‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 10 sur 29 · Voir Le Matin, 12 novembre · texte numérisé non relu

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sur les Vosges et m Lorraine. » On ne saurait faire un reproclie à rélat-major allemand d'avoir « joue » le nôtre; mais on peut se demander s'il fut sage de notre part de prendre l'offensive à Charleroi alors que nous devions déjà connaître l'énorme supériorité numérique des armées allemandes ayant pénétré en Belgique. Par contre, il est probable que si les 50 corps d'armée de l'Allemagne s'étaient jetés sur la France sans franchir la Meuse et en une masse compacte, on n'aurait pas pu les arrêter avant qu'ils eussent atteint Paris. En s'étendant depuis Charleroi jusqu'à Belfort, ils se donnèrent un front si vaste qu'il manquait de profondeur et qu'ils ne purent pas empêcher le généralissime Joffre de reconstituer les armées françaises et de reprendre sur la Marne et l'Ourcq, avec le concours de l'armée de Paris, une offensive qui n'eût pas été possible contre une masse plus compacte. « La France, dit le général Bonnal, en faisant allusion à la victoire de la Marne, était sauvée. » Elle était sauvée grâce à l'admirable vaillance de nos troupes, à la confiance qu'avait su leur inspirer le sang-froid doublé d'habileté de leur chef et à l'initiative hardie que prit le général Galliéni en envoyant sur l'Ourcq toute la partie combattante de l'armée de Paris; elle était sauvée aussi par la faute que les Allemands avaient commise en étendant leur front au delà des limites indiquées par la véritable science militaire.

Après la bataille de la Marne, ils furent contraints par l'immense étendue de leur front, de s'accrocher au sol, de s'y enterrer dans des tranchées et des carrières qui leur permirent, il est vrai, de ne pas trop reculer, mais condamnèrent leurs armées à la situation de troupes assiégées, c'est-à-dire impuissantes pour de nouvelles actions offensives. Ils ont pu ainsi continuer d'occuper les départements envahis, mais tandis que leurs troupes restaient impuissantes, les Français et les Anglais augmentaient considérablement leurs effectifs,

fabriquaient des fusils, des canons, des projectiles et des poudres et se préparaient pour le jour où les circonstances permettraient une offensive énergique et décisive. Dans un discours prononcé à Strasbourg le 25 mai 1905, Guillaume II avait indiqué comme procédés supérieurs de tactique « les tranchées et les fils de fer »; ses leçons n'ont été que trop bien suivies par ses généraux. En renonçant à la guerre de « mouvements » ils se sont condamnés à la défaite.

En résumé, ni dans l'organisation de leur armée et l'incorporation de leur jeunesse, ni dans la tactique imposée à leurs troupes, ni dans la conception de leur artillerie, ni dans la conduite de leurs armées, les hautes autorités militaires et le gouvernement de l'empire germanique n'ont justifié leurs prétentions à être les maîtres ès sciences militaires. Ils ont fait du colossal, non du (( scientifique » et c'est pour cela que, fatalement, ils seront vaincus. Ils l'auraient été beaucoup plus vite si nos autorités militaires n'avaient pas été arrêtées dans la réalisation de leurs conceptions par des considérations dans lesquelles la recherche de la popularité passait avant le souci de la défense nationale.

§ V. — LES FAUTES D ORDRE MARITIME COMMISES PAR l'aLLEMAGNE.

Dans la conception et l'organisation de la marine de guerre allemande, Guillaume II et son gouvernement ont commis un certain nombre d'erreurs dont les conséquences apparaissent aujourd'hui.

Il importe, avant d'en faire l'examen, de noter que contrairement à l'opinion de la plupart de nos journaux, ce n'est pas Guillaume II qui a conçu l'idée de la création d'une marine allemande et qui en a commencé la réalisation. L'honneur en revient à son aïeul Guillaume et à Bismarck. C'est pour avoir des ports sur la mer du Nord qu'ils soulevèrent, en 1863 l'affaire

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dite des « Duchés » et qu'ils s'emparèrent du Sleswig. Ce sont eux aussi qui créèrent le port de Wilhemshaven et entreprirent la construction du canal de Kiel dont l'objet était de permettre aux navires le passage de la mer Baltique dans la mer du Nord et réciproquement, sans emprunter les détroits Scandinaves.

