‹ Pourquoi le roman immoral est-il à la mode?Chapitre 2 sur 15 · II. — La GRANDE FORGE DU ROMAN IMMORAL · texte numérisé non relu

II. — La GRANDE FORGE DU ROMAN IMMORAL

Il faut tenir compte, tout d'abord, d'un avantage inhérent à Timmoralité elle-même, c'est-àdire la faculté qu'elle a de délecter l'homme faible ou vicieux par les moyens qui lui sont propres, en éveillant, par certaines peintures, les plus mauvais instincts du cœur humain. L'homme d'affaires sans scrupules a plus de moyens de s'enrichir que n'en a le commerçant consciencieux, puisqu'il dispose des mêmes moyens que celui-ci, et, en outre, de certains autres dont son concurrent ne peut user. De même, le romancier corrupteur qui a du talent peut séduire les lecteurs par deux moyens à la fois : son mérite littéraire, et l'attrait malsain du sujet sur lequel s'exerce ce talent. En admettant même^ par exemple, que celui de Zola soit très grand — ce qui est contesté par de sérieux critiques, cela ne suffirait pas à ex-

pliquer la vente énorme de ses ouvrages. Evidemment, les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de ceux qui le lisent^ pour le moins, cherchent dans ces pages dégoûtantes autre chose qu'un régal littéraire, et le même talent ne leur aurait rien dit s'il s'était appliqué à embellir des sujets décents. La vérité que nous constatons ici est tellement évidente qu'il est inutile d'insister.

Mais cet avantage de la littérature immorale existe dans tons les pays et dans tous les temps. Il ne suffit donc pas à expliquer le triomphe partiticulier de celle-ci dans notre France contemporaine. Si le penchant que nous venons d'analyser est une force qui agit toujours et partout dans le môme sens, il n'en est pas moins vrai que d'autres forces, plus ou moins grandes selon les sociétés, peuvent lui faire obstacle, et, en certaines circonstances, la réduire absolument à néant. Il faut croire que ces obstacles n'existent pas chez nous au même degré qu'ailleurs^ et que les auteurs disposés à corrompre le public jouissent dans notre pays, tristement privilégié à ce point de vue, de facilités singulières, qu'ils chercheraient inutilement dans d'autres milieux.

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