ÉNIGMES PSYCHOLOGIQUES
Qu’est-ce que la pensée ?
Que ceux qui ont essayé de comprendre quelque chose à l’énigme de notre petite terre nous disent si, jusqu’à présent, le matérialisme a pu répondre à la question, ou a même seulement jeté quelque lumière sur la nature de la pensée.
Il nous montre bien quelles sont les corrélations qui existent entre la matière nerveuse vivante et les fonctions intellectuelles, entre le développement du système nerveux et la conscience. Il a parfaitement reconnu que les manifestations intellectuelles peuvent être changées, transformées, excitées, diminuées et même complètement arrêtées, en agissant directement sur la substance cérébrale. Il ne doute pas que normalement certaines activités cérébrales peuvent marcher de pair avec les activités psychiques.
Enfin il reconnaît que, sur notre globe, le seul lieu, du reste, où il ait pu
porter ses investigations, la plus étroite connexion existe entre la matière nerveuse et la faculté de penser.
Mais comment, en fin de compte, se produit cette faculté ?— Voilà où la science est muette et où son imagination n’a même pas encore pu lui fournir la moindre théorie ou hypothèse.
Le matérialisme regarde la pensée comme résultant du fonctionnement du cerveau. « Le cerveau, dit Cari Vogt, sécrète la pensée comme le foie sécrète la bile », phrase concise et qui semble très nette, mais qui ne nous apprend rien, et qui nous force à considérer le cerveau comme un organe ni plus ni moins élevé que le premier organe venu, que la moindre glande fournissant à l’économie la sécrétion qui lui est propre.
Pourtant, examinons un peu la comparaison: — le foie a forme, couleur, résistance; ses sécrétions sont visibles, tangibles, odorantes. Chaque cellule qui le compose entre en contact avec le sang que la circulation constamment lui apporte ; elle extrait de ce sang ce dont elle a besoin, lui rend ce dont elle n’a plus que faire. Puis, minuscule centre de vie, elle combine, compose, élabore, décompose, fabrique de la bile, avec le sang dont elle s’est nourrie. — Tout ceci est beau, intelligent, merveilleux^ mais toute la série d’opérations relatées ici peut être soumise aux expériences du physiologiste. On a une substance sur laquelle on peut agir, qu’on peut analyser, décomposer, recomposer à nouveau. Là les transformations de la matière peuvent être suivies pas à pas, et le résultat de ces transformations peut être pesé, mesuré par un moyen mécanique quelconque: matière rouge ou matière jaune, pulpe, sang, sucre, bile, nous ne quittons pas un instant le plan objectif.
a Le cerveau sécrète la pensée » : — nous étudions les cellules composant la substance cérébrale, et, sous l’effet d’une excitation quelconque, nous voyons leurs molécules vibrer; nous sommes toujours dans le monde objectif, nous nous appuyons encore sur des formes, nous saisissons des nuances, nous constatons du mouvement, puis soudain, une pensée! —et tout est changé. — Nous voilà dans un nouveau monde, le monde subjectif.
Ici plus de forme, plus de couleur : l’invisible, l’intangible, l’impondérable; d’un quelque chose d’étroit, il vient de sortir un quelque chose d’immense; ce quelque chose à peine éclos est sans limite; il ne connaît plus ni le temps, ni l’espace, notre monde objectif n’a plus de prise sur lui, et l’instrument le plus parfait, le plus délicat, le plus ingénieux, ne peut rien pour nous le faire seulement apercevoir.
Il peut être analysé, mais par la pensée ; il peut être mesuré, compris, jugé, mais par ses pairs et dans son propre monde.
Entre le mouvement et la pensée, entre l’objet et le sujet, gît un gouffre
qu’on n’a pas encore sondé. Aussi la phrase de Cari Vogt n’est pas que vide; elle est nuisible, en ce sens qu’elle induit en erreur, en établissant une analogie où il n’en existe pas.
Beaucoup sont comme nous, sans doute ; éblouis par les lueurs que jetaient, sur certaines questions, les nouvelles découvertes de la physiologie, ils se sont adonnés à son étude, sans trop savoir encore ce qu'elle allait leur apprendre sur ces grandes questions de la vie et des causes.
Comme nous, sans doute, la vérité les obligera à dire qu’après les travaux les plus acharnés, plus grande que jamais ils ont vu s’étendre la distance qui sépare le simple mouvement matériel organique, produisant la vie physique, du procédé mental d’où naît la vie de l’esprit.
Pour nous, plus avant nous avons pénétré dans le domaine de la physiologie et de la psychologie, plus nous sommes restée convaincue que le corps et l’esprit sont deux, mais deux si étroitement entrelacés qu’aux regards superficiels des hommes ils ne semblent qu’un.