II entrait dans les plans de Bismarck de doter l'empire germanique d'une marine, parce qu'il voulait répandre les produits de l'industrie allemande dans le monde entier, sous la protection du pavillon de l'empire; mais étant hostile à l'expansion coloniale, il ne demandait à la marine de guerre dont il commença l'organisation, que l'exaltation du commerce et de la navigation commerciale de l'Allemagne. En politique habile, il savait que la puissance du nouvel empire ne pouvait s'établir et se consolider qu'à la condition de ne pas créer d'inquiétudes dans les deux grands États européens qui avaient, par leur neutralité, permis à la Prusse de vaincre laFrance etdes'imposer aux Étatsgermaniques.

De même qu'on l'avait vu, en 1875 et en 1887, renoncer à ses projets de guerre contre notre pays devant l'opposition de la Russie dont il redoutait les forces militaires et celle de l'Angleterre qui l'inquiétait par sa puissance navale, on le vit rechercher simultanément l'alliance de la Russie et l'amitié de la Grande-Bretagne, qu'il éloignait ainsi de la France et dont l'attitude bienveillante lui permettait de consacrer toutes ses forces au développement de la puissance économique et militaire de l'empire. Tant qu'il dirigea les destinées de l'Allemagne, la marine dont il l'avait dotée ne provoqua aucune inquiétude parmi les Anglais dont la suprématie maritime restait incontestée.

La mégalomanie puérile de Guillaume II eut vite fait de transformer radicalement cette situation. Deux ans après la retraite à laquelle il condamna brutalement le fondateur de l'empire germanique, les liens d'amitié et d'intérêts qui unissaient l'Allemagne à la Russie étaient

rompus et les défiances de l'Angleterre s'éveillaient.

Lorsque Guillaume 11 déclara solennellement : a Notre avenir est sur mer », toute l'Europe comprit qu'à la puissance militaire dont Bismarck avait doté l'Allemagne il rêvait d'ajouter une puissance maritime non moins grande. Lui-même, du reste, laissa percer ses ambitions dès que la flotte de l'empire germanique eut acquis une certaine valeur. Au fur et à mesure que le nombre, la dimension et la force des cuirassés allemands s'accroissaient, les discours du Kaiser s'amplifiaient, ses appétits de conquêtes s'avivaient et l'audace de sa parole s'accroissait, jusqu'au jour où, à Brème, il formula son rêve « d'empire mondial » qui grisa l'Allemagne.

Depuis ce jour, le delenda Briiannia devint la marotte de son cerveau déséquilibré et celle de son peuple. S'il continua de faire construire des navires de guerre, c'était avec la pensée de les lancer un jour contre ceux de la Grand-Bretagne et d'en user pour la conquête des colonies britanniques, que dis-je? pour la prise de possession de la Grande-Bretagne elle-même.

Alors se produisent des avances publiques, confidentielles ou secrètes à la France et aux Français, avec l'aveu que s'il recherche notre amitié, c'est pour la tourner au profit de ses ambitions mondiales et contre la puissance maritime à laquelle il veut substituer celle de son propre empire. Et comme ni le gouvernement français ni la plupart des hommes d'État français ne consentirent à devenir les complices de ses envies ou de ses haines, il décida d'écraser la France avant d attaquer l'Angleterre.

L'opposition faite par le gouvernement britannique, en 1912, à son désir de s'emparer d'Agadir, dont il aurait pu faire un port de guerre dominant l'entrée de la Méditerranée et les routes de l'Afrique, avança l'heure du conflit par lequel l'Europe est, aujourd'hui, ensanglantée. Il n'y a pas un journaliste, un orateur, un homme d'État, un citoyen quelconque de l'empire ger-

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mailiqiic qui, à partir de rhumiliation subie par l'orgueil allemand devant Agadir, n'ait juré de détruire l'Angleterre, en passant sur le corps de la France, si la France ne reniait pas l'amitié anglaise.

