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DES ARMÉES ALLEMANDES

Au moment où Guillaume II, par un acte criminel de son caprice impérial, jeta sur nos frontières, à travers la Belgique, deux millions et plus de ses meilleures troupes, avec ses généraux les plus renommés, notre mobilisation, encore inachevée, ne nous permettait de mettre en ligne que des effectifs numériquement très inférieurs à ceux de l'envahisseur et des chefs n'ayant pas encore l'expérience de la guerre de ruses, d'embuscades, de traîtrises, de tranchées que l'état-major allemand préparait depuis un demi-siècle.

L'Angleterre et la Russie, surprises comme nous par une agression que rien ne justifiait, étaient moins prêtes encore que nous-mêmes à y résister. Le corps expéditionnaire prévu par le gouvernement britannique pour une guerre continentale dans laquelle la Grande-Bretagne serait entraînée, ne comptait guère plus de cent mille hommes dont le transport en France ou en. Belgique exigerait un certain nombre de jours. Ouant à la Russie,

en raison du petit nombre relatif de ses voies ferrées et de l'immense étendue de son territoire, plusieurs semaines lui étaient nécessaires pour concentrer en un point quelconque de ses frontières les masses considérables d'hommes dont elle dispose. La Serbie elle-même, malgré les menaces incessantes dont elle était l'objet de la part de l'Autriche depuis plus d'une année, ne pouvait guère être prête à repousser l'assaut qu'elle allait subir, car ses troupes, ses finances et son matériel de guerre venaient d'être gravement éprouvés par une guerre ayant duré pendant près de trois ans. Si Guillaume 11 avait précipité les événements, c'était pour profiter des conditions défavorables dans lesquelles se trouvaient la Triple-Entente et la Serbie, et s'il avait brusquement interrompu les entretiens diplomatiques ouverts entre les chancelleries à la suite de l'ultimatum adressé par l'Autriche à la Serbie le 23 juillet, c'était pour que ni la France, ni la Russie ni l'Angleterre n'eussent le temps de procéder à la mobilisation que lui-même opérait. Mais, jusqu'au 31 juillet, il avait fait croire à son désir de travailler à l'apaisement du conflit, afin d'endormir les gouvernements et les peuples dont il croyait pouvoir faire les victimes de sa formidable puissance militaire. Il mobilisait ses troupes, il les transportait jusqu'au pied des poteaux de nos frontières et aux portes de la Belgique tandis que les gouvernements de la Triple- Entente travaillaient presque naïvement au maintien de la paix.

En France, non seulement on ne croyait pas à la guerre, mais on ignorait, jusque dans nos milieux militaires, quelle sorte de guerre allait nous être faite. Non moins chevaleresques au xx^ siècle qu'aux temps de Jeanne d'Arc, de Bayard, de Turenne et de la Révolution, nos Français croyaient qu'il leur suffirait de dédaigner la mort et de « cogner dur » pour vaincre les hordes germaniques. Ils payèrent cher nos traditions de combats à visage découvert et de batailles à pro-

cédés loyaux. C'est par mittiers, qu aux premiers jours

de la guerre, furent fauchés, en Alsace, en Lorraine, en Belgique, nos trop vaillants soldats et leurs chefs trop hardis, par des mitrailleuses dissimulées derrière les buissons, dans le creux des fossés, dans l'obscurité des bois, par les mines tapies sous les chemins et par les fusils d'Allemands enfouis dans un sol dont ils empruntaient la couleur pour se dissimuler aux regards.

Si l'habileté professionnelle des généraux allemands avait égalé leur génie de fourberie, la France n'eût pas échappé à Tavalanche des barbares qui tombaient sur elle, après avoir emprunté à toutes les sciences de destruction leurs secrets de ruine, de meurtre, d'incendie, et ravi aux bêtes de proie leurs instincts les plus sanguinaires.

Pour l'honneur de notre race, si nos troupes ignoraient l'hypocrisie, le mensonge, la fourberie et la barbarie, elles avaient, comme les Français de toutes nos grandes époques historiques, une admirable souplesse de l'esprit jointe à une indomptable vaillance du cœur. Ces qualités de race et la ferme résolution de défendre l'honneur de la France en même temps que les foyers de la patrie, rendirent nos armées plus fortes que la force brutale, sauvage et déloyale des Germains.

