Voir Le Petit Journal, 12 janvier
ment, écrivaient que la presse de Genève, Lausanne et Neufclîâlel <( répand avec une véritable volupté mensonges sur mensonges, contre l'Allemagne ». La presse ainsi injuriée par l'organe pangermaniste combat sim plement mais fermement pour la vérité. Grâce à elle, la campagne de fausses nouvelles entreprise par les Allemands a échoué, et, dans les cantons où les sympathies allemandes étaient accentuées, un revirement se fait sentir qui, maintenant, ira en augmentant. L'aspect des rues dans les villes de langue française est bien fait, du reste, pour exaspérer ceux qu'on n'appelle jamais autrement que les Boches. Quantité de magasins ont ajouté à leurs marchandises habituelles des étalages de nos journaux de la guerre, de cartes postales illustrées, d'images militaires, d'estampes artistiques. Les devantures de librairie contiennent tous les livres français d'un caractère nettement patriotique. Bien entendu, les albums de Hansi sont en bonne place. Vous chercheriez vainement une carte postale, une image allemandes. Partout, dans les kiosques, chez les si nombreux marchands de tabac, même chez les coiffeurs, partout, des portraits de nos généraux, Joffre en tête, des scènes de la guerre, des reproductions des plus émouvants tableaux de nos peintres militaires de l'année terrible, des portraits de Napoléon l""", des cuirassiers chargeant, enfin la cathédrale de Reims en flammes. A côté, l'admirable Albert de Belgique et la reine, le roi et la reine d'Angleterre, le tsar et la tsarine, avec des cartes postales et des images reproduisant, en noir ou en couleurs, tous les soldats des armées alliées. »
<( Tout cela, ajoutait M. Régamey, e^cplique l'exaspération des Allemands. » Les Suisses ne peuvent plus ignorer, d'ailleurs, — car la presse allemande ne s'est pas privée de le leur dire — que si l'empire germanique triomphait, l'Helvétie n'échapperait pas à l'hégémonie économique et politique des vainqueurs.
§ VIII. — LA HOLLANDE ET LES ÉTATS SCANDINAVES MENACÉS PAR l'aLLEMAGNE.
La Hollande, le Danemark, la Suède ont été prévenus, au cours même de la guerre, par le sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères d'Allemagne et par des professeurs ou publicistes allemands de l'absorption économique dont ils seraient l'objet de la part de l'empire germanique si celui-ci était victorieux et il en est résulté des inquiétudes manifestes dans la majeure partie de leurs populations. Les gouvernements hollandais et Scandinaves, malgré leurs sympathies pour l'Allemagne, ont dû prendre une attitude de loyale neutralité qu'ils n'avaient pas au début de la guerre.
Le 27 janvier 1915, le président du conseil des ministres de la Hollande déclara : « Nous devons maintenir sous les drapeaux la totalité de notre armée parce que des incidents peuvent se produire d'un moment à l'autre qui nous obligent à recourir aux armes. C'est le seul moyen que nous ayons de nous faire respecter par les belligérants comme nous l'avons été depuis le commencement de la guerre. Le gouvernement possède des informations que, dans l'intérêt du pays, il lui est impossible de rendre publiques, même en séance secrète. A l'heure actuelle, la situation de la guerre est équilibrée; mais les perspectives peuvent changer à tout moment, des incidents peuvent survenir et exiger que la force militaire entière des Pays-Bas soit immédiatement disponible. A tout moment, la crise peut surgir, entraînant la Hollande avec une violence inattendue. Par conséquent, il est absolument nécessaire de garder en pleine force la totalité de la puissance militaire hollandaise. »
Le Danemark, la Suède et la Norvège ont jugé prudent de se mettre d'accord sur l'attitude à prendre envers les belligérants. L'entrevue qu'eurent à Malmoë
les rois et les ministres des trois États le 20 novembre 1914, a consacré cet accord, en soulignant le désir qu'ont tous les Scandinaves de conserver l'indépendance économique et politique dont ils jouissent aujourd'hui.
Les dispositions véritables des États Scandinaves furent très nettement exprimées, vers l'époque de la réunion de Malmoë, dans une conversation qu'eut un rédacteur de la Tribiina avec les ministres des affaires étrangères de Suède et de Norvège qui prirent une part importante aux conférences des trois rois. Faisant allusion aux manœuvres par lesquelles les agents de l'Allemagne essayaient d'inspirer aux Suédois la crainte de prétendues ambitions russes, le ministre de Suède, M. Wallenberg disait : « En Suède, on craignait la Russie.... Entre la Suède et la Russie, il n'y a plus de malentendus.... Nous maintiendrons la paix jusqu'au bout. C'est, nous le savons, notre intérêt et à moins qu'on n'attaque notre indépendance, rien ne pourra nous faire changer d'attitude. » Le ministre de Norvège, M. Ihben fut plus formel encore : « Tant que je serai ministre, déclara-t-il, la Norvège ne s'engagera pas dans une guerre.... Cette guerre est absurde ; cette guerre est une folie au point de vue international et à celui du sentiment.... Nous sommes liés depuis longtemps à la Russie par les plus amicales relations. On a cherché à nous persuader que la Russie avait des visées sur la Norvège comme sur la Suède, mais nous ne nous sommes pas laissé duper. Non; nous savions, à l'épreuve, quelle est la sincérité de l'amitié russe à notre endroit. » Relativement à la fermeture de la mer du Nord par l'amirauté anglaise, il dit : « Ce peut être gênant, certainement; mais quoi qu'il en soit, la mesure ne nous rend pas extrêmement nerveux. L'amirauté anglaise nous a indiqué une route à suivre pour les navires qui se dirigent vers le Sud et une autre route pour nos navires de fort tonnage qui traversent l'Océan de Bergue aux États-Unis. Notre flotte marchande ne
sera pas paralysée pour cela. Sans doute, c'est là une mesure ennuyeuse, c'est une des charges de la guerre — de la guerre des autres. Et voilà un argument de })lus qui mérite en faveur de la paix. » Le rédacteur de la Tribuna, lui ayant demandé ce que ferait la Norvège si l'un des belligérants songeait à occuper Cliristiansund, d'où l'on peut dominer la Baltique, M. Ihben répondit très nettement : « Nous serions là pour l'empêcher. » Comme le journaliste italien lui faisait part du projet mis en avant en Amérique et envisagé favorablement en Italie, d'une ligue des neutres qui, à un certain moment, pourrait offrir ses bons offices pour mettre fin à la guerre, le ministre norvégien répondit : u C'est là un projet qui a toutes nos sympathies. Nous nous sommes déjà entendus avec la Suède pour maintenir la paix. Cela nous a permis de dégager nos frontières et de limiter notre mobilisation à la flotte et aux troupes de la côte^. »
En Danemark, les cérémonies officielles du 1^'' janvier furent l'occasion de manifestations sympathiques à la France de la part de nombreux habitants de Copenhague, et le roi, à la fin d'un banquet officiel, exprima des sentiments pacifiques non moins sincères que ceux des ministres de Suède et de Norvège. « Tous les Danois, dit-il, s'unissent pour souhaiter que la paix dont nous avons joui pendant les mois écoulés soit conservée au pays. Nous avons une grande sympathie pour ceux qui souffrent, et c'est justement pour cette raison que nous sommes infiniment reconi;iaissants à la Providence de la paix qui nous est accordée. Nous désirons garder le pays que nous avons reçu de nos ancêtres et nous espérons, avec l'aide de Dieu, que notre pays continuera à jouir des bénéfices de la paix. Dieu protège le Danemark! »
Un écrivain suédois du sud-Amérique, M. Bjorkman