‹ Pourquoi je reste à la campagneChapitre 5 sur 17 · LB TEMPLE D'ÉPHÈSE · texte numérisé non relu

LB TEMPLE D'ÉPHÈSE

une prière; il lui cachait ses entrevues avec Nathalie. Pourtant Anselme le connaissait trop pour ne pas tout craindre , et la pâleur d*Ernestine, ses yeux rougis de larmes qu'elle s'efforçait vainement de cacher, les longues heures qu'elle passait enfermée dans «a eiiambre, le changement de ses manières vis-à-vis de Lucile qu'elle repoussait violemment, ou qu'elle attirait sur son cœur avec une sorte de démence, tout leur prouvait que la malheureuse femme était au seuil d'une crise redoutable ; en regardant autour d'eux , ils ne voyaient pour cette destinée si cruellement menacée d'autre recours qu'eux-mêmes, c'est-à-dire deux êtres faibles, isolés et sans appui. Combien de fois Lucile alla s'agenouiller au pied des autels , avec quelle ferveur elle priait Dieu de sauver Emestine, lui offrant pour prix de ce salut son propre bonheur, nous n'avons pas besoin de le dire : ce caractère tendre et timide puisait, dans cette pensée, de la résolution et de la force. Pour pouvoir se concerter avec Anselme, apprendre de lui ce qu'il leur imposait de savoir, et essayer de se mettre en mesure de déjouer les oomplots hostiles, Lucile se relâcha de sa sévérité, fort superflue d'ailleurs, vis-à-vis d'Anselme et d'elle-même, et lui annonça qu'elle le verrait, de temps en temps, en tête à tête, chaque fois que l'orage leur paraîtrait gronder de plus près, ou qu'ils auraient à se communiquer quelque nouvelle intéressante. Il fut convenu que . dans ces occasions délicates, lorsque Lucile mettrait sa robe de drap noir, ce serait signe qu'elle attendrait Anselme le lendemain dans le salon , une heure avant le retour de la Chambre ; ces jours-là, madame Servais, par un accord tacite, les laissait seuls ensemble pendant quelques minutes, croyant qu'ils n'y parlaient que de leurs espérances et de leur amour , et ne voulant pas les pnver de cet innocent bonheur.

Nous l'avons vu, l'effroi et le désespoir d'Ernestine avalent fini par éclater , et Lucile en avait reçu la douloureuse confidence. Le soir même, quand Anselme rentra avec son patron et Julien, la robe noire lui annonça que Lucile le recevrait la lendemain * lui-même semblait triste et agité, comme s'il avait compris d'avance la nécessité de cette entrevue. Ils échangèrent, en se quittant, un regard où se peignirent toutes leurs alarmes: le lendemain, à cinq heures, Lucile était à son poste; Anselme

SO LrTSBPLI B*£PHÈSB.

iut exact oomme lui amotireiix perfectionné par le malbear.

£rnestiiie , aân de se pas lr<ycd>kr par sa présenoe Tentr^Hen d'AiBse^-*'e et de Lucile, s'étailTetirée dans;sa elkambre> attenante au salon ; maâb elle épniwak ce jour-là un M re(fonMement d'angoisse , elle avait sarpriB, k ¥i^lle, les regards de Lncile et d'Anselme fines sur elle avec une telle expression de terreur et de pitié, que, par on sentiment instinctif, faisant ^olenee à ses loyales hidiitades, elte se tintées de la porte, pour recoeillir çà et là quel^pies iambeuix de k^ conversation.

La douce physionomie d'AnBeUne était bouleversée, et ses premières pasoies trahirait le désordre dto ses pensées :

ce •Q Luoile I dil-il, que MfMms-nous ici ? Quel air mortel on y reapre ! Comment nous y dérober, vous, moi, notre maâmniBuse amie ?

— Que se pasee-t-il donc? demanda Ladle oubliaDt ses propres alannes.