Avec de pareilles troupes, les grands chefs de guerre ne pouvaient nous faire défaut. Nous eûmes les Joffre. les Galliéni, les Foch, les Castelneau, etc. — je ne puis ni ne veux les nommer tous — et une pléiade de colonels, chefs de bataillon ou d'escadron, capitaines, lieutenants et sous-lieutenants, sous-officiers dont, chaque matin, les ordres du jour de l'armée nous faisaient connaître les noms et les hauts faits. Beaucoup moururent en héros: à leur place se levèrent des héritiers de leur vaillance, de leur science militaire et de la paternelle autorité qui les fait aimer autant que respecter par leurs hommes.

§ II. — LES VICTOIRES DE LA MARNE ET DES FLANDRES. LES SUCCÈS DES RUSSES ET DES SERBES. LES ARMÉES ALLEMANDES CONDAMNÉES PARTOUT A LA DÉFENSIVE.

Grâce à ces admirables chefs et à l'affectueuse confiance qu'ils inspirèrent aux troupes, les défaites de Charleroi, de l'Alsace ou de la Lorraine furent suivies de la plus glorieuse retraite qui ait jamais été opérée par une grande armée. « Chaque soir, me disait un officier, nos hommes, victorieux dans la journée, s'étonnaient qu'on les contraignît à rétrograder et juraient de se venger le lendemain de leur involontaire recul. » Lorsque, sur la Marne et sur l'Ourcq, le concours de l'armée de Paris envoyée par le général Galliéni permit de leur donner l'ordre d'avancer, ce fut avec un indescriptible enthousiasme qu'ils se jetèrent sur les Germains. Par avance, ils étaient sûrs de la victoire.

Le nombre nous faisant encore défaut, ainsi que certains éléments du matériel de guerre, il nous fut impossible de tirer de la victoire de la Marne tous les fruits qu'en d'autres conditions elle aurait donnés. Les hordes germaines refoulées sur la ligne de l'Aisne s'accrochèrent au sol de la Champagne, de TArgonne, des Hauts-de-Meuse, de la Woëvre, s'enfouirent dans les carrières, se cachèrent dans des bois et des tranchées, et, sur un front de plusieurs centaines de kilomètres, prirent l'attitude d'assiégés, sous la protection de leur artillerie lourde à longue portée. Les généraux allemands persistaient dans la faute qu'ils avaient commise lorsqu'ils allongèrent leurs lignes au delà de la Meuse et ils en commettaient une seconde en se condamnant à une défensive étendue depuis Belfort jusqu'à l'Oise d'abord, et, bientôt, pour éviter notre débordement, jusqu'à la mer du Nord.

Tantôt sur un point et tantôt sur un autre, ils cherchaient, il est vrai, à forcer nos propres lignes, en

jetant sur elles les masses compactes de leur infanterie protégée par leurs gros canons. Mais nos troupes avaient appris le nouvel art de la guerre et notre pièce légère, extrêmement mobile, de 75 millimètres, fauchait les épais bataillons germains, en se gaussant des énormes « marmites » impuissantes d'une artillerie si lourde qu'il est impossible de la déplacer lorsque les terres sont détrempées par la pluie.

Arrêtées dans leur marche sur Paris et désespérant de pouvoir, désormais, l'atteindre, les troupes du kaiser tentèrent de se porter sur Dunkerque et Calais pour, de là, menacer l'Angleterre. Mais si elles purent, un instant, traverser l'Yser, ce ne fut que sur des ponts formés par les cadavres de leurs fantassins et pour le repasser bientôt sous la mitraille, en le comblant avec leurs blessés et leurs morts. Après la défaite de la Marne qui leur ferma la route de Paris, elles subirent les hécatombes de l'Yser qui leur barraient la route de Calais.

Le Kaiser pouvait, il est vrai, se vanter auprès des populations trompées et barbares de son empire, de tenir sous les griffes sanglantes de son aigle la presque totalité de la Belgique et une partie du nord de la France; il pouvait glorifier ses généraux et ses soldats pour les ruines accumulées partout où ils passèrent; il pouvait se réjouir des massacres de femmes, de vieillards, de prêtres, d'enfants commis par des hordes ivres d'alcool et de sang; il pouvait faire étaler dans les vitrines berlinoises les photographies des monuments publics bombardés .et des maisons particulières incendiées ; mais, les batailles de la Marne et des Flandres, suivies des progrès incessants de toutes les parties de notre ligne offensive lui apprirent que ses armées ne feraient plus un seul pas en avant des tranchées où elles s'étaient enfouies. Il vit notre matériel de guerre s'accroître chaque jour, nos canons à longue portée s'ajouter à nos pièces de campagne pour dévaster les

tranchées et détraire les batteries de ses troupes, nos fantassins s'initier joyeusement à la guerre moderne, tandis que ses soldats se rendaient par la faim et le découragement, dès qu'ils pouvaient échapper au fouet ou au revolver de leurs officiers.