L'illusion qu'un jour la flotte allemande pourrait détruire la flotte britannique fut le seul motif qui conduisit Guillaume II à rejeter les propositions maintes fois faites par le gouvernement libéral anglais de procéder à une limitation des constructions navales des deux côtés de la mer du Nord. Guillaume voulait avoir une marine plus forte que celle de la Grande-Bretagne; il n'admettait pas que les réalisations de sa volonté fussent arrêtées par une convention internationale quelconque. Les conventions étaient bonnes pour les « faibles »•, les forts devaient les dédaigner. Dans son infatuation d'impulsif, il ne voyait pas que la Grande-Bretagne, n'ayant pas d'autres forces de guerre à développer que celles de sa marine, pouvait faire pour leur création et leur entretien des sacrifices devant lesquels, inévitablement, l'Allemagne, puissance avant tout militaire, serait contrainte de reculer.

Le fait s'est produit. Malgré des efforts inouïs, l'Allemagne n'est jamais parvenue à atteindre la faculté de construction des chantiers anglais, et la flotte britannique s'est constamment maintenue supérieure de 60 p. 100 à la flotte germanique, conformément aux décisions du gouvernement et du parlement de la Grande-Bretagne.

Conscientes de leur infériorité, les escadres de Guillaume 11 n'osent pas sortir de leurs ports; elles abandonnent à celles de l'Angleterre et de la France la maîtrise absolue des mers européennes, en condamnaqt l'empire germanique à un blocus dont les effets commencent de se faire sentir sur son alimentation et ses approvisionnements militaires.

Dans l'espoir de compenser cette faiblesse, l'amirauté allemande a tenté de faire pratiquer à un certain nom-

bre de ses croiseurs la guerre de course. Elle y a obtenu quelques succès, particulièrement dans l'Océan Indien et dans le Pacifique; le commerce britannique y a perdu une cinquantaine de bâtiments; mais, comme il arrive toujours en pareil cas, ces succès furent éphémères : les croiseurs allemands qui couraient les mers ont été coulés les uns après les autres ou bien internés dans les ports neutres où ils s'étaient réfugiés.

Dès le début de la guerre le Gœben et le Breslau, dans la Méditerranée, n'échappèrent à nos croiseurs et à ceux de l'Angleterre qu'en se réfugiant dans les Dardanelles où ils furent achetés par les Turcs. Plus tard, VEmden, qui avait fait d'assez importantes prises dans l'Océan Indien, fut coulé près de l'île des Cocos par un croiseur anglais, tandis que quatre canonnières allemandes et le croiseur autrichien Kaiserin-Elisabeth périssaient dans le port de Kiao-Tchéou pris par les Japonais. Dans le Pacifique, une escadre allemande commandée par l'amiral von Spee avait détruit deux vieux cuirassés anglais dans les eaux chiliennes, mais elle était battue bientôt, près des îles Falkland, par une escadre envoyée d'Angleterre et perdait sur place quatre de ses croiseurs sur cinq. Dans l'Atlantique, le croiseur allemand Kœnisberg était embouteillé dans une rivière africaine, tandis que, dans le Pacifique, le Geier était interné à Honolulu. Vers le milieu du mois de décembre, le pavillon germanique n'était plus porté dans les océans lointains que par trois ou quatre navires dont l'existence était condamnée. Le 15 mars, après la destruction du Dresden par les Anglais il ne restait plus à la mer que le Karisruhe. Une fois de plus était confirmée cette loi, dont la France souffrit gravement sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, que la guerre de course devient rapidement impuissante lorsque les croiseurs ne sont pas appuyés par de fortes escadres.