— Ëcoutez : j'étais hier $u bunasu du journal , seul et conigéant mes épreuves. Une miace cloison me sépuA du cabinet du rédacteur en chef. Versolant était absent ; mais bientèt j'€»tendis la voix de Natiialle qui s'y était installée et qui cannt «vec deux on trois de ses intimes en fumant des cigaii^iles. Le nom de monsifiur Servais Icai^.men oreille, et me rendit pins attentif:

« Ëhbien 1 Franciae, disait un de ces messieurs, que £ais*«u de cet intéressant menais pravincial et parlementaiise ? Je n'ai pas de mal à dire de cet encdkait monâeur Servais, pmsqae c'est lui qui siibveiâionne la bontifque : il vaut de Tor. €e Six»beau d-arrondissefflBnt;se figure qu'il sera im jour appelé à sauner ia. patrie, et que, ce liour^à, il n'aura qu'à nous dire à tcms, comme Dieu aux flots de la mer : « Tu n'iras pas plus loin. » S'il savait tes agréables surprises que nous lui réservons pour oes heures délicates 1 Son faux toupet se dresserait dlioneur sur sa tête respectable. £t dire qu'il se fie à ce petit iidien, natie Saint-4ttst en iexpeetative 1 C'est aelui4à qui lui fiora voir du pays !

— Oui ismie espèce de pays, a répliqué Nathalie en ricanant.

— Comment cela I Bah 1 vraiment 1 Sa femme ! s'est éccé raudùuure, comprenant à denû-mot.

— Oui, un piranier Amou£, vam passion de jeunesse, que Tcm

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avait crue éteinte, et qui s'est rallumée, grâce à ce braye monsieur Serv^^s qui a mis le loiq) dans la bergerie...

— ^ Ob i quant à sa &mme , elle est charmante : je Tai yue, l'autre soir, aux Italiens, avec sa jolie nièce... Tout le monde se retoiifnait pour adiuker ces deux beatïtés d'un caractère si différent : brune, pâle, avec ses yeux bruns et son opulente couronne de cheyeux noirs , ayee l'exfKression de tristesse et de langueur empreintes sur aon noble yisage., madame Servais res* semblait aune toile de Murillo. Si elle voulait, si elle ê\SBÀt moins triste et moins abattue , elle serait bientôt une des -femmes les plus à la mode de Paris.

— Oh ! j'espère que d^ici à quelque temps, elle sera très à la mode I a murmuré Nathalie ; et il m'a semblé, à trsEvers la cloison, entendre un sifflement de vipère.

— Ah 1 çà, Francine, ma chère, quels sont donc tes projets sur cet honnête trio ? Le jeune et bouillant Âmédée t'adore ; le père Servais a senti, en te voyant , battre son cœur quadragénaire ; tu domines Julien du haut de ta grandeur féminine et souveraine : que 3ûrtira4-il de tout cela ? un vaudeville ou un roman ? une comédie ou un mélodrame ? un contrat ou un testament ?

— C'est mon secret, mes petits, a dit Francine, toi^ours railleuse : poturtant je veux bien voss en confier une partie. Le jeune Àmédée est plus fat et plus sot qu'il n'est permis à un fils de famille ; il m'agace les n^fs; il sera la première victime que j'offrirai à nos dieux inconnus. Quand j'aurai suffisamment flambé le peu de cervelle qui lui reste , quand je l'aurai bien disposé » par mes dédaigneux caprices , à achever de s'abrutir pour s'étourdir et m'oublier, je l'enverrai se faire pendre à Habille , au lansquenet ou ailleurs, et nous aurons le plaisir de pousser notre cri de guerre: « Un homme à la mer l » — Pour monsieur Servais, c'est plus sérieux: Monsieur Servais est une capacité, comme disent les grammairiens du centre gauche, et, de plus, il est une caisse : nous devons le choyer, le dorlotler , le caresser, mî mettre sur les yeux un bandeau de batiste brodé de dentelles, afin qu'il arrive taut doucettement au bout du fossé, avec la conviction profonde qu'il nous conduit À qu'il nous airêtexa , et que iout ce n^uvemant d'idées n'a pour but que de fsâre de tti un ministre. Une fois au revers de ce fossé que nous tache*

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