Pendant que les attaques en masses compactes des troupes allemandes se brisaient contre le front inviolé de nos lignes, en couvrant le solde cadavres démembrés par notre 75, les soldats de FAngleterre, de l'Inde anglaise, du Canada, de nos colonies africaines, etc., et notre jeune classe de 1914 affluaient sur le front de nos armées, en accroissaient quotidiennement les effectifs et préparaient l'heure où nos généraux pourront entreprendre une offensive assez vigoureuse pour chasser les barbares de notre sol et de celui de la Belgique ^ .

Pendant que ces faits se produisaient en Occident, les Russes arrêtaient, par une vigoureuse résistance, les

1. Dans son éditorial du 31 décemlDre 1914, Le Times résuma la situation militaire de la façon suivante :

« Nous arrivons à la nouvelle année dans des conditions très favorables. Si les Alliés ont été éprouvés au début, c'est parce qu'ils n'étaient pas préparés à la guerre, mais les Allemands, en dépit Je quarante années de préparation, ont cessé depuis longtemps de remporter de nouveaux avantages et sont maintenant arrêtés sur tous les points. Il ne reste plus qu'à frapper les coups qui les réduiront à merci. »

Le compte rendu officiel des opérations du 7 au 17 février 1915 disait au sujet de la situation de nos armées pendant cette période : « Malgré les conditions (climatériques) défavorables, cette période a été bonne pour nous. D'abord notre artillerie a obtenu de très brillants résultats, les communiqués quotidiens les ont enregistrés. L'ennemi ne peut visiblement pas tirer autant que nous, et la supériorité de nos approvisionnements en munitions s'affirme de plus en plus. Ensuite notre infanterie a lait preuve en Artois, en Champagne, dans TArgonneet en Alsace d'un esprit progressif très développé que le succès a couronné. » Depuis la publication de ce résumé jusqu'à la fin du mois de février, les deux caractères essentiels de la conduite de nos troupes qu'il signale se sont notablement accentués.

LA SIÎTATIOS MIUTAIRE AC DÉBUT DE 191:

troopes allemandes quî^ ayant pénétré en Pol<^ne aTant la con<?entTation des armées du tsar, prêtendaieDt s'emparer de Varsovie ; ils battaient les Autrichiens en s'^emparant de la Gali<rie et de la Bnkovinc; ils investissaient Przemysl et s'emparaient de plnsieoi^ cols des Carpathes sur les rontes qui conduisent à la plaine hongrcHse. Les {dans de TÉtat-major allemand échouaient piteusement en Russie conune en France et les armées allemandes de l'Orient, à Finstar de celle de FOccident, n'échappaient à la déroute qu'en s'enfouissanl dans des tranchées

Quant à la «t petite » Serbie que FAutriche-Hongrie avait compté pouvoir dévorer, si je puis dire, en e une seule bouchée », elle infligea^ en décembre, une telle dé&ite aux troupes autrichiennes que c^es-ci forent contraintes d évacuer totalement son territoire

1. Le II janTier les Jonriiiaxix OBt pobUè la note offieîease soixante :

* lFa|vès Ifô déciazatîons do gérarâai Seokhonliiiofî, minisire de la Gnene, les Bo^es, depuis le ài^sat de la gverre, ont captmé. aa total, 1 140 officias et IM soldais allemands, et 3 IS6 ofilcieis et -1^147 stddats aatzieAîens. •

2. D'aptès lue dépéehe datée de Belgrade, il décembre, les trophées piis par les Seibes d^uïs le détml de la ^ene eom- ^«naïent :

«iSOoffîeïecs, M 90S soldâtes 4 diaiieaiuL, ISleaiiMis, S6mÂtiailleoses, 7C*Cl00 htsils, 491 caissons d'aitiDerie. 36ft4 Toilnres de toutes sûtes, 2Sf4 chevaux, 2 aéro^anes.

