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DÉCHÉANCE DE L'IDÉALISME

Le règne de riiomme dans la pensée de Thomme est interrompu, s'il n'est fini. Cet interrègne est sensible, non seulement dans la peinture où le paysage occupe le plus grand nombre d'artistes, mais même dans la sculpture où, toutefois, c'est bien toujours la figure humaine qu'on nous montre : ce n'est plus celle (|u'ont admirée Donalello et Michel- Ange comme Léonard et Raphaël. Celle-ci était vraie d'une vérité idéalisée. La vérité humaine des sculpteurs modernes relève de la conception scientifi(|ue et philosophique moderne, qui refuse à l'homme une place privilégiée au sommet de la nature. Pour en faire le roi du monde, les artistes anciens ajoutaient à toute sa beauté toute la leur, justifiant ainsi les prérogatives que la religion et la philosophie chrétiennes, tout comme la religion et la philosophie païennes, lui attribuaient. Dans la pensée nouvelle, l'intérêt plastique de la figure humaine se généralise et se matérialise, son intérêt individuel et spirituel cesse de passionner l'artiste, ou du moins de requérir son étude principale. Il n'y a plus, dans

Le Musée du Luxembourg.

notre art, d'unité synthétiquement exceptionnelle : l'objet, c'est la masse vivante en son multiforme aspect. Les trois règnes au même titre s'inscrivent

MusFE DU Luxembourg. — Cunslanlin Meunier : Les Puddleurs.

La beauté de l'efjoit. Meunier est plus réaliste que Millet; il fait appel li nuire sensibilité plus encore qu'il ne nous montre la sienne, en accentuant les motifs qui doivent susciter notre émotion.

dans le spectacle universel de la vie. Si quelque sculpteur — voyez Constantin Meunier, son Débardeur du port d'Ançers — conçoit une figure symbolique, il lui demandera la signification d'une énergie

collective, populaire, c'est la foule que son ciseau animera, et, dans cette figure de la foule, il accusera volontiers les traits expressifs d'une vigueur toute physique : le caractère le plus élevé qu'il lui laissera sera celui d'une fierté animale, d'une résistance toute nerveuse et musculaire, d'une puissance en quelque sorte élémentaire, avec la majesté toutefois que laisse aux membres aguerris la dure expérience du labeur quotidien. Nous sommes loin des unités patriciennes à l'admiration desquelles nous conviait la Renaissance : nous sommes à leur lendemain, nous replongeons à la source commune, anonyme et immense, au réservoir des forces.

L'avenir en déduira-t-il, comme leur aboutissement logique, une série de nouvelles sélections où s'affirmera une fois de plus, sous des espèces imprévues, la souveraineté de l'Esprit?

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