‹ Pourquoi l'entente doit vaincreChapitre 9 sur 10 · PUISSANCE ' N D U5TR1EL.LE · texte numérisé non relu

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ses : lesaciers et les ferro-alli âges destinés à la préparation des aciersspéciaux, raluminium, les explosifs, les papeteries, etc. La force et la lumière sont partout transportées. De 1916 à 1918,1e nombre des usinesactionnées en Savoie et en Dauphiné par la houille blanche s’est élevé de 13 à 209. Même activité dans le Massif Central, dans les Pyrénées, partout où la force naturelle peut remplacer le charbon. La houille blanche n’est pas seulement une richesse de la guerre, elle restera, lorsque la paix sera revenue, comme le plus beau fleuron de la couronne industrielle française.

Dans cette promenade à travers l’industrie française, il faut noter encore l’industrie, si longtemps accaparée par l’Allemagne, des produits chimiques et, en particulier, des matières colorantes et de certains produits pharmaceutiques. En 1916, il a été exporté pour environ un milliard de francs de produits colorés de toute nature, dont les teintures ont été fabriquées exclusivement en France. Même activité pour certains produits de la pharmacie courants, que l’Allemagne fournissait avant la guerre et qui sont aujourd’hui fabriqués en France : l’antipyrins, la caféine, l’atropine, le veronal, le formol, etc.

La verrerie de laboratoire, la verrerie médicale, la céramique de grès, cette dernière installée à la manufacture de Sèvres, sont désormais des industries françaises. Longue serait la liste des produits fournis jadis par l’étranger, aujourd’hui fabriqués couramment par l’industrie française, qui saura, après la guerre, conserver la suprématie acquise.

L’industrie textile, richesse des cités du Nord aujourd’hui envahies, a retrouvé sa prospérité avec les fllatures du Centre et de la Normandie. Lyon continue son admirable industrie des soies, avec un tel succès que ses exportations atteignent et dépassent même le chiffre de 1912 (336.623.000 francs).

Il n’est pas jusqu’aux industries des régions envahies qui n’aient su renaître de leurs ruines. Ce sont elles qui ont installé les mer-

veilleuses fabriques d’Elbeuf, de Louviers et du Limousin. Dans la banlieue de Paris, des industriels, chassés de leur pays, s’installent. Une activité intense se constate dans les environs de Grenoble, comme elle se constate à Rouen. Pour ne citer qu’une grande industrie, celle des cuirs et peaux, le personnel, qui en août 1914 était tombé à 23.000 ouvriers, en possèdejaujourd’hui plus de 50.000.

La force industrielle de la France qui se confond avec la richesse du pays, est donc solidement assise. Un seul chiffre relatif au développement de ses ports pendant la guerre le prouvera encore. Les ports français ont manipulé en 1916 un tonnage de 57 millions de tonnes de marchandises, contre 42 millions en 1912. Voilà une constatation qui, à défaut d’autre, lèverait tous les doutes.

La Force industrielle anglaise.

La puissance industrielle anglaise pourrait se traduire par un seul chiffre. Pour les sept premiers mois de 1916, les exportations é taient, à 1 0 millions de 1 ivres sterling près, aussi considérables que celles de la période correspondante de 1914. La statistique montrant, d’un autre côté, qu’à la fin de 1916 la guerre avait réduit de moitié le nombre des travailleurs, c’est donc avec une maind’œuvre réduite de moitié que le Royaume-Uni a pu atteindre à une production égale à celle de l’ avant-guerre. Le rendement par ouvrier a doublé. C’est là un résultat de tout premier ordre. Ce résultat a été obtenu, grâce à des perfectionnements apportés dans les méthodes de travail et dans l’outillage. On a abandonné les vieux errements. On a fait, comme on dit, du nouveau. L’industrie anglaise, dans cette courte période de deux années, s’est entièrement rénovée. On a calculé que, dans les deux premières années de la guerre, l’Angleterre avait Importé des États-Unis pour 200 millions de livres sterling — ,5 milliards de francs — de machinesoutils.

