‹ Pourquoi l'entente doit vaincreChapitre 4 sur 10 · PRODUCTION COMPAREE · texte numérisé non relu

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D’août 1914 à mai 1917, — date extrême figurée sur les graphiques, — on suit, pour ainsi dire pas à pas, l’énorme accroissement du travail de production des usines de guerre en ce qui concerne les principales fabrications : canons de 75 de campagne, canons lourds de 155, munitions de 75 et de 155, explosifs servant à les charger et, enfin, mitrailleuses. L’armée allemande était entrée en campagne avec 50.000 mitrailleuses, auxquelles nous ne pouvions opposer qu’un faible matériel de 2.500 armes; c’est ce qu on appela la « surprise des mitrailleuses )>. Aujourd’hui, ces « vipères de la bataille » sont aux mains de nos soldats en nombre au moins égal à celles de l’adversaire.

Veut-on d’autres chiffres tout aussi parlants que les graphiques? Ils nous sont encore fournis, pour la France, par les tableaux officiellement dressés par le Service de l’Armement et des Munitions. Dans ces tableaux, le chiffre 100 exprime, par convention, la puissance de production telle qu’elle était à la date d’août 1914. Si donc, on part de ce chiffre 100 au début des hostilités, on voit que déjà, en mai 191 5, pour les obus de 75 il s’élevait à ] .400, soit à une fabrication 14 fois plus forte; en décembre 1915, il monte à 2.900, puis à 3.570 en mars 1916, à 3.940 en octobre 1916, soit 40 fois ce qu’il était en août 1914. Même progression rapide pour les canons de 75 qui, de 100 en août 1914, montent à 3.220 — 32 fois plus — en octobre 1916; pour les mitrailleuses qui, de 100 en août 1914, montent à 16.430 — 164 fois plus — en octobre 1916; pour les explosifs qui, de 100 en août 1914, montent à 3.750 — 37 fois plus — en octobre 1916; pour les canons lourds, pour les canons de tranchées, etc.

Partout la fabrication multiplie ses efforts. Les usines anciennes, celles qui sont la gloire métallurgique de la France : le Creusot, Saint-Chamond, doublent et triplent leur personnel et leurs moyens mécaniques de production. Les usines nouvelles s élèvent par centaines. Il n’est pas, sur toute la superficie de la France, une

usine qui chôme. Partout les marteaux retentissent, les machines ronflent, les obus sortent par milliers et centaines de milliers des presses et des fours. On voudrait pouvoir donner des chiffres. Ce sont les batailles d’artillerie du front qui sont les meilleurs garants de la force en matériel des armées de la France.

Non seulement l’artillerie et les munitions, mais tout ce qui concourt à la préparation de l’offensive a été l’objet des préoccupations incessantes de l’armement. En particulier l’aéronautique, dont le développement depuis le début des hostilités a été considérable. Avions de réglage des tirs, avions de reconnaisseinces, avions de bombardement, sont aujourd’hui en nombre imposant. Il suffirait, pour le montrer, de donner la liste, qui d’ailleurs est dans toutes les mémoires, des raids fameux accomplis, jusqu’à Essen, par les aviateurs français. Des types nouveaux ont été créés, possédant des moteurs trois fois plus puissants que les anciens. Le poids transportable a triplé. Le rayon d’action a doublé. Les victoires quotidiennes des aviateurs affirment la supériorité et la force de l’aéronautique militaire de l’Entente.

Le magnifique effort anglais.

L’armée française n’a pas été seule à multiplier ses forces en artillerie, munitions, aéronautique et tous engins prenant part à la bataille. L’artillerie anglaise est, comme l’artillerie française, formidable. Elle a été, comme l’armée du Royaume-Uni, créée de toutes pièces depuis le début des hostilités. Quelques chiffres suffiront à montrer l’effort immense accompli par les Anglais. Si l’on représente par 1 la production hebdomadaire des munitions anglaises à la date de juin 1915, cette production, fin décembre 1914, sera de 43 pour les munitions des canons de campagne ; de 46 pour les munitions d’obusiers de campagne (calibre 1 12 mm. 5) ; elle sera de 66 pour les munitions des ofiusiers moyens, et enfin

de 323 pour les obusiers lourds de calibre supérieurs à 155, soit pour les pièces de 155, 200, 230 et 370 millimètres.

