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150 Pourquoi et comment nous devons coloniser
L'allocation mensuelle de réserve n'est payable qu'à la iin du terme du milicien ou du volontaire. Ils perdent leurs droits à cette allocation pour punitions graves.
Les soldats et gradés ont droit à un pagne trimestriel, une tenue et une couverture par an; tous les deux ans à une vareuse en tricot.
Les rengagements sont de 3 ans.
Il y a la solde de réforme valant les 2/3, le 1/3 ou le 1/4 de la solde journalière. Elle est octroyée aux militaires noirs réformés pour maladies incurables ou lésions contractées pendant le service.
Les aides armuriers noirs sortis de l'école des armuriers de Léopoldville, quel que soit leur grade, ne touchent pas de solde, ni d'allocation mensuelle de réserve, mais reçoivent un salaire mensuel initial maximum de 50 francs. Ce salaire mensuel peut être porté à 100 frs dans la suite de leur carrière.
Les soldats et gradés aides armuriers noirs non sortis de l'école d'armuriers n'ont droit qu'aux allocations do leurs collègues de la Force publique; toutefois, ils peuvent être proposés par le Commissaire de district ou Chef de zone pour toucher une certaine gratification mensuelle.
Les sergents comptables sont traités sur le même pied que les aides armuriers noirs.
Les femmes de ces deux dernières catégories de militaires ont droit aux allocations et aux rations comme les femmes des miliciens.
L'habillement des soldats comprend :
Un fez ;
Une veste en toile bleue; Un pantalon id.
Chaque soldat a droit à une petite tenue par an.
Pourquoi et comment nous devons coloniser 151
Il est de plus alloué annuellement à chaque homme une couverture.
Pour la grande tenue, la veste et le pantalon sont en serge bleue, elle comporte en outre une ceinture rouge.
La grande tenue n'est délivrée que dans les districts ou le Gouverneur Général le juge nécessaire.
Les hommes qui, faute de soin, détériorent leurs effets, peuvent être mis à la retenue, dans les conditions indiquées par les instructions.
Les munitions allouées annuellement à chaque soldat, pour les tirs à la cible et les exercices, sont les suivantes :
60 cartouches à balles; 10 cartouches à blanc; 60 capsules à balles.
Les tirs doivent être réglés de façon, que chaque soldat brûle en moyenne cinq cartouches à balles par mois.
Indépendamment de la Force publique, un décret du Roi Souverain en date du 18 janvier 1898 a institué un corps de réserve.
« Le corps de réserve se compose d'hommes ayant achevé leur terme de service dans l'armée active, et de contingents recrutés par des levées annuelles, conformément aux stipulations sur la matière.
« Le corps de réserve tient garnison dans les régions désignées spécialement; il est divisé en groupes d'au moins 150 hommes, formant chacun, un village distinct placé sous l'autorité d'un chef choisi parmi les sousofficiers méritants de la Force publique. Chaque groupe de dix villages est placé sous l'autorité d'un officier aidé d'un ou de deux sous-officiers.
^ Des instructions spéciales règlent la manière dont
152 Four quoi et comment nous devons coloniser
l'instruction est donnée et maintenue parmi les soldats, ainsi que les allocations auxquelles ils ont droit.
« Les réservistes restent soumis au régime disciplinaire édicté par les règlements de la Force publique.
" Le décret du 19 décembre 1899 autorise le rapatriement des miliciens de l'armée active versés au corps de réserve, ainsi que des hommes recrutés par des levées annuelles, qui ont fait un terme de service de sept ans dans le corps de réserve ou dans la Force publique.
« Les commissaires de district du lieu de résidence de ces hommes, sont avisés des hommes appartenant au corps de réserve qui séjournent dans leur district.
« Sauf en cas de rappel de mobilisation, ces hommes sont dispensés de toute obligation militaire, et n'ont droit à aucune allocation. Ils sont astreints cependant à une revue annuelle. r>
Toutes ces mesures sont très bonnes, elles sont même presque parfaites, et cependant, en ma qualité de vieux soldat, ayant assisté à pas mal de batailles, et malheureusement à quelques révoltes, je crois qu'il y a encore quelques améliorations à apporter à cette organisation.
Voici ce que j'ai rêvé de voir faire au Congo.
Lors de la révolte des Gipayes, les Anglais sentirent vivement la nécessité de quelques forts d'arrêts, aussi la révolte terminée, s'empressèrent-ils d'en construire.
Lors de la révolte des Batétélas, nous sentîmes nous aussi, tous les inconvénients de ne posséder aucun point d'appui.
Alors hâtivement, un peu partout, on esquissa des semblants de fortifications.
Mais la révolte étant terminée on oublia les transes passées, et les travaux restèrent à l'état de projet.
Four quoi et comment nous devons coloniser 153
N'oublions pas cependant, qu'aux colonies, même les plus prospères et les mieux gouvernées, des révoltes sont toujours possibles.
Aussi je voudrais voir introduire les trois réformes suivantes :
1° Suppression de la compagnie du génie et d'artillerie qui se trouve au fort de Ghinkakassa.