La guerre n’a pas seulement installé en Angleterre la fabrication des canons, des projectiles et des explosifs, dont nous avons montré plus haut le merveilleux développement. Elle a donné naissance à de puissantes et nouvelles industries qui ajouteront leur rendement à la force industrielle anglaise d’avant-guerre. Comme en France, il s’est créé en Angleterre d’énormes fabriques de produits chimiques, d’appareils électriques, de machines, d’outils, de verrerie, etc. Tous ces produits étaient demandés autrefois à l’étranger, en grande partie à l’Allemagne. Ils seront désormais fabriqués dans les usines anglaises. Ce seront des produits exclusivement anglais qui seront jetés sur le marché, non seulement de la métropole, mais de ses colonies.

Il n’est pas inutile de reproduire ici une dépêche toute récente, datée de Londres, 10 janvier 1918:

Londres, 10 janvier.

La nouvelle de la capture par la science anglaise des procédés de teinture allemands a provoqué une vive sensation dans les milieux intéressés.

On y voit en effet la possibilité pour le commerce britannique d’échapper à l’emprise teutonne dans une industrie où l’Angleterre était presque absolument tributaire des firmes d’outre-Rhin et les principales maisons qui, à Leeds, Manchester, Huddersfield, etc., se sont spécialisées dans la fabrication des colorants ne cachent pas leur satisfaction.

Interviewé, M. Rowe, de l’Ecole de technologie de Manchester, qui se rendit spécialement en Suisse pour expérimenter les 257 recettes de la compagnie badoise de teinture, a confirmé que toutes les épreuves auxquelles il soumit les formules à examiner ont donné des résultats concluants.

On comprendra l’importance de l’acquisition par nos alliés des secrets teutons lorsqu’on saura qu’avant la guerre le commerce de colorants en Grande-Bretagne s’élevait à 50 millions de francs, dont un dixième seulement était fabriqué par l’industrie nationale.

Quand on considère l’immense effort industriel accompli par l’Angleterre depuis le commencement de la guerre, on ne peut manquer d’être frappé d’admiration. Rien n’existait en Angleterre qui pût

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fournir d’armes, de munitions, de vêtements, des mille besoins de la guerre, une armée, spontanément créée, de 5 millions d’hommes* Il fallut adapter à la guerre de multiples industries qui y étaient complètement étrangères. Au commencement de 1916, 2.500 usines travaillaient, sur toute l’étendue du royaume, pour le compte du gouvernement britannique. Au commencement de mars 1917, le nombre des usines avait été porté à 4.770 et il augmente encore de jour en jour. On se fera une juste idée de l’activité qui règne dans les établissements métallurgiques anglais quand on saura que le nombre total des hommes qui y sont employés peut être fixé à 2 millions. 500.000 femmes sont employées à la fabrication des munitions.

L’activité industrielle d’un pays n’a pas de critérium plus sûr que sa consommation de charbon, L’Angleterre produisait, avant la guerre en 1913, 287 millions de tonnes de houille, sur lesquelles elle exportait 73 millions de tonnes. Restaient, pour la consommation du Royaume-Uni, 214 millions de tonnes. En 1916, l’Angleterre a extrait 255 millions de tonnes — ce léger fléchissement s’explique par le départ d’un certain nombre de mineurs pour la guerre — et exporté 38 millions de tonnes, laissant a la consommation intérieure 217 millions de tonnes. C’est le chiffre d’avântguerre. La force industrielle anglaise n’a donc point varié. Elle est aujourd’hui ce qu’elle était hier, formidable. Encore deux chiffres. Avant la guerre, l’Angleterre produisait 7 millions de tonnes d’acier; elle produit aujourd’hui (juin 1917) 10 millions de tonnes. Elle fabrique quinze fois plus d’acide sulfurique qu’avant la guerre.

La Force industrielle italienne.

La force industrielle italienne est, elle aussi, considérable. Les exportations de 1913 se chiffraient à 2 milliards 591 millions et à 2 milliards 230 millions en 1914. Le fléchissement est

négligeable après l’entrée en guerre. En 1915, les exportations étaient de 2 milliards 536 millions et de 2 milliards 293 millions en 1916. Les exportations en France, qui étaient de 231 millions en 1913, montent à 494 millions en 191 6. Même augmentation pour les exportations vers l’Angleterre, la Suisse, les Indes anglaises, l’Égypte.