En ce qui regarde spécialement les munitions d’artillerie lourde — et ce sont celles qui martèlent avec tant de vigueur les tranchées et abris souterrains de l’ennemi — on peut encore préciser ces chiffres. L’Angleterre fabriquait par semaine, fin décembre 1916, trois fois plus d’obus de 155, cinq fois plus d’obus de 200, trois fois plus d’obus de 230, qu’elle n’en fabriqua pendant toute la première année de la guerre. Autre évaluation, tout aussi parlante aux yeux : le chiffre d’obus achevés ou chargés durant une seule semaine dépasse environ de 30 0/0 le stock de munitions en réserve à l’ouverture des hostilités.

A la fabrication intense des munitions, correspond, en Angleterre, la fabrication également intense des canons de tous calibres. Si l’on représente par 100 le chiffre de la fabrication des canons pendant la première année de guerre, ce chiffre de 1 00 s’est élevé, pour la dernière période de 1916, à 4.100 pour les canons moyens et à 1.250 pour les canons lourds. Ces chiffres témoignent, à eux seuls, de l’activité des usines de guerre anglaises et du nombre toujours plus considérable des pièces anglaises tonnant sur le front occidental. Il suffit de lire le récit des attaques, telles qu’elles se préparent à chaque offensive.

Même augmentation dans la fabrication des mitrailleuses. Si on représente par 100 le total des mitrailleuses fournies à l’armée anglaise pendant la première année de guerre, ce total devrait être représenté par le chiffre 2.000 à la fin de décembre 1916. Pour les fusils, même activité. L’accroissement de la fabrication des explosifs a été aussi extrêmement rapide. Pour une tonne (1 .000 kil.) d’explosifs employés en septembre 1914, on employait 350 tonnes en juillet 1915 et 12.090 tonnes en juillet 1916. Pour les engins de tranchées, la proportion, pour les bombes, a monté de 1 à 33 et le poids d’explosifs employés au chargement de ces bombes de 1 à 1 50.

L'EFFORT ANGLAtô

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L’activité industrielle de la métropole a été secondée par celle de ses colonies. Le Canada, au début de 1916, avait déjà produit. 22 millions d’obus. Il en envoyait en Angleterre 1 .200.000 par mois Ses usines de guerre employaient plus de 100.000 travailleurs pour une proportion de 8 millions d’habitants.

Ces chiffres, qui sont extraits du The Ministery of Munitions Journaly sont à eux seuls la meilleure preuve de la force anglaise. Au cours d’une récente offensive, — ce chiffre peut encore être dépassé, — l’artillerie anglaise n’a pas tiré moins de 12 millions de projectiles de tous calibres.

L’Italie et les autres Alliés.

L’Italie, qui combat vaillamment pour la défense de son territoire envahi, appelle tous ses contingents disponibles. La classe 1919, qui est au front, a donné 350.000 hommes nouveaux. Les visites de réformés ont fourni environ 800.000 hommes. Elle a commencé le recensement de la classe 1920, qui donnera un contingent de 400.000 hommes. Une dépêche de Rome, en date du 16 décembre 1917, dit que les contingents nouveaux appelés sous les drapeaux par le gouvernement italien se chiffrent à 800.000 hommes.

Avec les contingents des classes déjà appelées sous les armes et qui comprennent les hommes nés de 1874 à 1899, le nombre d’hommes qui se trouveront bientôt sous les drapeaux en Italie atteindra le chiure de 5 millions.

La fabrication intense du matériel de guerre italien ressort de l’examen des chiffres du personnel employé dans les usines. 546.784 ouvriers et ouvrières travaillaient en février 1917, dont 90.490 femmes, dans plus de 2.300 usines de guerre. L’armée italienne possède une artillerie, pièces de campagne ou pièces lourdes, fort remarquable.

Aux arméeê italiennes se joignent les armées roumaines, serbes et portugaises.

