‹ Pourquoi l'entente doit vaincreChapitre 7 sur 10 · PUISSANCE ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

PUISSANCE ALIMENTAIRE

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Le tableau suivant montre la situation en céréales des divers pays exportateurs de l’Entente auxquels la France peut avoir

recours pour parfaire sa

production :

Production

Exportations

nettes

Consommation

Pays exportateurs

moyenne

moyennes

moyenne

(En

millions de quintaux)

États-Unis

Canada

Indes anglaises

Algérie

Australie

Totaux du groupe...

C’est donc aux États-Unis, au Canada, à l’Algérie et à l’Australie que la France doit demander ce qui lui manque de céréales.

Certes, il faudra disposer d’un important tonnage pour transporter cette énorme quantité de blé. La solution du problème n’est pas sans présenter de sérieuses difficultés qui ne sont pas, toutefois, insurmontables. La France y sera aidée dans une sérieuse proportion par la mesure prise par les États-Unis, qui ont mis l’embargo sur les exportations à l’adresse des neutres, exportations destinées, le plus souvent, au ravitaillement à peine dissimulé de FAlîemagne.

La France ne manquera donc pas de blé. Elle ne manquera pas non plus de pommes de terre, ce qui est loin d’être le cas de l’Allemagne, où la pomme de terre est l’une des bases de l’alimentation. Dans un récent discours à la Chambre des Députés, le Ministre de l’Agriculture, déclarait que la culture de la pomme de terre en 1917 dépassait 150.000 hectares celle de 1916. De son côté, M. Le Rouzic « dictateur » aux pommes de terre »,

estime que la récolte de 1917 sera supérieure de 30 millions de quintaux à la récolte précédente.

La France manquera-t-elle de viande? Non plus.

Le tableau suivant montre les chiffres d’ensemble des diverses catégories du cheptel français depuis le début des hostilités :

ANIMAUX DE FERME EXISTANT EN FRANCE AU 31 DÉCEMBRE DES ANNEES SUIVANTES :

Espèces

Chevaline

(En milliers de têtes)

Mulassière

Asine

Bovine

Ovine

Porcine

Caprine

. Certes, le troupeau français a perdu de son importance. L’effectif du troupeau bovin en particulier, qui était d’environ 15 millions de têtes à la veille de la guerre, n’est plus, au 31 décembre 1916, que de 12 millions de têtes, soit une diminution d’effectifs de près de 2 millions et demi de têtes ; mais il faut compter que, dans ce chiffre de 2 millions et demi de têtes perdues, les dix départements envahis qui, momentanément sont exclus delà consommation générale sont représentés par 900.000 têtes, ce qui réduit à un million et demi la chute du troupeau bovin français.

Ce chiffre de déperdition ne saurait du reste, s’il faut en croire les éleveurs de la Mayenne, l’un des plus riches pays d’élevage de la France, inspirer d’inquiétudes pour l’avenir. Au dernier recensement, on comptait en Mayenne 250.000 têtes de bétail, vaches

laitières ou bœufs de boucherie. Par comparaison avec 1914, il y avait un fléchissement de 30.000 a 40.000 têtes. Mais, de l’avis du président du Syndicat de l’Agriculture de la Mayenne, il ne faut pas y attacher d’importance. Les 90.000 vaches et les 4.000 taureaux qui assurent la perpétuité de la race ne sont pas entamés. Même constatation dans la Sarthe, où le troupeau bovin reste stationnaire a 230.000 têtes. La diminution provisoire du cheptel n’est donc nullement inquiétante pour l’avenir.

Ajoutons que des dispositions sont prises pour que disparaissent les causes principales de la pénurie de la récolte en céréales. Le retour des vieilles classes à la terre, annoncé par le Ministre de l’Agriculture a la Chambre des Députés, rendra à la terre de France 250.000 hommes dont 165.000 sont des chefs de culture qui vont reconstituer leur exploitation disparue. A eux s’ajoutent 55.000 hommes, travailleurs coloniaux ou prisonniers.

« La courbe des productions agricoles de la terre de France va remonter », disait avec raison à la tribune de la Chambre des Députés le Ministre de l’Agriculture.

