VIII. — Sur quelles forces s'appuie le
BOMAN HONNÊTE
C'est un fait reconnu, depuis Le Play^ que la désorganisation de la famille se trouve à la base de tous les désordres sociaux. Nous avous vu que le roman corrupteur ne pourrait pas triompher comme il le fait s'il n'existait pas un milieu préparé à le recevoir, et si ce milieu n'était constitué, en grande partie, par des familles où Ton fait bon marché de !a fidélité conjugale. Nous avons vu qu'autour de ce noyau vient naturellement se ranger la foule de ceux qui, sans rentrer précisément dans cette catégorie de désorganisés, n'éprouvent aucune répugnance pour ce genre de désordres, et, par conséquent, seraient prêts à se laisser em.brigader à la première occasion dans ce contingent d'irréguliers. En regard de cet élément social, plaçons l'élément contraire, c'est-àdire l'ensemble des familles chrétiennes, et demandons-nous pourquoi le second élément est incapable, en Tétat actuel des choses, de triompher du premier.
Cet élément sain et honnête forme, dans la société, une masse respectable, eu égard au double sens de ce mot. Non seulement les familles honnêtes sont estimées, mais elles sont nom-
breuses, les plus nombreuses peut-être, et aucune société ne serait possible si la raréfaction de cet élément s'accusait par trop. Or, comme nous le disions en commençant, il serait étrange et inexplicable que, sur le grand nombre d'individus qu'il comprend, aucun ne naquît avec les dispositions littéraires qui se constatent si fréquemment dans le camp adverse. Il faut donc que des causes spéciales, inhérentes au milieu, empêchent ces talents en herbe d'atteindre leur plein développement. En un mot, représentons deux talents par deux graines, et semons-les, Tune dans le terrain que nous venons d'analyser, l'autre dans celui où nous pénétrons. Force nous sera d'avouer que la germination et la croissance seront plus favorisées dans le jardin des gens malhonnêtes que dans celui des honnêtes gens.
Ce qui rend le premier fécond, nous avons tâché de le dire. Ce qui rend le second infécond n'est pas moins utile à observer.
Parmi les familles honnêtes qui pourraient constituer le ce milieu » du bon roman, il en est un bon nombre qui, à ce point de vue doivent être considérées comme des non-valeurs, et défalquées de la masse.