L.a Belgique tient sa place sur le front occidental, où elle monte la garde sur la frontière de l’extrême-nord, côte à côte avec les soldats franco-britanniques gardiens du front occidental.

La Puissance militaire américaine.

Dans les premiers jours de juillet 1917, quelques jours après le débarquement en France du premier contingent américain commandé par le général Pershing, l’illustre philosophe H. Bergson, interrogé sur l’impression que lui avait laissée son récent séjour aux États-Unis, faisait la déclaration suivante :

« L’Amérique entre dans la guerre avec la résolution inébran- • lablement prise d’en finir avec le militarisme prussien. Elle emploiera à cette tâche la totalité de ses ressources. Elle veut être, elle sera le réservoir d’où s’écouleront, sans interruption, vers l’Europe, dès qu’aura pu être créé un système régulier de transports, les matières premières, les vivres, les munitions, les canons, et, par-dessus tout, les hommes. Le supplément de forces qu’elle nous assure est formidable. Nous avions, jusqu’à présent, la certitude morale de vaincre. L’intervention américaine nous en apporte la certitude mathématique. C’est le plus grand événement qui se soit accompli depuis la bataille de la Marne. »

Aux récentes nouvelles, l’ensemble des forces militaires des États-Unis atteignait (octobre 1917) le chiffre de l .750.000 hommes. Cet immense effort a été accompli avec une rapidité et une continuité admirables.

L’armée américaine, quand les hostilités furent déclarées, était loin de présenter un total aussi imposant. L’armée régulière ne comptait que 120.000 hommes. La garde nationale ne possédait

que 160.000 hommes. C’est sur ces bases plutôt modestes que les États-Unis durent installer leur efîort.

L’armée régulière fut tout d’abord portée à 300.000 hommes, la garde nationale à 400.000 hommes, Le contingent de la conscription vint s’ajouter à ces forces déjà organisées qui formèrent ensemble une quarantaine de divisions.

Les enrôlements volontaires se poursuivirent avec un tel enthousiasme, que de la déclaration de guerre au 17 août, ils avaient déjà atteint pour la marine 121.514 hommes et pour l’armée de terre 327.345 hommes, dont 190.347 pour l’armée régulière. Des unités nouvelles furent créées ; on forma, entre autres, 25 régiments supplémentaires du génie.

Le problème des cadres fut résolu avec une telle hardiesse qu’on comptait, au début de septembre, les 30.000 officiers nécessaires pour encadrer et pour instruire le premier contingent de la conscription. L’encadrement de 700.000 conscrits à incorporer à l’automne 1917 a été préparé dans seize camps correspondant à autantde régions territoriales.

L’armée américaine est organisée sur le modèle européen ; les divisions étant de 19.000 hommes, on pourra en organiser 55 formant 18 corps d’armée et 6 armées.

Avec de tels préparatifs, on ne peut douter que, rapidement, des forces considérables viendront s’aligner sur le front occidental des armées de l’Entente.

En ce qui concerne l’artillerie, aux termes d’un accord conclu entre le gouvernement américain et le haut commissaire français aux États-Unis, M. André Tardieu, le gouvernement américain a adopté les deux principaux matériels d’artillerie française, le canon de 75 de campagne et l’obusier rapide de 155. Le corps expéditionnaire du général Pershing a reçu des autorités françaises, à son arrivée, son artillerie de campagne, son artillerie à tir rapide et son artillerie de tranchée, ce qui accélérera naturellement son

entrée içn ligne. En même temps, les fabrications en France et en Amérique ont été organisées de telle sorte que Tarmée américaine puisse recevoir sans délai, au fur et à mesure de la formation des unités, les canons légers et lourds avec les munitions qui leur seront nécessaires.

Un vaste programme d’aviation est en cours d’exécution, 20.000 avions seraient déjà en construction. Pour l’instruction des pilotes, outre six écoles préparatoires qui fonctionnent dans les principales écoles d’ingénieurs du Nord-Est, et outre les camps d’aviation militaire déjà existants, neuf grands centres d’instruction nouvellement aménagés peuvent recevoir chacun 300 élèves pilotes.