Comme chez les autres Alliés de l’Entente, les industries sidérurgiques et mécaniques sont, en Italie, en remarquable progrès. En 1916, les usines sidérurgiques italiennes ont monté plus de vingt nouveaux fours Martin de grande et moyenne portée. L’industrie du four électrique s’est également développée. L’industrie mécanique, depuis que la guerre a éclaté, a donné d’admirables preuves de capacité et de puissance. On en peut dire autant de la métallurgie qui a su, en peu de temps, substituer les produits italiens à beaucoup de ceux qui venaient entièrement ou en grande partie de l’étranger. Grande extension aussi des industries électriques, actionnées par la houille blanche. Toutes les sociétés de la Haute-Italie qui exploitaient cette industrie s’occupent déjà d’accroître leurs installations hydro-électriques et d’en construire de nouvelles, afin d’être en mesure de suivre les progrès industriels d’après-guerre.

On peut noter aussi le brillant réveil des industries chimiques italiennes et leur progrès. En dehors de l’intensive production des explosifs, des fabriques nombreuses se sont élevées qui augmenteront d’autant, une fois la paix revenue, la force industrielle du royaume allié.

La Puissance industrielle américaine.

Les Etats-Unis peuvent être considérés comme le premier pays industriel du monde. A eux seuls, ils produisent 36 0/0 de la houille et 62 0/0 du pétrole, 52 0/0 du cuivre, 50 0/0 de l’aluminium, 41 0/0

du fer, 36 0/0 du zinc, 32 0/0 du manganèse, 29 0/0 du plomb» 22 0/0 de l’or, 20 0/0 de l’argent, récoltés sur la planète. Ils produisent à eux seuls à peu près autant de minerai de fer que la France, l’Allemagne et l’Angleterre réunies.

Avant la guerre, les États-Unis produisaient 50 millions de tonnes de minerai de fer ; en 1916, ils en produisaient 84 millions. La production de la fonte et de l’acier augmente dans les mêmes proportions ; 24 millions en 1914, 41 millions en 1916. Quant à la capacité productive des puissantes usines sidérurgiques américaines, il suffira, pour s’en convaincre, de citer un seul chiffre ; une grande Compagnie de Bethléem, la Bethléem Steel C®, enregistre à elle seule une production supérieure de 50 0/0 à celle des fameuses usines allemandes d’Essen.

C’est à l’Amérique que la France et l’Angleterre ont eu recours, pour se fournir de machines-outils nécessaires à la fabrication de leurs usines de guerre nouvellement installées. Les usines américaines ont envoyé sur le continent des milliers de tours à projectiles, de raboteuses, d’aléseuses, etc., destinées au finissage des obus de tous calibres.

La Compagnie de Bethléem s’est spécialement consacrée à la construction du canon de gros calibre. Elle a fourni aux armées de l’Entente de nombreux obusiers de campagne et des pièces de tous calibres.

Les aciéries américaines ont également envoyé aux pays de l’Entente un tonnage considérable de barres d’acier pour la fabrication des obus de petit calibre.

Les ateliers américains ont envoyé à l’Entente des locomotives destinées notamment au transport de grosses pièces d’artillerie.

La richesse des États-Unis en minerais de cuivre, de zinc et de plomb assure à l’Entente la possession des métaux si utiles à la guerre. Les plus puissantes usines de cuivre du monde sont celles de l’Arizona et d’ Anaconda, qui produisent par an 550.000 tonnes,

alors que la production mondiale ne dépasse pas un million de tonnes.

On sait que la cuivre fournit, par ses alliages, le bronze et le laiton. Les douilles des obus sont en laiton. Les ceintures des obus sont en cuivre. Les balles de fusil sont en plomb, comme celles des shrapnells.

Avant la déclaration des hostilités, les États-Unis exportaient environ pour 900 millions de francs de métal ; ils en ont exporté pour 3 milliards par an en 1915-16. Ils exportaient pour environ 200 millions de francs d’automobiles, ils en ont exporté pour 750 millions en 1915-16. Ils ont envoyé en Europe, aux pays de l’Entente, pour 2 milliards 300 millions d’explosifs en 1915-16; ils en ont envoyé pour plus de 4 milliards et demi en 1916-17.

Voici un tableau qui montrera, d’une façon saisissante, tout ce que l’Amérique a fait pour l’Entente.

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