Ayant échoué dans la guerre de course, l'amirauté allemande conçut le projet de pratiquer la guerre de

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surprise, avec des croiseurs rapides, contre les villes ouvertes. Le 17 décembre 1914, des croiseurs allemands exécutèrent un raid contre les ports ouverts anglais de Harthpool, Scarborough et Whitby, bombardèrent des maisons et tuèrent ou blessèrent un certain nombre de personnes. Sans utilité pratique au point de vue militaire, les opérations de ce genre sont tellement contraires à la plus vulgaire morale et aux principes du droit international que leur seul effet consiste dans la surexcitation du sentiment patriotique. A la suite du bombardement des trois ports nommés plus haut, il se produisit dans toute la Grande-Bretagne une forte reprise des engagements volontaires. Le 24 janvier, l'amirauté allemande fît procéder à un raid analogue à celui dont il est question plus haut, mais la flotte anglaise était en défiance. Les croiseurs allemands furent surpris par une escadre de croiseurs-de-bataille anglais très forts; ils prirent la fuite mais l'un d'eux, le Blûcher, qui avait déjà participé au raid du 17 décembre, fut coulé et deux autres subirent des avaries importantes. L'Allemagne a pu en déduire que les raids contre des villes ouvertes ne sont pas toujours sans danger pour les navires qui les exécutent.

L'amirauté allemande avait beaucoup compté sur les sous-marins pour détruire les cuirassés et croiseurs ennemis. Au début de la guerre, trois croiseurs-cuirassés anglais furent en effet coulés par des sous-marins. Ils n'étaient sans doute pas suffisamment éclairés et commirent la faute de vouloir se prêter réciproquement secours. En décembre, un vieux cuirassé anglais fut encore coulé dans la Manche par un ou deux sous-marins. Deux ou trois navires de commerce anglais subirent le même sort dans le PaS de Calais ou la Manche. Le Jean- Bart reçut une torpille dans son avant au cours d'une expédition où il était isolé dans l'Adriatique, mais il ne fut que légèrement endommagé. A la fin de janvier aucun autre fait de même nature ne s'était produit.

40 rOURQUOI LES GERMAINS SERONT VAINCUS

Par contre des navires français et anglais ont pu bombarder pendant des journées entières, à maintes reprises, les batteries allemandes des côtes belges sans subir la moindre attaque des sous-marins allemands. Ceux-ci et ceux de l'Autriche se sont également montrés impuissants à l'égard des très nombreux navires par lesquels les troupes anglaises et celles des colonies françaises ou anglaises ont été transportées sur le continent pour prendre part aux opérations militaires du nord de la France et de la Belgique.

Ces faits confirment l'opinion émise par un certain nombre de nos offlciers et par moi-même que les sousmarins sont à peu près impuissants contre les grands bâtiments à artillerie autour desquels des contre-torpilleurs ou des torpilleu'rs de haute mer exercent une surveillance attentive.

L'amirauté allemande a tenté une autre sorte d'emploi des sous-marins qui, à première vue, semblait devoir être efficace : elle a décidé, en janvier 1915, de les employer à la destruction des navires de commerce des belligérants ou des neutres qui tenteraient de pénétrer dans les ports de la Grande-Bretagne ou dans ceux du nord de la France. Quelques navires de diverses nationalités furent en effet coulés de la sorte, mais ces quelques unités étaient bien peu importantes par rapport aux huit ou dix mille navires marchands qui courent les mers. Au bout d'une quinzaine de jours, l'impuissance des sous-marins dans cette besogne inhumaine et contraire au droit international devint manifeste. L'amirauté allemande en fut pour le ridicule d'avoir tenté d'effrayer le commerce mondial avec deux douzaines de sous-marins, dont quelques unités seulement purent agir et dont plusieurs furent détruites.

