ÉPILOGUE
Julien et à son œuvre. Et voilà qu'au bout de quatre ans, la sécurité de ces mêmes hommes, monsieur Servais en tête, le traitait, lui, le défenseur, comme leur frayeur avait traité l'agresseur Julien 1
Tout en ruminant ces idées sombres et mauvaises, Anselme, qui avait suivi au hasard les rues aboutissant au Rond-Point, était revenu sur ses pas, et se retrouvait près de l'hôtel de monsieur Servais, situé à l'angle de l'avenue Gabrielle. Le long du mur du jardin, il aperçut un homme immobile, qui paraissait faire le guet, et, quand il fut près de lui, il reconnut Julien. Les deux anciens amis ne s'étaient paà revus depuis bien longtemps ; tous deux tressaillirent, et Julien, saisissant les mains d'Anselme et las secouant violemment, lui dit avee un ricanement sauvage :
« Eh bien 1 que penses-tu de la sodété en général et de moor sieur Servais en particulier?
— Je sors de chez lui... il m'a chassé 1 répondit Anselipe, Incapable de contenir son irritation et son désespoir.
— Parole d'honneur, je l'aurais parié, rien qu'à lire les articles qui éreintent ton livre, et qui tous sont écrits par loi habitués de la maison Servais, Yersolant et G>? 1 s'écria Jolie» avec son mauvais rire... Mais disHfnoi, Luelle et toi, veos n'avex donc pas fait usage de la lettre que je lui ai envoyée V
— Lucile l'a recachetée sans la lire, et l'a renvoyée à madftmoiselle Duvivier.
— Oh 1 c'est trop fort! quand on est vertueux à ces trente degrés de niaiserie, on mérite tous les malheurs de ee monde i > exclama Julien.
Et il regardait Anselme avee un mélange de colère et da pitié.
€ Mais toi-même, que fidsais*tu là? reprit Anselme pour dé« tourner l'entretien.
— J'étais venu à un spectacle gratis... Je savais qu'il y avait ce soir gala jchei notre ancien patron, et je voulais voir sortir de chez lui, en grande tenue, nos heureux, nos héros du jour... Vrai I cela m'amuse, et je n'ai pas d'argent pour me payer un autre théâtre... Et puis, je voulais aussi, au moment oùNar ihalie remontera en voiture, lui crier du trottoir quelque*
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mots ftii âturaieni troublé son sommeil de cetta nuit. Mais kkhl je me donnerai oe plaisir mie antre fois^.. Allons* nens^en ! »
Ils marchèrent un moment côte à côte, sans échanger une parole ; à la fin, Julien s'arrêtant brusquement, dit à son compa^on:
« Tu Yois ce qu'on gagne à vouloir défendre la société malgré elle... Viens à nous 1 sois des nôtres I , * — Moi ! murmura Anselme en frémissant.
— Oui... te voilà sans ressources... Tu ne peil^ plus épouser Lucile, qui, avant un an, sera religieuse. Tu ne peux pas retourner là-bas... ton père est mort... tes sœurs ont quitté le pays, et ta présence maintenant leur serait douloureuse plutôt qu'utile... Nous sommes arrivés tous deux au même point par des chemins contraires ; plus un sou, plus un lien, plus une espérance I Eh bien I fais comme moi... crache à la face de ce monde, aussi ingrat envers ses serviteurs qu'impitoyable envers ses ennemis.. « Plonge-toi dans ce bourbier qui a son charme ! Les gueux sont des gens heureux 1 a dit le chansonnier que tu as essayé de démolir... Sois gueux comme nous 1 et si, quelque jour, se présente l'occasion d'une revanche, oh ! alors, nous leur ferons payer, à ces adorateurs du Veau d'or, nos soufEranoes et nos larmes 1.4* :»
En tout autre temps, ces mots prononcés d'un ton féroce et smistre eussent révolté ou épouvanté Anselme. Dans la disposition oii il se trouvait, cet appel farouche répondait trop bien à ses sourdes colères. Pourtant, il songea à Lucile, et garda le silence.