Pour montrer mieux encore, s’il est utile, la puissance militaire américaine, il suffira de reproduire les passages de deux discours prononcés, le premier en Amérique même par le ministre de la guerre M. Baker, l’autre par M. Winston Churchill, ministre anglais de l’armement. Voici ce que disait à Harrisburg le 9 octobre 1917, M. Baker devant les membres de la Chambre de Commerce :

« Sous peu le noyau des forces américaines dépassera 1 .300.000 hommes. Permettez-moi de vous dire que, lorsque notre armée sera prête à prendre sa place sur le front de bataille, elle sera équipée aussi bien et mieux même que la plupart des autres. Pour chaque soldat envoyé, cinq fusils se trouvent maintenant prêts en France, tandis que chaque soldat de l’armée régulière nationale chez nous possède son fusil.

« La fabrication de l’équipement, de l’autre matériel de guerre, ' l’élaboration d’un grand programme de constructions maritimes et de plans sur une grande envergure pour la construction d’aéroplanes, sont presque aussi merveilleux que la lampe d’Aladin ; toutcela est le résultat d’un dur labeur du génie inventif de l’Amérique. »

Voici maintenant ce que disait, le 12 octobre 1917, M. Winston Churchill, devant les ouvriers et ouvrières de l’armement :

« Au cours d’un discours prononcé aujourd’hui à Leeds, M. W. H. Page, ambassadeur des États-Unis, a déclaré que son pays n’était pas entré en guerre à la légère, mais que les États-Unis avaient une ferme volonté de vaincre que seul l’accomplissement de la tâche qu’ils se sont imposée pourrait satisfaire.

« Dix millions d’Américains de vingt et un à trente et un ans, « a dit M. Page, ont été appelés au service, et si le besoin s’en faisait « sentir, une nouvelle loi appellerait de nouveaux citoyens à lacons- « cription; dix autres millions d’hommes pourraient être fournis par « la levée des citoyens de trente et un à quarante et un ans.

« D’ici peu, les États-Unis auront un million et demi d’hommes « prêts à être envoyés en France, et la préparation d’un autre million « et demi susceptibles de les rejoindre avant l’année prochaine est « fort avancée.

« Le gouvernement a 20.000 aéroplanes en fabrication et «comme 100.000 aviateurs suivront les cours de vingt-quatre « centres d’entraînement, les Etats-Unis auront en temps voulu les « pilotes nécessaires. » M. W. H. Page a encore ajouté que des compétences lui avaient assuré que la victoire serait remportée dans les airs. « L’aviation, a-t-il dit en terminant, renforcera le blocus au « point de rendre totale la pression économique que doit supporter « l’Allemagne. »

Le 6 octobre 1917, le ministre de la Guerre, M. Baker, annonçait à Washington que les 20.000 aéroplanes dont l’acquisition a été votée par le Congrès sont actuellement en construction ainsi que les moteurs. L’ensemble du programme de constructions aériennes est combiné de telle sorte que lorsque les appareils et les moteurs seront terminés, les pilotes seront entraînés et les mitrailleuses ainsi que les autres appareils d’équipement seront prêts également.

LA PUtSSANCE AMERICAINE

Planchey

li déclarait en même temps ofhcieiiement qu’à la fin de 1918 les États-Unis auraient mis sur pied de guerre une armée de 2.300.000 hommes qui viendraient s’ajouter aux forces de l’Entente.

M. Baker, parlant devant la Commission de l’armée du Sénat américain, le 10 janvier 1918, exposait comment l’armée des États-Unis, qui ne comptait, en avril 1917, que 9.000 officiers et 200.000 hommes, était à la fin de décembre 1917 de 1.428.000 hommes, soit, en neuf mois, une armée une fois et demie plus grande que la mobilisation totale décrétée pour la guerre de Sécession.

Pendant la même période, les sections d’aviation, qui ne comptaient que 65 officiers au 1®^' avril, ont été portées à 4.000 officiers et 84.000 sous-officiers et soldats.

