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CHAPITRE VII

Comment nous devons coloniser

Nous venons d'exposer la façon dont les Portugais, les Espagnols, les Français, les Anglais et les Hollandais entendaient la colonisation.

D'un côté, nous avons vu que des colonies ont périclité, se sont séparées de la Mère Patrie ou qu'elles n'ont pas donné, tout ce que l'on était en droit d'attendre d'elles.

De l'autre, au contraire, nous avons vu des colonies florissantes, riches et prospères, qui jouaient le plus grand rôle, dans le développement économique de la métropole.

En recherchant les causes de résultats aussi dissemblables, nous avons été amenés à constater, que d'un côté nous trouvions : L'étatisme aux idées étroites, la domination basée sur la force, l'exploitation éhontée des indigènes, le monopole régnant en maître dans toutes les branches du commerce, des régimes fonciers et douanier excessifs, des impositions exorbitantes, un manque de prévoyance et de suite dans les idées, des fonctionnaires recrutés au petit bonheur et bien plus dans le but de caser des amis politiques, que dans celui de mettre à leur place des hommes de talent.

De l'autre côté au contraire : Nous voyons un régime des terres admirablement approprié aux besoins

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de la colonie et aux nécessités du moment. Nous voyons aussi un régime douanier ainsi que les impositions limitées aux stricts besoins de la colonie, des fonctionnaires bien rétribués et choisis avec un soin minutieux. Enfin, une administration stable, savante, consciente de sa responsabilité et qui met tout son génie en oeuvre pour mener à bien, des réformes longuement mûries et savamment discutées.

Si donc les résultats sont diiférents, il faut bien avouer que les moyens employés ne furent pas les mêmes.

Il nous reste à voir maintenant ce qui a été fait dans notre belle colonie du Congo, cette œuvre géniale de feu notre Roi, qui est à la fois si grandiose et si parfaite, qu'elle fait l'admiration de tous les esprits qui ne sont pas prévenus.

Mais si cette œuvre est déjà digne d'admiration, il n'y a pas de doute que bientôt elle aussi pourra être citée comme modèle, grâce aux réformes heureuses qui sont préconisées par le ministre des colonies.

Jusque maintenant, en effet, l'Etat du Congo a dû pourvoir lui-même à tous ses besoins et il n'y a pas encore 20 ans que ses impôts étant presque nuls, il avait pour tout budget ce que le Roi prenait sur sa cassette particulière.

Mais notre colonie en grandissant et en prospérant avait des besoins de plus en plus considérables et toute la fortune du souverain n'y aurait pas suffi, si l'on ne s'était procuré des ressources par tous les moyens que l'on avait en sa possession.

De là, la nécessité d'imposer assez fortement le commerce dans ses articles principaux, tels que l'ivoire et le caoutchouc, de là aussi le besoin de le limiter, de créer des réserves et de mettre une taxe assez forte

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sur les coupes de bois, puisque c'étaient les seules ressources dont on disposait alors.

Mais maintenant que la colonie appartient à la Belgique, maintenant qu'elle a son budget à elle, on n'a plus à craindre les déficits ni la faillite, puisqu'elle a un riche répondant.

On va donc pouvoir faire grand, avancer par étape, peut être lentement, mais sûrement.

La liberté du commerce sur tout le territoire du Congo, sans réserve et sans restriction, va ajouter un nouveau fleuron à sa couronne déjà si brillante.

Cette liberté du commerce vient à son heure.

Nos commerçants dont l'éducation est maintenant faite, sont outillés pour cette lutte pacifique et nul doute que cette vérité : « Le commerce suit le pavillon w sera vraie pour nous aussi.

Nos envieux et nos jaloux, vont avoir un grief de moins à faire valoir contre nous.

Toutefois, ne croyez pas qu'ils vont désarmer. Ce serait bien mal les connaître, leur siège est fait et comme ils savent qu'au point de vue économique, nous pouvons lutter même avec avantage contre eux, ils n'en seront que plus férocement haineux ; nous devons même nous attendre, à une recrudescence dans leurs attaques, puisque le morceau qu'ils convoitent deviendra de plus en plus alléchant.

Ceci dit, voyons ce qui a déjà été fait dans notre colonie et ce qu'on pourrait encore y faire.

A cet effet nous examinerons, mais forcément d'une façon succincte, ce qui a trait aux sujets suivants :

1° Ce que doit être notre colonie;

2° Le régime foncier, douanier et fiscal ;

3° La colonisation du Katanga et l'élevage ;

4° Des mesures et précautions à prendre au Congo au point de vue de l'habitabilité;

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5° Le rôle de la femme blanche aux colonies;

6" Le commerce, l'industrie et l'agriculture ;

7" De la nécessité du renforcement de notre marine marchande;

8° La force publique ;

9° L'organisation des chefferies indigènes et de la justice;

10° Le recrutement des fonctionnaires;

11" De l'éducation et de l'instruction à donner aux noirs, ainsi qu'aux blancs qui veulent faire carrière dans les pays neufs ;

12° Les soi-disant cruautés des Belges au Congo;

13° Un hommage, un souvenir et un vœu.