« Où vas-tu maintenant ? » lui demanda son ami.
Anselme se souvint alors que, depuis son arrivée à Paris, il avait logé dans un petit hôtel de la rue Goquillière, et qu'il y avait laissé son modeste bagage. Il se décida à y rentrer pour cette nuit.
« Soit 1 lui dit Julien ; moi, je vais regagner mon garni de la me du Rocher; mais je te donne rendez-vous pour demain, midi, dans le jardin du Palais-Royàl. Là, nous causerons à l'aise, et si tu n'es pas une poule mouillée, tu me croiras et tu me suivras ! *
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Le lendemain matin, après une insomnie cruelle, Anselme, en proie à d'horribles irrésolutions, allait sortir de chez M, lorsqu'on frappa à sa porte : il ouvrit, et se trouva en face d'an prêtre dont la figure spirituelle et douce lui rappela un souvenir déjà lointain. C'était l'abbé Nervyn, originaire, comme lui, du département de la Loire, et attaché à une des paroisses de Paris. Anselme l'avait autrefois connu au petit séminaire de M.... où il avait fait ses premières études.
L'abbé Nervyn venait chez Anselme de la part de Lucile : la pieuse orpheline était résolue à ne plus le revoir, afin de garder tout son courage. Mais sa prévoyante tendresse avait aisément "deviné que, si l'accueil de monsieur Servais était dur, le naufrage complet, Anselme trop cruellement frappé dans son orgueil et sa dernière espérance, il y aurait là pour lui une crise dangereuse, et elle lui envoyait l'abbé Nervyn pour le préserver de ce péril.
La vue de ce prêtre, le nom de Lucile, rappelèrent Anselme à lui-même, et réveillèrent les bons instincts de cette honnête nature. Il eut honte de ses malédictions et de ses colères de la veille, et, l'abbé Nervyn l'ayant interrogé avec une gravité affectueuse, il lui déyoila l'état de son cœur. Dès lors il fut sauvé ; sa douleur se détendit et perdit de son âpreté : au*bout d'une heure, un baume céleste avait passé sur les plaies saignantes de son âme ; l'abbé Nervyn lui promit de revenir le voir et de lui chercher des moyens d'existence.
Nous avons vu, par un coin, dans notre prologue, quelle fui cette vie austère de mortifications, de pauvreté et de sacrifice. Lucile, ainsi qu'elle l'avait annoncé, était partie pour le couvent de Saint-Étienne. Acceptant pour elle-même l'épreuve et l'immolation dans toute leur rigueur, elle n'avait pas même écrit, avant de partir, à l'homme qu'elle aimait; mais l'abbé Nervyn était Chargé de lui porter de bonnes et consolantes paroles. Anselme revit Julien : cette rencontre était désormais sans danger pour lui. Julien essaya de le pervertir; Anselme s'efforça de le ramener ; ils ne réussirent ni l'un ni l'autre ; chacun d'eux suivit la route qu'il avait choisie au point de départ; l'un, se purifiant dans la pauvreté et le travail obscur ; l'autre, ache^ vant de s'enfoncer dans le désordre, la misère et le vice.
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C'est en cet état que les retrouva, trois ans plus tard, Félix Darael, lorsqu'il vint à Paris et se mit à la rechercher de ces deux compagnons d'école, dont il avait connu les espérances et vaguement appris les malheurs. Ses intentions bienfaisantes échouèrent en partie contre le cynisme et l'endurcissement de Julien; il fut obligé de le laisser à Paris, dans ses cloaques, en se bornant à lui assurer une pension annuelle de six mille francs, payable par trimestre et destinée à le préserver autant que possible des tentations du suicide et des avenues de la cour d'assises. Mais pour Anselme que Lucile, restée libre, aimait toujours, Félix Daniel avait été le représentant visible de la bonté céleste, qui, après tant de douleurs, voulait rendre enfin l'une à l'autre ces deux âmes éprouvées et faire luire sur ces longues tristesses un rayon tardif de bonheur.
