‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 16 sur 29 · Voir Le Temps^ 9 janvier · texte numérisé non relu

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§ IV. — LA NEUTRALITÉ ARMÉE ET INDÉPENDANTE DE l'itALIE.

A la question des Balkans se rattache étroitement celle du sort qui serait fait à l'Italie si les deux empires germains triomphaient dans la guerre actuelle. Pour s'en faire une idée exacte, les Italiens n'ont qu'à se rappeler les décisions de ce congrès de Vienne où, en ISIT), l'Autrichien Metternich fît décider la subordination de l'Italie tout entière à la monarchie des Habsbourg ou à des familles alliées aux Habsbourg. Le souvenir de cette humiliation et de la brutale domination de l'Autriche-Hongrie sur l ltalie hantait la pensée du premier ministre actuel d'Italie, M. Salandra, lorsqu'il disait, le 20 décembre 1914, à la tribune du Sénat italien : « Si, il y a un siècle, l'année 1815 marqua une paix que l'Italie dut déchirer pour se reconstituer en nation, je souhaite que l'année 1945 apporte une paix permettant à l'Italie d'acquérir plus de gloire et plus de grandeur. » Les applaudissements unanimes qui soulignèrent ces paroles indiquaient la préoccupation dominante du parlement italien.

Depuis la constitution du royaume d'Italie, tous les Italiens sans exception désirent non seulement le développement intérieur de leur pays, mais encore l'extension de son autorité sur les provinces autrichiennes peuplées par des Italiens et la prédominance de la marine italienne dans l'Adriatique. Au moment où le prince de Bulow fut nommé ambassadeur d'Allemagne à Rome, la Gazette de Cologne ayant nié qu'il fût chargé d'offrir le Trentin à Tltalie, le député Torre écrivait dans le Carrière délia sera : « Le démenti était presque superflu pour nous car il est évident que les événements ont une extension si grande et auront une répercussion si vaste que la prétendue union du Trentin à l'Italie ne pourrait être pour nous une compensation égale et

même pourrait être, si elle tendait à immobiliser l'Italie, un dommage grave et irrémédiable. » Faisant allusion aux mauvais traitements infligés par l'Autriche, depuis quelques années, aux Italiens de son empire, l'auteur de l'article y voyait un moyen employé par le gouverne'ment de François-Joseph pour s'attirer les sympathies des Yougo-Slaves, rivaux des Italiens dans le nord de l'Adriatique, et ajoutait : « L'archiduc François-Ferdinand était convaincu que la première guerre des Habsbourg devait être faite contre l'Italie, non contre la Serbie; une guerre qui aurait abouti victorieusement contre l'Italie aurait donné à la monarchie un prestige plus fort vis-à-vis des Slaves des Balkans. L'assassinat de l'archiduc a précipité les choses dans une autre direction, mais s'il a changé le processus extérieur des événements, il n'a pas changé effectivement la logique politique de l'Autriche-Hongrie. L'Allemagne peut-elle renverser celte situation? Au point où nous en sommes, cela ne lui est pas possible.... L'Allemagne est trop engagée en faveur de l'Autriche-Hongrie pour qu'elle puisse en même temps coopérer à faire valoir les intérêts divergents de l'Italie. Berlin a fait une politique trop unilatérale; aujourd'hui il en contaste les conséquences. Mais comment pourrait-il les changer i?»

Manifestement inspiré par le ministre des Affaires étrangères, M. Sonnino, cet article mettait bien en lumière la situation réelle de l'Italie vis-à-vis de ses anciens alliés. Attirée dans la sphère de l'Allemagne par sa crainte injustifiée de la France, l'Italie n'était aux yeux de Bismarck qu'une sorte de gendarme destiné, en cas de guerre, à immobiliser quelques corps d'armée français dans les Alpes^. Elle fut constamment

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