‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 12 sur 29 · Voir La Liberté, 4 novembre · texte numérisé non relu

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notre littérature et c'est là ce qui dans la vôtre nous choque le plus » ne se doutait pas que les idées d'honneur, de gloire, de vertu, de droit deviennent des puissances plus grandes que la « force » lorsqu'elles ont été inspirées pendant une longue série de générations à tous les membres d'une société humaine par les pères et les mères, par les maîtres des écoles et des universités, par les écrivains et les orateurs, par tous les hommes que cette société vénère et devant lesquels ses membres s'inclinent unanimement parce qu'ils représentèrent, en même temps qu'un haut idéal, les philosophies les plus audacieuses comme les religions les plus mystiques.

Les Germains ne savent pas, ne peuvent pas savoir, en raison de l'éducation qu'ils ont reçue, que cet idéal est la puissance la plus grande de toutes celles qui existent au monde et qu'il est vraiment « scientifique », tandis que le soi-disant <( réalisme » de la culture germaine n'est qu'une conception chimérique d'esprits brumeux et mystiques.

L'incommensurable orgueil et l'excessive confiance en leur puissance militaire inspirés aux Allemands par l'éducation qu'ils reçoivent depuis un demi-siècle et la folle mégalomanie de leur empereur ont aussi rendu l'empire germanique incapable d'apprécier exactement les sentiments et les forces des autres nations. La lecture des documents diplomatiques récemment publiés révèle chez les dirigeants de l'empire germanique une ignorance des réalités et une naïveté incompréhensibles pour quiconque n'a pas étudié de très près l'évolution subie parla mentalité allemande sous l'influence du gouvernement de Guillaume II. N'étaient-ils pas au^ dessous de leur tâche délicate, les ambassadeurs de l'Allemagne et de l'Autriche qui affirmaient à qui les voulait écouter et persuadaient à leurs ministres que la (c Russie céderait » dans l'affaire de la Serbie u comme elle avait toujours cédé )>, qui représentaient l'armée

LA FORCE APPELLE LA FORCE

russe comme inexistante ou inorganisée, et le peuple russe en proie à ranarchie révolutionnaire, qui dépeignaient enfin la Russie comme incapable de supporter le poids militaire, financier et politique d'une guerre? Que peut-on penser de ce chancelier de l'empire, de ce ministre des Affaires étrangères d'Allemagne, de cet ambassadeur allemand à Londres qui s'imaginaient pouvoir amener l'Angleterre, non seulement à laisser violer la neutralité de la Belgique et écraser la France, mais encore à contraindre, par la menace de sa flotte, le gouvernement français à violer son traité d'alliance avec la Russie? Guillaume II, son chancelier, ses ministres, ses ambassadeurs ignoraient-ils que la Grande- Bretagne avait en 1875, puis en 1887, et, enfin, au moment d'Agadir, pris parti pour la France contre l'Allemagne, en manifestant par ses actes le regret d'être restée neutre en 1870 et de n'avoir pas compris alors le danger qui résulterait pour l'Angleterre ellemême de la formation d'un grand empire militaire au cœur de l'Europe? Ignoraient-ils que la Grande- Bretagne s'était toujours dressée contre les gouvernements qui tentèrent d'imposer leur hégémonie à l'Europe? Ne connaissaient-ils pas l'histoire de Louis XIV et celle de Napoléon I"? Gomment pouvaient-ils être assez naïfs pour supposer que l'Angleterre laisserait l'empire germanique s'établir à Anvers, à Dunkerque ou à Calais, s'emparer de la Tunisie, de l'Algérie et du Maroc qui le rendraient maître de la Méditerranée, de l'Egypte, de la route des Indes, s'annexer des colonies françaises qui lui assureraient une situation considérable dans la mer Rouge, dans les mers extrême-orientales, dans le Pacifique et dans l'Atlantique? Guillaume II et ses serviteurs ne faisaientils point preuve de la plus enfantine naïveté, lorsqu'ils proposaient à sir Edward Grey de livrer à l'Allemagne les colonies françaises en attendant l'heure où elle pourrait prendre les colonies anglaises? Pouvaient-ils