Que doit-être notre colonie?

Il y a trois manières de coloniser, de même qu'il y a trois espèces de colonies.

Ces trois manières sont l'assujettissement, l'autonomie, l'assimilation.

Dans le système de l'assujettissement, c'est l'intérêt seul de la métropole qui est envisagé. Il autorise l'exploitation la plus éhontée des indigènes et il fut malheureusement en vigueur dans toutes les colonies jusqu'à la révolution française.

De nos jours, il est rejeté par toutes les nations comme criminel et inhumain.

Le système de l'autonomie, est surtout pratiqué par l'Angleterre et ne convient qu'aux colonies déjà adultes et qui sont à même de se gouverner ellesmêmes .

Dans ce système la Mère Patrie envoie dans sa colonie, le plus grand nombre de colons possible, leur donne des institutions analogues aux siennes et lorsque

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avec le temps le pays s'est suffisamment développé, elle augmente progressivement les libertés dont il jouit pour en arriver à l'autonomie.

Dans ce cas, la colonie ne conserve plus envers la Mère Patrie, que les liens qui se sont forgés par la similitude de race, de langue, de mœurs, de religion et de relations constantes.

Le troisième système, celui de l'assimilation, veut l'union intime de la métropole avec sa colonie.

Si la métropole bénéficie des produits et du commerce qu'elle fait avec sa colonie, elle fait à son tour bénéficier celle-ci de sa civilisation, de son commerce propre, ainsi que de son industrie.

Elle lui sert en quelque sorte de marraine, elle l'instruit, la guide, fait son éducation en toute chose et lui apprend progressivement à tenir son rang dans le concert des nations.

C'est évidemment le rôle qui nous est dévolu au Congo.

Mais s'il y a différentes manières de coloniser, il y a aussi différentes sortes de colonies.

Habituellement on les divise en trois espèces. Il y a les colonies de commerce, les colonies de plantations et les colonies de peuplement.

Les colonies de commerce, sont des colonies où les blancs ne peuvent vivre que difficilement et où ils se contentent d'établir des factoreries, afin d'acheter aux indigènes les produits naturels du sol. Telles étaient par exemple les Indes Néerlandaises au début de la Compagnie des Indes, puisque celle-ci se contentait d'acheter aux indigènes les épices que ces îles produisaient naturellement.

Les colonies de plantations, sont des colonies où les blancs s'acclimatent difficilement, mais où, au moven

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de la main d'œuvre indigène, ils font de vastes plantations de rapport, telles que caféiers, cacaoyers, cannes à sucre, etc..

Dans ce cas, ils font un séjour plus ou moins long aux colonies, mais rarement sans esprit de retour. Leur espoir est, après avoir fait fortune, de revenir dans la Mère Patrie.

C'est ce qui se passe à San Thomé, la Martinique, la Guadeloupe et même à Java, qui maintenant est devenue une colonie de plantations.

Enlîn il y a les colonies de peuplement.

Dans celles-ci, il faut que le climat soit sensiblement le même que celui de la Mère Patrie, que le colon n'ait donc pas trop à souiFrir, soit de la chaleur, soit de l'insalubrité du pays où il va s'établir à demeure, sans espoir de retour sur le sol natal.

Telles sont par exemple, l'Australie et le Canada.

Dans laquelle de ces catégories, pouvons-nous donc classer notre beau Congo?

Au commencement de notre occupation, celui-ci évidemment ne pouvait être qu'une colonie de commerce, mais déjà, et de plus en plus, il tend à devenir une colonie de plantations et nul doute que bientôt il deviendra sous ce rapport des plus prospère.

Mais notre Congo étant 80 fois grand comme la Belgique, a d'autres ressources à nous offrir.

Si à cause de l'Equateur il peut nous donner tous les produits des tropiques, grâce aussi à l'altitude élevée de certains de ses plateaux, il réserve à nos paysans d'immenses espaces où ils pourront bientôt cultiver tous les produits de la Belgique, vivre en paix et prospérer sur ce territoire devenu enfin Belge.

Notre colonie échappera donc bientôt à la classification des trois catégories que nous venons d'indiquer,

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par le fait de ses immenses ressources, elle devra être dénommée colonie mixte, puisqu'elle participera aux avantages des trois systèmes.

La preuve est faite pour les deux premiers systèmes, malheureusement, malgré l'évidence, beaucoup de nos compatriotes doutent encore de l'efficacité du troisième.

Les immenses espaces dont j'ai parlé plus haut pour le peuplement sont, grâce à leur altitude, aussi salubres que la Belgique; je veux parler du Katanga ainsi que des hauts plateaux qui se trouvent près du lac Albert.

Pour le présent, il vaut mieux toutefois ne s'occuper que du Katanga afin de ne pas disperser nos efforts et de créer rapidement un noyau qui ]ie tardera pas à grossir.