Se sentant incapables de faire protéger leurs côtes ou de menacer celles de l'ennemi par des escadres offensives qui sont inférieures à celles de l'Angleterre et de la France et par des sous-marins, les amirautés

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allemande et autrichienne eurent, dès le début de la guerre recours aux mines flottantes. Elles en posèrent en abondance et un peu partout dans la mer du Nord d'une part, dans l'A^driatique de l'autre. Elles y mettaient d'autant plus d'ardeur que leur navigation marchande devait être rendue à peu près impossible par le fait que la maîtrise absolue de la mer allait appartenir à l'Angleterre et à la France. Dans la pose de ces engins destructifs, l'Autriche et l'Allemagne ne tinrent, du reste, aucun compte des prescriptions de la convention sur laquelle, l'une et l'autre avaient, à la Haye, apposé leur signature. Afin de rendre ses opérations de pose plus faciles, l'amirauté allemande employa des navires neutres en plusieurs circonstances que l'amirauté anglaise a signalées^ Dès les premières heures de la guerre, des navires furent coulés par les mines allemandes et autrichiennes, navires de guerre et navires marchands, et ni l'Allemagne ni l'Autriche ne furent épargnées dans ces pertes qu'elles avaient elles-mêmes provoquées. Dès les premiers jours, un contre-torpilleur allemand fut coulé dans la mer du Nord, par une mine allemande et un torpilleur autrichien subit le même sort, dans l'Adriatique, par le fait d'une mine autrichienne. Mais ce fut la navigation des neutres qui souffrit le plus cruellement. L'Angleterre, non seulement avait évité de poser des mines mais encore avait organisé un service spécial pour les relever, afin de maintenir la liberté de la navigation. Le 22 août 1914, elle attirait l'attention des puissances neutres sur les dangers, auxquels les navires se trouvaient exposés dans la mer du Nord, par suite de la pose des mines allemandes. Le Danemark, la Suède et la Norvège avaient, de leur côté, placé des mines dans le grand Belt et à l'entrée de leurs ports, en prévenant les navigateurs des précautions à prendre.

A la fin du mois de septembre, une quinzaine de navires de commerce dont huit anglais, cinq danois, un

norvégien et un suédois ayant été coulés par les mines allemandes dans la mer du Nord, l'Angleterre prit une mesure radicale : elle ferma elle-même par des mines la mer du Nord et le Pas de Calais, en ne laissant ouvert à la navigation qu'un étroit passage dans l'Ouest, (c L'amirauté britannique alors a déclaré la mer du Nord zone militaire et a prévenu les navigateurs des graves dangers auxquels ils seraient exposés en raison soit des mines mouillées, soit des navires de guerre exerçant un service de surveillance, s'ils pénétraient dans cette zone, excepté dans les parties strictement énoncées par l'amirauté. A partir du 5 novembre, les navires qui passeraient une ligne partant du point nord des îles Hébrides (à l'ouest de l'Écosse) par les îles Féroé pour aboutir à l'Irlande, ne pouvaient le faire qu'à leurs risques et périls, et les navires désireux de commercer avec la Norvège, la Baltique, le Danemark, la Hollande doivent passer par la Manche et le Pas de Calais, longer la côte est de la Grande-Bretagne jusqu'à File Farne, d'où une route sud leur est indiquée pour se rendre jusqu'au phare de Lindesnœv (pointe sud de la Norvège); de là ils peuvent suivre leur destinationi. » Malgré ces précautions, de nouveaux accidents se sont produits, soit dans la mer du Nord ellemême, soit en dehors, car l'Allemagne fit poser des mines, probablement au moyen de navires portant un pavillon neutre, jusque dans le voisinage des côte^s occidentales de l'Irlande. D'autre part, des sous-marins purent franchir le barrage des mines du Pas de Calais pour aller torpiller des navires de commerce dans la Manche.

Instruments aveugles d'une guerre contraire à la morale humaine et aux conventions internationales, les mines allemandes firent, en somme, encore plus de mal, directement ou indirectement, à l'empire germa-

1 . Voir Rousseau, La Guerre de Mines, in Temps, 9 décembre 1914.