Pénétrons un peu plus dans le domaine de l’esprit, parlons de la mémoire, et voyons un peu comment la science matérialiste explique cette faculté :
P Une cellule ou un groupe de cellules, sous une cause quelconque, entre en vibration, et voilà une pensée. — Ce qu’un cerveau d’homme a dû subir de semblables vibrations dans le cours de la vie, depuis son enfance jusqu’à son âge mûr, qui peut le dire?
2® Un épisode d’enfance revientkla mémoire d’un homme de cinquante ans, et ce phénomène se produit, nous dit la science, avec un calme imperturbable, après qu’un groupe de cellules, — dont chaque atome a été changé bien des fois, ne l’oublions pas, depuis l’arrivée de l’événement qu’on se rappelle, — a accompli une série de mouvements, vibrant absolument sur le même rythme que la principale série originale, mère' de la pensée autrefois produite.
Nous ne voulons pas surcharger la question déjà si complexe, en essayant de trouver la cause initiale de ce retour à Vesprit de certaines pensées, actes, ou événements, pas plus que nous ne voulons nous étendre sur la a loi d’association des idées », qui nous permet de reprendre un à un les anneaux de la chaîne du passé, et nous retransporte sur un plan de conscience depuis longtemps traversé.
Ce que nous voulons seulement constater ici, c’est l’impossibilité absolue de concevoir comment, en conjonction avec ses compagnes, une cellule peut vibrer, comme elle a vibré quarante ans auparavant, et cela au milieu des lacis inextricables de fibres composant le télégraphe cérébral humain, toujours en action, au milieu de myriades de courants allant.
venant, se choquant, s’entre-croisant, sous l’effet d’excitations incessantes, d’où doit naître la pensée.
Une bonne mémoire, selon les matérialistes, résulterait donc d’un cerveau abondamment fourni de clichés de pensée^ dont chacun aurait, à son service, une série de cellules toujours prêtes k vibrer, selon l’ordre exigé, à la moindre réquisition de leur possesseur.
Il n’est pas nécessaire de nous appesantir plus longtemps sur le peu de logique de l’explication, quand nous savons que, quelle que soit leur vitesse, les vibrations cellulaires cérébrales sont assujetties aux lois de l’espace et du temps.
Mais continuons : — Que dire de cette faculté de perception qui se développe, tout à coup, chez un malade, sous l’effet d’affections particulières? Certains désordres se manifestent dans son organisme, et voilà son pouvoir d’audition extraordinairement augmenté : — il entend les sons d’une distance absolument inconcevable. C’est à croire que les facultés perceptives vont en augmentant d’intensité, à mesure que la puissance musculaire s’affaiblit et que la vitalité générale diminue. Ces faits sont tout à fait déroutants, si l’on suit le matérialisme depuis son point de départ. Mais leur explication saute aux yeux de quiconque commence ses recherches en s’aidant des lumières de la science théosophique, ainsi que nous verrons plus loin.
Comment expliquer que, pour toute personne placée dans de certaines conditions nerveuses anormales, la distance n’existe plus?Un sujet lucide lira les yeux bandés, et il décrira les moindres mouvements du magnétiseur complètement caché à sa vue, etc.
Inutile de nous étendre davantage sur ces cas qui sont du domaine public, maintenant, et dont peut se rendre compte par lui-même celui que la chose intéresse. La transmission de la pensée est, aujourd’hui, hors de doute, et les expériences faites dans les Facultés ne permettent plus que l’on nie des phénomènes vulgaires, journaliers. Aussi ne citeronsnous plus d’exemples particuliers, cette brochure n’étant pas publiée en vue d’entasser des preuves contre le matérialisme, mais seulement dans le but de montrer la route que nous avons suivie pour arriver où nous en sommes.
En réfléchissant à tous ces phénomènes, est-il possible de ne pas conclure que le magnétisme, l’hypnotisme, démontrent l’existence des facultés latentes dans l’homme? Toutes les facultés sensorielles peuvent être renversées par la volonté d’un magnétiseur, et il peut imposer à son sujet des perceptions en complet antagonisme avec ses habitudes de sentir. — Le magnétisé boira de l’eau, et elle lui donnera la sensation du vin; au
contraire, il rejettera celui-ci qui produira sur son palais l’impression du vinaigre. — Le corps est ici maîtrisé par l’esprit d’autrui ; il est un jouet sous la volonté de l’opérateur.