La question est donc celle-ci : Le Katanga est-il habitable pour les blancs et ceux-ci peuvent-ils y rester à demeure^ L'affirmation n'est pas douteuse si l'on s'en rapporte au raisoimement et au témoignage des voyageurs les plus autorisés.

Voici en effet ce que nous rapporte A. J. Wauters dans son ouvrage « L'Etat Indépendant du Congo ^ à la page 187, l'auteur nous prévenant que ces renseignements lui ont été fournis par M. A Lancaster, directeur scientifique du service météorologique de l'observatoire royal de Belgique.

« C'est ainsi qu'en partant de Banana, où la température moyenne actuelle est voisine de ^^Q»"", ont atteint successivement 27° puis 28° là, bien entendu, où l'altitude est faible, car à mesure qu'on s'élève la moyenne s'abaisse de 1° environ par 200 mètres de hauteur; dans la région du Katanga, par 1,000 mètres d'altitude la moyenne n'est plus que de 23° environ, r^

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J'ajouterai que sur les hauts plateaux, elle ne doit plus être que de 21"" puisque ceux-ci atteignent 1500 mètres d'altitude.

Cet autre témoignage, je le copie dans la magniUque étude que le Docteur Drjepondt a fait paraître sur la colonisation du Katanga, dans le bulletin de la société belge d'études coloniales en juillet dernier, page 548.

« La région sud du Katanga, n'est pas à proprement parler une région équatoriale.

Davidson, une des plus grandes autorités en matière d'hygiène tropicale, admet comme règle que l'altitude d'un pays vient corriger la latitude dans la proportion de deux degrés par cent mètres d'élévation, c'est-àdire qu'une élévation de cent mètres correspondrait à un déplacement de deux degrés de l'équateur vers les Pôles.

A mille mètres d'altitude et exactement sous l'équateur, un pays se trouverait donc dans les mêmes conditions climatériques, et spécialement au point de vue de la colonisation, que s'il était situé par 20"" de latitude sud ou nord.

Les grands plateaux du Katanga ont une altitude moyenne de quinze cents mètres et en admettant même que la proposition de Davidson soit inexacte et exagérée de moitié, comme ces plateaux sont vers le 10^ sud, leur situation correspondrait à celle de pays bas situés par 25° de latitude; ils cessent donc complètement d'appartenir à la région équatoriale et entrent par conséquent dans la catégorie des pays habitables et colonisa blés par la race blanche dans les conditions actuelles de nos connaissances scientifiques, w

Voilà l'opinion de savants.

Cette opinion est basée sur des calculs théoriques,

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mais les récits des explorateurs viennent absolument en confirmer les conclusions.

Une des meilleures preuves est celle-ci : l'Ile de San Thomé est située sous l'équateur et son climat est des plus malsain, mais dans l'Ile, se trouve une haute montagne appelée pic San Thomé. Or en 1894, j'ai été envoyé en mission dans l'Ile et j'ai pu constater de visu, que si la plaine produisait tous les fruits des tropiques, les hauts plateaux produisaient tous les fruits d'Europe, j'y ai mang'é des pounnes que j'y avais moi-même cueillies.

Tous ceux qui ont été au Katanga, soit comme explorateurs, soit comme résidents, sont d'ailleurs unanimes à proclamer son habitabilité j)ar les blancs, ainsi que la douceur de son climat.

Il n'y a pas bien longtemps que cette vérité a été proclamée par S. A. R. le Prince Albert lui-même, ainsi que par le Colonel Wangermée gouverneur de cette province.

D'ailleurs c'est une chose qui avait frappé les premiers explorateurs de cette contrée.

Lorsqu'en 1891, Le Marinel et Descamps rentrèrent à Lusambo de leur voyage au Katanga, ils ne tarissaient pas sur les beautés de ce pays ainsi que sur la température exquise qui y régnait. Je me souviens entre autre chose que Le Marinel nous disait, qu'en voyant des troupeaux de buffles et d'antilopes se promener dans la savane, il avait eu l'impression de se trouver dans un verger d'une de nos grandes fermes du pays brabançon.

J'ai eu le grand plaisir de m'entretenir également du Katanga avec d'autres illustres voyageurs, tels que Messieurs A. Delcommune, Cornet, Légat, Swan, Briard, Diderrich, Cassart etc., or par tous, j'ai tou-

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jours entendu faire la même déclaration : le climat des hauts plateaux du Katanga est presque le même que celui de la Belgique.

Je crois qu'il est inutile d'insister davantage et qu'il est parfaitement démontré que le Katanga peutêtre habité par des blancs.

Mais là n'est pas la seule question, après avoir démontré l'habitabilité de cette contrée, il nous reste à rechercher, si les blancs qui s'y fixeraient, se trouveraient dans les conditions voulues pour y prospérer.

A cet effet, nous examinerons d'abord le régime foncier, douanier et fiscal, ensuite l'organisation proprement dite de la colonie agricole.

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