira-t-il pas àTeffort nécessaire?

Page 1