Ces soldats noirs seraient remplacés par des volontaires belges qui seraient bien payés et desquels on n'exigerait, qu'un minimum de travail. On pourrait même leur donner à tous des galons de caporal.
Plus aucun noir, dans aucun district, ne serait exercé au tir au canon, dans tous les cas on ne leur apprendrait jamais, ni le pointage des pièces, ni le mode de chargement des obus, ni l'usage, ni encore moins le réglage de la fusée.
2° Une place forte sérieuse serait construite au Katanga, ainsi que des petits forts d'arrêts dans chaque chef-lieu de district ou de zone.
Ces forts ne devraient être ni bien importants, ni bien coûteux .
Ils se composeraient simplement d'un rectangle bastionné, formé par une muraille crénelée, à l'intérieur de laquelle se trouverait le magasin à poudre, le magasin d'armes, le magasin des vivres et une maison pouvant en cas de nécessité, servir d'abri aux blancs de la station.
Ces forts ne coûteraient presque rien, et en cas de nécessité, ils permettraient à une poignée de blancs, aidés de quelques soldats fidèles, de tenir tète à toute une troupe de révoltés, surtout, si ceux-ci ne savent pas se servir du canon.
3° Enfin, je voudrais voir apporter une légère modification à. la solde de la troupe, ainsi qu'à la réserve de l'armée que je viens de décrire.
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La solde resterait ce qu'elle est à présent, seulement, chaque fois que les soldats quitteraient la station pour une opération de guerre, il leur serait alloué un supplément de dix centimes par jour, pour les soldats, de quinze pour les caporaux et de vingt pour les sousofficiers.
Ce supplément ne leur serait payé qu'à la tin de la campagne, et à leur rentrée en garnison.
De cette façon, au lieu de s'énerver lorsqu'une campagne est un peu longue, ou qu'elle entraine avec elle beaucoup de privations, ils prendront plus facilement patience, en pensant à la récompense qui les attend à leur rentrée en garnison.
Cette mesure serait très équitable ; puisque dans toutes les armées du monde, la solde de campagne est supérieure à la solde de garnison.
Enfin, les hommes de ce que j'appellerai la première réserve, s(U'aient tous des volontaires, qui, leur terme de service accompli, s'établiraient à proximité d'une station ou ils viendraient le T*" de chaque mois faire une heurc^ d'exercice et tirer cinq cartouches à la cible.
Ils recevraient pour ce service, une solde de 2 fr. j)ar mois, mais ils devraient s'engager à reprendre du service de campagne, chaque fois que le besoin s'en ferait sentir.
Ils toucheraient alors en plus de leurs deux francs par mois la haute paie de campagne comme les autres soldats.
De cette façon, le commissaire de district ou chef de zone aurait toujours sous la main de vieux soldats, sur lesquels il serait certain de pouvoir compter dans les moments difficiles.
Je ne puis cependant finir ce chapitre sans dire un
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mot des règlements militaires qui sont remis aux officiers et sous-officiers qui se rendent au Congo.
Je commence par dire qu'ils sont bien faits.
C'est une adaptation de nos règlements belges aux nécessités de la guerre africaine; il s'y trouve même une innovation.
Et cependant ce chapitre, qui aurait dû nous réjouir, je l'ai lu avec beaucoup de mélancolie, disons même avec tristesse. Voici pourquoi. Aux chapitres des marches, des cantonnements et des combats, on a donné des exemples. On donne notre façon de marcher, de cantonner et de combattre.
Pour ma part, j'ai reconnu les termes de plusieurs de mes rapports ainsi que les croquis qui les accompagnaient.
Nul doute que si Dhanis, Chaltin, Lothaire, Ponthier, Descamps, Jacques, Hanolet, Daenen, Tobback, etc., ont lu ces règlements, ils ont fait les mêmes constatations.
Mais alors si l'on veut donner en exemple à ceux qui viendront après nous, notre manière de marcher, de camper et de combattre, pourquoi donc, omettons de publier aucun des noms des blancs, puisque ceux des chefs noirs sont soigneusement cités?
On dirait qu'on se trouve gêné de les publier, aucun n'a trouvé grâce, tous ces combats sont soigneusement anonymes et toutes ces victoires sont démarquées.
Est-ce un honneur que l'on nous réserve pour quand nous n'y serons plus? Estime-t-on que nous ne méritons qu'une gloire posthume?
Mystère et .. .. bureaucratie.
Mais qu'importe, puisqu'il ne s'agit somme toute,
156 Pourquoi et comment nous devons coloniser
que d'accorder une petite satisfaction d'amour-propre, à d'anciens serviteurs, déjà presque oubliés!
La seule chose qui importe, c'est que nos successeurs maintiennent toujours haut et lier notre beau drapeau bleu étoile d'or et qu'ils le glorifient par de nouvelles victoires.
Alors, nous les anciens, nous serons les premiers à les applaudir de tout notre cœur et même nous nous croirons encore leurs obligés, puisqu'ils auront auréole notre idole, ce glorieux symbole, qui pour nous représenta si longtemps et tout à la fois, la Patrie absente, la civilisation et le progrès!