Voir Le Temps, 29 décembre
Audestringher, à la suite d'un voyage dans les trois royaumes Scandinaves, a fait connaître, en rentrant en: Amérique, ses impressions daiîB les termes suivants i : « Au début, les populations Scandinaves, et surtout la classe intellectuelle, inclinaient vers l'Allemagne; maintenant, toute la Scandinavie est anti-allemande. Les missionnaires de la culture germanique, envoyés en grand nombre, comme aux États-Unis, pour obliger les gens à penser comme eux, passèrent vite, avec leur brutalité native, de la prévenance aux avertissements, puis aux menaces, et inspirèrent, au lieu d'amitié, la plus vive irritation. Les idées qu'ils répandaient achevèrent de déplaire. Des paroles, les Allemands passèrent aux actes et ce fut pire. Le bois fut déclaré contrebande de guerre. Des mines allemandes, posées un peu partout, firent sauter des navires suédois et norvégiens : le croiseur « Berlin » entra clandestinement dans le fort de Dromtheimd, etc. Le résultat final a été l'entente des trois royaumes, pour la défense de leur neutralité, unissant des forces qui pourraient aller à un million d'hommes. Au début, une certaine quantité de cuivre et des approvisionnements de toutes sortes passèrent de Scandinavie en Allemagne. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi. Les efforts désespérés des agents allemands, pour acheter du cuivre, du fer ou du pétrole à n'importe quel prix, n'aboutiront pas ». 11 ajoutait : « Personne ne croit, en Europe, que la guerre se terminera par une victoire allemande. »
Un journal créé par les Allemands à la Haye pour agir sur la Hollande et les États Scandinaves offrait à la Suède, la Finlande, si elle se rangeait du côté des Germains et faisait entendre des menaces à l'adresse de tous les récalcitrants : k Celui qui n'est pas pour nous, disait-il, est contre nous. 11 n'existe pas d'autre issue,
1. Télégramme de New- York (5 janvier 1915) publié par les journaux de France.
et le monde, autour du peuple allemand, aura désormais à choisir entre la méthode allemande et le courroux allemand ^ )> Les États Scandinaves ont choisi le maintien loyal et intégral de leur neutralité. En agissant de la sorte, ils ont fait preuve de sagesse, car le triomphe de la Triple-Entente auquel leur neutralité, contribuera indirectement est la meilleure garantie qu'ils puissent avoir du maintien de leur indépendance politique et économique.
Le mécontentement de la Hollande et des États Scandinaves a été considérablement accru, à partir du milieu de février 1915, par la mesure que l'amirauté allemande prit en vue de bloquer toutes les côtes de la Grande-Bretagne et du nord delà France au moyen des sous-marins. Menacés de voir couler leurs navires avec les équipages et les passagers sans avis préalable, les neutres maritimes ont protesté auprès du gouvernement de Berlin, sans renoncer à la navigation. Nous reviendrons plus bas sur cette question.
En somme, à la fin de l'année 1914, toutes les nations de l'Europe, autres que la Turquie, étaient soit en guerre avec les Empires Germains (Russie, France, Angleterre, Belgique et Serbie), soit sur le point d'entrer en conflit avec eux (Italie, Roumanie et Grèce), soit d'une neutralité défiante (Bulgarie), soit d'une neutralité angoissée (Suisse, Danemark, Suède et Norvège).
En dehors de l'Europe, deux peuples et deux gouvernements se trouvent en face de la guerre qui ensanglante notre continent dans une situation particulière : le Japon et les États-Unis.