« La majore partie de ces prises a été Êûte depuis le 3 décem^ pendant FofieoâTe TîcliKÎasse an eoms de la-tpielle les Serbes ont cha^ rennenî du t^rilaûe national. L''armée serbe a en outre repris 9 can<ms qui lui airaîimt éié afilewi^ par Fennemi. >

Le iwînee héiîtâes' de Serbie, Alexandre, cmamandant en chef des troupes seriiies, consacra l^ir TÎctiHre par un ordre du joar où il disait :

« Dans ce moment sidennel, quand sur notre fière Belgrade, serbe de ooui^a, est arboré le drapeau seriie victiHiaix, je veux aiant tout accomplir un devmr de reeramaîssanoe envers ceux de nos faêies que nous avims d^vrés des Tur^ et qui luttent avec nous. *

Le prince odnduaît en saluant la Paix qui couronnera digzie-

Dans la séance de la Skoupchtina serbe du 7 décembre, le président du conseil des ministres, M. Patchich, avait précisé la situation de la Serbie en termes d'une remarquable exactitude : ce Dans cette lutte le peuple serbe n'a pas à choisir, car, entre la vie et la mort on ne choisit pas. La Serbie est contrainte à la lutte, et elle luttera avec la même énergie inébranlable qu'elle a déployée il y a un siècle, à la bataille de Kossovo, qui décida de la résurrection de la patrie. » Le gouvernement ajoutait que la lutte à laquelle la Serbie avait été condamnée par l'Autriche était une « lutte pour l'émancipation et l'union à la mère patrie de tous nos frères asservis, Serbo-croates et Slovènes. L'Autriche s'était proposée d'écraser la Serbie; elle avait en réalité ouvert l'ère de l'émancipation de tous les Slaves de son empire, car quelques jours après la lecture de cette déclaration ministérielle l'armée serbe, profitant de la faute que les généraux Autrichiens avaient commise en allongeant outre mesure le front de leur armée, enfonçait Tune de ses ailes et contraignait toute l'armée à battre en retraite dans le plus affreux désordre, en évacuant tout le territoire Serbe. Le vieux roi Pierre, accompagné de ses deux fils, avait donné le signal de la bataille en tirant lui-même le canon et déclarant : « Soldats, votre vieux souverain est ici pour mourir ou vaincre avec vous. » Il vainquit grâce à l'admirable vaillance de ses troupes. Après cette victoire, la Serbie doit se féliciter de n'avoir pas accepté la théorie exposée, en réponse au Livre jaune français par l'officieuse Gazette de l'Allemagne du Nord, disant :- « La Serbie est un de ces petits États qui n ont pas les mêmes droits que les grands. » Un personnage autrichien écrivait à l'un de mes amis, au sujet de l'ultimatum de l'Autriche au gouvernement serbe : u Nous avons montré à l'Europe comment un grand État doit parler à un petit »; la petite Serbie a

ment, pour ses héros, les victoires de la grande Serbie: plus gr.uule, plus puissante et plus heureuse qu'elle ne le fut jamais.

montré par sa vaillance qu'elle était digne du respect de la grande xVutriche.

Tandis que ces événements se produisaient sur les théâtres européens de la guerre, les Turcs, commandés ou dirigés par des officiers allemands de choix, se faisaient battre lamentablement dans le Caucase par les Russes et en Egypte par les troupes anglo-égyptiennes chargées de la garde du canal de Suez, tandis que les populations musulmanes, indifférentes à la proclamation de la guerre sainte par le sultan de Constantinople, envoyaient du Caucase, de ITnde, de la Tunisie, de l'Algérie, du Maroc, du Sénégal, etc.. des sectateurs de Mahomet combattre sous les drapeaux de la Russie, de FAngleterre et de la France. .

§ III. — LES PEUPLES DES BALKANS, LES OPERATIONS DES DARDANELLES ET LA QUESTION DE CONSTANTINOPLE.

Pendant ce temps aussi, les peuples des Ralkans, soucieux d'empêcher le relèvement de la domination tyrannique des Turcs, comprenaient le danger des divisions provoquées par la seconde guerre balkanique, et manifestaient le désir de se rapprocher. La Roumanie que son Hohenzollern maintenait depuis une trentaine d"années sous Thégémonie de FAllemagne et de l'Autriche, en dépit de ses affinités latines, avait acquis, en 1913, la certitude qu'elle ne pouvait compter pour la défense de ses intérêts ni sur l'Allemagne ni sur l'Autriche*, tandis qu'elle avait eu le concours de