Les dépenses nécessitées pour cet effort ont passé de 1 50 millions à 7 milliards et demi de dollars par an, soit environ 50 fois les crédits votés annuellement pendant la paix et 10 fois les dépenses totales du gouvernement américain en temps normal.

Les résultats obtenus en ces neuf mois sont résumés ainsi par le ministre de la Guerre :

U La mobilisation et l’entraînement de la grande armée se sont poursuivis de telle manière que les effectifs, successivement constitués, ont pu être plus rapidement équipés que l’on ne pouvait les transporter.

2^ Cette gigantesque armée a été enrôlée sans nuire sérieusement aux industries du pays.

3® L’organisation du ravitaillement s’est effectuée dans des conditions au-dessus de toute critique. Le matériel de combat et l’équipement, qui furent momentanément insuffisants au début, sont aujourd’hui complétés.

Les stocks de réserve en armes les plus modernes s’accroissent rapidement, aussi bien en artillerie, en mitrailleuses et fusils automatiques, qu’en armes à feu de toutes sortes, fabriquées et achetées

en quantités suffisantes pour tous les soldats actuellement en France, ou qui peuvent être transportés en 1918.

4° La respectable armée qui est déjà arrivée en France, et dont les officiers e t les hommes ont reçu un entraînement spécial supplémentaire, est maintenant prête au combat.

5° Des lignes indépendantes de communication desservant les magasins d’approvisionnement ou nécessaires au ravitaillement de l’armée combattante, sont en cours de construction en France.

6® Un grand programme arrêté déjà et dont l’exécution vient d’être commencée va fournir des équipements complémentaires et produire de nouveaux engins de guerre.

1^ Aucune armée, égale par son importance dans Thistoire du monde, n’a été levée, équipée, entraînée aussi vite.

n. - LA PUISSANCE FINANCIÈRE

Si la puissance militaire des Alliés de l’Entente affirme pour longtemps encore leur supériorité sur les champs de bataille, la force financière semble, au premier examen, leur créer une situation nettement exceptionnelle.

Nulle part, à Paris, à Londres, à Rome, à Pétrograd, aux États- Unis, le nerf de la guerre ne fera jamais défaut. Des centaines de milliards ont déjà été dépensés, et nul symptôme de fléchissement ne se fait jour. Les stocks d’or restent considérables. Le recouvrement des impôts s’effectue de façon presque normale, ce qui est une preuve de la solidité morale des populations. Les souscriptions aux bons du Trésor affluent aux guichets. Les emprunts émis ont été autant de victoires de l’épargne nationale. Le change français, anglais ou italien, est supérieur au change allemand ou autrichien.

Les efïorts consentis par les belligérants de l’Entente depuis le début des hostilités témoignent — on va le' voir au seul énoncé des chifïres — de la puissance financière qui garantit d’ores et déjà l’avenir.

La Force financière de la France.

D’abord la France. Elle a dépassé les 100 milliards de dépenses de guerre. Le total des crédits votés ou sollicités, pour la période commençant le août 1914 et finissant le 31 décembre 1917, s’élève à cent deux milliards et demi, ou en chiiïres exacts à 102 milr liards 642.038.907 francs. La moyenne mensuelle des crédits, depuis le début de la guerre, est la suivante :

î® Pour les cinq derniers mois de 1914 : 1318 millions, dont 1,173 millions pour les services militaires;

2° Année 1915 : 1.900 millions dont 1.314 millions pour les services militaires ;

3® Année 1916 : 2.743 millions, dont 1.989 millions pour les services militaires ;

4P Année 1917 : 3.360 millions, dont 2.389 millions pour les services militaires.

La progression est constante. Pour le dernier trimestre de 1917, la France dépense en chiffres ronds 120 millions par jour.

La France fait face à ces formidables dépenses avec une absolue sérénité. Quand on lui a demandé en 1915, en 1916 et en 1917, de vider son « bas de laine » dans les caisses du Trésor, elle l’a fait avec un enthousiasme et une volonté admirables.

