Voir Le Petit Joarnat, 27 janvier
vernement du tsar Ferdinand le comprit car il fit devant le Sobranié, à la fin du mois de novembre 1914, des déclarations formelles au sujet de la neutralité bulgare, ajoutant que celle-ci serait maintenue, « même si la Roumanie abandonnait la sienne ». Par cette attitude M. Radoslavoff donnait satisfaction à l'opinion du peuple bulgare qui, dès le début de la guerre, s'était tourné vers la Russie, n'oubliant pas qu'il lui doit son indépendance i.
1. Vers la fin de janvier, un revirement se produisit dans l'opinion des Bulgares les plus favorables à l'Autriche. Le chef de ce parti, M. Ghenadief, au cours d'une mission officielle en Italie, fit au correspondant du Matin les déclarations suivantes : « Avec la Roumanie, les négociations sont en bonne voie, autant même dire qu'elles ont abouti. La Roumanie restituera à la Bul- • garie une partie de ce qu'elle a acquis à la suite de la seconde guerre balkanique. Le gouvernement roumain prépare actuellement l'opinion publique à cette restitution.
« Quant à la Serbie, les négociations entamées avec elle en vue de la resdtution du territoire macédonien avait décidé le gouvernement serbe à proposer à la Grèce de donner une satisfaction à la Bulgarie.
« La Grèce a aquiescé à cette proposition, à condifion d'obtenir elle-même de la Serbie une compensation comprenant entre autres concessions, la région de Monastir. >>
« En ce qui concerne la Turquie, ajoutait le correspondant du Matin, comme j'exprimais mon étonnement qu'après le puissant effort de la Bulgarie dans la direction de Constantinople, les hommes d'État bulgares déclarent se désintéresser de la Thrace, M. Ghenadief me dit que la Bulgarie fit la guerre à la Turquie pour libérer la Macédoine, et que la Thrace sans Constantinople ne présente pas d'intérêt, que la Bulgarie, qui doit son indépendance aux sacrifices de la Russie et qui maintenant possède un débouché sur la mer libre ne peut pas moralement contrecarrer les visées de la Russie sur Constantinople, ni dépenser 150 milfions annuellement pour s'y maintenir éventuellement.
« M. Ghenadief a eu des paroles flatteuses pour la France, champion du principe des nationalités où les causes justes finissent toujours par triompher. >>
Le correspondant du Times à Bucarest télégraphiait le 27 janvier à ce journal :
« L'opinion roumaine est maintenant favorable à des concessions territoriales raisonnables à la Bulgarie. 11 semble qu'il n'y a
La Bulgarie regrette particulièrement Andrinople qu'elle perdit dans la dernière guerre balkanique, le port de Cavala qui fut attribué à la Grèce sous la pression de la France et de l'Angleterre et malgré l'opposition de la Russie, et la partie de la Macédoine voisine des frontières bulgares, qui fut attribuée à la Serbie. Ce n'est que par une entente des puissances balkaniques, réalisée sous la haute garantie de la Triple-Entente que la Bulgarie peut espérer obtenir la réalisation de la totalité ou, au moins, d'une partie de ses vœux. La Serbie lui abandonnerait probablement les districts où les Bulgares sont plus nombreux que les Serbes, si elle obtenait pour elle-même l'accès de la mer Adriatique à travers l'Albanie. De même, Andrinople et la Thrace pourraient revenir à la Bulgarie le jour où les Turcs . auront été chassés d'Europe. La Grèce, enfin, pourrait céder le port de Cavala à la Bulgarie qui le convoite, le jour où elle serait elle-même autorisée à s'étendre dans l'Albanie et en Asie Mineure. La Bulgarie, en un mot, ne peut réaliser ses ambitions que par un accord avec la Roumanie, la Grèce et la Serbie, à la suite du triomphe des Serbes et des puissances de la Triple-Entente. Le jour où elle le comprendra bien, l'union des États balkaniques ne tardera pas à être un fait accompli.
Dans une interview recueillie au début de janvier 1914, par un rédacteur du Carrière d'Italia, M. Sazonoff, ministre des Affaires étrangères de Russie, a nettement formulé le désir que le gouvernement russe éprouve de voir s'établir l'union des États balkaniques en dehors de toute hégémonie : « Ce sont les Allemands et les Autrichiens, dit-il, qui ont semé et qui s'efforcent encore de semer la discorde parmi les peuples balka-
pas de grande différence entre ce que la Roumanie est disposée à offrir et ce que la Bulgarie est disposée à accepter.
« Le public roumain considère un arrangement prochain avec la Bulgarie comme le préliminaire nécessaire de l'action militaire roumaine. »
niques, nous comptons cependant sur le bon sens de ceux-ci pour qu'ils fassent uniquement une politique balkanique, et non pas une politique personnelle; d'autant plus qu'une politique s'appuyant sur des intérêts strictement locaux ne servirait pas leurs intérêts à l'avenir 1. »
Les gouvernements et les peuples des Balkans ont été fortement impressionnés par les événements qui se déroulent du côté de Constantinople. La destructioil des forts du détroit des Dardanelles, commencée le 19 février 1915 et qui sera systématiquement poursuivie par les navires de guerre anglais et français, ne peut avoir d'autre objectif que l'oQcupation de Constantinople par la Russie, l'Angleterre et la France, jusqu'à ce que, la guerre étant terminée, la question d'Orient puisse être définitivement réglée par un congrès européen. Il est impossible que la Bulgarie, la Roumanie, la Grèce et la Serbie, sans parler de l'Italie, ne comprennent pas la nécessité de se créer des titres au partage de la Turquie d'Europe, par une intervention armée dans les événements dont les Dardanelles, le Bosphore et Constantinople vont être le théâtre.
Au moment où j'écris ces lignes, le peuple grec manifeste énergiquement son intention d'entrer en scène avant que les alliés aient atteint Constantinople. Malgré l'opposition du roi Constantin, qui a déterminé la retraite de M. Venizélos, la volonté du peuple sera, sans nul doute, réalisée.