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nique qu'aux ennemis de l'Allemagne et aux neutres. Non seulement elles coulèrent des navires de guerre allemands, mais encore elles déterminèrent l'établissement du blocus de la mer du Nord par l'Angleterre.

L'infériorité des Hottes allemandes et autrichiennes par rapport aux flottes de l'Angleterre et de la France a eu pour conséquence la perte des colonies de l'empire germanique. Maîtresses absolues des océans, l'Angleterre, la France et le Japon ont eu vite fait de s'emparer des territoires sur lesquels flottait le pavillon de l'empire germanique. Dès le mois d'août 1914, le Togo fut occupé par un corps expéditionnaire franco-anglais et les îles Samoa furent prises par des troupes anglaises de la Nouvelle-Zélande appuyées par le croiseur français Montcalm. Au mois de septembre, les navires de l'Australie anglaise s'emparèrent de la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Poméranie allemandes. Pendant le même temps, une expédition franco-anglaise entreprenait la conquête du Cameroun. Au mois de novembre, les Japonais s'emparaient, en Chine, de la colonie allemande de Kiao-Tcheou. pour laquelle Guillaume II avait fait d'énormes sacrifices et qui avait à ses yeux une importance accrue par la haine et la crainte que le Japon lui inspirait. Dans l'Afrique centrale les Belges et les Français ont entrepris de chasser les Allemands des territoires que la France leur a concédés en 1911 par la convention du Maroc. Celle-ci, du reste, se trouve annulée par la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France. Parmi les motifs qui poussèrent Guillaume à déclancher la guerre se trouvait le désir de prendre toutes nos colonies; il se trouve que déjà l'Allemagne a perdu toutes celles qu'elle possédait.

Guillaume II n'a pas compris que si la marine et les^ colonies sont des éléments de puissance morale d'une immense valeur, elles exigent de la part de la nation qui les veut posséder une politique essentiellement pacifique. S'il avait étudié avec quelque esprit critique

l'histoire du règne de Louis XIV, il aurait co-nstaté que la France fut très puissante, au point de vue maritime et colonial, tant qu'elle eut une politique continentale relativement pacifique. Dès que le roi Soleil conçut la pensée d'établir son hégémonie sur l'Europe et se lança dans la politique des conquêtes continentales, il lui devint impossible de maintenir sa marine dans l'élat de force que lui avait fait atteindre Colbert et il vit nos colonies passer aux mains de l'Angleterre, tandis que de formidables coalitions européennes se formaient, contre lui et le condamnaient à subir la ruine de ses ambitions^ avec la perte de ses conquêtes.

Guillaume II apprendra, en somme, à ses dépens et aux dépens des populations allemandes, qu'il est impossible à une nation quelconque, si riche et si forte soit-elle, de pratiquer simultanément une politique de conquêtes militaires continentales et une politique maritime et coloniale offensive à travers les océans. L'Angleterre doit l'énorme développement de sa puissance maritime, coloniale, industrielle et commerciale à ce que, depuis la mort de Cromwell, elle a renoncé à la politique de conquêtes européennes qui avait été conçue par le grand dictateur militariste.

Grâce à l'extraordinaire développement pris sous l'impulsion de Bismarck par l'industrie, le commerce, la marine marchande et l'émigration allemande, l'empire germanique avait acquis dans le monde entier une situation que jamais aucun peuple ni aucun gouvernement n'avait obtenue. Guillaume 11 n'a pas compris que pour conserver cette admirable position, il ne devait user de sa marine que comme d'un instrument de défense d'une expansion résolument pacifique. En la créant pour dominer l'univers et fonder un empire mondial, il l'a condamnée à l'impuissance et a préparé la

1. Voir J.-L. de Lanessan, Notre Défense maritime, 1913 (Paris, F. Alcan).

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raine de son empire car il a soulevé contre ses ambitions tous les peuples qui prétendent conserver leur indépendance et user de ce qu'ils considèrent comme leurs droits nationaux.

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