supposer les Anglais assez slupides pour ne pas se douter que Técrasement de la France et la défaite de la Russie seraient iatalement suivies de Tatlaque de l'Angleterre réduite à ses seules forces et isolée en Europe? Quelle opinion peut-on avoir de ce sous-secrétaire allemand aux Affaires étrangères qui, en pleine guerre, lorsque l'avenir de l'Europe se joue sur les champs de bataille de la Belgique, de la France, de la Prusse orientale, de la Galicie et de la Bukovine, déclare naïvement à un député hollandais que la victoire de l'empire germanique serait suivie de l'absorption économique de la Hollande, du Danemark, de la Suède, de la Norvège et sans doute de la Suisse? Comment expliquer la mentalité de ces professeurs allemands qui, à la même heure, affirment que si l'empire germanique a provoqué la guerre, c'est pour (( organiser » l'Europe? Lorsque Guillaume II et ses ministres ont contraint la Turquie de déclarer la guerre à l'Angleterre, à la France et à la Russie et de proclamer la guerre sainte, ont-ils été assez aveugles et assez ignorants pour ne pas se douter que l'entrée en scène des Turcs provoquerait inévitablement, a une heure donnée, celle des Roumains, des Bulgares, des Grecs, voire des Italiens, et qu'il y aurait beaucoup de chances pour que tous ces peuples se tournassent plutôt vers la Triple- Entente que vers la Duplice austro-germanique? La Turquie n'est-elle pas, en effet, leur ennemie traditionnelle? Son alliance avec l'Allemagne ne devait-elle pas les amener fatalement à les éloigner de cette dernière? Que penser, enfin, des innombrables publications cyniquement mensongères et odieusement brutales répandues par l'Allemagne dans tous les pays neutres pour les gagner à sa cause en les trompant ou en les menaçant? Si les dirigeants de l'empire germanique avaient été doués du moindre sens critique n'auraient-ils pas compris, qu'une heu reviendrait où les mensonges seraient dévoilés, où les menaces provoqueraient l'indignation générale?

LA FORCE APPELLE LA FORCE

§ VII. — l'indignation GÉNÉRALE PROVOQUÉE PAR LA CONDUITE DE l'aLLEMAGNE.

Bismarck, Bernarhdi, von der Goltz et toute l'école militariste allemande ont recommandé de faire aux populations des pays envahis le plus de mal possible afin de les amènera implorer la cessation des hostilités et la pitié du vainqueur. En 1870, Bismarck, leur maître à tous, s'écriait à Versailles, devant Paris en flammes : « Ça ne suffit pas, il faut que nous sentions le roussi d'ici »; et les troupes de Guillaume II ont cru faire acte habile en appliquant avec docilité et amplification les théories de leurs chefs. Mais les généraux, officiers et soldats qui ont massacré, pillé, incendié, bombardé tout le long de leur route ont oublié dans quel temps ils vivaient. Ces procédés étaient, jadis, capables de démoraliser les armées en terrorisant les populations. A notre époque de grande civilisation, ils devaient produire des effets contraires à ceux que Bismarck, Bernahdi et von der Goltz en attendaient. Ils ont fait des héros avec une jeunesse qui renonce à la joie de vivre pour la gloire de mourir; ils ont soulevé contre l'Alle- -magne toutes les femmes qui ont vu massacrer des enfants et des jeunes filles, tous les vieillards qui ont vu fusiller des octogénaires; et cette indignation, cette colère légitime ont franchi les frontières des populations égorgées, des territoires envahis; elles se sont répandues dans le monde entier. Il n'y a pas de peuple, en dehors des Turcs, qui enseignèrent ces horreurs à von der Goltz, chez lequel on n'entende retentir deg malédictions contre la barbarie germanique, où l'on ne trouve stupide et criminelle la rage avec laquelle les armées germaniques bombardent les villages et les villes, les châteaux et les chaumières, les usines et les taudis des ouvriers, les monuments publics les plus artistiques et les plus sacrés, comme si les pierres

étaient responsables des défaites et des pertes énormes de soldats on d'officiers qu'elles oat subies devant Liège, sur la Marne et l'Ourcq, le long de l'Yser et autour de Uixmude ou d'Ypres, dans l'Argonne, aux abords de Verdun et sur les rives de la Meuse ou de la Vistule et du Niémen.

Guillaume II, ainsi que ses généraux ou soldats et les (c intellectuels )> allemands qui approuvent la destruction de Louvain, de la cathédrale de Reims, de l'hôtel de ville d'Arras, de la halle aux drapiers d'Ypres, etc., etc., ont oublié, dans leur démence, que si les vainqueurs ont toujours raison, il n'en est pas de môme des vaincus. Les (lermains victorieux auraient pu se vanter de leur vandalisme ; l'Allemagne et l'Autriche vaincues, non seulement seront flétries par l'univers entier mais encore devront payer tout ce qu'elles auront volé, incendié, détruit, bombardé et ruiné. Les ruines vaudront d'autant plus cher qu'elles seront plus illustres. Au capital représentant tout ce qui aura été volé ou détruit se joindront les intérêts représentés par les misères, les désolations et les massacres infligés aux populations paisibles.

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