La force alimentaire de la France, malgré les déficits temporaires que nous venons de constater franchement, est donc d’ores et déjà assurée.

La Force alimentaire de l’Angleterre.

L’Angleterre, de par sa situation géographique, a toujours été un pays de faible production en céréales. Tandis que la production moyenne quinquennale de la France est d’environ 80 millions de quintaux, l’Angleterre n’accuse qu’une production de 17 millions de quintaux. Elle doit donc, en tous temps, avoir recours, en quantités relativement considérables, aux pays exportateurs. Elle le fera cette année, comme elle l’a toujours fait soit avant les hostilités, soit depuis qu’elles ont été déclarées.

, Deux documents nous renseignent sur la force alimentaire de l’Angleterre.

Tout d’abord un discours de M. Lloyd George, premier ministre, t à la Chambre des Communes, du 6 août 1917. M. Lloyd George

1 ne cache pas la vérité. La situation est loin d’être brillante. Elle

ï permet cependant d’espérer une sérieuse amélioration. Nous donnons en entier la partie du discours du premier ministre, relative à ■ la situation agricole :

; « Je me propose aujourd’hui, a dit M. Lloyd George à la Cham-

bre des Communes, de traiter de la situation en ce qui concerne les vivres.

« De bonne heure cette année, j’ai attiré l’attention sur notre position critique en matière de ravitaillement ; depuis lors, surtout grâce à l’énergie de lord Devonport et à l’organisation du contrôle de la marine marchande, la situation s’est très considérablement améliorée. L’année dernière, à cette époque, nos stocks de blé s’élevaient à 6.480.000 quaters : ils sont maintenant de 8.500.000, les stocks d’avoine et d’orge sont également plus élevés ; il y a eu également une économie considérable dans la consommation du pain, ce qui, avec le blutage moins fin, nous a procuré environ 70.000 quaters de plus par semaine.

« La superficie cultivée a été augmentée d’un million d’acres. Il est encore trop tôt pour fournir des indications sur ce que sera la moisson cette année. Si elle est bonne, comme elle promet de l’être, la condition de notre pays au point de vue des approvisionnements sera des plus satisfaisantes.

« Je recommande cependant de continuer l’économie en ce qui concerne les blés ; plus nous économisons chez nous, moins nous devrons puiser au réservoir des États-Unis et du Canada, dont la France et l’Italie ont également besoin. »

Voici maintenant sur l’état des cultures avant la récolte des renseignements publiés par le département d’AgricuIture :

« D’après les correspondants du Board of agriculture and Fhheries, le temps fut généralement chaud et sec en Angleterre et dans le pays de Galles jusqu’à la fin du mois de juillet, et, dans l’ensemble, les conditions atmosphériques furent généralement favorables aux cultures, spécialement dans l’Ouest.

« Les cultures de blé s’améliorèrent durant le mois ; elles sont nettement meilleures dans l’Ouest que dans l’Est du pays ; on prévoit une récolte moyenne dans les comtés bordant la Sevem, mais dans les comtés de Norfolk et de Lincoln, on ne s’attend qu’à une récolte inférieure d’environ 10 0/0 à la moyenne. La récolte de l’avoine, pauvre dans l’ensemble, est très variable suivant les régions : les prévisions sont mauvaises dans les districts producteurs de l’Est; on attend par contre une récolte moyenne et même supérieure à la mioyenne dans le pays de Galles et dans le Nord-Ouest de l’Angleterre.

« Les pommes de terre promettent partout une bonne récolte : en beaucoup d’endroits, dans le Sud, on s’attend à une récolte supérieure de 10 0/0 à la moyenne.

« La récolte du foin fut généralement effectuée en très bonne condition par le beau temps, quoique dans plusieurs districts la fenaison eût été entravée par des pluies intermittentes. La quantité de foin récoltée reste au-dessous de la moyenne.