1. M. Take Jonesco a raconté dans son journal, La Roumanie. les menaces que le gouvernement austro-hongrois adressa à celui de Bucarest avant la seconde guerre balkanique. « En mai 1913, raconte M. Take Jonesco, le comte Berschtold chargea le ministre austro-hongrois de Bucarest de communiquer au gouvernement roumain — auquel s'étaient adressés Serbes et Grecs pour l'éventualité d'une attaque de la part de la Bulgarie — que « l'Autriche « défendrait la Bulgarie les armes à la main. >

C'était dire à la Roumanie que, quoique alliée de FAulriche, elle

la Russie, pour conclure le traité de Bucarest qui l'agrandit. Elle avait trop d'esprit pratique pour ne pas comprendre que la guerre actuelle lui fournissait l'occasion de réaliser ses ambitions séculaires, en arrachant à l'Autriche-Hongrie les Roumains de la Transylvanie et de la Bukovine. L'un de ses hommes d'Etat les plus considérables M. Take Jonesko disait, le 9 décembre 1914, que dans la guerre actuelle « toute nation restant hors de la lutte commet un suicide moral d'abord, un suicide politique et économique ensuite » et il indiquait de la manière suivante les raisons particulières qu'avait la Roumanie d'entrer en scène : (( La nation roumaine, latine par ses origines, démocratique et libérale par la culture qu'elle a puisée en France, est trop petite pour arriver à un grand développement cultural et économique.... En Autriche-Hongrie, particulièrement dans les régions de la Transylvanie et de la Bukovine, voisins immédiats du royaume, se trouve une vaste contrée bien délimitée qui est habitée par près de 4 millions de Roumains, mélangés d'un million et demi tout au plus de populations variées d'autres races : Hongrois, Allemands, Saxons, disséminés dans la masse roumaine. Avec ces territoires, la Roumanie formerait un État de 13 millions d'habitants, dont plus de 11 millions purement. Roumains. Elle pourrait alors remplir sa mission civilisatrice de nation latine en Orient. .. La guerre actuelle, où nous voyons l'heureuse alliance des nations libérales de l'Occident avec la Russie pleine d'avenir, constitue une occasion absolument unique pour la Roumanie de réaliser ce programme sans mettre en danger son indépendance ni ses libertés.... Le pays est absolument unanime à ce sujet. » M. Take Jonesco ajoutait qu'une condition indispensable de l'entrée en

serait attaquée par cette dernière, si elle s'opposait à l'écrasement de la Serbie (voir Le Temps, 30 décembre 1914).

action de la Roumanie était l'entente de la Serbie et de la Bulgarie et il concluait : « Aussi je conjure les États balkaniques de ne pas s'attarder à une politique mesquine et locale et de se pénétrer de la grandeur de l'heure présente, autrement, malheur à tous^. »

Vers le même temps, le journal de M. Take Jonesco, La Roumanie'^, avertissait les Bulgares de la faute qu'ils commettraient si, pour s'agrandir du côté de la Macédoine, ils comptaient sur l'appui de l'Autriche. « L'Autriche, disait le grand journal roumain, a été fatale à la Bulgarie pendant l'année 1913. Pour quiconque a été au courant jour par joar, heure par heure, des négociations diplomatiques de 1913, il est certain que sans l'action de l'Autriche jamais la deuxième guerre balkanique ne serait arrivée. Elle ne serait pas moins fatale en 1914 et 1915. L'Autriche veut aller un jour ou l'autre à la mer Egée, le long du Vardar. A une Bulgarie vas sale, elle permettrait peut-être de s'établir pour un temps en Macédoine. Ce qu'elle veut, ce qu'elle poursuit, c'est de s'y établir elle-même avec un pied sur la mer Egée et un autre, par l'Albanie, sur l'Adriatique. Il est clair, absolument clair, qu'en réalité l'intérêt de la Bulgarie ne coïncide nullement avec ceux de l'Autriche, et l'amitié avec l'Autriche, si on s'y entêtait, serait pour la Bulgarie, cette fois-ci encore, plus fatale que l'année passée. )>

Le mouvement d'opinion indiqué par M. Take Jonesco est allé sans cesse en s'accenluant en Roumanie tandis que le gouvernement de Bucarest se rapprochait d'une part de l'Italie, de l'autre de la France, et prenait des mesures en vue d'une entrée en campagne. Celle-ci fut annoncée comme prochaine, à Paris, par les membres d'une mission officielle roumaine au cours d'un baa-

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