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CHAPITRE III

Système de colonisation employé par les Espagnols

L'histoire de la colonisation espagnole remonte à 1480, c'est à cette date, qu'Isabelle lit occuper les Iles Canaries, dénommées à cette époque « Iles Fortunées ^^ ; puis bientôt en 1492 arrive la découverte de Haïti, Cuba, Porto-Rico et la Jamaïque par Christophe Colomb, suivie peu de temps après de la conquête du Mexique par Cortez, du Pérou, du Chili, du Venezuela et des Phillipines par Pizarre et ses successeurs.

Comment se fait-il qu'après avoir possédé pendant plus de quatre siècles, les plus belles et les plus riches colonies du monde entier, l'Espagne n'en possède plus aucune à présent.

Tout le système colonial espagnol pourrait se résumei' en un seul mot : -^ Pressurer ! ^

La colonie c'est le fruit, le gouvernement c'est le pressoir, le trésor et l'administration s'en partagent le jus, quant aux colons ils doivent se contenter du résidu.

Je ne veux pas dire par là que les intentions du gouvernement étaient mauvaises ou hostiles aux indigènes, bien loin de là, toutes les ordonnances au contraire sont faites dans l'esprit le plus large et témoignent de la plus grande bienveillance à l'égard

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des indigènes, mais le système employé donnait carrière à tous les abus.

Aussitôt que les « Conquistadores « avaient soumis un pays, ils en partageaient le sol, ainsi que les habitants entre tous les aventuriers qui formaient leur suite.

Ceux-ci en principe étaient considérés comme les tuteurs des indigènes et ils leur devaient aide et protection. Tel était l'esprit de la loi. La pratique fut tout autre.

Loin de protéger les indigènes qui leur étaient échus en lot presque tous les « Encomenderos ^ considérèrent bien vite ceux-ci comme de véritables esclaves et les traitèrent comme tels. Tous furent employés dans les mines d'or et y furent même traités si durement que bientôt la mortalité devint effrayante.

Le gouvernement enfin mis au courant de tous ces forfaits, supprima les " Encomenderos « et ceux-ci furent remplacés sous Charles III par des « Intendants. "

Ce fut un autre fléau.

Le gouvernement toujours bien intentionné et craignant que les employés qui resteraient trop de temps aux colonies n'y acquissent trop d'autorité et de prestige, décida de les changer tous, après un certain temps de séjour.

Gomme la mesure s'appliquait à tous les employés bons ou mauvais, elle eut pour eifet de priver l'Etat de ses meilleurs sujets et d'empêcher qu'il y eut aucune suite dans les idées et aucune continuité dans les rares travaux qui furent entrepris.

Cette mesure eut aussi pour conséquence, en créant une infinité d'emplois, de faire abandonner l'agriculture, le commerce et l'industrie à nombre d'espagnols qui préféraient aller chercher aventure aux colonies

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où la vie était plus facile et où ils avaient l'espoir de faire fortune en peu d'années.

Gomme leur terme à passer aux colonies était relativement court, tous ces gens n'avaient qu'un but, gagner de l'argent, beaucoup d'argent, soit en pressurant les indigènes, soit par tout autre moyen qu'il fut licite ou non.

Exploités et traqués de toutes parts, les indigènes diminuaient dans de fortes proportions, et ceux qui restaient n'avaient guère de raisons, d'aimer la métropole.

Voyons maintenant quel était le sort des colons.

Ici encore ce ne fut que accumulation de fautes.

Lorsque les rois d'Espagne virent tout l'or de l'Amérique du Sud rouler en Pactole dans les caves de l'Escurial, ils furent enivrés d'orgueil et leurs richesses les éblouirent.

Aussi, loin de faire profiter leurs peuples, et surtout leurs colonies, de ces trésors immenses, en protégeant et en stimulant l'agriculture, le commerce et l'industrie, ils n'eurent qu'un but, un but ambitieux, ils cherchèrent dans de nouvelles conquêtes à assouvir leur ambition sans limite.

Alors que cet or aurait dû être employé à créer des routes, à améliorer le cours des lleuves, à favoriser en un mot le travail qui seul ennoblit et vivifie les nations aussi bien que les individus, il ne servit au contraire qu'à corrompre un noble peuple qui mieux dirigé, aurait pu prétendre aux plus brillantes destinées.

Toutes les routes furent laissées dans l'état le plus pitoyable, aucun cours d'eau ne fut amélioré, et la main d'œuvre en Espagne, faute de bras, devint bien vite tellement onéreuse, que les produits espagnols, n'auraient pu lutter sur aucun marché européen.

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Et c'étaient ses produits cependant, que l'Espagne obligeait ses colons à se procurer chez elle.

Aussi la situation des colons était loin d'être brillante, lorsque la révolution de 1810 pour le continent américain et celle de 1896 pour Cuba et les Phillippines vinrent enfin les libérer.

Cette situation je la résume de la façon suivante :

1"" L'Espagne n'avait rien fait pour améliorer les routes ou les cours d'eau de ses colonies.

2"" Toutes les fonctions aux colonies étaient occupées par des Espagnols et systématiquement on en écartait tous les colons.

S"" Ceux-ci de même que les indigènes, étaient la proie d'une foule de fonctionnaires la plupart rapaces et indélicats qui avaient pris comme devise : Dieu est très haut et le roi est très loin.

4° Tout le commerce des colonies était monopolisé au profit de la Mère Patrie.

5"" Toutes les marchandises tant au départ qu'à l'arrivée, étaient frappées de droits exorbitants, et il n'était pas rare de payer un article trois ou quatre fois sa valeur.

6° Certaines cultures telles que plantation de la vigne, la culture du ver à soie, étaient défendues, ou, l'on y mettait tant d'obstacles, qu'il était impossible d'y établir aucune industrie. Tout cela sous prétexte de ne pas créer des centres de production pouvant faire la concurrence à ceux de la Mère Patrie.

7° Enfin, ils n'étaient représentés aux Cortès que d'une façon dérisoire et on ne leur laissait aucun moyen pour faire prévaloir leurs si justes réclamations.

Enfin à toutes ces fautes, le gouvernement espagnol en ajouta encore une en 1767, lorsqu'il ordonna l'expulsion des jésuites de toutes ses colonies.

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C'était profondément maladroit et impolitique, surtout en ce moment, car du coup, il s'aliénait le clergé dont le prestige était énorme, il ruinait de florissantes missions, oùl'on instruisait et disciplinait les indigènes, tant en leur enseignant l'amour du souverain et de la métropole, enfin on s'aliénait aussi le parti conservateur, le seul sur lequel on aurait pu compter, et cela précisément au moment où un vent de révolte soufflait sur toutes les colonies.

Si l'Espagne a perdu toutes ses possessions, c'est surtout parce qu'elle les a trop pressurées, trop tenues r-n tutelle et qu'elle n'a pas su comprendre au moment voulu, que ses enfants en grandissant avaient besoin de plus de liberté et que le seul moyen de les retenir dans le giron familial, c'était de leur accorder de bonne grâce sans attendre d'y être forcé ])ar des moyens violents, une partie au moins de cette liberté à laquelle tous aspiraient.

Sans attendre en un mot que le canon brutal eut brisé de ses boulets rames les derniers liens d'affection de ses colonies pour la Mère Patrie et qu'un fleuve de sang les eut séparées d'elle pour toujours.

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