Le premier emprunt, celui de 1915, apporte à la Défense Nationale plus de 15 milliards; celui de 1916 apporte 11 milliards et demi. Les bons de la Défense Nationale sont aujourd’hui dans toutes les mains ; ils garnissent les riches portefeuilles ou les modestes bourses; au 30 septembre 1917, le montant des bons

souscrits atteint 21 milliards" et demi, exactement 21 milliards 303.874.000 francs, auxquels il faut ajouter 7 milliards de bons souscrits ou déposés à l’étranger. Le troisième emprunt de guerre, souscrit fin novembre 1917, dont le chiffre avait été fixé à 10 milliards,- a été entièrement souscrit, et au delà.

A la séance du 28 décembre 1917 de la Chambre des Députés, le ministre des Finances M. Klotz faisait, au sujet de ce troisième emprunt, les déclarations suivantes :

« Qu’avions-nous demandé à l’épargne française de nous apporter? Dix milliards. Dix milliards effectifs.

« L’épargne a répondu en nous apportant 10 milliards 276 millions 522.000 francs, c’est-à-dire que le chiure fixé a été largement dépassé. »

M. Klotz ajoute :

« Dans ce chiffre n’entrent pas les souscriptions recueillies à l’étranger. Ce n’est pas que nous ayons fait un appel bien sérieux au dehors, car il ne pourrait nous venir à la pensée de faire concurrence aux emprunts que nos alliés émettent chez eux. Néanmoins un chiffre appréciable sera certainement à ajouter à la somme que je viens d’indiquer.

« Quel qu’il soit aujourd’hui, les souscriptions françaises à elles seules dépassent les résultats du deuxième emprunt.

« !1 est, en outre, important de constater que l’argent frais a été d’une réelle abondance, bien que le public reste attaché aux Bons de la Défense nationale puisque, entre le 1 5 octobre et le 1 5 décembre — pendcint la période même de l’emprunt, — les souscriptions à ces Bons se sont élevées à 2 milliards de francs.

« La proportion du numéraire sera environ de la moitié de la souscription elle-même, ce qui nous cause une vive satisfaction.

« L’argent est venu au Trésor avec la plus large confiance. Je me félicite de l’effort qui a été ainsi accompli. »

Ces paroles furent saluées d’applaudissements unanimes.

La Banque de France, a prêté à l’État 15 milliards.

Ce sont là des symptômes indéniables de confiance dans la force financière du pays.

Rien ne saurait mieux montrer la haute tenue morale de la France que les chiffres de rendement des impôts. Les impôts rentrent, suivant l’expression consacrée, comme si l’on était en temps de paix, ou bien peu s’en faut.

Le total des recouvrements effectués pendant les trois premières années de guerre s’élève à 12 milliards 846 millions, alors que le rendement normal eût été de 14 milliards 325 millions. L’écart n’est donc que de I milliard 379 millions, soit 9,76 0/0.

A mesure que la lutte contre les empires centraux devient plus âpre, le contribuable français fait preuve d’une vaillance et d’une honnêteté toutes patriotiques. Ceux qui n’apportent pas à la patrie leur sang lui apportent leur argent. Ils lui apportent aussi leur or, cet or qui est par-dessus tout le véritable nerf de la guerre.

Il suffit d’un appel pour que l’or afflue dans les caves de la Banque de France. L’appel fut entendu de tous, des gros détenteurs d’or comme des plus modestes. Plus de 2 milliards d’or furent ainsi recueillis, ce qui permit de conserver intact et même d’augmenter dans de notables proportions — malgré les énormes quantités d’or envoyées à l’étranger en paiement de l’achat de matières premières et fabriquées — l’encaisse or de la Banque de France.

Fin juillet 1914, l’encaisse or de la Banque de France était de

4 milliards 104 millions de francs. Fin d’exercice 1916, malgré des sorties d’or s’élevant, depuis le commencement de la guerre, à

1 milliard 57 millions, les réserves d’or à la Banque étaient de

5 milliards 82 millions, dont 3 milliards 489 millions en caisse à Paris et 1 milliard 593 millions à l’étranger. Le stock d’or de la Banque est aujourd’hui de 3 milliards 277 millions à Pans et de

2 milliards 37 millions en dépôt à l’étranger, soit un total de

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