L'année suivante, le 6 mai 1856, la première représentation de La Bov/rse, de monsieur Ponsard, attira à l'Odéon ce tout Paris qui se retrouve et se reconnaît à chaque fête de ce genre. Vzspeisi de la salle était vraiment magique ; il y avait autant de célébrités qu'à une réception de l'Académie, autant d'habits brodés qu'à la Cour, autant de diamants qu'à un bal du faubourg Saint- Honoré ou à une soirée de l'ancien Théâtre- Italien.
Un journaliste se trouvait à l'orchestre, avec un provincial, son ami intime, qu'il avait comblé de joie en lui offrant sa seconde stalle.
Debout, le dos tourné à la rampe, le lorgnon incrusté dans l'œil et doublé d'une énorme jumelle, le journaliste commença la revue de tous les personnages* de connaissance qui affluaient dans les loges et au balcon. 11 nomma à son compagnon quelques illustrations politiques ou littéraires, quelques lions de la finance, quelques étoiles de la galanterie bohème; puis, plongeant tout à coup sa lorgnette dans les profondeurs du parterre, la ramenant vers les derniers rangs *de l'ordhestre, et l'élevant vers les loges et les avant-scènes, il dit à demi-voix, comme se parlant à lui-même :
« Tiens ! c'est étrange I j'aperçois d'ici, réunis dans cette salle, les principaux acteurs d'une histoire dont je ne connais pas tous les ressorts, mais qui, racontée dans une vingtaine d'années,
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pourra fournir un chapitre assez piquant des caractères et des mœurs de notre époque. Vois-tu, dans cette loge, ces deux i femmes qui ont Vair de deux sœurs, et, derrière elles, ces deox têtes, expressives et intelligentes, qui slnclinent pour leur répondre et leur sourire de plus près?
— Parfaitement.
— Les deux hommes sont Félix Daruel, que nous avons ea pour camarade à Sainte-Barhe^ et Anselme Maynard, un niofragé de nos récifs littéraires, à qui Félix est venu généreusement en aide, et qui, grâce à lui, a pu épouser une jeune personne qu'il aimait sans espoir depuis des années. Ils sont là ayec kurs femmes, Louise et Lucile...
— Elles sont charmantes I
— Oui, et toutes les dents de nos vipères s'useraient avant d'entamer leur réputation sans tache, leur âme pure comme la cime du Folhorn. Ces deux jeunes ménages sont l'image du bonheur en ce monde, et du bonheur mérité. Aussi n'est-ce qu'en passant qu'ils viennent se mêler à nos bruits et à nos fêtes. Bien que Félix ait assez de talent pour être célèbre quand il le voudra, il préfère à tout sa fraîche solitude, et je crois qu'Anselme est de son avis. Demain peut-être, avant un mois à coup sûr, ils retourneront dans leurs montagnes. Regarde comme les deux jeunes femmes paraissent s'aimer 1 Cette tendresse a quelque chose de touchant; elle ressemble à une fleur éclose sur un tombeau. Lucile a reporté sur Louise toute l'amitié qu'elle avait eue pour une autre femme, morte, il y a quelques années, dans des circonstances tragiques... A présent, tourne un peu la tête et regarde dans cette avant-scène de droite... Vois-tu cette ravissante figure couronnée de diamants, cette robe de fée, dont le corsage seul coûte cent mille francs?
— ^ Oh l mon ami ! que cette femme est belle ! plus belle encore que les deux autres l mais quel air de souffrance et de tristesse 1 ces yeux si beaux ont un éclat maladif qui serre le cœur : je parierais qu'elle a mis du rouge pour cacher sa pâleur... son père, assis à côté d'elle, est bien abattu, bien sombre, bien cassé...
— Son pèrel c'est parbleu bien son mari 1 monsieur Servais, 'homme aux vingt millions !
— Monsieur Servais ! ce capitaliste dont tout le monde citôTba-
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hikté, leloxe, l'hospitalité fastueuse et les fabuleuses richesses?