« La main-d’œuvre manque encore beaucoup, mais les soldats et les femmes sont largement employés dans tout le pays. »

Ces renseignements sont, certes dans l’ensemble, satisfaisants. Mais, quels que soient les chiffres de la récolte, l’Angleterre, répétons-le, n’est pas un pays de céréales. Elle devra pour son alimentation se pourvoir, comme toujours, au dehors. Ce sera donc à sa marine à faire bonne garde sur les envois qui lui seront adressés. Et, comme on le sait, elle n’a jamais failli à sa tâche pour assurer sa protection.

La Force alimentaire de Fltalie.

L’Italie, en temps normal, produit environ 50 millions de quintaux de blé et en consomme 66 millions. Elle importe donc environ 16 millions de quintaux.

Sa récolte, comme cela se vérifie partout, est déficitaire. On l’évalue à 38 millions de quintaux.

Elle devra donc importer 28 millions de quintaux de blé. Comme pour la France et l’Angleterre ce sera pour elle une affaire de transport et d’argent.

La Force alimentaire des £tats«*Unis.

En temps normal, les États-Unis produisent 20 0/0 du blé récolté dans le monde, 22 0/0 de l’avoine, 79 0/0 du maïs. On a calculé qu’ils pourraient nourrir avec ce maïs plus des trois quarts des porcs qui grognent sur la planète.

Ils possèdent encore des troupeaux énormes : 70 millions de bêtes à cornes, 60 millions de moutons, 20 millions de chevaux.

C’est par milliards de francs qu’ils ont déjà envoyé à l’Enterrte leurs produits alimentaires. Voici ce qu’ils ont expédié en Europe avant et depuis la déclaration de guerre, tant à l’Entente qu’aux' neutres :

En 1913-14, ils envoient 640 millions de francs de céréales et farines ; 1.900 millions en 1914-13 ; la même quantité à peu près en 1915-16.

. Pour les produits alimentaires bruts ou préparés, les États-Unis envoient à l’Europe des quantités correspondant à 4.800 millions de francs pour l’exercice 1914-15; ils expédient des quantités équivalentes pendant l’exercice suivant.

En 1913-14, les États-Unis exportèrent en Europe 22.000 chevaux et 5.000 mulets ; ils exportent, en 1914-15, 289.000 chevaux et 66.000 mulets.

Les États-Unis sont désormais, pour les Alliés de l’Entente, un réservoir inépuisable de vivres, de bétail, d’animaux de trait.

Le Ministre de l’Intérieur, M. Lane, disait, dans un discours qu’il prononçait au Carnegie Hall de Washington :

« L’esprit guerrier est magnifique dans les États de l’Ouest où j’ai fait un voyage il y a trois semaines. L’Ouest, comme l’Est, est résolu a mener la guerre jusqu’au triomphe. J’ai traversé des milles et des milles de territoires où partout travaillent des forges embrasées; j’ai vu de solides montagnes d’où le cuivre le plus pur est extrait à la pelle-vapeur; j’ai vu des terres produisant 60 boisseaux de blé, d’autres donnant 400 bushels de pommes de terre par are. Nous ne laisserons pas jeûner nos alliés ; nous ne les laisserons pas sans projectiles pour leurs canons.

Une seule question se pose : celle des transports. La création d’une puissante marine marchande est l’une des grosses préoccupations du jour.

Le Bureau américain de la Navigation réorganisé annonce un programme grandiose. Des commandes ont été passées pour 433 navires d’une jauge totale de 1 .919.200 tonnes. D’autres sont prêtes pour 452 navires, soit autres 2.968.000 tonnes. Les négociations en cours portent sur 257 navires représentant 1.281.000 tonnes. Et 1 50 navires divers fournissent enfin 1 .800.000 tonnes. 1 01 navires allemands ont été, d’autre part, saisis dans les ports américains. Enfin, on estime que la réquisition décidée des navires en construction dans des ports américains pour le compte d’armateurs étrangers ajoutera encore 1 million de tonnes. On obtient ainsi un total global de 10 millions de tonnes nouvelles, alors qu’en juin 1914 la flotte marchande s’élevait à moins de 2 millions de tonnes.

Hommes, argent, vivres, tonnage : tel est l’effort américain, effort

formidable dont les adversaires de l’Entente éprouveront bientôt les effets.

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