Ces expériences peuvent avoir des résultats si graves qu’une société est en voie de formation, à Londres, pour faire restreindre la pratique de l’hypnotisme à la seule corporation des médecins et à certaines personnes reconnues aptes à se servir d’un tel pouvoir.
a Dans ce but, nous dit le secrétaire de la société, on se propose de créer, à Londres, une école d’hypnotisme, où cet art serait enseigné par les plus grandes autorités en la matière. Des expériences seraient faites, afin de pénétrer plus avant dans la connaissance des facultés qui sont en jeu, et, dans des conférences, on expliquerait tout le bénéfice que l’humanité doit retirer du bon emploi de forces capables d’agir sur le moral comme sur le physique des humains. »
Le docteur Charcot, dans une opération où l’état cardiaque du patient ne permettait pas Tusage du chloroforme, se servit de l’hypnotisme comme anesthésique. Le docteur Guillat l’emploie pour ses cures morales. Des individus malhonnêtes agissent honnêtement par son vouloir. — Au moment d'imprimer cette brochure, nous apprenons qu’un congrès sur cette question se tient, en ce moment, à Paris.
Nous ne pouvions quitter le domaine psychologique sans dire un mot du phénomène de la double conscience, dont nous trouvons plusieurs cas relatés dans les annales médicales. Une première vie est ici suspendue; tout souvenir du premier état disparaît dans le second. Chaque nouvelle existence se reprend juste au moment où on l’a quittée pour une autre. — Avec un seul cerveau en fonction, comment expliquer cette dualité de conscience?— Comment le « force et matière » à l’ordre du jour de la science officielle va-t-il pouvoir résoudre tous ces problèmes du monde psychique?— Si la pensée n’est que le résultat de vibrations moléculaires, comment trouver le temps nécessaire à l’accomplissement de ces vibrations qui doivent se succéder avec une vitesse infinie? En rêve, nous vivons des années en quelques minutes; les pensées, les actes, se succèdent avec une rapidité vertigineuse, et, nous Pavons déjà dit, les vibrations sont assujetties à l’espace et au temps. Lorsque nous voyons certains jeunes êtres, comme Hoffmann, etc., posséder des connaissances scientifiques ou artistiques qu’ils n’ont pas eu le temps d’acquérir par les méthodes ordinaires, avec notre habitude de croire que tout est expliqué par un mot, nous disons : Génie ! — Génie, d’accord ; mais comment cet instrument inachevé, ce cerveau en voie de formation, peut-il supporter les modifications nécessaires à la production de telles harmonies?— Peut-on
encore nous dire d’un mot quelle transformation subit le cerveau de cette fille de ferme, totalement illettrée dans l’état de veille, et parlant, dans le sommeil, l’hébreu et d’autres langues qui lui sont tout à fait étrangères? La texture de son cerveau et les replis de ses lobes cérébraux se trouventils subitement changés, d’un état à l’autre? — Et ce jeune garçon qui avait déjà résolu les problèmes les plus compliqués, au moment même où le dernier mot sortait des lèvres de celui qui les lui dictait?— Les conditions d’excitation et d’accélération, de circulation, etc., nécessaires à la pro-duction de la pensée, ne se sont pas produites, nous répond l’instrument qu’on avait appliqué sur le crâne du jeune phénomène.— Or ce ne sont là que quelques faits pris au hasard, quelques-unes des mille questions qui se pressent en foule dans notre esprit, lorsque, nous sentant vivre, nous voyant penser, nous éprouvons le désir de savoir pourquoi et comment.
Pour quelques-uns, ce besoin d’apprendre et de connaître est un des plus grands besoins de la vie. Ceux-là, les assoiffés, sont là, respirant à peine, s’essayant sans cesse à soulever un coin du voile, derrière lequel ils rêvent de trouver de nouveaux champs de pensées, de nouvelles possibilités de développement, de nouvelles hauteurs, que l’humanité doit escalader.
Non, nous ne pouvons croire que l’énergie de la force évolutive est épuisée, ni que le chapitre des progrès soit clos.
Quand, dans le passé, un nouveau sens se formait, les impressions qu’il communiquait devaient d’abord être confuses et les appréciations sur les choses fort erronées. Mais en lui n’en étaient pas moins contenus les germes des plus hautes facultés et des espérances pour l’avenir.
Un nouveau sens ne serait-il pas, aujourd’hui, à l’état d’embryon, et les nombreuses manifestations anormales qui nous entourent ne seraientelles pas le présage de facultés latentes que le temps va développer?
Qui donc, en regardant le passé, peut dire : « cela ne se peut » ?
Est-ce que Tardent désir de savoir qui trouble la quiétude de tant de gens, à cette heure, ne serait pas une poussée, un élan de l’esprit de notre humanité qui sent le moment venu d’aller plus loin, de monter plus haut ?