— Lui-même. Monsieur Servais a épousé, il y a (Quatre ans, cette jeune femme qui s'appelait alors Nathalie Duvivier, et qui avait commencé p£ur écrire des romans. Son mariage a chassé de chez lui sa nièce Lucile, cette Lucile que je viens de te montrer» et qui est devenue madame Anselme Maynard... Depuis ce temps* tout lui a réussi ; sa fortune, déjà immense alors, a triplé; il suffît qu'il entre dans une affaire pour qu'elle produise de monstrueux bénéfices. Sa maison passe pour la plus élégante de Paris; ses dîners ont ime réputation européenne; la littérature et les arts sont à ses ordres, et il les traite royalement. Sa femme est une admirable maîtresse de maison : elle reçoit avec un tact de duchesse « une grâce d'artiste, une profusion de mil* lionnaire. Elle a ardemment désiré cette fortune qui a dépassé tous ses rêves, et dont elle jouit avec un éclat incomparable. Depuis quatre ans, malgré la disproportion d'âge, elle a décou^ ragé la médisance, déjoué les regards les plus pénétrants des plus hardis disciples de M. de Balzac. 11 semble que rien ne manque au bonheur de ces deux favoris de Sa Majesté l'Argent... £h bien! ils dépérissent... Une douleur secrète les ronge... Sans des prodiges d'art et de toilette, Nathalie ne serait plus que l'ombre d'elle-même. Monsieur Servais, avant son mariage, était un gros homme rebondi, haut en couleur, d'une vanité robuste, et ne manquant pas de faconde... Maintenant, il a l'air d'un spectre... Le mot de cette énigme? Je l'ignore, et peutêtre ne le saura-t-on jamais.,.
— Et quelle est, demanda le provincial, cette figure de fouine ornée de lunettes, qui apparaît dans la pénombre, derrière mon^ sieur Servais?
— C'est Versolant, l'illustre Versolant, le Mameluck financier et littéraire de l'honune aux vingt millions. Journaliste et faiseur» il se rend utile en s'enrichissant. Monsieur Servais lui jette ses os, et Versolant est son intermédiaire auprès des gens d'esprit et des gens d'affaires. Grâce à lui et à son impulsion intelligente, mes chers confrères ont déjà décerné cinquantetrois fois le titre original de Mécènes à monsieur Servais, qui, séduit par de célèbres exemples, va, dit-on, fonder des prix annuels de littérature. On assure que Nathalie eompte y ajouter
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des prix de vertu... Maintenant, très-cher,^qne ton regard des--. cende de co^ sommités brillantes, et ne craigne pas de sondefl^ le gouffre houleux du parterre... Sur la troisième banquette, à côté de cette casquette qui se mouche, vois-tu cet homme qoil est plus mal mis que ses voisins, très-peu peigné, non raséyt s'essuyant le front avec un foulard rouge, et dont le visage portai: à la fois les traces d'une vive intelligence et les marques d*u]|% abrutissement visible? Il s'appelle Julien Féraud ; il est le cou-v sin et le compagnon d'études d'Anselme; il a été le premierw-, ami de cette Nathalie Duvivier qui est devenue madame Servais ;f il a pu croire un moment, en février 1848, qu'il allait être undes maîtres de la France et du monde. Aujourd'hui, il vit d'une, pension que lui fait Félix Daruel, en l'honneur de leur ancienne connaissance; et comme cette pension est toujours mangée et. < bue dans la première quinzaine de chaque trimestre, il exerce, pendant le reste du temps, ces petits métiers apocryphes, décrits à la loupe par nos réalistes : hier, il était marchand de contremarques... ce soir, il est claqueur.
— Et pourquoi cette dégradation?
