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rons de rendre aussi large que possible , nous ferons quelque chose pour reconnaître ses services ; nous le laisserons libre, à son choix, de rester, de sauter, ou de tomber !
— Et madame Servais ?
— Oh 1 celle-là, c'est différent ; c'est une petite querelle particulière entre nous deux , une petite partie pour amuser nos entr'actes : seulement, gare à elle, si j'ai les bonnes cartes !
— Mais voyez donc cette chère Francine I j'ai toujours prédit qu'elle irait loin ! s'est écrié un des interlocuteurs, et l'on a levé la séance. »
— Oh ! ce n'est que trop vrai , et il n'y a plus à en douter ! reprit douloureusement Lucile Dermont; mon oncle se perd, mon Ernestine est perdue ; d'affreux malheurs nous menacent tous, si nous restons ici, si nous continuons à subir ces fatales influences 1
— Nous sommes menacés d'un plus grand malheur ! poursuivit Anselme d'une voix étouffée; mais d'abord... Lucile! Lucile! m'aimez- vous?
— Si je vous aime ? répondît Lucile avec ce cri des pures et immortelles tendresses que nul ne saurait imiter ; si je vous aime 1 Anselme, seriez-vous là si je ne vous aimais pas ?
— Oh 1 pardon, pardon... je vous crois, j'ai besoin de vous croire... Mais si vous saviez !
— Eh bien I quoi ? demanda Lucile, pâle, mais résolue; lorsque je tremble pour Ernestine , je suis insensible à toute autre crainte.
— Ce matin, je suis sorti avec monsieur Servais ; il était gai et expansif ; Julien venait de nous quitter. — Savez-vous , m'a dit votre oncle en souriant , que votre ami et cousin Julien est un jeune homme d'un grand avenir, et que , s'il suit mes conseils, s'il modère sa fougue, nous pouvons lui prédire une brillante carrière ? >
Je me suis incliné en guise d'affirmation. Votre oncle a repris d'un air de complaisance :
« Oui, il n'a absolument que ce léger défaut, qui lui va bien^ mais qui pourrait lui nuire ; une tête trop ardente, des idées trop hardies, un goût d'opposition trop passionné , trop violent... Aussi, pour le calmer, pour le modérer, pour le réconcilier avec
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la société régulière, je me suis décidé à le marier, à lui donner ma nièce Lucile...
— Moi 1 s'écria la jeune fille avec une indicible expression de terreur ; moi t
— Oui, vous, vous ! répéta Anselme. Ce même cri de douleur et de surprise que vous venez de pousser, je n'ai pu le retenir ; mais votre oncle, tout à son idée, a poursuivi avec le plus grand calme: «Qu'ya-t-il donc de si étonnant? Lucile est dans sa dixneuvième année; elle n'a rien, et Julien est pauvre; mais en s'attachant à ma fortune, il est à peu près sûr de parvenir. Ernestine ne m'a pas donné d'enfant ; je n'ai pas d'autre héritier qu'Amédée, dont je suis fort mécontent ; j'ai donc le projet d'assurer à ma nièce une centaine de mille francs , pour aider aux débuts de ce jeune ménage... »
Lucile entendit à peine ces derniers mots : dans cette âme an~ gélique, une pensée de dévouement et d'immolation devait vite germer sous les larmes. — Si ce projet qui fait mon malheur, sauvait Ernestine ! se dit-elle ; si je pouvais, en me sacrifiant, détourner le péril qui la menace i si Julien marié, sûr de son avenir, enrichi par monsieur Servais , soumis à de meilleures influences, abandonnait ses horribles projets 1 — Toutes ces impressions furent plus rapides que l'éclair: l'amour de Lucile pour Anselme, le désespoir de celui-ci, le caractère de Julien, les souffrances réservées à la jeune fille qu'il épouserait, toutes ces images sinistres assaillirent aussitôt Lucile, et redoublèrent ses angoisses.
Elle n'eut le temps ni de démêler, ni d'exprimer ce qui se passait dans son cœur : pendant qu'elle fixait sur Anselme un regard désolé, la porte s'ouvrit, et Ernestine parut sur le seuil de sa chambre.
^Ue était livide : ses yeux brillaient d'un feu sombre : sa figure noble et passionnée avait une expression effrayante. Elle venait d'enumdre ce qu'Anselme avait dit.
