LE STYLE ET LE CARACTERE
Mais, heureusement, le génie a d'autres moyens que ses faiblesses pour nous imposer la suggestion de sa vision profonde à travers son œuvre, par elle et en dépit d'elle à la fois.
W a son Style.
Quand un artiste s*est rendu compte de la façon de voir et de comprendre que lui imposent son tempérament, ses origines, son éducation, etc., c'est-à-dire, |)Our employer une façon d'exprimer qui maintenant nous est familière, quand il a fait sa propre découverte, il prend le parti de rapporter tout, de soumettre tout, dans la composition et l'exécution de ses œuvres, à celle personnelle façon de voir et de comprendre. De là cette insistance, signalée plus haut, d'un Véronèsesur l'aspect fastueux des êtres et des choses, (\\\\\ l{aj)liaël sur leur expression grandiose et bonne, d'un Corrège sur la splendeur émouvante et rayonnante de la chair. Ce n'est point pour pallier son impuissance, c'est au contraire en vertu de la plus magnifique force consciente que le grand artiste précise autant qu'il est en lui le point de vue d'où il contemple la nature. Il accentue, il exagère le caractère propre de sa conception, nous avertissant ainsi de ses intentions, en quelque sorte nous montrant la cible qu'il vise, sollicitant notre imagination à collaborer avec la sienne afin qu'ainsi nous puissions atteindre à la vérité initiale de son dessein.
Cette accentuation, c'est le style de chaque artiste. Nous voyons, et ceci est primordial, que nous ne pourrions nous rendre compte de la beauté d'un style sans pénétrer dans le caractère de ce style; le mot caractère précise donc, — en la particularisant à Tinfini, selon Tépoque, la race, selon la personnalité de l'artiste, — la notion générale de beauté. De plus en plus, même, dans la pensée moderne, beauté cède et s'eiTace devant caractère^ pour nous aider à comprendre comment l'exagération significative d'un trait, fut-ce jusqu'à la déformation, peut être un
MUSEE DU LOUVRE
Rembrandt : Les Pèlerins d f-lnimaiis.
Techniquement^ une des œuvres les plus iJinssautes que rite iliislotre. l'nr une Hansiinsitin voyez roninic Carliste confond symboliquement l'idée de lu lumière et l'idée de la dii^mité.
Le Salon carré. lo3
élément de beauté, à la condition que l'expression de ce trait excessif soit, par les moyens rationnels et harmoniques de Tart, une occasion de joie.
Que n'avons-nous ici la Belhsahé de Rembrandt, si belle, mais d'une beauté si dilT'érente de celle des vierges de Raphaël ou de VAntlopel Beautés égales, point de la même famille humaine, pourtant a()parentées par l'art dont ici et là les exigences absolues sont obéies : harmonie optique, expression chromatique d'un sentiment, développement logique de la lumière dont l'arabesque relie les saillies significatives de la figure. Mais, tandis qu'un Raphaël, au plus haut point de son génie, procède d'une certaine idée préconçue de la beauté, un Rembrandt se montre serviteur plus docile, interprète plus exact de la réalité. Raphaël, grand idéaliste, Rembrandt^ grand réaliste, expriment tous les deux la Beauté, avec toutes les différences que comporte leur conception caractéristique. Le langage de l'un est surtout celui des lignes, le langage du second est surtout celui des valeurs, c'est-à-dire des relations de tons, des nuances harmonisées du coloris *.