— Oh ! ceci serait une grosse histoire politique, sociale, philosophique et morale, qui nous mènerait trop loin. Pour le moment, je me borne à te montrer les acteurs ; un autre peutêtre racolitera le drame... Ramène ton binocle plus près de nous, regarde, au cinquième rang de l'orchestre, ce jeune honmie au teint hàlé et à moustache brune, portant le ruban de la Légion d'honneur : c'est le marquis Gustave de Nareins, jadis un de nos sportmen les plus fulgurants. Il a été amoureux fou de Nathalie, et on assure qu'elle a longtemps balancé entre le titre de marquise et les millions de monsieur Servais. Lorsqu'elle s'est décidée et mariée, Gustave est partj pour l'Italie; il est revenu l'année suivante, et a fait des efforts inouïs pour renouer avec son ancienne passion et être reçu chez elle : les amoureux sont si lâches ! — Il n'a pu réussir... La guerre de Crimée commençait ; il s'est bravement engagé, a cherché partout la mort sans la rencontrer, et a rapporté une balafre, un grade et la croix... Est-il guéri? Je l'espère. Pourtant ces amours-là sont horriblement tenaces ; un charmant écrivain les a appelés la Robe de Nes8„, »
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En ce moment, on frappa les trois coups; le rideau se lera, ^les conversations s'interrompirent.
I Nous pouYons éclaircir à demi un point resté obscur dans le récit ta journaliste. Le dépérissement et la tristesse de monsieur Serrais et de Nathalie ont une cause qui comptera peut-être parmi ies moralités de cette histoire. Julien, lié ayec des iuouchards i% des escrocs d'une dextérité sans égale, a organisé avec eux sue sorte de société des Treize, et le chef-d'œuvre de cette société, dont les réseaux s'étendent sur tout Paris, est de faire parvenir, tous les huit jours, à monsieur Servais, un billet ainsi conçu :
« Votre femme a été la maîtresse du marcpiis Gustave de Nareins : elle vous a épousiâ parce qu'il était ruiné et que vous êtes riche. Lucile et Anselme ont eu entre les mains une lettre de Nathalie, qui ne laissait là-dessus aucun doute : ils la lui ont I renvoyée. »
. Nathalie a eu beau établir chez elle un cabinet noir, un cordon sanitaire, un triple rempart de police et de contre-police, pour qu'aucun'é lettre ne put arriver à son mari sans avoir passé par ses mains ; rien n'y fait ; le billet hebdomadaire parvient toujours à sa destination. Si l'on songe à la vanité de monsieur Servais, on peut comprendre l'effet qu'a dû produire sur lui, à la longue, cet avis si souvent et si régulièrement répété, donnant, dans son laconisme cruel, des détails assez précis pour sembler authentiques. Si Ton se souvient du caractère de Nathalie, de sa confiance dans son habileté et sa volonté, de ses efforts et de ses sacrifices pour conquérir cette fortune, on peut deviner quelle est sa rage en voyant cette habileté si raffinée, eette volonté si forte se briser, tous les huit jours, contre un piège tendu par une main avilie. Ainsi, ce Julien qui partagea les premières ambitions, les premières haines de Nathalie, qui fat son confident et son complice dans ses criminelles manœuvres contre Ëmestine, est devenu aujourd'hui l'instrument de son supplice. Que sait-on? les médecins assurent que monsieur Servais a un cancer à l'estomac, et Nathalie un anévrisme au cœur. Déjà, dans cette soirée que nous venons d'esquisser, on prétend
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qae les regâi'ds du millionnaire se sont Ummés plusieurs fois avec une expression de tristesse et de regret, du eûté de sa nièce Luoile. Si Natbalie mourait la première, ou si monsieur Serrais cédait aux sourdes rancunes qu'amasse dans son ooefiir l'idée d'aroir été trompé par cette femme follement aimée« il ne serait pas impossible qu'Anselme et Luoile ou leurs enfants finissent par hériter de cette fortune colossale. A cette première conjecture, ajoutez-en une seconde : supposez que, dans vingt ou trente ans, à cette distance dont l'histoire littéraire a besoin comme Vhistoire politique, un grand écrivain reprenne la thèse imprudemment soutenue par Anselme ; qu'il fasse justice des talents malsains et des fausses gloires qui ont perverti les esprits et les cœurs pendant la première moitié de ce siècle, et vous pourrez dire que notre récit, comme les bons mélodrames» ioU en récompensant la vertu et en châtiant le vice^
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