« Jamais) jamais r s'écria-t-elle d'une voix stridente ; je ne le veux pas, cela ne se peut pas ; ce serait affreux, ce serait impie ! Que le malheur soit pour moi seule, et que deux êtres innocents et bons ne soient pas punis de mes fautes I Lucile, mon enfant chérie! ma fille et ma sœuri toi, la femme de Julien! Tu en
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mourraîs de ehagriu, jour ptf |our, heure par'himre; et moi t.» oh I ce n'est pas possible 1 Laissez-moi partie... J'ai eûiHMEe Isk foJtce de m'éloigner, d'aller là-èas, diams on coiMreiil, et pnis de mourir)... Oui, mourir, mon seul refuge contre les autaefeset contre mcû-ni^n« 1 repiat-eUe anree ubb esaltalion yolsine dm délire. Quand je ne serai pLus là, qmnd je sesai loin, quand jeseraî monte, tous ferez entendre raison, à monsieur Servats ; vous lui dessilleree les yeux, vous lui diiex que voue vous aimez, que ce n'est paa Jidien qui peut épouser Ludle, que Juben le pousse à l'ahikne, qu'il est entouré de geas qui ont ceospîté sa perte : moi, il ne me croirait pas, et puis... faîMe et mieéraUe créa^re que je suis, aurais-ge le courage de le lui dire? Moi absente, tootes ces haines tombent, tous œs eompLots se déliant, et peut-ètre, ayant de mourir, apprendrai-je que monsieur Servais est sawré, que Ludle et imselme sont heureux ! Oui, tous dis-je, il faut que je patte, pendant que je puis encoro lever la'âte sans rougir L.. lia je meurs ; ki l'air que je resinre ne eonsurae et me tuel... Adieu... adieu l.«. »
£t k mâiheuteuse femme étre*gaait dans ses bras Ludle avee une violence terrible : leurs larmes se confondaient, et ces deux têtes charmantes se ressemblant par la douleur, s'appuyvient l'une sur l'autre ; on eut dit deux blanta alcyons fuyant l'orage avec ua doux frénûasement d'ailes et de cris plainlife. A la fia, Luiiile, plus forte, parce qu'ette était jribas résignée, dit à son amie.:
« Emestine, je t'en prie, calme-toi! profitons des cousla moments qui nous restent, pouf dieodier les meilleurs moyens de co^urer ces périls 1 Avant toiât, songeons à te sauver... Tu veux quitter Paris ! Tu a& raisea: je qrois que ce départ est nécessaire ; mais tu n'as pas besoin de lui donner ces allcses violantes. La session va finir dians deux eu trois mois. Dis à mon oncle çae tu es souirante, 91e ht vie de Paaris te fût mal,, que tu as besoin de respirer l'air de ht campa^e, que je tientdrai sa maison en ton absenoe , et que tu lui demandes la permissicm de nous précéder y^has... Ënanièe, moi, je parleras A Julien. « Au milieu de toutes ses pensées coupables, il conserve pour Anselme une certaine amkié ; il n'a jamais songé à moi ; il ne vDudra pas faire à la fois noire malheur et le sien ; et si
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moacMcie loi propose réellfimeiil mk main, c'est lui qui reiCixsera, en aUégnaiit le premier prétexte venu... le désir de rester garçon, pour être plus libre aux heures de» crises politiques. Nous tàdiennie d'emmener le plus tàt pofisihle mon oncle hors de cet affireux Paris. iuUen, trop orgueiifeux pour revenir dans son pays «rant d'avoir fait sa fortune, na nous accompagnera pas : une fois que nous tiendrons monsieur Servais chez noua, à l'ombre de ses beaux sycomores, noufr essayerons de l'éclairer peu à peu, sans seeousse, sans froisser son amour-propre, sur b mad affreux que lui font et que a'apprôtent à lui faire les prétendus instruments de son ambition politiqHe : il écoutera quetques-uns de ces hommes sages dont nos provinces sont remplies, et qui n'ont pas prétendu, en le nommant, nommer un révolu* tionnaire. Toutes ces bonnes inflnenees succéderont pour lui à ces estraînemeiits fébriles dont lui-même ne se rend pas compte. . . Toi aussi, mon Ëmestine, tu te sentiras, dans cette atoiosphère, rassérénée et apaisée. Tout ce qne to auras souffert ici, ne t'ap<paraîtra {dus que comme m maaraÎB rêve à travers les brumes lumineuses de nos cahnes horizons ; et dans quelques mois, nons aarons retrouvé, sinon le bonheur-* qui est heureux en ee monde? — au moins le r£q;>oa de la conscience et du cœur I »
Pendant que Lucile parlait, ks yeux d'Ëmestine, secs et bru* koils d'abord, s'étaient mouillés de larmes ; elle contemplait la jeune et douce orpheline avec une reconnaissance exaltée :
« LdgîIsI lui dit*elle enfin; oui, sois ma voloioé, sois ma conscience ! Je consens d'avance à tout ce que tu décideras, et si tu me saunms... oh 1 je ne puis pas t'aimer d'avantago... mais ma vie, ma vie endàre po«r te remercier et te bénir 1 »
«Gomme elle porononçaît œs mots, monsieur Servais entra, foivi de Jnlion ; â était radieux.:
« UooDBs nouvelles, mesdames i s'écria-4-il. J'ai parlé aujourd!bai sur la réfcarme» et mon discours a produit une sensation impossible' à dréenre : tous mes collègues m'ont entouré, au moment où je descendais de la tribune, et la séance a été suspeur due pendant dix minutes... Julien, j'aime à le déclarer, c'est vous qui m'aviez suggéré les deux ou trois idées qm onit eu la ]das de swseès, et votre arttcte de ce matin a merveiUeusemeal réussi sur les bancs où je siège.,. Alloais, mon cher 1 nous mar-