IIL -- LA PUISSANCE ALIMENTAIRE
L’état de guerre qui, depuis l’entrée en lice des États-Unis, s’est étendu à la presque totalité du monde civilisé, n’a pas été sans exercer une influence considérable sur les conditions de la vie, au double point de vue de la rareté et de la cherté des vivres de première nécessité.
En même temps que la consommation des armées absorbait une part de plus en plus énorme de la production, le défaut de maind’œuvre, conséquence de la mobilisation générale, se faisait cruelle-
ment sentir. Une partie des terres restait incultes, les récoltes allaient en s’appauvrissant. De 80 millions de quintaux, moyenne annuelle de la production en France, la quantité de blé récolté tombait, en 1917, à 39 millions et demi de quintaux, à peu près la moitié de la production normale.
La situation, pourquoi ne pas l’avouer, était inquiétante. Elle l’était bien moins cependant que chez l’adversaire, où elle est on peut dire désespérée. De multiples et sincères témoignages le montrent. Si, pour remédier à une récolte insuffisante, on s’est vu forcé de mettre en vigueur, chez les Alliés de l’Entente, certaines restrictions, il ne saurait toutefois être établi aucune comparaison entre le régime alimentaire tel qu’il existe dans les divers pays de l’Entente et celui qui sévit en Allemagne.
L’Allemagne tout entière, le mot n’est pas trop fort, a faim. Les vivres dont elle dispose encore y sont taxés à des prix fabuleux. A Paris, à Londres, à Rome, on paye tout plus cher qu’avant les hostilités, mais en somme on n’y manque et on n’y manquera jamais de rien. La vie est chère, mais elle est toujours à des conditions abordables. La constatation est facile à faire pour tout voyageur qui séjourne dans l’un des pays de l’Entente. Quant aux armées qui se battent sur les fronts de bataille, elles sont abondamment approvisionnées de tout ce qui est nécessaire à leur subsistance.
La Force alimentaire de la France.
Deux questions dominent le problème alimentaire d’un pays : celle du blé et celle de la viande. En premier lieu, celle du blé.
La récolte en céréales, depuis le début des hostilités, a été en France déficitaire.
La moyenne quinquennale de la production, fixée par les statistiques de l’Institut international de Rome, étant évaluée, pour la
France, a environ 80 millions de quintaux, nous constatons une décroissance dé la production de 1914 à 1917.
De 76,9 (millions de quintaux) en 1914, la récolte est tombée à 60,6 en 1915, à 58,4 en 1916.
Le Ministère de l’Agriculture vient d’établir au moment où nous écrivons (fin septembre 1917), sur la base des données qui lui ont été fournies par les professeurs d’agriculture, son estimation provisoire de la production française de céréales en 1917.
En voici les chiffres en nombres ronds :
Blé : 39 millions et demi de quintaux.
Méteil : 900.000 quintaux.
Seigle : 7 millions de quintaux.
Orge : 7 millions de quintaux.
Avoine : 35 millions de quintaux.
Les causes de cette production déficitaire, qui est générale et que l’on constate chez tous les belligérants, peuvent se résumer ainsi ; manque de main-d’œuvre pour les semailles, difficultés d’approvisionnement des engrais artificiels, rigueur d’un hiver anormal, régime pluvieux excessif.
Les besoins de la France en blé ayant été évalués en 1916 à 86 millions de quintaux, la production de 1917 lui assure à grand’peine la moitié de sa consommation.
Où la France trouvera-t-elle l’excédent qui lui fait défaut?
Dans les pays exportateurs de l’Entente, hors la Russie et la Roumanie.
Pendant la période quinquennale 1911-1915, ces pays ont récolté en moyenne 421 millions de quintaux de blé, qui ont été utilisés dans la mesure de 31 0 millions de quintaux pour la consommation et de 111 millions pour l’exportation.
C’est sur ces 1 1 1 millions que la France prendra les 45 à 50 millions de quintaux qui lui font défaut.